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L’aventure de la vie

Les Maisons invitées par la Fondation Daniel et Nina Carasso à statuer sur les candidatures de l’appel à projets “Médiations et démocratie culturelle”

Ce 27 novembre, notre association était invitée par la Fondation Daniel et Nina Carasso sous l’égide de la Fondation de France à participer au jury désignant les lauréats de l’appel à projet Médiations et démocratie culturelle, dont on trouvera ci-après le paragraphe introductif :

Nous sommes ravis de vous annoncer l’ouverture de notre nouvel appel à projets « Médiations et démocratie culturelle », territorialisé sur les Hauts-de-France, qui s’inscrit dans notre axe Art Citoyen. Cet appel s’adresse à des collectifs formels ou informels qui porteront un projet artistique commun. Nous souhaitons contribuer à l’émergence et au développement de projets artistiques qui correspondent à la vision de la démocratie culturelle en créant les conditions d’une réelle participation citoyenne dès leur genèse et tout au long de leur réalisation.”

Deux cents cinquante candidatures, issues d’associations, de collectifs citoyens, de collectivités territoriales, d’établissements artistiques et culturels répartis sur les quatre départements de notre région ont répondu à cet appel.

Ce 27 novembre, vingt-deux candidatures étaient examinées lors de la phase finale de ce processus de sélection.

Douze dossiers ont été retenus ; les lauréats seront informés par la Fondation de leur dotation à la mi-décembre.

Un grand merci à la Fondation, fidèle soutien de notre programme artistique et culturel, pour cette nouvelle marque de confiance, bravo aux lauréats pour leur proposition permettant aux habitants des territoires des Hauts-de-France de créer avec des artistes, des artisans, des équipes municipales ou des services départementaux, régionaux ou de l’Etat, des établissements scolaires, des musées des actions collectives renforçant la vitalité de notre démocratie.

Atelier avec Nicolas

Ce 26 novembre, Nicolas est venu animer l’atelier des enfants de la Maison Vive.

Au programme : découverte de livres sur les différents planctons, vidéo de plongée de Nicolas, nous avons eu la chance de pouvoir découvrir avec Nicolas la poudre de plancton (pigment) et l’avons testée en peintures.

Chouette expérience pour tous.

(Texte et images de Sylvie, professeure en arts plastiques de la Maison Vive).

Lettre de Shila : “”En vérités” : démêler le vrai du faux”

Chers enfants,

Comment allez-vous pendant ce reconfinement ? Je sais que vous êtes plus libres que lors du premier confinement et que vous êtes heureux de vous retrouver avec vos camarades à l’école.

Je sais que le thème de l’année culturelle est “en vérités” et je peux vous dire, moi l’éléphante philosophe, que je ne cesse de ruminer ce thème passionnant :

Je suis avec intérêt ce qui se passe dans mon pays et aussi dans le Monde. Je me suis réjouie de l’élection de Kamala, cette dame dont la maman était ma voisine, originaire de l’état voisin du Tamil Nadu :

J’ai été très triste de savoir que le Président perdant des États-Unis l’ait traitée de monstre. Il a également affirmé que son prédécesseur à la Maison blanche, Mister Obama, n’était pas né aux États-Unis !!

J’ai entendu dire que ce président dit que la presse de son pays ne colporte que des fake news, des mensonges et que lui seul dit la vérité !!

Mais vous savez, chers enfants, il nous faut garder l’esprit critique et essayer de démêler le vrai du faux.

Je sais que ce président sait utiliser les réseaux sociaux pour transmettre ses messages, il envoie des centaines de tweets qui sont lus et retweetés par milliers !!

Mais une étude scientifique très intéressante faite dans son pays nous met en garde.

Je vais vous raconter une histoire qui nous en dit long sur le pouvoir du mensonge et reviens pour cela dans mon cher pays, à une époque très lointaine, avant même l’empereur Ashoka.

Un jeune empereur ; Alexandre le grand, veut envahir le Nord de l’Inde. Il était empereur dès l’âge de 22 ans. “Alexandre le Grand ou Alexandre III, né le 21 juillet 356 avant Jésus-Christ à Pella et mort le 11 juin 323 avant Jésus-Christ à Babylone, est un roi de Macédoine et l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité.” Quand il est mort, Alexandre n’avait pas 33 ans !!

L’Eté et l’Automne 327 furent occupés à rassembler, au sud de l’Hindou-Kouch, une armée gréco-macédonienne et cosmopolite de 120 000 hommes, dont de nombreux marins venus d’Égypte et de Phénicie. Alexandre s’apprêtait en effet à « conquérir l’Inde », et cette expédition constitue encore un mystère.

