Archives de catégorie : Rencontres inter culturelles

Conférences du jeudi : M. Henri Villeneuve, “La médecine des arbres en Inde”

Ce 7 avril, dans le cadre de nos “Conférences du jeudi” à l’attention des enfants du Centre de jour et des équipes de nos Maisons, M. Henri Villeneuve, co-auteur des Lettres de Shila, a raconté les relations entre les arbres et les humains en Inde.

Vous pouvez écouter la conférence de Monsieur Villeneuve ici.

Voici les images et films présentés lors de cette conférence.

Les images :

Les films :

Cette conférence enrichit notre création en cours à propos du thème de notre saison culturelle.

Le site de la Ferme de Bertinghen, destiné à accueillir le “Jardin des Maisons“, a par le passé accueilli 2500 arbres plantés lors de l’opération (“L’heure bleue”), petit clin d’œil à Abdul Kareem, raconté par Monsieur Villeneuve lors de la conférence 🙂

Lettre de Shila : “La sainte famille”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ? Quelle est votre meilleure copine, quel est votre meilleur copain ? Moi, outre mon cher Kuttan, dans la famille animale c’est un singe. Je l’ai appelé « Minimoi » tant il est aussi curieux et philosophe que je le suis.

Minimoi vient me visiter pratiquement chaque jour, descendant de son arbre préféré, et nous devisons ensemble en grignotant mes chers ananas que m’amène Kuttan.

C’est un très beau singe, que les humains ont nommé « Semnopithecus hypoleucos ».

Minimoi est adoré des humains, même si hélas son espèce tend à disparaître des montagnes du Kerala. Je reste cependant optimiste, car en Inde, mon petit pays, les singes sont vénérés comme nous les éléphants, ou mes copines les vaches.

Ainsi, au Radjahstan, existe un temple consacré à la divinité singe :

https://www.curiosity-escapes.com/fr/jaipur-temple-singes/

Et, comme il se doit bien évidemment, tant la réalité souvent se mêle avec malice à la fiction, ce temple est très fréquenté par des singes, d’une autre espèce que Minimoi.

J’ai toujours pensé que les temples étaient comme des grandes maisons rassemblant toute la diversité du monde. Vous connaissez ma passion pour les maisons de mon petit pays :

Je dois vous dire que, depuis que j’ai découvert grâce à Henri et Emmanuel le palais idéal du facteur cheval… :

… Ma passion pour les maisons s’est agrandie pour les monuments majestueux. Ainsi du Taj Mahal, dont je vous parlais… :

… Mais aussi de « Notre-Dame de Paris » dont Henri et Emmanuel m’ont vanté les beautés :

En fait, quand je regarde Notre-Dame de plus près, je vois d’étranges créatures perchées qui sont comme des animaux peuplant les façades du temple de Jaipur.

Henri, grand voyageur s’il en est, me raconte sa passion pour une cathédrale qui, si j’ai bien compris, est dans un pays appelé l’Espagne, pas trop loin de chez vous. Elle s’appelle la « Sagrada Familia », et Henri aime à la visiter régulièrement au fur et à mesure de son édification car c’est une cathédrale sans cesse à élever dans le ciel.

Henri m’explique que Monsieur Gaudi, son créateur, a voulu créer une forêt minérale pour arcbouter les tours immenses de sa cathédrale.

Emmanuel me raconte que dans le pays à côté de chez vous, qui s’appelle Belgique, se trouve une majestueuse église à Gand où il est possible de voir l’une de plus belles peintures réalisées par un humain au Moyen-âge : « L’agneau mystique ».

Emmanuel me raconte qu’au cœur de cette peinture trône un agneau, entouré d’anges, de rois, de musiciens. Humm chers enfants, que ces temples accueillent la grande famille du vivant 😊

Je vous embrasse très fort,

Belles vacances, meilleurs vœux pour cette nouvelle année,

Shila

Lettre de Shila : “Barrages et ponts, ces ouvrages d’art en danger”.

Chers enfants,

Emmanuel et Henri m’ont dit que tout près de la ferme de Bertinghen, se trouve le viaduc d’Echinghen, ce grand pont de 1300 mètres de long, enjambant la vallée et le petit village d’Echinghen :

Ce bel ouvrage d’art a été mis en service il y a 23 ans, en 1998, très récent et en même temps déjà très altéré en raison de la corrosion d’une dizaine de ses 330 câbles.

C’est suite à l’effondrement d’un viaduc à Gênes, en Italie que votre gouvernement a publié la liste des ouvrages à surveiller, le viaduc d’Echinghen figurait en tête des structures qui nécessitaient une intervention urgente.

Chez moi, au Kerala, un très très vieux barrage, situé dans la montagne des Ghats occidentaux, sur la rivière Periyar, fait la une des journaux.

Kuttan me semble très soucieux depuis qu’il a lu le compte rendu du rapport de L’ONU sur le barrage de Mullaperiyar.

Selon un rapport de l’Université des Nations Unies, l’infrastructure du barrage de Mullaperiyar au Kerala se détériore et cela peut mettre en danger la vie de 3,5 millions de personnes.

Le rapport dit que ce barrage vieux de 126 ans doit être mis hors service, il dit qu’il a survécu dangereusement aux 50 ans de vie prévues pour les barrages.

C’est quand même une drôle d’histoire, l’histoire de ce barrage de Mullaperiyar, construit par des ingénieurs coloniaux britanniques entre 1887 et 1895, sous la direction de Mister John Pennycuick.

Le barrage, suite à un accord conclu à l’époque, entre le maharaja de Travancore et l’autorité britannique, permet de détourner l’eau vers l’est, dans l’état du Tamil Nadu, beaucoup plus sec. Le parc national de Periyar, réserve des tigres, est situé tout autour de la retenue d’eau du barrage.

Le barrage est situé dans l’état du Kerala, mais son exploitation et son entretien sont faits par l’état du Tamil Nadu, ce qui entraîne des différends sans fin, que je ne peux vous expliquer tant ils sont nombreux et compliqués. Le Kerala défend la population qui vit en aval du barrage et qui est menacée, et le Tamil Nadu défend ses intérêts…

Si vous voulez tout savoir sur cette très longue histoire, vous pouvez lire l’article complet sur le ce barrage ici.

Quoiqu’il en soit, Kuttan m’a dit que tous nos voisins discutent du devenir de notre vieux barrage, et que d’un côté il y a ceux qui sont pour le mettre hors d’usage et de l’autre côté, ceux qui sont pour le prolonger en faisant des travaux nécessaires.

Pour moi, l’éléphante philosophe, je suis tout simplement admirative devant les ouvrages d’art faits par les anciens comme les dolmens de Marayoor et de Carnac ou les ponts romains comme le pont du Gard, dont Emmanuel m’a envoyé la photo, ou encore le pont d’Avignon, dont vous connaissez la chanson.

Je vous fais de gros bisous et surtout prenez soin de vous,

A demain,

Shila

Lettre de Shila (de la part du Petit Journal de Bombay) : “Accidents d’éléphants en Inde”

Chers enfants,

Je vous donne fréquemment des nouvelles de ma famille pachydermique, famille que j’aime, et qui se voit menacée par la déforestation, par le conflit avec des humains, braconniers ou ne supportant pas notre voisinage :

Le conflit entre les éléphants et les humains est très présent en Inde :

Les tensions qui existent entre les éléphants et l’Homme en Inde ont des conséquences fatales. On dénombre des milliers de morts et de blessés parmi la population indienne mais aussi chez les éléphants.”

Nos amis du petit journal de Bombay et du petit journal de Chennai viennent de publier un superbe article hier.

Allons donc voir ce qui se passe dans l’état du Tamil Nadu, grâce à l’enquête d’Isabelle et de son équipe très heureuses de vous la partager.

L’article fait le point sur ce conflit chez mes voisins et amis du Tamil Nadu.

Il faut savoir que la belle montagne des Ghats occidentaux où vivent mes cousins, est, dans sa partie plus au sud de l’Inde, partagée par les États du Kerala, du Tamil Nadu et du Karnataka.

Merci chère Isabelle, chère équipe.

Je vous fais de gros bisous et surtout prenez soin de vous,

A demain,

Shila

Lettre de Shila (de la part du Petit Journal de Bombay) : “Planète tigre”

Chers enfants,

Les enfants qui se rendaient à l’école KR Narayanan de Kurichithanam se sont arrêtés pour m’interroger ce matin.

Ils m’ont demandé quel est l’animal qui est le roi de la jungle : le tigre, le lion ou l’éléphant ??

Vous connaissez ma modestie naturelle, bien que je pense que c’est l’éléphante, je n’ai pas voulu trancher et je leur ai laissé le choix.

