Archives de catégorie : Rencontres inter culturelles

Lettre de Shila : “Médecin des arbres”

Chers enfants,

Je suis très heureuse de savoir que vous avez des cailloux très anciens, vieux de 360 millions d’années, que vous pouvez observer à la Crèche, près de Boulogne !! Que vous êtes chanceux !!

Pour moi, le caillou pointu m’a légèrement blessée, mais, comme je vous l’ai déjà expliqué, le médecin ayurvédique des éléphants m’a bien soignée et je peux déjà gambader.

Aujourd’hui je veux vous parler du soigneur ayurvédique qui soigne les arbres, c’est Jis, ma chère voisine, qui m’a expliqué le beau travail de Monsieur Binu Kottayam, instituteur, écologiste, passionné par les arbres blessés par la foudre ou attaqués par la maladie.

Jis l’a rencontré et l’a filmé avec son équipe de soigneurs :

Flétrissement, chancre, rouille, pourriture, brûlures, maladies pathologiques et fongiques – tout peut frapper un arbre dans notre localité. Que pouvons-nous faire d’autre que de le laisser mourir ? Avez-vous déjà pensé à tuer un homme simplement parce qu’il a une maladie ? Tout d’abord, nous devons nettoyer la zone touchée, la toucher avec amour et soin, puis appliquer le médicament, panser la plaie jusqu’à six mois avec un chiffon propre, et elles seront parfaitement guéries”.

Oui, vous avez bien entendu !

Binu Kottayam a prouvé que les arbres, même les plus grands qui ont plus d’un siècle et qui ont été affectés par des maladies, peuvent être ramenés à la vie en pratiquant le Vriksha Ayurveda (arbre Ayurveda).

Binu dit que la pratique n’est pas nouvelle et qu’elle a été suivie par quelques-uns il y a même 50 ans au Kerala.

Mais comment Binu Kottayam s’est-il embarqué dans cette mission ?

Saiva, Kanaapan, Chanakyan, Charakan et Kautilya ont écrit sur Vriksha Ayurveda. Dans le Mahabharata aussi, ce traitement est mentionné. Des livres en malayalam ont été écrits compilant toutes ces informations sur Vriksha Ayurveda. Je suis environnementaliste depuis plusieurs décennies, j’ai eu de la peine de voir des gens couper des arbres malades. Les arbres touchés par la foudre ont également été abandonnés et coupés, c’est à ce moment que j’ai commencé à découvrir Vriksha Ayurveda en 2010“.

Binu dit que les arbres ont une âme et une vie. C’est en 2014 que sa première tentative de traitement d’un arbre a eu lieu. Binu a traité le célèbre « Kovil Plavu », un jacquier dans l’enceinte du temple Ponkunnam Puthiyakavu Devi dans le district de Kottayam :

L’arbre avait environ 130 ans. Auparavant, les Tamouls des régions voisines du Tamil Nadu venaient ici pour cueillir l’énorme jacque de cet arbre. Il fallait deux personnes pour porter un jacque – les fruits étaient si gros et lourds ! Puis la foudre a frappé l’arbre et un côté de celui-ci a complètement brûlé. Les autorités du temple ont décidé de le couper. C’est à ce moment-là que je l’ai appris et que j’ai visité l’arbre“.

Binu Kottayam se souvient qu’il a demandé six mois aux autorités du temple pour essayer ce qu’il avait appris sur son premier « patient » pour soigner un second arbre malade :

Étape 1 : Binu croit que quiconque vit dans l’arbre devrait être nourri et qu’eux aussi devraient souhaiter la longue vie de l’arbre. Et ainsi, Binu gardait de la farine de riz sucrée sous l’arbre pour que tous les insectes, fourmis et oiseaux viennent la manger :

Etape 2 :Nettoyer la partie brûlée. Pour qu’un traitement ait un effet immédiat, il doit être fait avec amour et soin. Pour cet arbre, j’ai fait un mélange de lait et de bouse de vache, de poudre de foin, de ghee, de la rizière, du miel, de la banane et de la boue des habitats des termites. Ce mélange a été appliqué sur la partie affectée, puis j’ai utilisé un bandage en tissu pour sceller la zone “.

C’est vrai que Binu Kottayam est un personnage sympathique qui adore les arbres ; son amour manifesté par des soins très sophistiqués peut vous étonner, mais il est un exemple de l’attention que nous pouvons porter aux plantes. Les observer, les toucher, leur parler, voilà une démarche que, moi l’éléphante vivant à leur contact, j’apprécie beaucoup.

Chers enfants, je vous fais de gros bisous et faites bien attention aux arbres que vous rencontrez, en apprenant leur nom, par exemple, ils ont tellement de belles choses à nous apprendre.

Je vous souhaite de très belles vacances et vous retrouve le 2 novembre,

Shila

Lettre de Shila : “Allô Mars ? Ici ma Terre”

Bonjour chers enfants,

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, me dit que des fois vous jetez des cailloux. Moi, l’autre jour, j’allais sur un chemin pour aller brouter mes chères pousses de bambous, et j’ai marché sur un caillou un peu trop pointu au goût de ma patte. Ouille ouille ouille, satané caillou ! On se demande à quoi ça sert, c’est vrai, quoi : ça fait rien qu’à nous embêter.

Emmanuel m’a expliqué qu’il y a des personnes très sérieuses non loin de chez vous, non loin de chez moi, un peu bizarres, qui adorent étudier les cailloux.

Hum, mais pourquoi ils font ça ? En quoi un caillou pourrait être intéressant ? Et bien mes chers enfants, les cailloux peuvent nous raconter plein d’histoires, et ces curieuses personnes qui passent leur temps courbées pour regarder parterre avec des loupes et casser le caillou avec un petit marteau, sont les mieux placées pour nous raconter des aventures extraordinaires.

Du côté de chez vous, ces chercheurs de cailloux ont découvert que le sol bouge tellement sur les falaises, que des sols plus vieux remontent à la surface et remplacent des sols plus jeunes. Emmanuel me dit que cela se voit particulièrement bien sur la falaise au pied du fort de la pointe de la Crèche, quand vous sortez de Boulogne-sur-mer et qui vous longez la mer pour aller à la Maison du Sport du côté de Wimille. Des sols de 360 millions d’années sont à la surface de la falaise (vous pouvez même marcher dessus), alors qu’en principe ils devraient être recouverts par des sols de 200 millions d’années.

Mais qu’est-ce qui se passe à Boulogne, c’est extraordinaire !

Mon cher voisin Henri me dit que dans mon pays, les chercheurs de cailloux ont faite une découverte tout aussi sensationnelle : il existe un endroit où la composition du sol est la même que sur la planète Mars, alors que la distance entre la planète Terre et la planète Mars est d’un peu plus de 58 millions de kilomètres.

Je n’en reviens pas, j’ai l’impression que nous marchons comme des extraterrestres.

Mes chers enfants, moi l’éléphante philosophe, je me dis que ces voyages immenses dans l’espace et dans le temps ne serait-ce que lorsqu’on pose son pied pour avancer sont aussi beaux que les rêves de Monsieur Jules Verne.

Je comprends qu’il n’est pas la peine d’aller très loin pour être dépaysée : l’aventure commence dès que nous déambulons dans notre petit chez soi.

Vive la curiosité, vive la découverte.

Je vous embrasse très fort,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Le Banian de Howrah à Calcutta”

Chers enfants,

Je suis sûre que ma lettre sur mon arbre, mon ami, vous a convaincu de l’importance de l’arbre pour nous tous, êtres vivants, humains et éléphants.

Je suis triste lorsque mon cornac me fait transporter des troncs d’arbre, car, même s’il s’agit de renouveler des plantations, j’ai du mal à penser à ces arbres tronçonnés.

Aujourd’hui je vais vous parler du Banian de Howrah à Calcutta. C’est un arbre de la famille des figuiers, âgé de 250 ans qui, à lui seul, ressemble à une petite forêt de 15000 mètres carrés.

Il ne cesse de s’étendre, grâce à ses racines aériennes, qui ressemblent à des trompes d’éléphants ; c’est un peu ma vision d’éléphante qui me fait penser à cette image. Mon cher voisin Henri a trouvé pour vous un article qui raconte cet arbre incroyable :

Le Banian de Howrah, l’arbre gigantesque qui ressemble à lui seul à une forêt.

Dans l’est de l’Inde, il existe un arbre singulier qui a l’étonnante particularité de faire la taille de deux terrains de football. Véritable richesse naturelle, le grand “Banian de Howrah” constitue l’attraction phare de la ville de Howrah.

De loin, on pourrait croire qu’il s’agit d’une vaste forêt et pourtant, il n’en est rien. Dans une région lointaine, il existe un arbre exceptionnel, unique en son genre. Sa particularité ? La surface qu’il occupe. À lui seul, le grand Banian de Howrah s’étend sur environ 14.500 mètres carrés, le faisant passer pour une vraie forêt.

Situé dans la région du Bengale Occidentale dans l’est de l’Inde, l’arbre vieux de plus de 250 ans est un véritable bijou de la nature et l’attraction phare de la ville de Howrah. Inscrit au Guinness des records, le grand Banian de Howrah n’est ni plus ni moins l’arbre le plus large du monde. Et pour cause, ses mensurations laissent sans voix !

En effet, ce figuier du Bengale présente une circonférence de 412 mètres pour un diamètre de 131 mètres. Il faut aussi compter ses 3.511 racines aériennes qui touchent le sol et se confondent avec des troncs d’arbres. Mais il suffit de pénétrer dans la vaste zone verdoyante pour s’apercevoir qu’il ne s’agit pas d’une vraie forêt.

Là-bas, les racines s’entremêlent comme un vaste réseau, donnant une impression insolite à tous ceux qui arpentent le territoire de l’arbre Ficus benghalensis, parfois surnommé “figuier étrangleur” pour sa capacité à “étouffer” les autres arbres qui se trouvent sur son chemin.

Un arbre résistant.

Il a beau être le plus large du monde, sa résistance est aussi à la hauteur de sa réputation. En effet, le Grand Banian a survécu à deux cyclones en 1884 et 1886, une maladie causée par un champignon virulent, mais aussi à la foudre. Touché en 1925 par un éclair, l’arbre s’est vu se faire enlever son tronc principal. Cependant, ses milliers de racines aériennes ont soutenu les branches principales indépendantes du tronc.

Suite à cette série d’événements catastrophiques, l’arbre a tout de même survécu et continué à croitre. Aujourd’hui, sa splendeur est rayonnante et en fait un véritable atout touristique. Principale attraction du Jardin botanique de Howrah, il est admis que l’arbre existait avant sa construction en 1787. Plusieurs ouvrages datant du XIXe siècle font mention de cette arbre spectaculaire.”

Le banian est un arbre qui a beaucoup d’importance en Inde, dans l’hindouisme et le bouddhisme, on l’appelle arbre de Bodhi, arbre de la sagesse, arbre de la connaissance… On le trouve fréquemment planté devant les temples. Au-delà de l’histoire sacrée, le banian est en plus un arbre intriguant : pour se développer, il a besoin d’un autre arbre. Ce dernier va lui servir de tuteur et, peu à peu, il va l’entourer et le faire totalement disparaître. D’où son autre nom en Inde de figuier étrangleur !!

Je tenais, chers enfants, à vous parler de cet arbre si particulier qui ressemble à une forêt et dont l’histoire est étonnante. Il a réussi à survivre malgré les attaques de la maladie, des cyclones et du tonnerre, c’est un formidable exemple de vie.

Certains arbres cependant sont plus fragiles et demandent une attention particulière et des soins. Jis m’a dit que des soins de médecine ayurvédique leur sont apportés. Je vous expliquerai cela dans une prochaine lettre.

En attendant, je vous fais de gros bisous et vous dis de prendre soin de vous.

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “La Maison qui vole”

Bonjour chers enfants,

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, me dit que parfois vous pouvez vous ennuyer dans votre chambre.

Je comprends très bien ce sentiment : moi aussi je peux m’ennuyer, attendant mon cornac qui ne vient pas. Je mange des pousses de bambous que mon cornac la veille m’a amenées, mais je m’embête :

Du coup, je rumine.

J’aimerais qu’il arrive autre chose dans ces moments d’ennuis, mais je ne sais quoi faire. Je me dis qu’il en est de même pour vous.

Moi, l’éléphante philosophe, je me dis qu’être gagné par le sentiment d’ennui est une question très importante. Je vois bien que mes amis animaux domestiqués éprouvent souvent le même sentiment ; nous attendons quelque chose de quelqu’un qui nous est familié, qui pourtant ne vient pas, et cela nous agace.

Peut-être est-ce dû au fait que nous sommes domestiqués, que nous vivons vous et moi dans un endroit contrôlé ?

J’en ai parlé à Emmanuel, qui m’a dit qu’effectivement il y avait un lien fort entre l’ennui et le fait de devoir habiter quelque part. Emmanuel m’a conseillé d’écouter Monsieur Jean-Paul Demoule, qui réfléchit beaucoup pour vous car il est membre de votre Conseil scientifique : d’après Monsieur Demoule, il y a depuis des milliers d’années une relation entre le fait d’habiter quelque part et le fait d’être frustré car empêché de faire ce qu’on veut, de se sentir confiné.