L’armée gréco-macédonienne et cosmopolite poursuit son périple en Asie centrale, achevant de conquérir l’empire perse, qui disparaît définitivement en 327 avant Jésus-Christ. Alexandre se tourna alors vers l’Inde du nord. Parvenu aux pieds de l’Himalaya, il remporte une ultime bataille sur la rivière Hydaspes (Nord du Pakistan actuel).

Epuisée, son armée au bord de la sédition le presse de faire demi-tour. Alexandre, qui aurait bien volontiers continué toujours plus loin à l’Est, consenti à rebrousser chemin. A la tête de son armée, il suivit le cours de l’Indus jusqu’à la mer d’Oman, avant d’entamer une pénible traversée du désert de Gédrosie (en Iran). En 324 avant Jésus-Christ, il était de retour à Babylone, sa nouvelle capitale.

Alexandre le grand planifiait de nouvelles conquêtes dans le golfe persique et en orient, lorsqu’il mourut subitement en 323 avant Jésus-Christ, âgé de seulement 32 ans, probablement victime de son alcoolisme. Convaincu de sa nature divine, il s’était mis à régner en tyran. Ayant négligé de mettre sur pied un gouvernement central pour maintenir la cohésion de son empire, celui–ci sombra rapidement dans l’anarchie.”

Mystère en effet autour de la conquête du Nord de l’Inde par Alexandre en 327 avant Jésus-Christ ; Alexandre a une idée de l’Inde qui tient du mythe et de la légende, d’après les écrits fabuleux de Ctésias de Cnide, un écrivain de son époque :

« Convoitise d’Alexandre pour une contrée énigmatique et magique :

Si Alexandre n’a pas accordé foi à toutes les affabulations de Ctésias, nul doute cependant que l’Inde à ses yeux représentait pour une part la terre qui pouvait receler le secret ultime des confins du monde. Et si elle a pu l’aimanter comme elle le fit, c’est peut-être moins par l’intérêt stratégique et militaire qu’elle constituait que par la richesse imaginaire qu’évoquait cette énigmatique contrée, surchargée d’images et décrite comme le foyer d’une nature radicalement autre, fascinante, primitive et magique.

L’Inde de Ctésias est peinte comme une terre d’enchantement :

La nature y transgresse toutes ses lois et donne sa mesure dans la démesure : le soleil y apparaît dix fois plus grand qu’ailleurs ; les moutons et les chiens y ont la taille des ânes occidentaux, les brebis et les chèvres ont une queue large d’une coudée qui traîne par terre et empêcherait que les femelles soient saillies sin on ne la leur coupait.

Les palmiers des Indes ainsi que leurs dattes sont trois fois plus gros que ceux de Babylone ; les fourmis y sont de la taille d’un renard. Une source donne du vin, et ailleurs, c’est d’un rocher que coule un fleuve de miel. Une autre source encore donne une eau qui, une fois puisée, se fige comme du lait caillé et rend fou celui qui en boit, si bien qu’il se met à délirer et à raconter tout ce qu’il a accompli.

Prodigieuse également cette fontaine où les Indiens les plus en vue plongent en s’y lançant les pieds en avant, et que l’eau renvoie en l’air. Et cet arbre, le parébos, qui attire à lui tout ce qu’on dépose à proximité, tel que l’or, l’argent et tous les autres métaux ; et qui attire aussi tous les oiseaux qui voltigent trop près de lui, voire les chèvres et les moutons.

Hommes à tête de chien, Pygmées et autres mirabilia :

Cynocéphales :

L’Inde concentre en elle mirabilia et prodiges Elle présente tous les « lieux communs » de la paradoxographie (récits de merveilles) antique. On y rencontre donc aussi, naturellement, des êtres étranges, comme les cynocéphales, hommes à tête de chien qui, pour tout langage, ne savent que japper. Ils ont tous une queue, semblable à celle des chiens mais plus longue et plus touffue, et ils s’accouplent à leurs femmes à quatre pattes.

Enfin – tant cette ambivalence est représentative des croyances grecques –, ce sont des êtres justes qui vivent fort longtemps. Dans les montagnes de l’Inde vit une population de trente mille âmes dont les bébés viennent au monde le crâne garni de cheveux blancs qui ne s’obscurciront qu’à partir de l’âge de trente ans. Ces gens possèdent huit doigts à chaque main et à chaque pied et ont des oreilles qui couvrent leurs bras jusqu’aux coudes, cachant même tout leur dos ».

Comme il est dit plus haut, Alexandre faisant face à la rébellion de son armée gréco-macédonienne épuisée, qui ne veut plus avancer, terrorisée d’avoir dû affronter les éléphants de combat, pluies torrentielles de la mousson, est obligé d’arrêter la conquête. Il décide de rebrousser chemin.