Dans la montagne des Ghats occidentaux où vivent mes cousins éléphants, vivent aussi des tigres.

Mon pays les protège depuis plusieurs dizaines d’années et grâce à cela, la population des tigres indiens augmente.

Vous savez que je suis en contact étroit et amical avec Isabelle rédactrice du Petit journal de Bombay.

Isabelle a rencontré Monsieur Geoffroy, qui a fondé « Planète Tigre ».

C’est une très belle histoire qui nous est contée, merci à Isabelle qui nous embarque dans cette planète.

Gros bisous à vous chers enfants et à Isabelle ainsi qu’à Monsieur Geoffroy pour son travail auprès des enfants et des tigres.

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “La peur”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Pas trop froid en ce moment ? Henri m’a dit que par chez-vous les frimas de cette fin d’Automne sont gratinés. Couvrez-vous bien les enfants, et aussi mangez bien car c’est un bon moyen de résister aux aléas du temps mauvais.

Moi l’éléphante gourmande et curieuse de tout mange beaucoup de végétaux différents que m’apporte chaque matin mon cher Kuttan. Vous connaissez mes chères pousses de bambou. Ces derniers temps, je me prends aussi d’une passion pour les ananas :

Il faut vous dire que nous autres, les éléphants, ne rechignons pas à découvrir de nouveaux aliments, nous sommes mêmes les animaux les plus assurés dans la découverte d’autres goûts, d’autres substances alimentaires.

Mon cher Kuttan m’a expliqué que ce n’est pas forcément le cas pour d’autres animaux. Ainsi des oiseaux ; ils sont très très méfiants et réfléchissent à deux, trois, quatre fois avant de picorer ce qu’ils trouvent au pied des arbres.

Mais, de tous les animaux, me dit Kuttan, c’est sans doute le cheval le plus peureux. Cette créature a tout le temps besoin d’être rassurée, particulièrement aux aguets et inquiète lorsqu’elle broute.

Emmanuel, qui nous téléphonait pour passer le bonjour, me dit que les enfants des humains peuvent aussi développer cette peur s’exprimant lors du repas ; l’enfant refusant soit de manger même s’il aime les aliments, soit ne mangeant que très peu, ou toujours les mêmes plats.

Parmi les causes de peur des humains repérées depuis des siècles, il y a notamment la peur des arbres, des forêts.

Hummm, cette peur ne me semble pas très raisonnable. S’il existe des êtres bienveillants et apaisants, ce sont nos chers amis sylvestres. Emmanuel me dit que les humains ont développé de fausses croyances à propos de la forêt ; elle pourrait être le lieu des pires maléfices :

Ah oui, je me rappelle de cette lettre que je vous envoyais dissertant sur les cauchemars et leur interprétation :

Avoir peur des arbres, de la forêt, c’est non pas vis-à-vis de leur méchanceté ou monstruosité, mais de l’inconnu qu’ils représentent.

Mon cher Henri, passionné des arbres, nous a raconté que les humains scientifiques viennent de comprendre récemment que les arbres eux-mêmes pouvaient avoir peur, et développer des mécanismes de défense, de protection :

Emmanuel nous dit que s’il devait avoir peur des arbres, ce ne serait que pour la seule raison de ne pas les voir renaître à la vie au printemps, et que la feuillaison tant attendue n’ait lieu :

Chers enfants, la peur est un sentiment faisant partie du vivant ; il ne faut pas avoir peur de la peur, tout au moins savoir lui parler pour qu’elle sache nous laisser vivre une vie bonne.

Je vous embrasse,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “L’arbre et la lignée”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Hier après-midi, avec Henri, nous papotions de mes amis les arbres.

Henri venait de relire ma lettre à votre attention à propos d’Alexandre le grand et son influence en Inde :

Henri m’a dit que l’un des écrivains d’Alexandre, appelé Ctésias, avait beaucoup regardé les arbres, les plantes et essayé de les décrire.

Ah, ce cher Henri : comme Kuttan et Emmanuel, ils sont toujours à ruminer les lettres que je vous envoie, et puis ils m’en reparlent alors que je suis passée à autre chose. Bah, ça me fait plaisir quand même, mais bon, Henri : vis au XXIème siècle bon sang de bois !

Je vous avoue que j’avais un peu oublié cette lettre à propos de ma découverte de cet empereur envahissant il y a des milliers d’années ma contrée et racontant pas mal de sornettes pour renforcer sa puissance.

Henri, qui fumait sa bidî en regardant avec moi les beaux nuages de mon petit pré, me dit qu’après tout, Ctésias n’avait pas trop écrit de bobards à propos des plantes qu’il a vues lors de cette invasion.

Ainsi, me dit Henri, des acacias majestueux poussant dans le désert et décrits par Ctésias ; depuis la venue d’Alexandre, ces arbres ont essaimé par-delà mon continent et redonnent espoir à tous les humains œuvrant aujourd’hui pour l’avènement d’une muraille verte aux quatre coins du monde :

Bon, chers enfants, tout ceci, c’est de l’histoire très vieille.

Moi l’éléphante pas dupe ne suis même pas sûre que c’est vrai. Et puis, nous vivons deux mille ans plus tard. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts : ces personnes dont me parle Henri, comment vous dire… Enfin bon, c’est Henri et ses rêveries.

Henri m’a raconté alors sa randonnée du côté d’un incroyable endroit non loin de chez vous, appelé Versailles. Si j’ai bien compris, cet endroit est un haut lieu de votre pays, car s’y sont trouvés de grands rois, un peu comme chez moi du côté du Radjahstan.

Henri me raconte les arbres incroyables qu’il a pu voir, témoignant de l’association très forte entre le symbole du pouvoir royal et l’arbre.

Lors d’autres randonnées, Henri a rencontré au contraire des arbres célébrant l’abolition de la royauté.

Emmanuel, qui téléphonait pour nous passer le bonjour, papote avec Henri de ce magnifique arbre qu’ils aiment tous deux, planté non loin de chez vous voici très très longtemps lors de négociations royales entre Angleterre et France de l’époque pour tenter de ne pas entrer en guerre :

Emmanuel nous raconte qu’hier soir, il a regardé un reportage passionnant à la télévision sur l’art de faire des arbres minuscules au pays des samouraïs :

Emmanuel nous dit qu’hélas les arbres géants d’Amérique sont quant à eux gravement menacés, et que ces feux gigantesques sont désormais un enjeu fort du développement des sociétés démocratiques.

Chers enfants, l’arbre c’est la vie, c’est notre Histoire, notre héritage, nos lignées. Qu’ils vivent à jamais.

Bisous,

A lundi,

Shila

Lettre de Shila : “La réduction de la pauvreté dans mon pays”

Chers enfants,

Comme chaque matin, je vois arriver mon cher Kuttan m’apporter quelques pousses de bambou fraîches et ce matin une boule de jaggery, vous savez, ce fameux sucre non raffiné dont je raffole.

Son deepika, sous le bras, j’ai tout de suite compris qu’il avait des nouvelles sympas à m’annoncer.

Le rapport du NITI Aayog (commission politique du gouvernement indien) vient d’être publié. Le dernier rapport concerne l’éradication de la pauvreté dans chacun des 28 États et 8 territoires de l’Union.

La joie de Kuttan est devenue aussi la mienne, quand il m’a dit que mon cher petit état du Kerala était, comme d’habitude, classé le premier, la pauvreté y est pratiquement éradiquée :

États de l’Inde avec le taux de pauvreté le plus bas :

Kerala : 0,71 %

Goa : 3,76 %

Sikkim : 3,82 %

Tamil Nadu : 4,89 %

Pendjab : 5,59 %

États les plus pauvres :

Bihar : 51,91 %

Jharkhand : 42,16 %

Uttar Pradesh : 37,79 %

Madhya Pradesh : 36,65 %

Meghalaya : 32,67 %

Territoires de l’Union avec le taux de pauvreté le plus bas :

Pondichéry : 1,72 %

Lakshadweep : 1,82 %

Îles Andaman et Nicobar : 4,30 %

Delhi : 4,79 %

Bien sûr, chers enfants, vous connaissez mon chauvinisme légendaire, je lève ma trompe et bats des oreilles quand j’apprends qu’il n’y a pratiquement plus de pauvres dans mon petit état, mais mon sentiment est partagé entre joie et tristesse, car je vois que le travail reste immense pour éradiquer la pauvreté dans de nombreux États de mon pays.

Mon grand voisin, KR Narayanan, premier président dalit de l’Inde, du 25 juillet 1997 au 25 juillet 2002, dont je vous ai déjà parlé et qui fait l’admiration de mon village de Kurichithanam, ce cher président ne cessait de rappeler que l’état du Kerala, dont il était natif devait servir d’exemple, notamment pour l’éducation.

Bien sûr, l’éducation est l’un des 3 éléments importants pour mesurer l’IPM (L’indice de pauvreté multidimensionnelle), les 2 autres éléments étant la santé et le niveau de vie :

L’IPM de l’Inde a trois dimensions également pondérées, la santé, l’éducation et le niveau de vie – qui sont représentés par 12 indicateurs de nutrition, mortalité infantile et adolescente, soins prénatals, années de scolarité, fréquentation scolaire, combustible de cuisson, assainissement, eau potable, électricité, logement, avoirs et comptes bancaires.”

Je voulais, chers enfants, partager avec vous, cette joie d’être entourée d’humains qui vivent de mieux en mieux.

Lorsque je suis au travail, tirant des troncs d’arbres dans les pentes plutôt abruptes dans nos collines, je croise fréquemment des femmes et des hommes qui coupent des épines et nettoient les bords de route et les fossés. Kuttan m’explique qu’ils sont employés dans le cadre de l’un des 4 programmes de réduction de la pauvreté en Inde pour le développement rural.

J’ai remarqué que ces femmes et ces hommes manifestent de la fierté dans ce service, d’autant qu’il leur permet d’être rémunérés et de vivre mieux.

Voilà encore une fois un sujet dont je suis fière, et que je me réjouis de partager avec vous.

Chers enfants je vous fais de gros bisous et surtout prenez bien soin de vous.

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Mon incroyable voisine de 104 ans, Kuttiamma”

Chers enfants,

Vous savez mon amour pour les grands-mères, comme je vous l’ai maintes fois répété. C’est toujours la grand-mère qui dirige notre famille pachydermique, celle que les éléphants respectent et honorent :

Je vous ai déjà parlé de ces grands-mères indiennes qui font mon admiration, Nanammal, qui enseignait le yoga à 100 ans, Papammal, qui perpétue l’agriculture biologique à 106 ans, ou encore, Meenakshi Amma qui enseigne le Kalaripayattu.

Aujourd’hui, c’est une autre grand-mère qui m’inspire : Kuttiamma vient de réussir à 104 ans son examen d’alphabétisation.

Kuttiamma habite à Ayarkunnam, à 17 kilomètres de chez moi, elle n’a pas eu la chance d’aller à l’école étant enfant et n’a pas pu apprendre à lire et à écrire.

Vous ne pouvez pas savoir, chers enfants, comment c’est difficile de dépendre toujours des autres quand on n’a pas acquis la lecture et l’écriture.

Kuttiamma s’est dit qu’il ne faut jamais abandonner et baisser les bras, aussi elle a su que le gouvernement du Kerala a lancé un programme pour apprendre à tout âge. Ce programme de formation continue propose un examen d’alphabétisation (Kerala State Literacy Mission).

Elle vient de réussir brillamment son examen avec la note de 89 sur 100.

Croyez-moi, chers enfants, je lève ma trompe en son honneur, et je suis aussi fière de son exploit que je le serais pour quelqu’un qui a conquis l’Everest.

Il me faut aussi vous expliquer que mon cher petit état du Kerala est pourtant, depuis très longtemps, l’état le plus avancé de l’Inde pour l’alphabétisation :

Le Kerala arrive en tête de liste des États de l’Inde avec un taux d’alphabétisation de 96,2 %. Selon le recensement de 2011, près de 96,11 % des hommes et 92,07 des femmes étaient alphabétisés dans l’État.”

Mon voisin Henri me dit que lors de sa première visite en Inde, en 1978, il était très surpris de voir que les universités du Kerala étaient très proches de la population. À 2 kilomètres de chez moi, vous avez possibilité d’aller à l’université, comme chez vous à Boulogne, à l’université du littoral, créée en 1991.

Autant dire que le Kerala avait déjà décentralisé très tôt l’université pour favoriser l’accès de tous au savoir.

Le ministre de l’éducation et du travail du Kerala vient de rendre hommage à notre chère Kuttiamma :

Le ministre de l’Éducation et du Travail du Kerala, V Sivankutty, s’est rendu sur Twitter pour partager les réalisations de Kuttiyamma. « Kuttiyamma, 104 ans, d’Ayarkunnam, district de Kottayam, a obtenu 89/100 au test de la Kerala State Literacy Mission. L’âge n’est pas un obstacle pour entrer dans le monde de la connaissance. Avec le plus grand respect et amour, je souhaite le meilleur à Kuttiyamma et à tous les autres nouveaux apprenants”, a-t-il écrit sur la plateforme de microblogging, en joignant une photo de Kuttiyamma rayonnant du sourire édenté le plus attachant.”

Vous comprendrez, chers enfants, que pour moi l’éléphante philosophe de Kurichithanam, je ne pouvais pas laisser passer cette belle opportunité de vous compter l’histoire de Kuttiamma, cette sacrée mamie.

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Les dolmens, ces pierres qui nous content l’histoire.”

Chers enfants,

Je vous écrivais hier sur la vie et les combats des adivasis, ces peuples qui vivent dans la forêt depuis des siècles.

Jis, ma chère voisine, qui fait de la recherche dans les forêts et connaît plusieurs de ces adivasis, est venue me voir lors de sa dernière visite à Kudakkachira. Elle m’a dit que la montagne et les forêts des Ghats sont habitée depuis des milliers d’années.

Elle était vraiment heureuse de me parler de Marayoor (Marayur), à 150 kilomètres de chez moi, dans cette montagne des Ghats occidentaux, à 1600 mètres d’altitude, où elle séjournait récemment.

À Marayoor, nous avons la chance d’admirer des dolmens qui nous disent que des humains vivaient là à l’âge de pierre, on y découvre aussi des peintures rupestres de la même époque.

C’est aussi le seul lieu du Kerala où poussent des forêts naturelles de bois de santal.

Autant vous dire que Jis avait du mal à cacher son enthousiasme et son admiration face à la richesse historique et archéologique de ce site qui nous fait remonter au Mésolithique et au Néolithique.

Emmanuel et Henri m’ont assuré que Monsieur Jean-Paul Demoule, le grand archéologue de votre conseil scientifique, serait très intéressé de faire un séjour à Marayoor. Il pourrait vous donner des explications sur les âges de pierre, de bronze et de fer. Il pourrait vous faire revivre cette grande période allant du Mésolithique au Néolithique, époque où les humains construisaient des dolmens.

Jis vous propose de découvrir, grâce à sa vidéo, ce site merveilleux de Marayoor, et de voir ses dolmens, sa forêt naturelle de bois de santal.

Elle filme aussi les champs de canne à sucre, importants à Marayoor pour faire le jaggery, ce sucre non raffiné qui me fait saliver juste en y pensant !!!

Mon voisin Henri et Emmanuel m’ont dit que c’est vraiment incroyable, qu’à une époque très ancienne, en France, comme au Kerala, les humains ont construit de très beaux dolmens.

À Carnac, en Bretagne, vous avez ces vestiges d’un lointain passé, pendant la période du Néolithique, qui servaient de tombeaux.

Ils étaient construits avec des grosses pierres posées à la verticale et couvertes par une immense pierre qui formait la toiture.

Ce qui m’a paru intéressant, c’est aussi l’origine du mot dolmen qui vient d’une langue régionale de chez vous, le breton : table (dol) de pierre (men). C’est un monument mégalithique (grosses pierres, en grec) fait de pierres brutes agencées en forme de table.

Kuttan de son côté était très intéressé, il avait déjà entendu parler des dolmens de Marayoor, mais jamais des dolmens de Carnac, en Bretagne, près de chez vous, ni des dolmens de Sicile, ni de ceux du Caucase et encore moins de ceux de Corée.

Cet âge de pierre nous fascine, les humains nous parlent au-delà des millénaires, nous racontent par l’agencement des pierres comment ils honoraient leurs morts, c’est beau.

La liste des pays du monde où il reste des dolmens est importante.

Je vois que la France comme mon pays sont riches de vestiges qui nous font remonter à plus de six ou sept mille ans.

Emmanuel et Henri m’ont aussi expliqué que vous avez gravé, avec Maki, une pierre qui va raconter votre histoire pendant une durée très longue, avec un petit déjeuner enfoui dans le sol, à la ferme de Bertinghen. C’est une superbe histoire.

Chers enfants, encore une fois, je me rends compte que notre histoire a d’incroyables points communs et cela me réjouis. Je remercie Jis pour le travail sur le site de Marayoor, qui nous a conduit des dolmens de mon petit état du Kerala à votre menhir de la ferme de Bertinghen.

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila