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La maison des découvreurs

Lettre de Shila : “Sur les routes du bout du monde, de l’antiquité à nos jours”

Chers enfants,

J’espère que vous allez bien et que vous avez passé de bonnes vacances avant de vous retrouver encore une fois confinés à Boulogne-sur-mer.

Au Kerala, la situation sanitaire ne me permet pas encore de me déplacer avec mon cornac Kuttan, mais ça me laisse le temps de m’intéresser à l’histoire des échanges entre mon pays, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Europe qui remontent à la nuit des temps :

Un livre écrit en grec ancien par un auteur anonyme, au tout début de notre ère, raconte avec précision la route que suivaient les commerçants qui faisaient les échanges entre nos pays, il y a 2000 ans !!

Ce livre incroyable est Le Périple de la mer Érythrée, il décrit avec précision la navigation et les opportunités commerciales entre les ports romains, égyptiens, ainsi que les ports de l’Afrique orientale et de l’Inde.

Les marins, il y a 2000 ans, savaient utiliser les vents de la mousson et les courants pour naviguer entre la corne de l’Afrique et l’Inde et le Kerala, où il achetait le poivre :

Moi, l’éléphante philosophe, voilà que je commence à m’intéresser à l’histoire. Les historiens nous aident à mieux comprendre le but de tous ces voyageurs qui sillonnent les mers pour le commerce, mais aussi pour échanger sur les savoirs et s’étonner des similitudes et des différences entre les peuples.

Dans mon pays, la conservation des livres est très difficile en raison de l’humidité très importante, accentuée par les moussons de sud-ouest, de juin à septembre et de nord-ouest, d’octobre à novembre, chaque année. Les historiens n’ont plus les manuscrits qui les auraient instruits. Mais, par contre, l’archéologie peut être très instructive et là, en Inde, le champ est immense.

Il y a 2000 ans, le port très important était le port de Muziris, qui se situait près de Cochin, à Pattanam, près de la rivière Periyar. Des recherches archéologiques ont lieu sur l’emplacement de ce port. Les archéologues n’en sont qu’au début de leur recherche, mais ils commencent à découvrir de très beaux vestiges.

Les voyageurs, navigateurs et commerçants échangeaient dans le respect des règles, aucune arme n’a été retrouvée par les archéologues de Pattanam, port d’échange avec l’Afrique, le golfe persique et l’Europe, au début de notre ère !!

Malheureusement, l’arrivée des navigateurs portugais, avec leur commandant, Vasco de Gama, qui a contourné l’Afrique par le cap de bonne espérance et atteint Calicut en 1498, au Kerala, ne s’est pas faite sans violence.

Bien sûr, il faut reconnaître que Vasco de Gama, en ouvrant cette nouvelle voie maritime vers l’Inde, ne découvrait pas un nouveau monde, mais allait permettre aux européens de commercer avec l’Inde sans passer par les intermédiaires.

Un grand historien indien, Sanjay Subhramaniam, écorne sérieusement l’image de Vasco de Gama, en apportant l’éclairage des archives trouvées dans d’autres pays. La violence, l’appât du gain ont marqué de son empreinte sa découverte d’une nouvelle route de l’Inde et ses relations commerciales avec mon pays :

Il est vrai que l’histoire est une interprétation. Les portugais considèrent Vasco de Gama comme un héros mythique, fierté de leur pays, mais comme vous le savez, travaillant sur le thème En vérités, il faut remettre en question la perception des exploits de Gama.

La mise au jour de l’incendie criminel du navire égyptien, Rimi, en 1502, tuant femmes et enfants, après les avoir dépouillés, rentrant du pèlerinage de la Mecque, jette le doute sur les qualités humaines de ce navigateur.

Les scientifiques, les historiens, les ethnologues nous aident à mieux appréhender la réalité.

Aujourd’hui, comme hier, nous tentons de mieux connaître le dessous des cartes, il est vrai que l’arrivée des navigateurs européens en Inde n’a pas été de bonne augure pour mon pays ; le commerce fait partie des échanges qui ont toujours existé, mais la domination coloniale et le pillage de nos richesses pendant plus de deux siècles restent une blessure qui demandera du temps à se cicatriser.

Sanjay Subhramaniam et ses collègues historiens ont encore du travail pour renverser cette image fallacieuse et paradoxale, qui associe colonisation et bienfaisance.

Chers enfants, ma lettre est une invitation à avoir un regard critique sur ce qui nous est conté et à poursuivre la réflexion sur le thème bien choisi de votre saison culturelle, qui disserte sur le statut de la vérité. 

Je me suis dite que cette chanson serait pas mal pour tracer la route, en réfléchissant à qui nous sommes et de qui nous le devons avec le regard critique qui sied :

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila

La Maison des Découvreurs par monts et par vaux

Cette semaine, les Découvreurs ont profité des journées ensoleillées pour se balader en forêt et à la plage, dans nos beaux paysages du Boulonnais.

Une ptite ballade du côté du bois de la Capelle avec une petite glace  pour le goûter. Et une sortie sur la plage d’Hardelot Mardi, avec cette fois des viennoiseries en guise de goûter.

(Texte et images de Jonathan, membre de l’équipe éducative).

Lettre de Shila : “L’atelier”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ? Emmanuel m’a dit que mercredi, comme chaque mois cette année, vous avez rejoint l’atelier de Fabrice, Thierry, et Christophe pour construire une charrette d’il y a six cents ans :

Génial, bravo les enfants ; je vous admire. J’espère être avec vous pour voir rouler cette charrette quand vous l’aurez terminée, vous connaissez ma passion pour tout ce qui roule :

Du coup, je me suis rapprochée de l’atelier qui est à deux pas de la maison bordant mon petit pré.

Quel foutoir !

Son occupant était très affairé à l’établi. Je n’ai pas osé le déranger. Je me demande comment il sait s’y retrouver dans son atelier avec tout ce bric-à-brac.

Mon cher Kuttan, qui me portait mes chères pousses de bambous, m’a raconté qu’un jour, cette personne l’a invité à bricoler avec elle dans son atelier. Kuttan m’a dit que cet humain a tout le temps plein d’idées en regardant ces amoncellements d’objets. 

Je ne sais pas comment il fait : c’est bien mystérieux tout ça.

Kuttan a appelé Emmanuel pour lui expliquer mon embarras.

Emmanuel m’a dit au téléphone qu’il ne fallait pas que je rumine plus que de raison ; souvent des ateliers incroyablement dérangés furent au cœur du génie de la création humaine. Mais il y aussi des ateliers un peu plus rangés. Et aussi des ateliers dépouillés, où ne se trouvent que l’humain et son seul outil désiré :

Emmanuel, entre deux coupures de téléphone, a réussi à me dire que le cerveau des êtres vivants est fait pour apprendre, mais qu’il a besoin d’être aidé pour réussir ces apprentissages, et c’est pour ça que les objets, les lieux, sont si importants :

Hummm, très intéressant.

Le propriétaire de l’atelier, sortant de sa cabane, a écouté avec Kuttan la discussion au téléphone que j’avais avec Emmanuel. Mon cher voisin Henri, remarquant dans le pré notre attroupement, nous a rejoint.

Henri nous a dit que la créativité pour utiliser des choses qui n’ont pas de relations entre elles n’était pas l’apanage des humains ; moi aussi, l’éléphante, je serais capable de trouver un sens à tout ce qui se présente devant moi, chemin faisant. Le monsieur de l’atelier a répondu qu’Henri avait raison.

Ouille ouille ouille, je ne me sens pas à ma place dans ces discussions entre humains. Certes je m’étais regardée dans le miroir et m’y suis reconnue, mais je ne savais pas que vous autres les humains considérez que mon intelligence se manifeste aussi par ma capacité à trouver des objets pour les faire miens.

Henri et Kuttan, voyant mes joues rougissantes, ont voulu me réconforter et m’ont aussi expliqué qu’un Monsieur ; Monsieur Duchenne, ayant vécu à Boulogne-sur-mer pas loin de chez vous, avait inventé dans son atelier la technique pour lier les émotions et la pensée. Kuttan m’a expliqué que les plantes sont toutes aussi créatives pour trouver des solutions à partir du lieu où elles vivent.

L’atelier est bien le lieu pour faire naître les idées.

Merci chers Monsieur de l’atelier, Kuttan, Henri, Emmanuel : je reprends mes esprits grâce à vous. Chers enfants, est-ce que cette façon de penser appelée « la fabrique de l’atelier » est aussi la vôtre ?

Henri m’a dit que les jeunes indiens étaient passionnés de jeux vidéo qui font appel à la capacité de développer des villages, ou des stratégies pour gagner des matchs tout au long de la saison :

Emmanuel m’a dit que vous étiez tout aussi fans que mes compatriotes de jeux pour construire des Maisons.

Hummm, je m’en réjouis : la créativité est la capacité à créer des associations d’idées, d’objets, de personnes, et vous êtes fortiches pour ce faire.

Belles vacances bien méritées chers enfants, je vous envoie cette rêverie fruit de tant de travail dans des ateliers du monde entier :

Au lundi 8 mars,

Bisous,

Shila

Lettre de Shila : “Un jour sans fin”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ? Emmanuel me dit que vous aimez regarder avec vos éducatrices et éducateurs des films de science-fiction avant d’aller vous coucher. Je vous comprends, ces histoires incroyables sont des explorations qui éveillent la conscience et permettent de faire des aventures incroyables durant le dodo.

Hier soir, mon cher voisin Henri regardait devant sa télé un film, et je me suis permise d’aller le regarder avec lui :

Si j’ai bien compris, le film racontait des voyages dans le temps. Cela m’a passionné.

Henri m’a dit que vous autres les humains, avaient inventées beaucoup d’histoires dans les livres et au Cinéma pour raconter ce que cela fait d’être transporté dans un autre temps que celui que nous vivons.

Parmi les films que vous autres, les humains, regardez beaucoup depuis un an et l’apparition du satané virus, il y en a un, me raconte Henri, auquel vous pensez tous les jours. Il raconte que chaque jour est comme un jour sans fin.

Humm… Très intéressante cette histoire d’un Monsieur qui ne cesse de vivre exactement les mêmes situations jour après jour, alors que les jours passent, et qui ne comprend pas pourquoi il a le sentiment que rien ne change, alors que son réveil, sa montre, le Soleil dans le ciel, indiquent le contraire. Il y a de quoi devenir fou !

Mon cher Kuttan m’a expliqué que les humains avaient repéré ce problème et l’avait appelé la « boucle temporelle » ; l’impression d’être enfermé dans un moment que rien ne peut changer, même le temps qui passe.

Ah oui, maintenant que Kuttan me le raconte, parfois moi aussi j’ai l’impression d’avoir déjà vécues des situations alors que je me suis levée pour un nouveau jour.

Comme j’étais toute tourneboulée, Henri est venu pour me parler de votre Conseil scientifique, d’un Monsieur qui s’appelle Pierre, et qui réfléchit beaucoup avec vous à comment fonctionne le cerveau de tous les êtres vivants. Henri, pour me rassurer, m’a expliqué que mon cerveau, votre cerveau, le cerveau des créatures douées de mémoire, ont un fonctionnement qui régulièrement analyse ce dont nous nous souvenons parfois au moment même où nous vivons d’autres choses tellement différentes, et que cela n’est pas un signe de maladie, mais de vitalité.

Oufff, cela me rassure. J’avais l’impression de perdre la tête.

Mais, est-ce que cela veut dire que tout cela n’appartient qu’à nous, les êtres vivants de la planète Terre ?

Emmanuel, alerté par Kuttan et Henri sur mes prises de tête, m’a envoyée une lettre racontant que vous autres, les humains, êtes sur le point de découvrir un phénomène incroyable dans l’Espace, mais qui n’a pas encore été prouvé. Si j’ai bien compris, cela s’appellerait « les trous de ver », des sortes de passages cosmiques entre deux galaxies qui fait qu’on a tel âge si l’on vit proche de cette étoile-là, et tel âge si on vit une fois aller dans son véhicule spatial pour rejoindre telle étoile par un raccourci :

Oulalala, ouille ouille ouille, que c’est bien mystérieux. En même temps, chers enfants, j’aime bien cette idée selon laquelle des jumeaux terriens, extraterrestres, nés au même moment, n’auront plus le même âge selon que l’un reste sur sa planète et l’autre voyage dans l’Espace :

J’aime bien aussi de me dire que si je voyage dans l’Univers à bord d’une des fusées que mon pays fabrique, je pourrais être plus jeune à mon retour qu’un éléphanteau.

Henri me dit que dans le pays à côté de chez moi un enfant a un corps bien plus vieux que son âge, et que dans un pays à cinq milles kilomètres de chez moi, en Corée du Sud, un adulte a un corps d’enfant.

Chers enfants, que la conscience du temps est dynamique.

C’est chouette de se sentir faire moins ou plus que son âge selon les circonstances : ça montre que nous vivons. Je me sens tout d’un coup comme Alice au Pays des Merveilles :

Bisous,

A demain,

Shila

Images de la troisième séance de l’atelier patrimonial mensuel

(Image illustrative : le Roi de France Charles VI et le Roi d’Angleterre Richard II signent un traité de paix en 1389 durant le cycle des conférences de la Paix. Iconographie extraite des Chroniques de Froissart, source : British Library. Le lieu de ces rencontres royales existe encore de nos jours, il s’agit de l’église de Leulinghen-Bernes).

Ce 17 février a eu lieu la troisième séance de l’atelier mensuel consacré à la fabrique à l’échelle 1 d’une charrette ayant circulé au XIVe siècle sur des routes non loin des Maisons, et permettant aux plénipotentiaires du Royaume de France de rallier le lieu de négociation avec les envoyés du Royaume anglais pour convenir d’un traité de paix durable.

Cet atelier est animé par Christophe, chef de service de la Maison du Cirque et de la Maison du sport.

Découvrez les images réalisées à cette occasion :

Lettre de Shila : “Idée renversante”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ? Henri et Emmanuel m’ont dit que par chez-vous la semaine dernière, vous avez eu froid comme rarement. J’espère que vous n’avez pas eues trop les pattes gelées. Ouille ouille ouille, ça brûle aux extrémités, ça pique.

Chez moi, dans mon petit pré, les températures de ce début de février sont comme chez vous toutes aussi exceptionnellement basses.

J’ai pensé à vous en regardant un chat tombé de la toiture de la maison de mon cher voisin Henri. Il me faut vous dire que ce chat m’intrigue beaucoup.

Il adore aller sur le toit de la maison d’Henri pour se dorer la pilule au Soleil quand le sol est froid, mais à chaque fois qu’il en a marre de cette séance de bronzage, il décide de se jeter en l’air, et, Hop !, il fait des galipettes invraisemblables jusqu’à retomber parterre comme si de rien n’était.

Les chats sont fous.

Nous autres, les éléphants, savons bien qu’il ne faut pas faire n’importe quoi pour éviter de se faire mal. J’en ai parlé au chat, mais il continue de venir sur le toit d’Henri pour bronzer, puis de sauter dans le vide quand il en a assez. Grrrr… Que ce chat m’agace ! Il n’écoute rien, quel casse-cou.

Henri a vu mon agacement et m’a expliqué que si la famille chats fait si souvent de telles galipettes inconsidérées, c’est qu’elle sait par instinct qu’elle saura de toutes façons retomber sur ses pattes :

Ouaaaa, les chats sont des artistes de l’art du renversement. Chapeau les chats. Tête à l’envers, ils savent se remettre la tête à l’endroit. Hummm, je pense que ce don n’appartient qu’aux chats. C’est trop surnaturel.

Emmanuel me dit que comme moi, les humains sont fascinés par cette capacité de savoir se remettre à l’endroit, quand tout parait à l’envers. Henri m’a rappelé que, pas loin de chez vous, à Equihen, des humains avaient eue l’idée de renverser leur bateau pour créer la maison qu’ils avaient perdue en raison de conditions de vie terribles :

Quelle bonne idée, bravo les humains. J’ai l’impression que comme nous autres, les animaux, vous les humains parfois trouvez des solutions invraisemblables grâce à l’instinct de survie.

Henri et Emmanuel m’ont raconté qu’en effet les humains réfléchissent à ce qui est improbable, et pour ce faire au cas où, explorent des façons de s’en sortir malgré tout. Emmanuel m’a dit, chers enfants, que vous aimiez regardé ces dessins animés qui racontent l’inconcevable pour mieux apprécier des histoires qui finissent bien.

Si j’ai bien compris, vous autres les humains vous intéressez beaucoup à ce qui ne devrait pas avoir lieu  ; vous imaginez que vous êtes dominés par les animaux (hummm… N’importe quoi !)… Vous dites à l’enfant l’inverse de ce qu’il attend de vous, car vous pensez que du coup l’enfant va faire ce qui est attendu… Vous construisez des jardins verticaux alors que je sais très bien que mes amies les plantes vivent sur mon sol à l’horizontal.

Ouais, bon. Vous n’avez pas toute votre tête chers humains. Notre Terre est quand même mieux faite que vos idées irréalistes. Bon, je préfère retrouver mes chères pousses de bambous pour les brouter : ça, au moins, c’est pas fou fou.

Mon cher Kuttan, qui me les a apportées, a vu combien j’étais agacée par votre inconséquence et m’a montré pour me raisonner des endroits de la planète où l’on voit combien nos repères habituels peuvent être chamboulés.

Un lac qui montre mieux ce qu’il y a dessous sa surface que ce qu’il y a au-dessus :

Une rivière dont l’eau monte dans le ciel, et pas vers son sol :

Le plus grand humain du monde qui sert la main au plus petit humain du monde :

Oui… Bon…

Chers enfants, excusez-moi alors. Moi l’éléphante philosophe, je vois bien que trouver du sens à l’aventure de la vie nous autorise à penser y compris ce que nous croyons ne pas être raisonnable.

Je trouve cela formidable à la réflexion, et vous propose de méditer ensemble les idées renversantes de cette incroyable performance. J’en suis sûre, vous ferez de beaux rêves cette nuit et retomberez sur vos pattes demain comme si de rien n’était :

A demain chers enfants,

Bisous,

Shila

Un grand merci aux “Jeunesses Musicales de France”

Les “Jeunesses Musicales de France“, association reconnue d’utilité publique, ont accepté d’accompagner les Maisons pour développer dans les années à venir de nouvelles actions artistiques permettant aux enfants de vivre en musique et de la pratiquer.

Un grand merci aux Jeunesses Musicales de France ; nous présenterons régulièrement sur le site des créations issues de ce partenariat.

Lettre de Shila : “Tous les chemins mènent à Dehli de Kudakkachira à Dehli, 3410 kms en scooter”

Chers enfants,

Je pense que vous êtes au courant des manifestations des agriculteurs indiens, les journaux du monde entier en parlent.

Pour moi, l’éléphante très sensible à l’agriculture et à ses produits, ainsi qu’aux travailleurs des champs, dont je fais partie, je suis avec attention et appréhension ce qui se passe dans mon pays.

D’après ce que j’ai compris, le gouvernement a décidé de passer trois nouvelles lois en 2020, soutenant qu’elles offriront de meilleures opportunités aux agriculteurs et apporteront de nouvelles technologies dans l’agriculture.

Les agriculteurs s’opposent à ces nouvelles lois, qu’ils perçoivent comme étant passées en force et sans concertation. Ils craignent que ces lois ouvrent la voie au démantèlement du système de prix de soutien minimum (MSP), les laissant à la merci des grandes entreprises.

Depuis fin novembre, des milliers d’agriculteurs manifestent aux frontières de Delhi, dans le froid hivernal, sachant que la température à Dehli est proche de zéro degré, la nuit !!

Les agriculteurs présents aux portes de Dehli viennent surtout du Nord de l’Inde (Dehli se situe dans la partie Nord de mon pays), ils viennent du Penjab, du Rajasthan, de l’Haryana, de l’Uttar Pradesh… , mais ils sont rejoint par des agriculteurs venant d’autres États indiens.

C’est là, chers enfants, qu’il me faut vous raconter la démarche de mon voisin Reghu, qui habite près de chez moi à moins de deux kilomètres.

Reghu est en retraite, mais à soixante-six ans il est très actif. Poète, il rencontre ses amis poètes et ses lecteurs, n’hésitant pas à faire des centaines de kilomètres avec son scooter Honda de dix ans.

Reghu est aussi un militant de longue date au PCI, (parti communiste indien), et c’est à ce double titre de poète et d’activiste, qu’il a décidé de partir rejoindre le mouvement agricole à Dehli.

Il a donc quitté le Kerala, le 26 janvier, jour du Republic Day, soutenu par ses camarades, en scooter Honda, et a passé douze jours pour faire les 3410 kilomètres par la route, en passant par Pune, Mumbai, Surat, Ajmer, Jaipur pour arriver à Dehli le 6 février.

Bien sûr, il aurait pu tenter de faire la route en stop.

Mais il avait hâte de rejoindre la capitale.

 Chaque jour de voyage lui permet de belles rencontres, et il prend son temps pour faire quelques photos et un petit poème.

Kuttan me donne de ses nouvelles et je vous assure que je suis admirative d’entendre parler des chameaux qui peuplent le Rajasthan, des enfants, des femmes et des hommes qui vivent à plusieurs milliers de kms et parlent des langues différentes de la mienne, le Malayalam. Ils parlent le Tamoul, le Konkani, le Kanada, le Marathi, le Gujarati, le Ourdou, le Hindi, le Punjabi…

Et ils sont tous de mon pays, c’est incroyable la richesse et la diversité de l’Inde.

Reghu est allé seul, avec son scooter, mais il était porteur d’un message de fraternité et de solidarité avec la lutte des fermiers.

Poète, il apporte son regard plein de vivacité et d’empathie, il s’est fait de nombreux amis en chemin. Il est décrit comme une personnalité extraordinaire, un lion et en même temps quelqu’un de proche qui, de plus écrit des beaux poèmes !! Voilà un des témoignages.

À l’heure où je vous écris ma lettre, Reghu, après quelques jours passés à Dehli, a repris le chemin du retour vers le Kerala, heureux d’avoir pu mener à bien sa mission.

C’est peut-être un peu anecdotique mon histoire d’aujourd’hui, mais elle est symbolique de la vie de mon pays.

Les valeurs de solidarité et de fraternité sont des valeurs sûres, elles sont aussi partagées dans de nombreux pays. J’ai entendu parler de votre jeune sociologue de cinq fois vingt ans, Edgar Morin, mettant en avant ces belles valeurs avec Pierre Rabhi, agriculteur et écologiste. Ils ont écrit ensemble un beau livre, “frères d’âme“.

Ces belles rencontres me réjouissent et me laissent penser que l’agriculture de demain sera biologique, solidaire comme dans l’Andhra Pradesh, et qu’elle permettra à ses agriculteurs de bien vivre.

Voilà, chers enfants, l’actualité de mon pays, qui me laisse, malgré tout, un peu soucieuse, je lève ma trompe, comme vous croisez les doigts, en souhaitant que la fraternité et la solidarité finissent par gagner.

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Les bouses d’éléphants et de vaches transformées en biogaz, une énergie utilisée depuis plus de trente ans”

Chers enfants,

Je sais que vous vous intéressez à l’énergie renouvelable et que certains d’entre vous avez fabriqué au Centre de jour avec Sophie, Eric et Yoann, éminents ingénieurs, des éoliennes :

Pour moi, l’éléphante écologiste et fine observatrice, je suis émerveillée par la créativité des humains qui cherchent à protéger notre planète, en inventant des technologies permettant de moins consommer d’énergie fossile et de mieux protéger notre environnement.

Je vais vous parler aujourd’hui du biogaz, qui est une forme d’énergie rurale populaire en Inde ainsi que dans les villages du Kerala, grâce aux efforts du secteur gouvernemental et non gouvernemental. La promotion du programme du biogaz a commencé en Inde ainsi qu’au Kerala au début des années 1980.

Le biogaz est un gaz combustible obtenu par la fermentation anaérobie (en absence d’oxygène) de matières organiques, telles que les bouses d’éléphants et de vaches et des eaux usées.

La plupart des fermes au Kerala sont équipées d’un digesteur ou biodigesreur, une petite usine à gaz, qui permet à chaque foyer d’utiliser le gaz fait maison !!

C’est incroyable, chers enfants, le temps gagné par chaque famille, qui, grâce à cette belle invention, n’a pas besoin de ramasser et couper le bois pour cuisiner !!

Mon ami Henri m’a raconté comment son beau-frère, Joy, a fait installer son digesteur, à la fin des années 1980. Le gouvernement du Kerala proposait des aides financières à chaque famille voulant faire sa petite usine à gaz familiale.

Joy a fait appel à un maçon très compétent, Mister Robin, qui a construit ce fameux digesteur, composé d’une cuve principale, couverte d’un dôme, d’où part un tuyau qui conduit le gaz, jusqu’à la cuisine. En amont de la cuve principale, Robin a construit une sorte de réceptacle où l’on déverse les bouses, les eaux usées et où on ajoute l’eau nécessaire pour que l’ensemble parte dans la cuve principale pour la fermentation.

En aval de la cuve principale, vous avez une troisième partie, où s’écoule le digestat, matière résiduelle qui subsiste après la digestion anaérobie. Ce digestat est utilisé par Joy, comme engrais naturel pour ses plantations.

Je peux vous dire que Mister Robin, le maçon expert, est resté très copain avec Joy. Il a tellement bien fait son travail que le digesteur fonctionne toujours aussi bien, après trente années d’utilisation quotidienne. C’est d’ailleurs Mister Robin, ce bâtisseur aussi sympathique que compétent, qui a construit la maison de mon ami Henri.

De nombreuses familles ont, comme la famille de Joy, fait construire un biodigesteur.

Recycler des déchets domestiques et le fumier animal, améliorer les conditions de vie des fermiers, de leurs familles… : l’utilisation du biogaz contribue également à protéger les forêts indiennes.

Au Kerala comme dans plusieurs autres États du Sud de l’Inde, le Karnataka et l’Andhra Pradesh, la production de biogaz se fait sur place, en traitant les ordures ménagères solides et les déchets agricoles, depuis les années 1980. Ces expériences sont le fruit d’une longue histoire et de la recherche en Inde.

Il est vrai que la recherche scientifique permet d’améliorer la qualité de la vie de nombreuses familles autour de moi, tout en protégeant notre environnement, moins de gaz à effet de serre, moins de besoin en bois, moins de travail pour les femmes qui doivent le prendre pour cuisiner… Voilà de belles applications :

J’espère que les scientifiques vont aussi apporter leur contribution pour la gestion des autres déchets qui sont parfois un vrai fléau !!

Comme à Boulogne-sur-mer, le plastique est de plus en plus banni

Je sais, chers enfants, tout l’intérêt que vous portez à notre environnement, je sais que vous avez le projet de faire un arboretum près de vos maisons. Continuez à vous intéresser à ces nouvelles technologies qui contribuent à protéger et embellir notre environnement.

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Sols vivants”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ? Emmanuel me dit que souvent, lorsque vous vous promenez avec vos éducatrices et éducateurs sur les plages non loin de vos Maisons, vous aimez dévaler les dunes et faire des galipettes. C’est rigolo de sentir le sol se dérober sous les pieds n’est-ce pas ?

Par chez moi, les reliefs ne sont pas aussi mouvants, vous avez de la chance.

Mes chers Henri et Kuttan m’ont dit que, certes, si le Kerala n’avait pas beaucoup de déplacements à proposer sous mes pattes, il reste qu’il y a très très longtemps, mon pays était une île, qui a vogué pour se joindre au reste du monde, et devenir aujourd’hui le paysage que je connais.

Ah bon ? Comment se peut-il ? Je n’ai rien senti ces derniers jours d’un mouvement de mon sol.

Henri et Emmanuel m’ont expliqué que c’était normal ; ce trajet jusqu’à d’autres terres a pris des millions d’années. Henri m’a dit que vous autres les humains n’avez compris ce phénomène que récemment, il y un siècle, et l’avez appelé « la tectonique des plaques ».

Hummm, c’est intrigant cette idée selon laquelle mon petit pré n’était pas à la même place voici bien longtemps.

Emmanuel me dit que cela est vrai aussi pour vos Maisons, et pour tous les endroits où vivent les animaux, les humains, les plantes.

Henri et Emmanuel m’ont expliqué que ce phénomène universel concerne tous les astres du système solaire, et sans doute bien des endroits dans l’univers :

Mais, à quoi ressemblera notre Terre, si elle bouge tant ses sols au fil des millions d’années ? Emmanuel me dit que cela reste encore un mystère, mais que vous autres les humains en avez une petite idée.

Si j’ai bien compris, du côté du passé, mon pays, alors île, s’est déplacé lentement, jusqu’à rencontrer d’autres terres, et ce lent, très lent mouvement, explique les très très hautes montagnes au Nord de chez moi.

Kuttan et Henri me disent que ce déplacement des sols existe toujours et qu’il en sera de même dans les millions d’années à venir, tant que la Terre existe.

Kuttan m’a expliqué que si, par chez nous, nous n’avons pas subi beaucoup la catastrophe du Tsunami dans mon océan, l’Océan indien, c’est parce que mon sol était du bon côté de l’onde de choc. Henri m’a dit que, par contre, quand la Terre a bougé fort, beaucoup d’autres endroits non loin de chez moi en ont souffert.

Ouille ouille ouille, que cela est terrible.

Henri et Emmanuel m’ont raconté qu’en effet, beaucoup d’animaux, d’humains, de plantes, de sols, avaient dramatiquement subi ce mouvement brutal de notre planète. Comme j’étais inquiète, Emmanuel m’a rassuré ; les humains sont très aux aguets pour essayer de prévenir tout le monde si cela devait à nouveau se reproduire.

Henri m’a précisé que, parmi les alliés permettant d’y réfléchir, les « éléphants de mer » sont de bons informateurs.

Un éléphant de mer ? Et puis quoi encore ?

Bon, certes, il y a une pieuvre qui peut un tout petit peu me ressembler, et puis oui, parfois les éléphants nagent à la surface de l’eau… :

… Mais de là à dire qu’il y a des éléphants de mer ? Non non non, c’est impossible.

Henri m’a expliquée que vous autres, les humains, avaient nommé une bestiole « éléphant de mer » car elle a un nez, certes petit, mais qui fait penser à notre trompe.

Emmanuel me dit que ces bestioles habitent notamment loin, bien loin, au Sud de mon océan, en Antarctique, et que les humains observent attentivement leurs déplacements sur des milliers de kilomètres car c’est une bonne indication de comment la Terre va :

Mes chers enfants, que nous vivons dans un monde extraordinaire ; les sols bougent, les animaux ont des ressemblances où qu’ils soient. Tout ceci me fascine, je suis si heureuse de partager avec vous ces découvertes.

Vive le mouvement perpétuel :

Je vous embrasse,

A lundi,

Shila