Mais avant de faire demi-tour, Alexandre ordonne de fabriquer des mangeoires à chevaux, des mors, des armes d’une taille et d’un poids extraordinaire. Evidemment, ce sont de gros mensonges destinés à faire croire à ses ennemis qu’il est à la tête d’une armée de géants. Et ça marche ! La fin d’un des plus grands empires de l’Histoire du Monde, l’empire d’Alexandre, ne s’explique que par la disparition de son chef, pas parce que des ennemis auraient pris le dessus sur son armée. Je pense qu’ils avaient trop peur de tomber sur des géants !!

Cette histoire d’Alexandre le Grand nous montre comment, à une époque si lointaine, le bluff, la capacité à faire croire de fausses vérités, avait une telle importance. Il n’est pas toujours pas simple pour les historiens de nous compter cette histoire, faite de mythe, de fable, de légende et de réalités …

Henri m’a dit qu’une personne qui écrit beaucoup, Monsieur Pierre Bayard, s’est intéressé comme moi à toutes ces fictions et réfléchit sur le vrai et le faux :

Dans son nouveau livre, « Comment parler des faits qui ne se sont pas produits ? », Pierre Bayard suggère que les « vérités alternatives » ne sont pas toutes aussi nocives que les élucubrations de Trump. Selon lui, la fable sert la littérature, mais aussi la science. Et souvent elle nous aide à vivre.”

Je dois vous dire, chers enfants, que je compte sur vous pour démêler le vrai du faux, car plus je réfléchis, plus je me rends compte que se construire “en vérités” n’est pas si simple.

Je vous fais de gros bisous,

A lundi,

Shila

La couleur de l’eau selon la Maison Vive

Ces dernières semaines, les enfants de la Maison Vive ont créé avec Sylvie, leur professeur en arts plastiques, des expressions stylisées du plancton, organisme vivant au cœur du projet co-réalisé avec Nicolas.

Récapitulatif des ateliers de la Maison Vive, autour des œuvres de Nicolas Floc’h artiste en résidence aux Maisons sur le thème la couleur de l’eau : découverte, analyses, dessins, modelage.
La plupart des enfants découvraient pour la première fois l’argile et le modelage. Apprivoiser la terre et quelques outils. Les enfants ont pris beaucoup de plaisir avec celle-ci.

(Texte et images de Sylvie).

Lettre de Shila : “Vrais faux, faux faux, faux vrais, vrais vrais”

Bonjour chers enfants,

Comment allez-vous ? Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, me dit qu’il a bu un très bon café ce matin en lisant le journal et qu’il était aussi bon que celui de mon pays :

Emmanuel me dit que dans ce journal, il y avait une information qui a de quoi donner mal à la tête : il y aurait des « fausses vérités » dans le monde, et ces fausses vérités auraient beaucoup plus de succès et d’ampleur que des « vraies vérités ».

Ouille ouille ouille, je m’empresse de mâchouiller mes chères pousses de bambou car même si je suis très intelligente, la différence entre fausse et vraie vérité me semble incroyablement compliquée et il me faut être très réveillée. Le peu que j’ai compris, c’est qu’il faut quand même que j’y réfléchisse car cela pose des problèmes graves aux humains.

Aux humains seulement ? Emmanuel me dit que c’est un problème qui concerne aussi les animaux. Ainsi des requins qui confondent des humains avec des bestioles : ils croquent des humains qui nagent à la surface de l’eau, croyant de bonne foi que ce sont des phoques ou des tortues. Ou encore des canards qui sont piégés par des humains, croyant que flottant sur la mare, ce sont des vrais cousins alors que ce sont des canards en plastique. Et je ne vous parle pas des truites, qui croient que ce sont des vraies mouches qui volent à la surface de l’eau, alors que c’est l’humain qui a mis un appât sur l’hameçon de sa canne à pêche pour mieux les attraper.

Oui, maintenant qu’Emmanuel m’explique ce problème, je vois bien qu’il est très important de faire la différence entre le vrai et le faux, cela peut être une question de survie.

Et bien dans le journal qu’a lu ce matin Emmanuel, les résultats d’une étude scientifique expliquent que vous, les humains, préférez beaucoup et de très loin ce qui est faux à ce qui est vrai :

« Nous avons étudié la diffusion différentielle de toutes les nouvelles vraies et fausses vérifiées distribuées sur Twitter de 2006 à 2017. Les données comprennent environ 126 000 articles tweetés par environ 3 millions de personnes plus de 4,5 millions de fois. Nous avons classé les nouvelles comme vraies ou fausses en utilisant les informations de six organisations indépendantes de vérification des faits qui affichaient un accord de 95 à 98% sur les classifications. Le mensonge s’est répandu beaucoup plus loin, plus vite, plus profondément et plus largement que la vérité dans toutes les catégories d’informations, et les effets étaient plus prononcés pour les fausses nouvelles politiques que pour les fausses nouvelles sur le terrorisme, les catastrophes naturelles, la science, les légendes urbaines ou les informations financières. Nous avons constaté que les fausses nouvelles étaient plus nouvelles que les vraies nouvelles, ce qui suggère que les gens étaient plus susceptibles de partager des informations nouvelles. Alors que les fausses histoires inspiraient la peur, le dégoût, et surprise dans les réponses, des histoires vraies inspirées d’anticipation, de tristesse, de joie et de confiance. Contrairement à la sagesse conventionnelle, les robots ont accéléré la diffusion de vraies et fausses nouvelles au même rythme, ce qui implique que les fausses nouvelles se répandent plus que la vérité parce que les humains, et non les robots, sont plus susceptibles de la propager. »

Emmanuel m’a expliqué que Twitter, c’est une technologie inventée par les humains pour qu’ils puissent être de mieux en mieux en relation.

Mes chers enfants, tout cela me rappelle ce que je vous racontais à propos du miroir :

La conscience collective de ce qui est vrai, de ce qui est faux, n’est pas garantie par la mise au point de robots, de machines très sophistiquées. On peut être de mieux en mieux en relation, et être de mieux en mieux trompé.

Mon ami Emmanuel m’a expliqué que c’est un phénomène très ancien, qui n’a pas attendu les robots pour exister. Ainsi, Monsieur Jean-Paul Demoule, membre de votre Conseil scientifique, a beaucoup réfléchi à ces questions en tant qu’archéologue. De fameux mensonges ont été crûs par beaucoup de monde, bien avant ce que vous appelez “Internet”, “Twitter”, ou “la télévision” :

« Une énigme subsiste jusqu’à nos jours, celle de l’auteur de l’homme de Piltdown, un fossile découvert en 1908 dans le sud de l’Angleterre, et qui formait le « chaînon manquant » (ou missing link) idéal entre le singe et l’homme, celui que tout le monde cherchait. Il fallut quarante ans et l’invention de la datation par le carbone 14 pour vérifier que la chose tenait bien du singe et de l’homme : c’était un crâne humain médiéval associé à une mandibule d’orang-outan soigneusement limée ! Si l’on en a parfois soupçonné le savant français Teilhard de Chardin et même Conan Doyle, qui résidait à proximité, le suspect numéro 1 reste Charles Dawson, le « découvreur » de cet eoanthropus dawsoni (!), mais sans preuves irréfutables. Ce faux avait lui-même été précédé un demi-siècle plus tôt par un autre tout aussi célèbre, la mâchoire de Moulin-Quignon. Moderne, elle avait été introduite dans une carrière de la Somme par des ouvriers auxquels Boucher de Perthes avait promis une récompense en cas de découverte d’os humains. En effet, si on connaissait jusque-là des outils en silex et des ossements d’animaux disparus dont l’antiquité venait d’être admise, il manquait toujours la preuve d’une réelle présence humaine. Ce faux, authentifié à l’époque, permit à la Préhistoire de connaître son véritable développement ! ».

Ce thème est passionnant, et Emmanuel m’a envoyé pour vous l’émission de radio durant laquelle Monsieur Demoule raconte plein d’autres histoires de vrais faux, faux faux, faux vrais, vrais vrais.

Emmanuel me fait remarquer qu’en plus, pas mal de gens qui se sont faits bernés par ces bobards très bien ficelés sont précisément des personnes qui ont beaucoup appris du Siècle des Lumières dont je vous parlais hier.

Je vous soumets la morale de cette histoire, mes chères enfants : pour être puissant, avoir du pouvoir sur les autres, il semble qu’il vaille mieux mentir. Cependant, le mensonge est toujours découvert tôt ou tard, car il ne peut atteindre l’importance existentielle de la vérité : « L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu », disait pour résumer cela un grand penseur de votre Siècle des lumières, Monsieur François de la Rochefoucauld.

Je crois savoir par mon cher Henri que dans le sous-sol devant la Maison du Cirque, vous avez réalisée voici dix ans, malicieux que vous êtes, une opération au cours de laquelle vous avez enfouis des vrais vrais, vrais faux, faux vrais, faux faux messages à l’attention de vous-mêmes et des archéologues du futur :

Hummm, vous êtes futés les enfants : je souhaite bien du plaisir à votre mémoire et aux archéologues de 2030 et de 2050 pour savoir discerner le vrai du faux.

A demain,

Gros bisous,

Shila

Images de l’ateliers arts plastiques du Centre de Jour, séance du 19 novembre 2020

Ce jeudi 19 novembre, les enfants du Centre de Jour ont créé avec Sylvie, leur professeur en arts plastiques, des expressions stylisées du plancton, organisme vivant au cœur du projet co-réalisé avec Nicolas.

Petit récapitulatif : Recherches, croquis, dessins, modelages effectués autour du thème La couleur de l’eau et des œuvres de Nicolas Floc’h artiste en résidence en nos maisons. Merci à Daniel de s’associer à nous et de transmettre son savoir faire autour de l’argile. Merci aux enfants pour leur investissement.

(Texte et images de Sylvie)

Lettre de Shila : “L’Inde des Lumières”

Bonjour chers enfants, hier je vous souhaitais un joyeux Diwali ; c’est beau toutes ces bougies allumées n’est-ce pas ?

En France, me dit Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, existe aussi chaque début décembre une grande fête annuelle à Lyon, qui s’appelle La fête des lumières, et durant laquelle les habitants posent sur le rebord de leurs fenêtres des bougies pour éclairer leur rue à l’attention des badauds.

Malheureusement, cette grande fête qui rassemble plus d’un million de visiteurs et qui est, me dit Emmanuel, un évènement devenu réputé au-delà de vos frontières, ne pourra avoir lieu cette année en raison de ce satané virus.

Je constate que fêter la lumière a beaucoup d’importance pour vous les humains. Emmanuel me dit que ce fut au point d’intituler un siècle de votre Histoire de France : le siècle des Lumières.

C’était il y a trois cents ans : Ouille ouille ouille, c’est bien loin de nous tout ça. Et pourtant, me dit Emmanuel, ce fameux siècle continue aujourd’hui à faire parler de lui, car, si je comprends bien, c’est le moment où en lettres, en sciences, en mathématiques, il y a eu de grandes révolutions d’idées. Beaucoup de personnalités de votre pays réfléchissaient à l’époque au statut de ce qui est vrai, de ce qui est faux.

Dans mon pays, comme je vous l’ai raconté, il y a eu aussi de très grands penseurs plein de sagesse :

Mais, à la différence des français, les indiens ne sont pas venus jusqu’à chez vous pour essayer de vous convaincre qu’ils avaient raison à propos de ce qui serait vrai ou faux. Moi, l’éléphante curieuse, je trouve cela étonnant que des personnes fassent des milliers de kilomètres pour tenter de convertir d’autres personnes à des nouvelles idées qui ne sont pas les leurs.

Vous vous rendez compte chers enfants ? Quelle aventure incroyable, interminable, dangereuse devait être celle de vos ancêtres parcourant la Route des Indes afin de venir jusqu’à mon pays.

Cet effort surhumain pour venir de chez vous à chez moi, voici trois cents ans, explique je pense que ce ne fut pas seulement au nom de ses idées que le Siècle des lumières français est venu ici.

Emmanuel m’a dit que j’avais raison (Youpi !) et m’a raconté que vos grands voyageurs sont d’abord arrivés dans mon pays pour le commerce, pour les immenses richesses matérielles de mon continent. Emmanuel m’a signalé à presque cinq cents kilomètres de chez moi une ville indienne, nommée Pondichéry, qui fut le haut-lieu de l’implantation des marchands français.

L’arrivée régulière des bateaux et personnes françaises sur les rivages de mon pays voici trois cents ans, ce n’est donc pas tant l’histoire d’une rencontre entre deux peuples au nom d’une idée supérieure de la vérité qui serait bonne partout et tout le temps où que l’on vive.

Emmanuel me dit qu’il faut quand même nuancer cette observation, et m’a recommandé pour vous un livre qui montre qu’il y a quand même eu durant ce Siècle des lumières des influences de la pensée indienne sur la pensée française, et de la pensée française sur celle de mon pays.

Emmanuel m’a envoyé pour vous un article qui résume bien ces rencontres à l’époque de l’Inde des Lumières, tour à tour époque d’échanges équitables entre votre pays et le mien, puis de rapports de domination de la France sur le mien, puis finalement de relations apaisées enrichissant les deux cultures :

« L’engagement historique de l’Inde avec la France peut être compris à travers le prisme des voyageurs aventureux, des colonisateurs, des soldats et des citoyens ordinaires. C’est au XVIIe siècle qu’un gentleman français du nom de François Bernier visita l’Inde et devint le médecin de l’empereur moghol Aurangzeb, entre autres. Il a ensuite documenté sa vie dans le livre intitulé « Histoire de la dernière révolution des états du Grand Mogol », et l’a publié à Paris en 1670-1671. Ce livre connu sous le nom de « Voyages dans l’Empire moghol » a donné une description poignante du séjour de Bernier en Inde et de ses rencontres avec les Indiens locaux. Il était un grand voyageur et a vécu en Inde pendant douze ans, visitant même la région du Cachemire pendant son séjour. Un autre nom qui fait le tour des discussions sur les relations historiques de l’Inde avec la France est celui de Jean Baptiste Tavernier dont les « Six Voyages » continuent d’engager les lecteurs jusqu’à ce jour. Ces voyageurs nous donnent un aperçu clair de la vie que les gens ordinaires menaient à l’époque médiévale en Inde.

Présence coloniale française :

Les siècles suivants ont vu les Français entrer en Inde en tant que colonisateurs et combattre les guerres carnatiques massives (1746-1763) avec les Britanniques. Les guerres carnatiques peuvent être qualifiées de « guerres par procuration » entre deux puissances coloniales montantes pour la suprématie régionale. Finalement, Lord Clive et les Britanniques ont réussi en Inde et la sphère d’influence française a été limitée à quelques régions du pays comme Pondichéry, Karikal, Chandannagar et Mahe. L’engagement entre l’Inde et la France dans cette phase peut être qualifié de relation où « l’orient rencontre l’occident » et la curiosité pour la culture de l’autre grandit rapidement entre les deux pays. »

Mes chers enfants, quel voyage mouvementé à travers le temps de nos deux continents. Je vois que réfléchir à ce qui est vrai, à ce qui est faux, à ce qui est bien, à ce qui est mal, à ce qui fait gagner de l’argent, à ce qui ne le fait pas, mobilise les humains dans le monde entier, créant des rencontres parfois malheureuses, parfois heureuses.

Emmanuel me dit qu’il y a un proverbe chez vous, qui dit : « Chacun voit Midi à sa porte ». J’ai cru comprendre que cela signifie qu’il n’y a pas de vérité unique pour faire un Monde.

Vivent les vérités de chacune et chacun !

Vive la capacité de faire dialoguer les vérités des uns et des autres !

Vive l’envie d’examiner toutes vérités avec un œil curieux mais pas dupe !

Je vous embrasse très fort,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Happy Diwali”

Bonjour les enfants,

Je vous souhaite une bonne fête de Diwali, fête des lumières, en Inde et dans beaucoup d’autres pays.

J’ai reçu de nombreux vœux de mes voisins, qui m’ont souhaité une bonne fête de Diwali.

Mon ami Henri a reçu de nombreux messages de sa famille et ses amis indiens, avec de jolies cartes, qui sont jointes à ce courrier.

De nombreuses lumières éclairent les maisons, les rues, les monuments… Des millions de lumières, c’est extraordinaire cette journée, qui a eu lieu cette année le samedi 14 novembre 2020.

En plus de cette myriade de lumières, je ne vous cache pas que les enfants, les adultes et aussi les éléphants, nous sommes gâtés en sucreries, pâtisseries, ladoos, bonbons et pour moi du sucre de canne non raffiné, je m’en lèche les babines !!

Il y a aussi plein de pétards, mais ça, j’aime beaucoup moins.

Pour moi, cependant au Kerala, la fête de Diwali est un peu moins fêtée, car notre grandissime fête est Onam, correspondant à notre nouvelle année, dans le calendrier malayalam.

Je suis cependant très intéressée par Diwali et j’attends mon cornac avec ses gâteries.

Je sais qu’à Boulogne, vous attendez la fête de Noël, pour mettre les guirlandes lumineuses, et faire la fête.

À la différence de Noël, dont la date est fixée le 25 décembre chaque année, Diwali comme Onam sont des fêtes dont la date varie chaque année en fonction de calendriers différents du calendrier grégorien.

Onam, dépend du calendrier malayalam, et tombe en août ou septembre, la fête dure 4 jours, correspondant à la nouvelle année de ce calendrier.

Diwali tombe en octobre ou novembre de chaque année, selon le cycle de la lune. Il est observé le 15e jour de Kartik, le mois le plus sacré du calendrier hindou vikram“. La fête dure 5 jours, correspondant aussi à la nouvelle année de cet autre calendrier (l’Inde avait à une époque récente 30 calendriers).

Ces deux fêtes grandioses étaient aussi traditionnellement liées à la fête des moissons.

Diwali est une fête très populaire en Inde : c’est celle des lumières, à l’occasion de laquelle on s’offre des cadeaux et tire des feux d’artifice. Les festivités durent cinq jours, dont le troisième, le plus important (« Bari Divali », « la grande Divali »), est consacré à la déesse Lakshmi, les quatre autres étant associés à différentes légendes et traditions. Ce troisième jour est aussi le dernier de l’année du calendrier hindou Vikram, utilisé dans le nord de l’Inde. Le lendemain, début de la nouvelle année hindoue, est connu sous le nom d’Annakut dans le nord de l’Inde. Dans l’Inde du Sud, Divali ne coïncide pas avec le début de la nouvelle année, car un autre calendrier est utilisé, le calendrier Shalivahana.

Outre les hindous, les sikhs et les jaïns fêtent également Divali, en lui rattachant d’autres valeurs symboliques et des références historiques différentes.”

Que signifie cette fête de Diwali ? Diwali vient du mot sanskrit “dipavali”, “dipa”, c’est la lampe ou la lumière et “avali”, la rangée ou ligne, Diwali étant des rangées de lumières.

Pour les hindous, souvenez-vous du livre du Ramayana :

Diwali est la fête des lumières. Cette fête religieuse commémore le retour du dieu Rama et de son épouse Sita, dans leur capitale, Ayodhya qu’il a reconquise de haute lutte sur le démon Ravana. Diwali (ou Divali ou Dipavali), qui signifie « rangée de lumières », rappelle le chemin de lampes fait à Rama par les habitants d’Ayodhya pour éclairer son retour“.

Diwali, fêtes des lumières, symbolise la victoire de la lumière sur les ténèbres, la victoire de la connaissance sur l’ignorance.

Pour les Sikhs, Diwali représente la victoire de la justice sur l’injustice et la violence,

C’est une très grande fête dans le temple d’or à Amristar, très loin de chez moi, dans le Punjab.

Dans chaque maison on fait des rangolis, chez nous on appelle ces œuvres visuelles éphémères, des kolams.

Ces œuvres sont réalisées, avec des poudres colorées ou des fleurs, par les femmes et les jeunes filles :

« Les Indiens intègrent l’art dans leur vie quotidienne en dessinant des rangoli appelés aussi alpana ou alpona au Bengale, mandana et thapa au Rajasthan et Madhya Pradesh, kolam au Tamil Nadu, Andhra Pradesh et Karnataka, kalam au Kerala, aripan au Bihar, rangavallie dans le Maharastra, muggu en Andhra Pradesh, saathiya au Gujarat et chowkpurna en Uttar Pradesh.

Dans les villages partout en Inde, les femmes font ces dessins chaque matin sur les seuils ou dans la cour des maisons ou sur le sol des temples. Elles tracent d’abord en pointillé le contour des motifs géométriques à l’aide d’une poudre blanche, habituellement de calcaire ou de riz, avant de le remplir d’une série de lignes. En plus d’ajouter une touche d’art et de beauté au foyer ou au temple, les rangoli protègent la famille ou le lieu sacré.

Les dessins sont transmis de mère en fille. Certains sont très anciens et remontent à des centaines d’années. Des formes florales ou animales s’ajoutent parfois aux peintures, mais le pouvoir des rangoli tient à sa géométrie complexe. Il existe également différents styles de dessins qui varient d’une région à l’autre du pays. »

Voilà, chers enfants, pourquoi je tenais à vous souhaiter une bonne fête de Diwali, tout en regrettant de ne pas pouvoir vous envoyer ces si bonnes pâtisseries que chacun savoure ici avec beaucoup de bonbons et de ladoos, mais je suis sûre que vous êtes aussi gâtés dans vos maisons et que vous faites aussi de très beaux gâteaux.

Je vous fais de gros bisous très sucrés, en cette période de Diwali.

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “En route pour Rishikesh, sur les pas des Beatles”

Chers enfants,

Je ne sais pas si l’auto-stop marche bien en France, mais je suis très fière de Vishaal Henry, mon voisin de Kochi, qui a réalisé le tour de l’inde en 93 jours, faisant du stop avec tout ce qui peut rouler, du vélo au tracteur, sans oublier les camions Tata ou Ashok Leyland si joliment et artistiquement peints !!

Aujourd’hui je me suis intéressé à Rishikesh, ville située à près de 3000 kilomètres de chez moi. J’ai su que les Beatles, ces musiciens d’exception, ont séjourné dans cette ville qui se situe au pied de l’Himalaya.

Cette ville semble être un lieu très attrayant pour les yogis, on y vient du monde entier. L’éléphante que je suis, malgré ma corpulence et mes trois tonnes, est d’une grande souplesse et vous étonnerait du nombre de postures ou asanas que je suis en capacité de pratiquer.

Cependant mon cornac ne m’autorisera pas de lever la trompe pour faire du stop jusqu’à Rishikesh ; j’ai su qu’en voiture, il faut 51 heures, si tout va bien !! À pieds : 532 heures. J’ai donc renoncé.

J’ai su que Francis, l’un des membres du Conseil d’administration de vos Maisons, est allé en Inde en 1968, il en a gardé un souvenir enchanté.

Début 1968, les Beatles sont partis en Inde, à Rishikesh. Mon cher voisin Henri m’a envoyé pour vous un article racontant la venue de ces superstars dans mon pays.

En 1968, les Beatles se rendent en Inde pour un drôle de pèlerinage à l’ashram du Maharishi Mahesh Yogi avec leurs épouses et une vingtaine d’amis, dont Mia Farrow, Mike Love des Beach Boys, le flûtiste Paul Horn et Donovan Leitch, qui y compose Hurdy Gurdy Man. Un peu plus de cinquante ans plus tard, Rishikesh se souvient…

Afin de s’initier à la méditation transcendantale, les Anglais ont séjourné en 1968 dans un ashram de l’Himalaya. Ce fut le moment le plus créatif de leur histoire, avec la composition de 48 titres.

On se souvient du séjour prétendument mystique des quatre garçons en Inde, on comprend l’importance qu’a quand même eue ce périple dans leur musique, particulièrement dans la création du fabuleux Album blanc. Selon John Lennon, Paul McCartney et lui ont écrit une trentaine de chansons durant leur séjour de sept semaines. Plus une douzaine en solo pour Paul et six pour George Harrison, donc 48 au total. Il s’est agi de leur période créative la plus prolifique.

Cette expérience a mis l’Inde au goût du jour et toute la jeunesse rêvait de s’y rendre en chantant Hare Krishna comme George. Le monde s’est mis à porter des chemises aux couleurs exubérantes, à méditer les doigts joints et à sniffer de l’encens en écoutant Ravi Shankar. Une vraie révolution !

On m’a expliqué que George Harrison avait rencontré Ravi Shankar, un grand musicien indien, et qu’il a essayé d’apprendre à jouer de la sitar, ce merveilleux instrument de musique indien. Il a appris la musique orientale auprès de Ravi Shankar. Sous son impulsion, le groupe a décidé de se rendre en Inde.

Loin de la furie des fans et du bruit du monde, les Beatles partent se ressourcer à Rishikesh en février 1968, à une époque où l’Occident cherche son salut dans des messages de peace and love. Après le décès de leur manager Brian Epstein, ils décident de suivre les cours de méditation transcendantale de Maharishi Mahesh Yogi, un célèbre maître spirituel qui promet le bien-être et qui les invite dans son ashram. Quelques mois plus tôt, les Beatles avaient été initiés à ses pratiques en Angleterre, sous l’impulsion de George Harrison. Leur chanson Across the Universe scandait déjà Jai Guru Deva Om, un mantra de Maharishi. Ils sont cette fois prêts pour l’expérience indienne, qui aura un profond impact sur leur vie et leur musique. Ce sera la période la plus féconde de leur carrière, d’où naîtra un de leurs chefs-d’œuvre, le « White Album ».”

L’article suivant explique bien le trip indien des Beatles, très prolifique mais se terminant de façon abrupte, John Lennon n’appréciant pas le comportement du gourou Maharishi.

Il reste que le métissage de la musique indienne et la musique pop trouve ses racines dans cette démarche des Beatles.

“Love you too” en est un formidable exemple :

« Let it be » est un autre titre décrit comme prophétique, car 52 ans après leur séjour, la nature a pris le dessus :

« Let it be. » Prophétiques, les mots de Paul McCartney sont peints sur le mur d’une salle de méditation envahie par la végétation et les rayons du soleil. Avec le temps, les vitres des fenêtres ont volé en éclats, le toit a disparu et les peintures se sont écaillées. La nature a repris ses droits et des artistes graffeurs ont orné les crépis écaillés de graffitis et de peintures murales en hommage aux Beatles. Une beauté paisible et poétique enveloppe cet ermitage abandonné, qui s’étend sur 7,5 hectares et surplombe le Gange et la ville sainte de Rishikesh, sur les contreforts de l’Himalaya...”

Voilà, chers enfants, une très belle histoire qui a fait rencontrer des artistes, musiciens et chanteurs entre des cultures si différentes.

Beaucoup de jeunes et moins jeunes vont, à l’exemple des Beatles, prendre la route de l’Inde.

C’est un peu le voyage que nous faisons ensemble.

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila

Images de la restitution finale des créations de la Maison de la Danse avec la compagnie “Farid’o”

Ce 13 novembre, les enfants de la Maison de la Danse ont présenté avec Ludovic, membre de la compagnie Farid’o, les créations issues de ces trois mois de collaboration sous l’égide de Marine, professeure des ateliers de la Maison de la Danse, et de Farid, leader de la compagnie.

Un grand merci à Lisa, directrice du service Culture de la Communauté d’Agglomérations du Boulonnais (CAB) pour cette belle rencontre, programmée dans le cadre de la résidence de la compagnie Farid’o dans le Boulonnais.

Découvrez les images réalisées par Aurore, membre de l’équipe éducative de la Maison de la Danse :