Je me demande s’il pourrait exister une solution qui permette de vivre quelque part, tout en allant où on veut, et du coup ne pas s’embêter.

Emmanuel me dit qu’à un peu plus de 100 kilomètres de vos Maisons existe une Maison extraordinaire ; c’est à Amiens, et c’est la Maison de Monsieur Jules Verne. Dans cette maison où il habitait, et qui n’est pas loin de chez vous, Monsieur Verne rêvait pour aller partout dans l’univers, dès qu’il le voulait.

Vous connaissez peut-être ses romans, pour ses plus célèbres : Le tour du monde en 80 jours, Vingt-mille lieues sous les mers.

Moins connu des livres de M. Verne, me dit Emmanuel, La Maison à vapeur : l’histoire d’un prince de mon pays très âgé qui s’ennuie dans son palais, et qui demande à un ingénieur anglais de trouver une solution le plus vite possible.

Que pensez-vous que l’ingénieur inventa ? Et bien il a proposé au prince une Maison qui vole dans le ciel. Chers enfants, je pense que cet ingénieur a trouvé la solution à votre ennui et au mien (mais hélas ce n’est qu’une histoire inventée par Monsieur Jules Verne).

Saurez-vous inventer pour de vrai la Maison qui vole ? Un vieux Monsieur japonais a rêvé cette maison et a fait un dessin animé, et tout le monde est allé voir son film. Des américains ont aussi rêvé cette Maison qui vole ; aussi grand succès.

Dans vos plans pour inventer cette maison, merci de prévoir une place pour l’éléphante Shila ; j’aimerais tellement faire les voyages avec vous.

Gros bisous les enfants,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Mon arbre, mon ami”

Bonjour chers enfants,

Comment allez-vous ? Emmanuel, l’ami de mon chez voisin Henri, me dit que vous marchez en forêt pour profiter des belles journées dès que la pluie enfin cesse.

C’est un beau moment que de marcher entre arbres et plage, j’espère que vous savourez chaque pas. Ici, au Kerala, nous avons aussi de magnifiques rivages, avec des arbres qui virevoltent au gré du vent. C’est enchanteur.

Et puis quand je viens travailler avec mon cornac dans les forêts, je vois aussi des arbres majestueux : j’aime bien les contempler.

Emmanuel m’a dit que Monsieur Patrick Bourdet, votre parrain d’association, a vécu souvent dans son enfance dans la forêt car sa Maman l’avait décidé, et qu’un arbre (un chêne) sur le chemin de l’école était pour Monsieur Bourdet chaque jour le moment où il s’arrêtait pour lui faire un calin, qu’il ne pouvait pas avoir avec sa mère.

Les arbres sont des êtes incroyables. Vous connaissez cette fleur de mon pays, qui ne fleurit que chaque douze ans. C’est extraordinaire.

Et bien nos amis les arbres ont aussi des histoires hors du commun à vous raconter. Emmanuel m’a envoyé pour vous un article qui resence leurs plus grands exploits, que ce soit dans le Monde bien loin de vous, ou juste à côté de chez vous :

Arbres les plus vieux :

Baobab 5.150 ans. Cèdre japonais (Cryptomera) 5.200 ans. Châtaignier commun900 à 1.000 ans. Chêne 4.000 ans. Chêne-liège 250 à 500 ans. Cyprès 1.970 ans. Frêne commun 250 à 275 ans. Ginkgo 3.000 ans sur le Mt Fulaï. If 3 000 ans. Larrea tridentata 11.700 ans. Olivier (avec souches recépées) 2 000 à 4 000 ans. Peuplier noir 500. Pin Huon 10.000. Pinus longaeva (pin brestlecone) 4 900 environ (vie potentielle 5 500 ; record 5 100 au Nevada, encore vivant : le ” Mathusalem “, 4.700 ans en Californie). Pinus aristata 4 600 ans. Platane 800 ans. Poirier 700 ans. Rosier 1.100 ans. Séquoia géant 2.000 ans. Tilleul 400 ans. Grande-Bretagne : chêne près de Nottingham où Robin des Bois et ses compagnons avaient l’habitude de se cacher, 800 ans.

Arbres les plus vieux de France :

Aubépines : 1 700 ans (St-Mars-sur-la-Futaie, Mayenne).

Buis : 400 ans (Combe-de-Chambolle, C.-d’Or).

Cèdres : 200 ans (Orléans, Loiret ; St-Just, L.-et-G.).

Châtaigniers : millénaires (Abbaretz, Loire-Atlantique, circonférence 10,6 m ; Gange, Gard ; Vico, Corse) : 1 000 ans (Neuillé, M.-et-L. : St-Cernin-de-l’Herm. Dordogne ; Sancerre, Cher).

Chênes : 2 500 ans (Pessines, Ch.-M.) : 2 100 ans (Allouville, S.-M.) ; 15 m de circonférence, hauteur 25 m, contient 2 chapelles depuis 1696, refaites en 1851 ; 2 000 ans (St-Sulpice-le-Verdon, Vendée ; Villedieu-la-Blouère, M.-et-L.) ; 1 000 ans (Beauval-en-Caux, S.-M.) ; chêne des partisans (Vosges) 18 m de circonférence au niveau des racines, 9,8 m à 2,3 m du sol, 32 m de hauteur : 1 000 ans (St-Pardoux, Deux-Sèvres, circonférence 11,3) ; millénaires (Bulat-Pestivien, Côtes-d’Armor) ; 850 ans (St-Avold, Moselle) ; 800 ans (St-Jeannet, ans-M. ; St-Vincent-de-Paul, Landes, circonférence 12,5) ; 750 ans (St-Jean-de-Compiègne, Oise) ; 700 ans (St-Ouen-les-Parey, Vosges ; Beauvardes, Aisné) ; 600 ans (forêt de Sénart, Essonne ; St-Aubin-de-Blaye, Gironde ; forêt de Bon-Secours. Nord ; Itary Pyr.-Atl.). 500 ans (La Lambonnière de Pervenchères, Orne). 450 ans chêne de Jupiter (Ile-de-Fr.).

Chênes-lièges : millénaires (La Londe-les-Maures, Var).

Chênes verts : 1 000 ans (Talmont-St-Hilaire, Vendée) ; 350 ans (Médis, Ch.-M.).

Cyprès : 600 ans (Montigny, Normandie).

Figuiers : 370 ans (Roscoff, Finistère).

Ginkgo biloba : 300 ans (Tours, I.-et-L.) ; 200 ans (Nancy, M.-et-M.).

Hêtres : millénaires (Verzy, Marne) ; 500 ans (Frémestroff, Moselle) ; 270 ans (Marchaux, Doubs).

Ifs : 1 600 ans (Estry, Calvados, circonférence 12 m) ; 1 500 ans (La Haye-de-Routot, Eure) ; 1 400 ans (Vigeois, Corrèze) ; 1 200 à 1 500 ans (La Lande-Patry, Orne) ; 1 200 ans (Gisors, Eure) ; millénaires (Lalacelle, Orne ; Pommerit-le-Vicomte, Côtes-d’Armor ; St-Ursin, Manche) ; 900 ans (Bertric-Burée, Dordogne) ; 800-900 ans (La Lande-Patry, Orne) ; 800 ans (La Motte-Feuillie, Indre).

Magnolias : 230 ans (Nantes, Loire-Atlantique).

Micocouliers : 500 ans (Aix-en-Prov., B.-du-Rh.).

Oliviers : 2 000 ans (Roquebrune-Cap-Martin, ans-M.) ; millénaires (Nyons, Drôme ; L’Union, Hte-G.).

Ormes : [1 000 ans (Cassignas, L.-et G., mort 1985)] ; 700 ans (Roquefixade, Ariège).

Peupliers : 200 ans (Gourville, Charente, ” Arbre de la Liberté ” planté 1789).

Peupliers noirs : 500 ans (Montpellier-de-Médillan, Ch.-M.).

Pins parasols : 400 ans (Dunes, T.-et-G. : Geay, Ch.-M.).

Platanes : 500 ans (Marseille, B.-du-Rh.) ; 300 ans (St-Guilhem-le-Désert, Hérault).

Poiriers : 200 ans (Argoules, Somme).

Pommiers : 200 ans (Jullouville, Manche).

Le Robinier acacia (408 ans en 2000) du square Viviani face à Notre-Dame est le plus vieil arbre de Paris.

Saules pleureurs : 300 ans (Marseille, B.-du-Rh.).

Tilleuls : 1 700 ans (Estry, Calvados) ; 1 300 ans (Bergheim, Ht-Rh.) ; millénaires (Avolsheim-Dompeter, B.-Rh.) ; 700 ans (Autrechine, Territoire de Belfort) ; 562 ans (Samoens, Hte-Savoie), 521 ans (Ivory, Jura).

Plante la plus vieille : buisson de houx Lomatia tasmania de Tasmanie (Australie) 43.000 ans.

Arbres :

Le plus élevé : l’Abies squamata pousse jusqu’à 4 600 m. Ermania himalayensis et Ranunculus lobatus trouvés en 1995 à 6 400 m d’alt., mont Kamet (Inde).

Les plus grands : Sequoia sempervirens ” Paradox Tree ” 112,47 m et pin de Douglas 100,27 m (Californie, USA). Eucalyptus regnans 95 m (Tasmanie, Australie) ; un spécimen tombé en 1872 en Australie aurait atteint 132,6 m. Eucalyptus sempervirens 92 m (Portugal, 1972). Fromager (Ceiba pentandra) de 70 m (Java). France : 3 Sapins pectinés plantés vers 1694 : 47 m, 51 m et 52 m (Russey, Doubs). Platane avenue Foch (Paris) 42 m.

Le plus petit : le saule arctique ou herbacé : 2 cm (visible en haute montagne) pousse jusqu’à 83o de lat. Nord (ainsi que le pavot jaune).

Les plus gros troncs : Castanea sativa “châtaignier aux 100 chevaux ” (Sicile), châtaignier ayant entre 3 600 et 4 000 ans, avait 57,9 m de circonférence en 1780 (détruit en partie par les intempéries, il est fendu en 3 parties et mesure aujourd’hui environ 51 m). Certains baobabs (Adansonia digitata) pourraient mesurer 43 m de circonférence Le banian peut avoir plus de 350 gros troncs et 3 000 petits ; Calcutta (Inde), figuier banian : 412 m de circonférence. Le cyprès de Santa Maria del Tula (Mexique), d’environ 1 000 ans : 34,25 m. France : platane d’Orient (de 7,05 m de circonférence au parc Monceau, Paris).

Le plus volumineux : de tous les temps : Arbre de Lindsey Creek, séquoïa au tronc de 2 549 m3 de volume, 3 300 t, déraciné lors d’une tempête en 1905 ; encore vivant : séquoia géant ” General Sherman ” (Calif., USA) hauteur 84 m, circonférence 31,3 m. 2 000 t.

Spécimens uniques : palmier de l’île Maurice (Hyophorbe amaricaulis) au jardin botanique : Caféier de l’espèce Ramosmania heterophylla, 13 cm au jardin botanique royal de Londres (1 ou 2 pieds sauvages à l’île Maurice en 1989).

Bois :

Le plus lourd : l’Olea laurifolia ou sidéroxylon (Afrique du Sud) : 1 490 kg/m3 , ne flotte pas.

Le plus léger : Aeschynomene hispida (Cuba) : 44 kg/m3 . Balsa : 40 à 380 kg/m3 . Liège : 240 kg/m3 .

Croissance :

La plus rapide : l’Albizia falcata (arbre voisin des acacias) planté 1975 en Malaisie a atteint 30 m en 5 ans et 4 mois. Un spécimen d’Hesperoyucca whipplei a grandi de 3,65 m en 14 jours en 1978 dans les îles Sorlingues. Certains bambous poussent de 91 cm par jour (4 cm/h), et peuvent atteindre 30 m en 3 mois.

La plus lente : Puya raimondii, sa panicule apparaît au bout de 80 à 150 ans. Les bousaïs atteignent 30 cm au bout de 98 ans (tronc : 2,5 cm de diamètre). Un Dioon edule de 120 ans mesure 10 cm. Fitzroya (Chili) peut atteindre 60 m, 3 m de diamètre et 2 000 ans, mais mesure à peine 20 m à 300 ans.

Feuilles :

Les plus grandes : Raffia ruffia (îles Mascareignes) et Raphia taedigera ou palmier d’Amazonie (Amérique du Sud et Afrique) : jusqu’à 20 m. Victoria regia (nénuphar, découvert en Guyane britannique 1837) : jusqu’à 2 m de diam. Bananier : 6 m de long, 1 m de large (exceptionnel).

Arbres ayant le plus de feuilles : cyprès : 45 à 50 millions (aiguilles). Chêne : 250 000 environ.

Haies :

Hêtres (Écosse) : haut. 26 m, long. 550 m, plantée en 1746. Ifs (parc de lord Bathurst. G.-B.) : haut. 11 m, épaisseur 4,50 m. Buis (Offaly, Irlande) : haut. 11 m, plantée au XVIIIe s.

Racines :

Les plus profondes, celles d’un figuier sauvage du Transvaal (Afrique du Sud) : 120 m. Un orme anglais : 110 m. Un seul plant de seigle d’hiver (Secale cereale) peut avoir 623 km de minuscules racines dans 0,05 m3 de terre.

La plus étendue, celle d’un tremble du Canada (Populus tremuloides ), 43 ha et 6 000 t, dans l’Utah (USA).”

Tout cela m’impressionne, ouille ouille ouille ; je suis très grande mais n’arriverais jamais à dépasser le plus grand arbre des arbres, je peux espérer vivre jusqu’à 80 ans mais serais bien loin du plus vieil arbre de tous les arbres, je fais plein de kilomètres pour aller travailler avec mon cornac mais ne serais jamais aussi aller loin que l’arbre le plus étendu de la Terre.

Mes chers enfants, que les arbres sont des personnes remarquables ! N’hésitez pas à leur parler, à les toucher lors de vos randonnées. Ils sont parmi les êtres les plus sages pour nous conseiller à propos de l’aventure de la vie.

Je vous embrasse très fort,

A demain chers enfants,

Shila

Lettre de Shila : “Aurangzeb, dernier empereur moghol”

Bonjour les enfants,

Je sais que vous êtes très occupés par vos nombreuses activités scolaires, culturelles et par la vie dans vos Maisons. Jis, mon amie et voisine me demande de vous faire de gros bisous, elle a repris son activité de chercheure et d’écologiste ; elle continue à suivre nos échanges.

Aujourd’hui je vais vous parler du dernier empereur moghol, Aurangzeb, qui a règné de 1656 à 1705.

Il a mis en prison son père Shah Jahan, qui a fait construire le Taj Mahal, ce mausolée classé au patrimoine mondial de l’humanité, dont je vous ai parlé hier. De sa prison, au fort rouge d’Agra, où il a passé les huit dernières années de sa vie, Shah Jahan pouvait voir le Taj Mahal où repose son épouse, Mumtaz Mahal.

Il faut dire que la succession, dans l’empire moghol, était violente ; Aurangzeb a lutté contre ses frères qu’il a vaincus puis fait exécuter !! Voici l’histoire, racontée pour vous par mon cher voisin Henri :

En 1657 Shah Jahân tombe malade sérieusement. Ses fils commencèrent à se déchirer. Shâh Shuja décréta l’indépendance du Bengale, alors que Murâd Baksh fit de même pour le Goujerat. Aurangzeb, lui attaqua directement l’héritier Dârâ Shikôh, s’opposant de fait à son père. Les troupes du fils prirent le dessus sur celle du père qui fut fait prisonnier, au fort rouge d’Agra. Il y passa les 8 dernières années de sa vie, avec une vue sur le Taj Mahal. Son frère ainé, Dârâ Shikôh, eut encore moins de chance. Il dut fuir chez un ami, Malik Jiwan, un chef baloutche, mais ce dernier le livra à Aurangzeb qui l’humilia à travers la ville. Il fut décapité rapidement. Pendant ce temps les forces d’Aurangzeb attaquèrent le Goujerat et capturèrent Mûrad Baksh, qui fut lui aussi exécuté. Le dernier des frères, Shâh Shujâ, fut le seul à pouvoir s’enfuir. Il périra dans la jungle birmane quelques temps plus tard.

C’est ainsi qu’Aurangzeb, sixième empereur moghol, monta sur le trône.”

J’aurais pu éviter de vous parler de cette page de l’histoire de mon pays, chers enfants, car c’est une histoire de querelles et de violences sous le règne controversé d’Aurangzeb. Henri m’a expliqué plus longuement cette triste querelle, car comme pour le bébé buffle, j’avais du mal à comprendre :

Aurangzeb est un musulman orthodoxe, adepte des interprétations les plus conservatrices du Coran. Il s’oppose en particulier à une certaine forme de soufisme, un courant mystique de l’islam qui remporte un grand succès en Inde et qu’il considère comme hérétique. Alors que ses prédécesseurs avaient été des mécènes assez éloignés de l’islam traditionnel, qui avaient permis l’apparition d’un art de la miniature très élaboré atteignant son apogée avant son règne, son rigorisme religieux va entraîner la décadence de cette forme d’art typiquement islamo-indien. L’islam ne tolérant pas la musique, il bannit de la cour musiciens, danseurs et chanteurs.

Il encourage la destruction des sculptures dans des temples hindous, abattant d’ailleurs un grand nombre de ceux-ci, en particulier à Vârânasî (il rasa et pilla tous les temples hindous), Mathurâ et Ayodhyâ, construisant sur leur emplacement des mosquées en réutilisant les matériaux, créant ainsi des problèmes intercommunautaires qui subsistent jusqu’à nos jours. À la différence de ses prédécesseurs plus tolérants, il restaure la djizîa envers les non-musulmans, majoritaires. Il a interdit aussi la pratique de la satî dans tout l’empire.

Sous Aurangzeb, me dit Henri, se termine l’empire des grands moghols, laissant la place à un nouvel empire qui va durer plus de deux siècles : l’empire britannique. Que d’empires ! Mais c’est quoi au fait un “empire” ? Henri m’a envoyé pour vous un article qui raconte comment nous pouvons être dominés par quelques-uns qui imposent leur force.

Mes chers enfants, cette page d’histoire nous enseigne que rien n’est définitivement gagné ; le dialogue, qui prévaut à une époque pour construire une société pluraliste, où tout le monde peut faire entendre sa voix, est une conquête de tous les jours.

Je vous fais de gros bisous et vous dis de prendre soin de vous.

A lundi,

Shila

Lettre de Shila : “Le Taj Mahal”

Bonjour les enfants,

Je crois comprendre que le dialogue est un apprentissage de tous les jours. Dans le passé très lointain du sage Ashoka, comme à l’époque du grand moghol Akbar, la discussion, l’échange verbal ont permis à des gens très différents de dépasser leurs vision du monde et de vivre ensemble dans le pluralisme.

L’empereur moghol Akbar avait de nombreuses épouses, mais son épouse principale était de religion hindoue, alors que lui était de religion musulmane.

Jodha Bai, princesse rajpoute, mariée contre son gré à l’empereur moghol pour sauvegarder la sécurité de son royaume mais, petit à petit, elle va en tomber amoureuse. Disciple de Shiva, elle impose à l’empereur de lui offrir un temple au sein du palais et favorise son ouverture aux traditions hindoues. De ce fait, la princesse Jodhaa Bai incarne une figure clé de l’histoire de l’Inde, bien que son rôle précis fasse encore débat chez les historiens.

Leur fils Jahangir a régné de 1605 à 1627, puis c’est ensuite le petit fils Shah Jahan qui a occupé le trône.

Shah Jahan est très connu par la réalisation du Taj Mahal, dont je suis sûre que vous connaissez la représentation, puisque c’est une merveille du monde. C’est un mausolée qu’il a fait construire en mémoire de son épouse Mumtaz Mahal. Mon cher voisin Henri m’a envoyé pour vous la belle histoire de cette merveille visitée par d’innombrables personnes venues du monde entier :

 “Le Taj Mahal

Immense mausolée funéraire de marbre blanc édifiée entre 1631 et 1648 à Agra sur l’ordre de l’empereur moghol Shah Jahan pour perpétuer le souvenir de son épouse favorite, le Taj Mahal, joyau le plus parfait de l’art musulman en Inde, est l’un des chefs-d’œuvre universellement admirés du patrimoine de l’humanité.

Valeur universelle exceptionnelle :

Le Taj Mahal se dresse sur la rive droite de la rivière Yamuna, au cœur d’un immense jardin moghol de près de 17 hectares, situé dans le District d’Agra, dans l’État de l’Uttar Pradesh. Édifié sur l’ordre de l’empereur moghol Shah Jahan en mémoire de son épouse Mumtaz Mahal, ce monument, dont la construction a commencé en 1632, a été achevé en 1648. La mosquée, le pavillon des invités et l’entrée principale au sud, de même que la cour extérieure et ses cloîtres, y ont été ajoutés ultérieurement et achevés en 1653. La présence de plusieurs inscriptions historiques et coraniques en caractères arabes a facilité l’établissement de la chronologie du Taj Mahal. Maçons, marbriers, mosaïstes, sculpteurs, peintres, calligraphes, bâtisseurs spécialisés dans l’édification de dômes et autres artisans venus de l’ensemble de l’empire, ainsi que d’Asie centrale et d’Iran, ont été réquisitionnés pour participer à la construction du Taj Mahal, sous les ordres de son principal architecte, Ustad-Ahmad Lahori.

Le Taj Mahal est considéré comme le plus grand joyau architectural de l’art indo-islamique. Sa beauté architecturale reconnue repose sur une combinaison rythmée de pleins et de vides, d’éléments concaves et convexes, d’ombres et de lumières, où les arcs et les coupoles en rehaussent l’aspect esthétique. La polychromie de parterres d’un vert éclatant qui bordent des allées aux teintes rougeâtres sous un ciel d’un bleu lumineux met en valeur les changements constants de tonalités et de nuances que prend le monument. Les sculptures en marbre avec incrustations de pierres précieuses et semi précieuses confèrent à l’édifice toute son originalité.

Cette histoire d’amour d’un empereur pour sa femme est exceptionnelle.

Je suis très fière de l’histoire de mon grand pays, même si je suis consciente qu’elle fait l’objet de critiques, comme ma l’a indiqué Henri.

Le Taj Mahal, merveille de marbre blanc reste un emblème de l’Inde né d’un chagrin d’amour et qui reçoit 6 millions d’amoureux chaque année. Sauf en 2020 à cause du satané virus. Mais je suis si heureuse, chers enfants de vous le faire visiter par mon petit courrier du jour.

Je vous fais de gros bisous et continuez à prendre soin de vous.

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “L’empereur moghol Akbar”

Bonjour les enfants,

Je sais que vous allez bien et que vous respecter bien les consignes pour vous protéger du virus qui nous a changé notre vie chez vous comme chez moi au Kerala et partout dans le monde.

Je sais que vous avez repris vos activités, à l’école comme dans les maisons avec vos activités culturelles.

Je vous ai emmenés loin dans l’histoire très ancienne de mon pays, où au troisième siècle avant notre ère, l’empereur Ashoka, après sa victoire dans le nord de l’Inde, visitant le champ de bataille et voyant les cadavres des humains et des animaux (beaucoup de chevaux et d’éléphants massacrés), a décidé d’en finir avec la violence. Il a prôné la non violence et a décidé aussi de protéger les animaux.

Aujourd’hui je vais vous emmener un peu moins loin, à la rencontre de l’empereur moghol Akbar, qui fait partie, comme Ashoka, des empereurs ambitieux et énergiques qui s’employèrent inlassablement à à rassembler les morceaux d’un pays dont ils pressentaient l’unité.

Mon cher voisin Henri a trouvé pour vous un article qui raconte la vie d’Akbar :

Jalâl ud-Din Muhammad Akbar, en persan Galāl Ud-Dīn Muhammad Akbar, (Umarkot, 14 octobre 1542-Âgrâ, 15 octobre 1605) dirige l’Empire moghol de 1556 jusqu’en 1605. Il est généralement considéré comme le plus grand Moghol.

Il est avant tout un guerrier.

En 1556, il succède à son père Humayun à la tête du petit royaume musulman que ce dernier a regagné à la fin de sa vie après son exil en Perse. Il est âgé alors de 14 ans et son tuteur Bairam Khân va assurer sa régence. Grâce à son aide et celle de ses troupes, Akbar remporte, la même année, la bataille de Pânipat sur les troupes au service des Afghans du Bihar.

Il décide en 1560 de se libérer de la tutelle de Bairam Khân et met fin à sa régence. Ce dernier n’ayant pas accepté son éviction se rebelle, mais est rapidement écrasé. Dorénavant, Akbar règne en maître incontesté sur le nord de l’Inde.

Akbar agrandit son empire en faisant la conquête du Goujerat en 1573, du Bengale en 1576, du Sind en 1590, de l’Orissa en 1592 et du Balouchîstân en 1594. Au décès de son frère Hakîm, roi de Kaboul, en 1585, il hérite du Cachemire. Il se lance ensuite à la conquête du sud de l’Inde

Mais il est aussi un réformateur et un mécène, quoiqu’il soit illettré.

Pourtant il montre un grand talent d’administrateur et continue le travail de réorganisation commencé par Sher Shah Suri, qui avait chassé son père hors de l’Inde. Il divise son territoire en 15 provinces, avec à la tête de chacune un gouverneur militaire, le Nawâb Nazîm, et un administrateur civil, le Dîwân qui en contrôle les finances. Il établit un impôt sur les terres agricoles correspondant au tiers de la valeur de la récolte. Tolérant en matière de religion, il abolit, en 1563, la jiziya, l’impôt levé en terre d’Islam sur les non-musulmans, les taxes sur les pèlerinages, épouse une princesse hindoue et accueille des hindous dans son administration et ses armées, ce qui lui entraînera des alliance avec les royaumes Rajpoutes.

Bien que musulman, il met en doute l’origine divine du Coran, et recherche un syncrétisme, comme le poète Kabîr 150 ans auparavant, qui lui semble plus près d’une religion vraie. Pour ce faire, il rassemble autour de lui des représentants de diverses religions, envoyant même chercher des jésuites à Goa. De ces recherches, il tire, en 1581, une religion appelée Dîn-i-Ilâhî ou religion de la lumière, qui tente d’unifier le Coran, la Bible et les textes hindous. Il autorise à nouveau la construction de temples hindous mais interdit la satî, le suicide des veuves. Il reste d’ailleurs très proche de son héritage chamanistique pré-islamiste et aura toute sa vie des transes et des visions qui feront douter son entourage de sa santé mentale. Pour fêter sa victoire sur le Goujerat, il ordonne la construction (1569-1576) d’une nouvelle capitale à Fatehpur Sikri, près d’ Agra, où il fait créer un nouveau style architectural mélangeant les influences musulmanes et hindoues. Elle sera abandonné en 1586 au profit de Lahore, plus près de régions instables. Il attire des peintres en miniatures persans.”

Un grand économiste et penseur indien, Amartya Sen parle d’Akbar et de son apport à l’Inde son grand pays :

Les débats intercommunautaires organisés par Akbar à la fin du XXIème siècle présentent deux particularités distinctives : l’acceptation de la pluralité (une multitude de croyances et de convictions étaient représentées), d’abord, et l’attachement au dialogue (l’insistance visionnaire d’Akbar sur la nécessité de faire en sorte que les représentants de religion différentes se rencontrent et conversent en témoigne), ensuite. Ces deux traits sont les caractéristiques indissociables de toute compréhension riche et intégrée de ce pays socialement si diversifié que l’Inde constitue.”

L’histoire de mon pays m’intéresse beaucoup, chers enfants, et je suis très fière que l’unité de mon pays a été construite depuis longue date par des hommes comme Ashoka et Akbar qui prônaient le dialogue, avec ses règles, l’acceptation de la pluralité, en vérités !!

Mon grand pays, comme je vous en ai parlé hier, est immense et ses frontières restent controversées : comment savoir exactement aujourd’hui où l’Inde finit et où la Chine commence !!

Je continuerai à vous promener un peu dans l’histoire de mon pays et vous parlerai du fils d’Akbar et de son petit fils qui a fait construire le Taj Mahal.

Je vous fais de gros bisous et continuez à prendre soin de vous.

A demain,

Shila

Lettre de shila : “Se parler plutôt que de se battre : l’histoire du bébé buffle”

Bonjour les enfants,

Comment allez-vous depuis hier ?

Emmanuel, ami de mon cher voisin Henri, me dit que vivre dans une maison d’enfants, ça peut être compliqué, car il faut composer avec plein d’enfants qui des fois ne sont pas d’accord avec vous, des fois sont en colère et s’en prennent à vous sans raison. Je sais par mon voisin Henri et son ami Emmanuel qu’heureusement les adultes qui vivent avec vous interviennent pour arrêter ces différents.

Moi aussi, chers enfants, je vois bien que parfois les animaux sont pris à partie par d’autres animaux alors que rien ne justifie cette agression :

Je ne comprends pas pourquoi les buffles sont attaqués par les lionnes, je ne comprends pas pourquoi dans cette bataille le bébé buffle qui tombe à l’eau est à son tour attaqué par les crocodiles. J’aime bien à la fin du film quand le peuple buffle vient sauver le bébé, mais je trouve que rien n’est résolu.

Jis, ma copine, m’a expliqué que le film raconte que les peuples animaux se bataillent souvent pour des questions de territoire ; il est dangereux aux buffles de venir boire dans l’eau du lac, même s’ils ont très soif, car c’est là qu’habitent les crocodiles, c’est là que vivent les lionnes.

Moi, l’éléphante observatrice, je me dis que ces conflits de territoire concernent tout le monde : animaux, humains.  Ma sœur sauvage a eu le malheur de venir manger des ananas car elle avait faim, et les humains qui les cultivaient ne voulaient pas que ces ananas qu’ils cultivent jour après jour soient consommés par un animal venu de la forêt :

Du côté de l’Himalaya, pays de l’une des mamans de Ganesh, cet Eté il y aussi eu de graves batailles entre humains ; indiens d’un côté, chinois de l’autre, et tout cela pour des montagnes désertiques où il ne fait vraiment pas bon vivre de toute façon.

Tout cela m’attriste : est-ce que nous les animaux, vous, les humains, pouvons vivre sans se faire du mal malgré nos différences à propos de ce que nous considérons notre besoin vital ? Cela me fait ruminer.

Je pense, mes chers enfants, qu’il nous faut réfléchir à ce que c’est qu’être propriétaire d’un territoire, à propos de ce qui nous représente dans nos besoins essentiels.

Je vois bien en effet que beaucoup de situations où l’on se tape l’un sur l’autre, parfois jusqu’à faire souffrir ou à en mourir, s’expliquent au nom de ce mot : « territoire ». C’est un mot qui dit ce qui nous appartient au plus profond de nous, ce sans quoi nous croyons ne pouvoir vivre.

Emmanuel, l’ami d’Henri, m’a envoyé pour vous le film d’un Monsieur qui a réfléchi à ce mot de territoire, qui pose tant de problèmes on le voit bien :

Ce vieux Monsieur qui s’exprime bien loin de là où j’habite, et qui n’est pas de mon espèce, attire pourtant mon attention : il me semble être aussi sage qu’Ashoka, dont je vous parlais hier.

Ce que j’ai compris de Monsieur Deleuze, c’est que quand nous entrons dans un endroit qui n’est pas le nôtre, un endroit que nous considérons pourtant vital pour que nous puissions vivre, il y a certes une conscience du danger, mais cette conscience peut nous aider malgré tout à exprimer le meilleur de nous.

Des couleurs, des sons, des manières de se comporter quand nous entrons et quittons cet espace de vie essentiel ; c’est sans doute quand nous traversons ses frontières que nous pouvons exprimer ce qu’il y a de plus beau. Aller hors de notre territoire peut être donc une expérience qui nous rend meilleurs.

Mes chers enfants, certes, nous autres les animaux ne savons pas parler la même langue que les autres animaux, mais j’ai l’impression que vous-même parlez parfois des langages différents, au point de ne pas vous comprendre entre vous, au point de se bagarrer.

J’espère que vous inventerez, avec les conseils bienveillants de vos éducatrices, de vos éducateurs, les solutions qui permettront de dialoguer pour que personne n’ait à souffrir de ce qui n’est pas comme nous, de ce qui n’est pas à nous.

Vive la rencontre, vive la diversité :

Je vous embrasse chers enfants,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Ashoka, les piliers de la sagesse”

Bonjour les enfants,

Je sais que vous êtes très attentifs aux précautions à prendre pour vous protéger du virus, le virus est très actif, chez vous à Boulogne-sur-mer, comme chez moi au Kerala. Je sais que vous faites très attention à vous protéger en respectant les consignes.

Je me dis qu’en ces circonstances difficiles, ce que nous enseigne le temps long de l’Histoire peut nous aider à comprendre ce que nous visons aujourd’hui, tous les jours.

C’est pourquoi j’aimerais ce matin vous transporter il y a plus de 2200 ans. Quel voyage après les rencontres des Sherpas et aussi de l’abominable homme des neiges, dans le toit du monde qu’est l’Hymalaya.

Peut-être vous direz-vous que des voyages si loin dans le temps, et si loin de là où vous vivez, a d’étranges résonnances avec votre actualité ?

Alors voilà : l’Inde, mon pays, a un superbe emblème, les dessins sur son drapeau : il est composé de trois lions sur un chapiteau orné d’une roue au centre, d’un buffle à droite et d’un cheval galopant à gauche.

Cet emblème est aussi appelé symbole d’Ashoka.

Symbole de l’unité nationale, la roue, qui est sur le chapiteau au lion, figure au centre du drapeau indien.

Ashoka est un grand empereur indien du troisième siècle avant le début de votre calendrier, qui commence il y a 2020 ans. Ce qui fait que nous parlons d’une histoire de 2520 ans, enseignée à tous les enfants indiens à l’école. aujourd’hui.

Akosha avait un immense empire comprenant la majeure partie du sous continent indien et comprenait l’actuelle Afghanistan.

L’histoire de cet empereur est incroyable. Mon cher voisin Henri m’a envoyé pour vous un article à propos de la vie d’Ashoka :

Ashoka, l’empereur indien passé de la conquête à la non-violence.

Troublé par la violence de ses conquêtes où les morts se comptaient par centaines de milliers, le roi indien Ashoka décida de se faire bouddhiste et de traiter ses sujets avec humanité.

C’est à l’empereur Ashoka  l’on doit la transformation de la dynastie des Maurya qui, après une longue histoire de violence, a évolué vers une société prônant la tolérance et la non-violence, fondée sur les principes du bouddhisme.

Petit-fils de Chandragupta Maurya, Ashoka (Aśoka) (~304-233 avant notre ère) a repoussé les frontières de l’empire Maurya plus loin que tout autre empereur, c’est également sous son règne que cette dynastie fut la plus puissante. La transformation de son royaume, Ashoka a su la réaliser sans recourir à l’extrême violence qui avait caractérisé le début de son règne. Elle fut au contraire le fruit des messages de tolérance et de non-violence qu’il diffusait à travers son empire tentaculaire après s’être converti au bouddhisme.

Huit ans après s’être emparé du pouvoir vers 270 avant notre ère, Ashoka était à la tête d’une campagne militaire avec l’objectif de conquérir Kalinga, un royaume côtier du centre-est de l’Inde. Sa victoire lui conféra un territoire plus grand qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait réussi à obtenir. Des récits font état de 100 000 à 300 000 vies perdues pendant la bataille.

Ashoka fut bouleversé par la masse de vies humains arrachées par ses armées. D’après ses écrits, il était « profondément affecté par le meurtre, la mort et l’expatriation engendrés par la conquête d’un pays souverain. » Plus tard, Ashoka renonça aux démonstrations de force militaires et aux autres formes de violences, notamment la cruauté envers les animaux. Il se fit alors le défenseur du bouddhisme et usa de son influence pour favoriser le développement de cette philosophie sur l’ensemble du territoire indien. Selon certaines sources, il envoya des émissaires dans plusieurs pays, dont la Syrie et la Grèce, et fit de ses propres enfants des missionnaires au Sri Lanka.

L’empereur partageait sa nouvelle vision de la vie à travers des édits gravés dans la pierre et sur des piliers répartis à différents endroits du royaume, sur des sites de pèlerinage et le long des routes commerciales très fréquentées. Ces édits sont considérés comme les premiers exemples d’écriture de l’histoire indienne. Ils n’étaient pas gravés dans la langue officielle du pays, le sanskrit, mais dans des dialectes locaux afin que les messages puissent être compris de tous. Par exemple, un édit installé près de la ville actuelle de Kandahar en Afghanistan, qui fut pendant un temps sous le contrôle d’Alexandre le Grand, fut écrit en grec et en araméen.

Ce temple bouddhiste fut construit par l’empereur Ashoka au troisième siècle avant notre ère à Sanchi dans l’état de Madhya Pradesh en Inde.

Un peu à la manière de Cyrus avec l’empire Perse, Ashoka adoptait et prônait une politique fondée sur le respect et la tolérance des autres confessions. On pouvait lire sur l’un des édits : « Tous les Hommes sont mes enfants. À mes enfants, je souhaite prospérité et bonheur dans ce monde et dans le prochain, mes souhaits sont les mêmes pour tous les Hommes. »

Je sais que vous avez un bloc de marbre à la ferme, chez vous, où sont gravés des messages pour une période allant jusqu’en 2050 au moins :

Cette technique de transmission de messages gravés dans la pierre a été très utilisée par Ashoka qui a fait graver sur des rochers les messages de non violence et de respect de la vie des animaux et des humains, à plusieurs points de son empire. Ces messages sont encore visibles 23 siècles après !!

Le règne d’Ashoka voit l’apparition de l’épigraphie et d’une sculpture sur pierre de grande qualité influencée par l’art grec et perse. Elle se caractérise par sa sobriété, des motifs animaliers et des chapiteaux en corolle de lotus renversée comme en témoignent les colonnes aux chapiteaux aux lions retrouvées à Sarnath et Vaishali. “

Voilà, chers enfants, évoquée avec vous une belle page d’histoire de mon pays. Ashoka avait instauré aussi des règles de discussions publiques, demandant qu’elles soient dépourvues d’animosité et de violence, que la discussion soit vive ou non. Quelle belle leçon d’exercice de la raison pour construire des sociétés plus harmonieuse, en vérités.

Un autre empereur a marqué l’Inde, près de 2000 ans plus tard, c’est l’empereur moghol Akbar, j’aurai l’occasion de vous en parler, car même nous les éléphants avons bénéficié des décisions de ces dirigeants qui nous protégeaient en construisant notre société apaisée.

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila