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La maison des découvreurs

Lettre de Shila : “”En vérités” : démêler le vrai du faux”

Chers enfants,

Comment allez-vous pendant ce reconfinement ? Je sais que vous êtes plus libres que lors du premier confinement et que vous êtes heureux de vous retrouver avec vos camarades à l’école.

Je sais que le thème de l’année culturelle est “en vérités” et je peux vous dire, moi l’éléphante philosophe, que je ne cesse de ruminer ce thème passionnant :

Je suis avec intérêt ce qui se passe dans mon pays et aussi dans le Monde. Je me suis réjouie de l’élection de Kamala, cette dame dont la maman était ma voisine, originaire de l’état voisin du Tamil Nadu :

J’ai été très triste de savoir que le Président perdant des États-Unis l’ait traitée de monstre. Il a également affirmé que son prédécesseur à la Maison blanche, Mister Obama, n’était pas né aux États-Unis !!

J’ai entendu dire que ce président dit que la presse de son pays ne colporte que des fake news, des mensonges et que lui seul dit la vérité !!

Mais vous savez, chers enfants, il nous faut garder l’esprit critique et essayer de démêler le vrai du faux.

Je sais que ce président sait utiliser les réseaux sociaux pour transmettre ses messages, il envoie des centaines de tweets qui sont lus et retweetés par milliers !!

Mais une étude scientifique très intéressante faite dans son pays nous met en garde.

Je vais vous raconter une histoire qui nous en dit long sur le pouvoir du mensonge et reviens pour cela dans mon cher pays, à une époque très lointaine, avant même l’empereur Ashoka.

Un jeune empereur ; Alexandre le grand, veut envahir le Nord de l’Inde. Il était empereur dès l’âge de 22 ans. “Alexandre le Grand ou Alexandre III, né le 21 juillet 356 avant Jésus-Christ à Pella et mort le 11 juin 323 avant Jésus-Christ à Babylone, est un roi de Macédoine et l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité.” Quand il est mort, Alexandre n’avait pas 33 ans !!

L’Eté et l’Automne 327 furent occupés à rassembler, au sud de l’Hindou-Kouch, une armée gréco-macédonienne et cosmopolite de 120 000 hommes, dont de nombreux marins venus d’Égypte et de Phénicie. Alexandre s’apprêtait en effet à « conquérir l’Inde », et cette expédition constitue encore un mystère.

L’armée gréco-macédonienne et cosmopolite poursuit son périple en Asie centrale, achevant de conquérir l’empire perse, qui disparaît définitivement en 327 avant Jésus-Christ. Alexandre se tourna alors vers l’Inde du nord. Parvenu aux pieds de l’Himalaya, il remporte une ultime bataille sur la rivière Hydaspes (Nord du Pakistan actuel).

Epuisée, son armée au bord de la sédition le presse de faire demi-tour. Alexandre, qui aurait bien volontiers continué toujours plus loin à l’Est, consenti à rebrousser chemin. A la tête de son armée, il suivit le cours de l’Indus jusqu’à la mer d’Oman, avant d’entamer une pénible traversée du désert de Gédrosie (en Iran). En 324 avant Jésus-Christ, il était de retour à Babylone, sa nouvelle capitale.

Alexandre le grand planifiait de nouvelles conquêtes dans le golfe persique et en orient, lorsqu’il mourut subitement en 323 avant Jésus-Christ, âgé de seulement 32 ans, probablement victime de son alcoolisme. Convaincu de sa nature divine, il s’était mis à régner en tyran. Ayant négligé de mettre sur pied un gouvernement central pour maintenir la cohésion de son empire, celui–ci sombra rapidement dans l’anarchie.”

Mystère en effet autour de la conquête du Nord de l’Inde par Alexandre en 327 avant Jésus-Christ ; Alexandre a une idée de l’Inde qui tient du mythe et de la légende, d’après les écrits fabuleux de Ctésias de Cnide, un écrivain de son époque :

« Convoitise d’Alexandre pour une contrée énigmatique et magique :

Si Alexandre n’a pas accordé foi à toutes les affabulations de Ctésias, nul doute cependant que l’Inde à ses yeux représentait pour une part la terre qui pouvait receler le secret ultime des confins du monde. Et si elle a pu l’aimanter comme elle le fit, c’est peut-être moins par l’intérêt stratégique et militaire qu’elle constituait que par la richesse imaginaire qu’évoquait cette énigmatique contrée, surchargée d’images et décrite comme le foyer d’une nature radicalement autre, fascinante, primitive et magique.

L’Inde de Ctésias est peinte comme une terre d’enchantement :

La nature y transgresse toutes ses lois et donne sa mesure dans la démesure : le soleil y apparaît dix fois plus grand qu’ailleurs ; les moutons et les chiens y ont la taille des ânes occidentaux, les brebis et les chèvres ont une queue large d’une coudée qui traîne par terre et empêcherait que les femelles soient saillies sin on ne la leur coupait.

Les palmiers des Indes ainsi que leurs dattes sont trois fois plus gros que ceux de Babylone ; les fourmis y sont de la taille d’un renard. Une source donne du vin, et ailleurs, c’est d’un rocher que coule un fleuve de miel. Une autre source encore donne une eau qui, une fois puisée, se fige comme du lait caillé et rend fou celui qui en boit, si bien qu’il se met à délirer et à raconter tout ce qu’il a accompli.

Prodigieuse également cette fontaine où les Indiens les plus en vue plongent en s’y lançant les pieds en avant, et que l’eau renvoie en l’air. Et cet arbre, le parébos, qui attire à lui tout ce qu’on dépose à proximité, tel que l’or, l’argent et tous les autres métaux ; et qui attire aussi tous les oiseaux qui voltigent trop près de lui, voire les chèvres et les moutons.

Hommes à tête de chien, Pygmées et autres mirabilia :

Cynocéphales :

L’Inde concentre en elle mirabilia et prodiges Elle présente tous les « lieux communs » de la paradoxographie (récits de merveilles) antique. On y rencontre donc aussi, naturellement, des êtres étranges, comme les cynocéphales, hommes à tête de chien qui, pour tout langage, ne savent que japper. Ils ont tous une queue, semblable à celle des chiens mais plus longue et plus touffue, et ils s’accouplent à leurs femmes à quatre pattes.

Enfin – tant cette ambivalence est représentative des croyances grecques –, ce sont des êtres justes qui vivent fort longtemps. Dans les montagnes de l’Inde vit une population de trente mille âmes dont les bébés viennent au monde le crâne garni de cheveux blancs qui ne s’obscurciront qu’à partir de l’âge de trente ans. Ces gens possèdent huit doigts à chaque main et à chaque pied et ont des oreilles qui couvrent leurs bras jusqu’aux coudes, cachant même tout leur dos ».

Comme il est dit plus haut, Alexandre faisant face à la rébellion de son armée gréco-macédonienne épuisée, qui ne veut plus avancer, terrorisée d’avoir dû affronter les éléphants de combat, pluies torrentielles de la mousson, est obligé d’arrêter la conquête. Il décide de rebrousser chemin.

Mais avant de faire demi-tour, Alexandre ordonne de fabriquer des mangeoires à chevaux, des mors, des armes d’une taille et d’un poids extraordinaire. Evidemment, ce sont de gros mensonges destinés à faire croire à ses ennemis qu’il est à la tête d’une armée de géants. Et ça marche ! La fin d’un des plus grands empires de l’Histoire du Monde, l’empire d’Alexandre, ne s’explique que par la disparition de son chef, pas parce que des ennemis auraient pris le dessus sur son armée. Je pense qu’ils avaient trop peur de tomber sur des géants !!

Cette histoire d’Alexandre le Grand nous montre comment, à une époque si lointaine, le bluff, la capacité à faire croire de fausses vérités, avait une telle importance. Il n’est pas toujours pas simple pour les historiens de nous compter cette histoire, faite de mythe, de fable, de légende et de réalités …

Henri m’a dit qu’une personne qui écrit beaucoup, Monsieur Pierre Bayard, s’est intéressé comme moi à toutes ces fictions et réfléchit sur le vrai et le faux :

Dans son nouveau livre, « Comment parler des faits qui ne se sont pas produits ? », Pierre Bayard suggère que les « vérités alternatives » ne sont pas toutes aussi nocives que les élucubrations de Trump. Selon lui, la fable sert la littérature, mais aussi la science. Et souvent elle nous aide à vivre.”

Je dois vous dire, chers enfants, que je compte sur vous pour démêler le vrai du faux, car plus je réfléchis, plus je me rends compte que se construire “en vérités” n’est pas si simple.

Je vous fais de gros bisous,

A lundi,

Shila

Lettre de Shila : “Vrais faux, faux faux, faux vrais, vrais vrais”

Bonjour chers enfants,

Comment allez-vous ? Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, me dit qu’il a bu un très bon café ce matin en lisant le journal et qu’il était aussi bon que celui de mon pays :

Emmanuel me dit que dans ce journal, il y avait une information qui a de quoi donner mal à la tête : il y aurait des « fausses vérités » dans le monde, et ces fausses vérités auraient beaucoup plus de succès et d’ampleur que des « vraies vérités ».

Ouille ouille ouille, je m’empresse de mâchouiller mes chères pousses de bambou car même si je suis très intelligente, la différence entre fausse et vraie vérité me semble incroyablement compliquée et il me faut être très réveillée. Le peu que j’ai compris, c’est qu’il faut quand même que j’y réfléchisse car cela pose des problèmes graves aux humains.

Aux humains seulement ? Emmanuel me dit que c’est un problème qui concerne aussi les animaux. Ainsi des requins qui confondent des humains avec des bestioles : ils croquent des humains qui nagent à la surface de l’eau, croyant de bonne foi que ce sont des phoques ou des tortues. Ou encore des canards qui sont piégés par des humains, croyant que flottant sur la mare, ce sont des vrais cousins alors que ce sont des canards en plastique. Et je ne vous parle pas des truites, qui croient que ce sont des vraies mouches qui volent à la surface de l’eau, alors que c’est l’humain qui a mis un appât sur l’hameçon de sa canne à pêche pour mieux les attraper.

Oui, maintenant qu’Emmanuel m’explique ce problème, je vois bien qu’il est très important de faire la différence entre le vrai et le faux, cela peut être une question de survie.

Et bien dans le journal qu’a lu ce matin Emmanuel, les résultats d’une étude scientifique expliquent que vous, les humains, préférez beaucoup et de très loin ce qui est faux à ce qui est vrai :

« Nous avons étudié la diffusion différentielle de toutes les nouvelles vraies et fausses vérifiées distribuées sur Twitter de 2006 à 2017. Les données comprennent environ 126 000 articles tweetés par environ 3 millions de personnes plus de 4,5 millions de fois. Nous avons classé les nouvelles comme vraies ou fausses en utilisant les informations de six organisations indépendantes de vérification des faits qui affichaient un accord de 95 à 98% sur les classifications. Le mensonge s’est répandu beaucoup plus loin, plus vite, plus profondément et plus largement que la vérité dans toutes les catégories d’informations, et les effets étaient plus prononcés pour les fausses nouvelles politiques que pour les fausses nouvelles sur le terrorisme, les catastrophes naturelles, la science, les légendes urbaines ou les informations financières. Nous avons constaté que les fausses nouvelles étaient plus nouvelles que les vraies nouvelles, ce qui suggère que les gens étaient plus susceptibles de partager des informations nouvelles. Alors que les fausses histoires inspiraient la peur, le dégoût, et surprise dans les réponses, des histoires vraies inspirées d’anticipation, de tristesse, de joie et de confiance. Contrairement à la sagesse conventionnelle, les robots ont accéléré la diffusion de vraies et fausses nouvelles au même rythme, ce qui implique que les fausses nouvelles se répandent plus que la vérité parce que les humains, et non les robots, sont plus susceptibles de la propager. »

Emmanuel m’a expliqué que Twitter, c’est une technologie inventée par les humains pour qu’ils puissent être de mieux en mieux en relation.

Mes chers enfants, tout cela me rappelle ce que je vous racontais à propos du miroir :

La conscience collective de ce qui est vrai, de ce qui est faux, n’est pas garantie par la mise au point de robots, de machines très sophistiquées. On peut être de mieux en mieux en relation, et être de mieux en mieux trompé.

Mon ami Emmanuel m’a expliqué que c’est un phénomène très ancien, qui n’a pas attendu les robots pour exister. Ainsi, Monsieur Jean-Paul Demoule, membre de votre Conseil scientifique, a beaucoup réfléchi à ces questions en tant qu’archéologue. De fameux mensonges ont été crûs par beaucoup de monde, bien avant ce que vous appelez “Internet”, “Twitter”, ou “la télévision” :

« Une énigme subsiste jusqu’à nos jours, celle de l’auteur de l’homme de Piltdown, un fossile découvert en 1908 dans le sud de l’Angleterre, et qui formait le « chaînon manquant » (ou missing link) idéal entre le singe et l’homme, celui que tout le monde cherchait. Il fallut quarante ans et l’invention de la datation par le carbone 14 pour vérifier que la chose tenait bien du singe et de l’homme : c’était un crâne humain médiéval associé à une mandibule d’orang-outan soigneusement limée ! Si l’on en a parfois soupçonné le savant français Teilhard de Chardin et même Conan Doyle, qui résidait à proximité, le suspect numéro 1 reste Charles Dawson, le « découvreur » de cet eoanthropus dawsoni (!), mais sans preuves irréfutables. Ce faux avait lui-même été précédé un demi-siècle plus tôt par un autre tout aussi célèbre, la mâchoire de Moulin-Quignon. Moderne, elle avait été introduite dans une carrière de la Somme par des ouvriers auxquels Boucher de Perthes avait promis une récompense en cas de découverte d’os humains. En effet, si on connaissait jusque-là des outils en silex et des ossements d’animaux disparus dont l’antiquité venait d’être admise, il manquait toujours la preuve d’une réelle présence humaine. Ce faux, authentifié à l’époque, permit à la Préhistoire de connaître son véritable développement ! ».

Ce thème est passionnant, et Emmanuel m’a envoyé pour vous l’émission de radio durant laquelle Monsieur Demoule raconte plein d’autres histoires de vrais faux, faux faux, faux vrais, vrais vrais.

Emmanuel me fait remarquer qu’en plus, pas mal de gens qui se sont faits bernés par ces bobards très bien ficelés sont précisément des personnes qui ont beaucoup appris du Siècle des Lumières dont je vous parlais hier.

Je vous soumets la morale de cette histoire, mes chères enfants : pour être puissant, avoir du pouvoir sur les autres, il semble qu’il vaille mieux mentir. Cependant, le mensonge est toujours découvert tôt ou tard, car il ne peut atteindre l’importance existentielle de la vérité : « L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu », disait pour résumer cela un grand penseur de votre Siècle des lumières, Monsieur François de la Rochefoucauld.

Je crois savoir par mon cher Henri que dans le sous-sol devant la Maison du Cirque, vous avez réalisée voici dix ans, malicieux que vous êtes, une opération au cours de laquelle vous avez enfouis des vrais vrais, vrais faux, faux vrais, faux faux messages à l’attention de vous-mêmes et des archéologues du futur :

Hummm, vous êtes futés les enfants : je souhaite bien du plaisir à votre mémoire et aux archéologues de 2030 et de 2050 pour savoir discerner le vrai du faux.

A demain,

Gros bisous,

Shila

Lettre de Shila : “L’Inde des Lumières”

Bonjour chers enfants, hier je vous souhaitais un joyeux Diwali ; c’est beau toutes ces bougies allumées n’est-ce pas ?

En France, me dit Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, existe aussi chaque début décembre une grande fête annuelle à Lyon, qui s’appelle La fête des lumières, et durant laquelle les habitants posent sur le rebord de leurs fenêtres des bougies pour éclairer leur rue à l’attention des badauds.

Malheureusement, cette grande fête qui rassemble plus d’un million de visiteurs et qui est, me dit Emmanuel, un évènement devenu réputé au-delà de vos frontières, ne pourra avoir lieu cette année en raison de ce satané virus.

Je constate que fêter la lumière a beaucoup d’importance pour vous les humains. Emmanuel me dit que ce fut au point d’intituler un siècle de votre Histoire de France : le siècle des Lumières.

C’était il y a trois cents ans : Ouille ouille ouille, c’est bien loin de nous tout ça. Et pourtant, me dit Emmanuel, ce fameux siècle continue aujourd’hui à faire parler de lui, car, si je comprends bien, c’est le moment où en lettres, en sciences, en mathématiques, il y a eu de grandes révolutions d’idées. Beaucoup de personnalités de votre pays réfléchissaient à l’époque au statut de ce qui est vrai, de ce qui est faux.

Dans mon pays, comme je vous l’ai raconté, il y a eu aussi de très grands penseurs plein de sagesse :

Mais, à la différence des français, les indiens ne sont pas venus jusqu’à chez vous pour essayer de vous convaincre qu’ils avaient raison à propos de ce qui serait vrai ou faux. Moi, l’éléphante curieuse, je trouve cela étonnant que des personnes fassent des milliers de kilomètres pour tenter de convertir d’autres personnes à des nouvelles idées qui ne sont pas les leurs.

Vous vous rendez compte chers enfants ? Quelle aventure incroyable, interminable, dangereuse devait être celle de vos ancêtres parcourant la Route des Indes afin de venir jusqu’à mon pays.

Cet effort surhumain pour venir de chez vous à chez moi, voici trois cents ans, explique je pense que ce ne fut pas seulement au nom de ses idées que le Siècle des lumières français est venu ici.

Emmanuel m’a dit que j’avais raison (Youpi !) et m’a raconté que vos grands voyageurs sont d’abord arrivés dans mon pays pour le commerce, pour les immenses richesses matérielles de mon continent. Emmanuel m’a signalé à presque cinq cents kilomètres de chez moi une ville indienne, nommée Pondichéry, qui fut le haut-lieu de l’implantation des marchands français.

L’arrivée régulière des bateaux et personnes françaises sur les rivages de mon pays voici trois cents ans, ce n’est donc pas tant l’histoire d’une rencontre entre deux peuples au nom d’une idée supérieure de la vérité qui serait bonne partout et tout le temps où que l’on vive.

Emmanuel me dit qu’il faut quand même nuancer cette observation, et m’a recommandé pour vous un livre qui montre qu’il y a quand même eu durant ce Siècle des lumières des influences de la pensée indienne sur la pensée française, et de la pensée française sur celle de mon pays.

Emmanuel m’a envoyé pour vous un article qui résume bien ces rencontres à l’époque de l’Inde des Lumières, tour à tour époque d’échanges équitables entre votre pays et le mien, puis de rapports de domination de la France sur le mien, puis finalement de relations apaisées enrichissant les deux cultures :

« L’engagement historique de l’Inde avec la France peut être compris à travers le prisme des voyageurs aventureux, des colonisateurs, des soldats et des citoyens ordinaires. C’est au XVIIe siècle qu’un gentleman français du nom de François Bernier visita l’Inde et devint le médecin de l’empereur moghol Aurangzeb, entre autres. Il a ensuite documenté sa vie dans le livre intitulé « Histoire de la dernière révolution des états du Grand Mogol », et l’a publié à Paris en 1670-1671. Ce livre connu sous le nom de « Voyages dans l’Empire moghol » a donné une description poignante du séjour de Bernier en Inde et de ses rencontres avec les Indiens locaux. Il était un grand voyageur et a vécu en Inde pendant douze ans, visitant même la région du Cachemire pendant son séjour. Un autre nom qui fait le tour des discussions sur les relations historiques de l’Inde avec la France est celui de Jean Baptiste Tavernier dont les « Six Voyages » continuent d’engager les lecteurs jusqu’à ce jour. Ces voyageurs nous donnent un aperçu clair de la vie que les gens ordinaires menaient à l’époque médiévale en Inde.

Présence coloniale française :

Les siècles suivants ont vu les Français entrer en Inde en tant que colonisateurs et combattre les guerres carnatiques massives (1746-1763) avec les Britanniques. Les guerres carnatiques peuvent être qualifiées de « guerres par procuration » entre deux puissances coloniales montantes pour la suprématie régionale. Finalement, Lord Clive et les Britanniques ont réussi en Inde et la sphère d’influence française a été limitée à quelques régions du pays comme Pondichéry, Karikal, Chandannagar et Mahe. L’engagement entre l’Inde et la France dans cette phase peut être qualifié de relation où « l’orient rencontre l’occident » et la curiosité pour la culture de l’autre grandit rapidement entre les deux pays. »

Mes chers enfants, quel voyage mouvementé à travers le temps de nos deux continents. Je vois que réfléchir à ce qui est vrai, à ce qui est faux, à ce qui est bien, à ce qui est mal, à ce qui fait gagner de l’argent, à ce qui ne le fait pas, mobilise les humains dans le monde entier, créant des rencontres parfois malheureuses, parfois heureuses.

Emmanuel me dit qu’il y a un proverbe chez vous, qui dit : « Chacun voit Midi à sa porte ». J’ai cru comprendre que cela signifie qu’il n’y a pas de vérité unique pour faire un Monde.

Vivent les vérités de chacune et chacun !

Vive la capacité de faire dialoguer les vérités des uns et des autres !

Vive l’envie d’examiner toutes vérités avec un œil curieux mais pas dupe !

Je vous embrasse très fort,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Happy Diwali”

Bonjour les enfants,

Je vous souhaite une bonne fête de Diwali, fête des lumières, en Inde et dans beaucoup d’autres pays.

J’ai reçu de nombreux vœux de mes voisins, qui m’ont souhaité une bonne fête de Diwali.

Mon ami Henri a reçu de nombreux messages de sa famille et ses amis indiens, avec de jolies cartes, qui sont jointes à ce courrier.

De nombreuses lumières éclairent les maisons, les rues, les monuments… Des millions de lumières, c’est extraordinaire cette journée, qui a eu lieu cette année le samedi 14 novembre 2020.

En plus de cette myriade de lumières, je ne vous cache pas que les enfants, les adultes et aussi les éléphants, nous sommes gâtés en sucreries, pâtisseries, ladoos, bonbons et pour moi du sucre de canne non raffiné, je m’en lèche les babines !!

Il y a aussi plein de pétards, mais ça, j’aime beaucoup moins.

Pour moi, cependant au Kerala, la fête de Diwali est un peu moins fêtée, car notre grandissime fête est Onam, correspondant à notre nouvelle année, dans le calendrier malayalam.

Je suis cependant très intéressée par Diwali et j’attends mon cornac avec ses gâteries.

Je sais qu’à Boulogne, vous attendez la fête de Noël, pour mettre les guirlandes lumineuses, et faire la fête.

À la différence de Noël, dont la date est fixée le 25 décembre chaque année, Diwali comme Onam sont des fêtes dont la date varie chaque année en fonction de calendriers différents du calendrier grégorien.

Onam, dépend du calendrier malayalam, et tombe en août ou septembre, la fête dure 4 jours, correspondant à la nouvelle année de ce calendrier.

Diwali tombe en octobre ou novembre de chaque année, selon le cycle de la lune. Il est observé le 15e jour de Kartik, le mois le plus sacré du calendrier hindou vikram“. La fête dure 5 jours, correspondant aussi à la nouvelle année de cet autre calendrier (l’Inde avait à une époque récente 30 calendriers).

Ces deux fêtes grandioses étaient aussi traditionnellement liées à la fête des moissons.

Diwali est une fête très populaire en Inde : c’est celle des lumières, à l’occasion de laquelle on s’offre des cadeaux et tire des feux d’artifice. Les festivités durent cinq jours, dont le troisième, le plus important (« Bari Divali », « la grande Divali »), est consacré à la déesse Lakshmi, les quatre autres étant associés à différentes légendes et traditions. Ce troisième jour est aussi le dernier de l’année du calendrier hindou Vikram, utilisé dans le nord de l’Inde. Le lendemain, début de la nouvelle année hindoue, est connu sous le nom d’Annakut dans le nord de l’Inde. Dans l’Inde du Sud, Divali ne coïncide pas avec le début de la nouvelle année, car un autre calendrier est utilisé, le calendrier Shalivahana.

Outre les hindous, les sikhs et les jaïns fêtent également Divali, en lui rattachant d’autres valeurs symboliques et des références historiques différentes.”

Que signifie cette fête de Diwali ? Diwali vient du mot sanskrit “dipavali”, “dipa”, c’est la lampe ou la lumière et “avali”, la rangée ou ligne, Diwali étant des rangées de lumières.

Pour les hindous, souvenez-vous du livre du Ramayana :

Diwali est la fête des lumières. Cette fête religieuse commémore le retour du dieu Rama et de son épouse Sita, dans leur capitale, Ayodhya qu’il a reconquise de haute lutte sur le démon Ravana. Diwali (ou Divali ou Dipavali), qui signifie « rangée de lumières », rappelle le chemin de lampes fait à Rama par les habitants d’Ayodhya pour éclairer son retour“.

Diwali, fêtes des lumières, symbolise la victoire de la lumière sur les ténèbres, la victoire de la connaissance sur l’ignorance.

Pour les Sikhs, Diwali représente la victoire de la justice sur l’injustice et la violence,

C’est une très grande fête dans le temple d’or à Amristar, très loin de chez moi, dans le Punjab.

Dans chaque maison on fait des rangolis, chez nous on appelle ces œuvres visuelles éphémères, des kolams.

Ces œuvres sont réalisées, avec des poudres colorées ou des fleurs, par les femmes et les jeunes filles :

« Les Indiens intègrent l’art dans leur vie quotidienne en dessinant des rangoli appelés aussi alpana ou alpona au Bengale, mandana et thapa au Rajasthan et Madhya Pradesh, kolam au Tamil Nadu, Andhra Pradesh et Karnataka, kalam au Kerala, aripan au Bihar, rangavallie dans le Maharastra, muggu en Andhra Pradesh, saathiya au Gujarat et chowkpurna en Uttar Pradesh.

Dans les villages partout en Inde, les femmes font ces dessins chaque matin sur les seuils ou dans la cour des maisons ou sur le sol des temples. Elles tracent d’abord en pointillé le contour des motifs géométriques à l’aide d’une poudre blanche, habituellement de calcaire ou de riz, avant de le remplir d’une série de lignes. En plus d’ajouter une touche d’art et de beauté au foyer ou au temple, les rangoli protègent la famille ou le lieu sacré.

Les dessins sont transmis de mère en fille. Certains sont très anciens et remontent à des centaines d’années. Des formes florales ou animales s’ajoutent parfois aux peintures, mais le pouvoir des rangoli tient à sa géométrie complexe. Il existe également différents styles de dessins qui varient d’une région à l’autre du pays. »

Voilà, chers enfants, pourquoi je tenais à vous souhaiter une bonne fête de Diwali, tout en regrettant de ne pas pouvoir vous envoyer ces si bonnes pâtisseries que chacun savoure ici avec beaucoup de bonbons et de ladoos, mais je suis sûre que vous êtes aussi gâtés dans vos maisons et que vous faites aussi de très beaux gâteaux.

Je vous fais de gros bisous très sucrés, en cette période de Diwali.

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “En route pour Rishikesh, sur les pas des Beatles”

Chers enfants,

Je ne sais pas si l’auto-stop marche bien en France, mais je suis très fière de Vishaal Henry, mon voisin de Kochi, qui a réalisé le tour de l’inde en 93 jours, faisant du stop avec tout ce qui peut rouler, du vélo au tracteur, sans oublier les camions Tata ou Ashok Leyland si joliment et artistiquement peints !!

Aujourd’hui je me suis intéressé à Rishikesh, ville située à près de 3000 kilomètres de chez moi. J’ai su que les Beatles, ces musiciens d’exception, ont séjourné dans cette ville qui se situe au pied de l’Himalaya.

Cette ville semble être un lieu très attrayant pour les yogis, on y vient du monde entier. L’éléphante que je suis, malgré ma corpulence et mes trois tonnes, est d’une grande souplesse et vous étonnerait du nombre de postures ou asanas que je suis en capacité de pratiquer.

Cependant mon cornac ne m’autorisera pas de lever la trompe pour faire du stop jusqu’à Rishikesh ; j’ai su qu’en voiture, il faut 51 heures, si tout va bien !! À pieds : 532 heures. J’ai donc renoncé.

J’ai su que Francis, l’un des membres du Conseil d’administration de vos Maisons, est allé en Inde en 1968, il en a gardé un souvenir enchanté.

Début 1968, les Beatles sont partis en Inde, à Rishikesh. Mon cher voisin Henri m’a envoyé pour vous un article racontant la venue de ces superstars dans mon pays.

En 1968, les Beatles se rendent en Inde pour un drôle de pèlerinage à l’ashram du Maharishi Mahesh Yogi avec leurs épouses et une vingtaine d’amis, dont Mia Farrow, Mike Love des Beach Boys, le flûtiste Paul Horn et Donovan Leitch, qui y compose Hurdy Gurdy Man. Un peu plus de cinquante ans plus tard, Rishikesh se souvient…

Afin de s’initier à la méditation transcendantale, les Anglais ont séjourné en 1968 dans un ashram de l’Himalaya. Ce fut le moment le plus créatif de leur histoire, avec la composition de 48 titres.

On se souvient du séjour prétendument mystique des quatre garçons en Inde, on comprend l’importance qu’a quand même eue ce périple dans leur musique, particulièrement dans la création du fabuleux Album blanc. Selon John Lennon, Paul McCartney et lui ont écrit une trentaine de chansons durant leur séjour de sept semaines. Plus une douzaine en solo pour Paul et six pour George Harrison, donc 48 au total. Il s’est agi de leur période créative la plus prolifique.

Cette expérience a mis l’Inde au goût du jour et toute la jeunesse rêvait de s’y rendre en chantant Hare Krishna comme George. Le monde s’est mis à porter des chemises aux couleurs exubérantes, à méditer les doigts joints et à sniffer de l’encens en écoutant Ravi Shankar. Une vraie révolution !

On m’a expliqué que George Harrison avait rencontré Ravi Shankar, un grand musicien indien, et qu’il a essayé d’apprendre à jouer de la sitar, ce merveilleux instrument de musique indien. Il a appris la musique orientale auprès de Ravi Shankar. Sous son impulsion, le groupe a décidé de se rendre en Inde.

Loin de la furie des fans et du bruit du monde, les Beatles partent se ressourcer à Rishikesh en février 1968, à une époque où l’Occident cherche son salut dans des messages de peace and love. Après le décès de leur manager Brian Epstein, ils décident de suivre les cours de méditation transcendantale de Maharishi Mahesh Yogi, un célèbre maître spirituel qui promet le bien-être et qui les invite dans son ashram. Quelques mois plus tôt, les Beatles avaient été initiés à ses pratiques en Angleterre, sous l’impulsion de George Harrison. Leur chanson Across the Universe scandait déjà Jai Guru Deva Om, un mantra de Maharishi. Ils sont cette fois prêts pour l’expérience indienne, qui aura un profond impact sur leur vie et leur musique. Ce sera la période la plus féconde de leur carrière, d’où naîtra un de leurs chefs-d’œuvre, le « White Album ».”

L’article suivant explique bien le trip indien des Beatles, très prolifique mais se terminant de façon abrupte, John Lennon n’appréciant pas le comportement du gourou Maharishi.

Il reste que le métissage de la musique indienne et la musique pop trouve ses racines dans cette démarche des Beatles.

“Love you too” en est un formidable exemple :

« Let it be » est un autre titre décrit comme prophétique, car 52 ans après leur séjour, la nature a pris le dessus :

« Let it be. » Prophétiques, les mots de Paul McCartney sont peints sur le mur d’une salle de méditation envahie par la végétation et les rayons du soleil. Avec le temps, les vitres des fenêtres ont volé en éclats, le toit a disparu et les peintures se sont écaillées. La nature a repris ses droits et des artistes graffeurs ont orné les crépis écaillés de graffitis et de peintures murales en hommage aux Beatles. Une beauté paisible et poétique enveloppe cet ermitage abandonné, qui s’étend sur 7,5 hectares et surplombe le Gange et la ville sainte de Rishikesh, sur les contreforts de l’Himalaya...”

Voilà, chers enfants, une très belle histoire qui a fait rencontrer des artistes, musiciens et chanteurs entre des cultures si différentes.

Beaucoup de jeunes et moins jeunes vont, à l’exemple des Beatles, prendre la route de l’Inde.

C’est un peu le voyage que nous faisons ensemble.

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “On the road again”

Bonjour chers enfants,

Comment allez-vous ? Moi, je viens de voir passer sur la route devant chez moi le camion tout coloré, tout bariolé, qui m’emmène d’habitude en forêt avec mon cornac pour y travailler :

J’ai levé ma trompe vers le ciel pour saluer le véhicule et son conducteur, mais il ne s’est pas arrêté. Hummm, bizarre : d’habitude je lève ma trompe, le camion s’arrête et hop !, on part ensemble tailler la route.

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, me dit qu’il ne faut pas me formaliser, que ça arrive aussi souvent aux humains qui lèvent leur pouce sur le bord des voies. Henri me dit que cela s’appelle « faire de l’auto-stop » ; parfois un véhicule s’arrête voyant qu’on lève son pouce, parfois non.

Ah, maintenant qu’Emmanuel et Henri m’ont expliqué ce curieux rituel, je comprends mieux toutes ces personnes que je peux voir de temps en temps lever leur pouce sur le bord de la route non loin de chez moi :

En fait, ils viennent de très loin, pour essayer d’aller très loin.

C’est un peu comme nous, les éléphants, qui sommes réputés pour parcourir bien des kilomètres soit pour trouver de quoi boire, soit pour échapper à des humains qui nous veulent du mal :

Intéressant…

Emmanuel me dit que des humains de votre pays aiment bien tenter l’aventure, en auto-stop, de chez vous jusqu’à chez moi :

Mais, est-ce que ça peut marcher avec une éléphante de trois tonnes ? Je me demande si, à chaque fois que je lèverai ma trompe dès qu’un camion se présente devant mon pré, un « Ashok Leyland », un « Tata motors » s’arrêterait.

Ashok Leyland, Tata motors : drôles de noms n’est-ce pas ?

Et bien mes chers enfants, ce sont deux grandes marques de camions fabriqués dans mon pays. Ces deux entreprises racontent à leur façon d’où vient l’Inde, et vers où elle souhaite aller.

Henri m’a expliqué qu’Ashok Leyland raconte comment les indiens ont réussi à se libérer peu à peu de l’emprise des britanniques ; Ashok, c’est indien, Leyland, c’est anglais. En quelque sorte, c’est comme si un vieux couple décidait qu’il valait mieux vivre chacun de son côté, mais sans pour autant se faire la guerre pour cette séparation. Je trouve cela pas mal.

Henri me dit que des fois cela n’a pas marché ; ainsi du fabriquant de camions et voitures de votre pays avec un fabriquant du mien. Henri me dit que c’est à cause de désaccord à propos du “transfert de technologie” de l’un vers l’autre.

Quant à Tata motors, me dit Emmanuel, c’est l’histoire d’une famille indienne qui est convaincue qu’elle peut aider son pays à aller de l’avant, et créer des techniques, des technologies, qui pourront offrir un monde meilleur.

Ouille ouille ouille, c’est bien compliqué tout cela : je ne pensais pas qu’il y avait tant de tergiversations pour qu’une chose puisse rouler sur une route et transporter des animaux, des humains, des plantes, des cailloux. Mes chers enfants, vous connaissez mon scepticisme quant à la notion de « progrès » :

J’espère qu’”Ashok Leyland”, “Tata motors”, “Renault” ou “Mahindra” auront la sagesse de vérifier régulièrement que tous ces camions, ces autobus, ces voitures, apportent réellement un bienfait pour vous autres les humains, nous autres les animaux, mais aussi aux plantes, les cours d’eau, la neige des montagnes, les sols sur lesquels ces choses à roues circulent.

Quoi qu’il en soit mes chers enfants, je pense continuer à lever ma trompe en écoutant un camion arriver, car c’est comme un rendez-vous quotidien pour le voyage et le dépaysement.

Je vous fais de gros bisous,

A lundi,

Shila

Lettre de Shila : “Fierté indienne”

Chers enfants,

Décidément ce mois de novembre 2020 est un mois très particulier, avec ce reconfinement pour vous en France et avec les fêtes, le Kerala Day le 1er novembre, la fin des cérémonies commémoratives du centenaire de la Première Guerre mondiale, le 11 novembre 2020…

Une information importante m’est arrivée à Kurichithanam : une femme d’origine indienne et jamaïquaine vient d’être élue à la vice-présidence des États-Unis.

J’ai appris aussi que la fête de Diwali a été avancée d’une semaine dans le village ancestral de Kamala, à 400 kilomètres de chez moi.

Je ne vous cacherais pas, chers enfants, que je n’arrête pas d’agiter mes oreilles, ma trompe et ma queue tellement je suis fière et heureuse de cette bonne nouvelle.

L’Inde entière est fière de l’élection de Kamala Harris à la vice-présidence des Etats-Unis. Mon cher voisin Henri m’a envoyé pour vous un article racontant cette réjouissance.

Mais c’est moins de Kamala dont je veux vous parler aujourd’hui que de sa mère, car pour savoir qui est Kamala, nous devons connaître sa maman : Shyamala Gopalan Harris. Henri a déniché pour vous un article passionnant à propos de l’histoire familiale de de Miss Harris, vice-présidente des Etats-Unis :

Shyamala Gopalan Harris a immigré aux États-Unis depuis l’Inde.

Née à Madras (aujourd’hui Chennai), en Inde, Gopalan n’avait que 19 ans lorsqu’elle a quitté l’Inde seule. Diplômée de l’Université de Delhi, elle est allée étudier à l’Université de Californie à Berkeley, où elle a obtenu son doctorat en nutrition et endocrinologie.

C’était en 1958 lorsque Gopalan est entrée aux États-Unis et, à l’époque, la plupart des ménages indiens n’avaient pas de téléphone. La seule façon pour la jeune Gopalan de rester en contact avec sa famille était par le biais de lettres manuscrites, appelées aérogrammes, qui mettaient souvent environ deux semaines à arriver. Mais malgré la distance, la famille est restée proche.

Elle était une scientifique de renommée mondiale.

Après avoir reçu son doctorat, Gopalan est restée à l’UC Berkeley et est devenue chercheuse sur le cancer du sein. Son succès dans ce domaine l’a amenée dans des universités du monde entier, où elle a continué à mener des recherches et à enseigner. Elle a travaillé à l’Université de l’Illinois et à l’Université du Wisconsin, a passé du temps en France et en Italie, puis a obtenu un poste à l’Université McGill à Montréal. Gopalan a emmené ses deux filles avec elle au Canada. Kamala y a vécu de 12 ans jusqu’à l’obtention du diplôme d’études secondaires.

La recherche de Gopalan sur le cancer du sein a été particulièrement influente. Son travail “a déclenché de nombreuses avancées concernant le rôle de la progestérone et de son récepteur cellulaire dans la biologie du sein et le cancer”, a déclaré la nécrologie de Breast Cancer Action. “Le monde des femmes touchées par le cancer du sein a changé pour le mieux en raison de la présence de Gopalan en son sein.”

Gopalan était une militante des droits civiques et a rencontré son mari lors d’une manifestation.

Dans les années 1960, Gopalan rencontre l’homme qui deviendra son mari et le père de ses enfants : Donald J. Harris. Tous deux étaient des immigrants (Harris de la Jamaïque) obtenant un doctorat à l’Université UC Berkeley et étaient activement impliqués dans le mouvement des droits civiques ; ils se sont rencontrés lors d’une manifestation. Le couple s’est marié en 1963 et est resté impliqué dans le mouvement, emmenant même leurs filles de temps en temps.

C’est comme ça qu’ils se sont rencontrés – en tant qu’étudiants, dans les rues d’Oakland, marchant et criant pour cette chose appelée justice, dans une lutte qui se poursuit encore aujourd’hui”, a déclaré Harris dans ses premières remarques publiques en tant que colistière de Biden. “Et j’en faisais partie. Mes parents m’emmenaient aux manifestations – attaché fermement dans ma poussette”.

Gopalan et Harris ont finalement divorcé au début des années 1970, alors que Kamala avait 7 ans, mais Gopalan a continué à se battre pour l’égalité raciale. Elle a encadré des étudiantes de couleur, conseillé des femmes afro-américaines luttant contre le cancer du sein et inculqué l’activisme politique à ses filles.

« Ma mère avait été élevée dans une famille où l’activisme politique et le leadership civique venaient naturellement », a écrit Kamala Harris dans son autobiographie de 2019, The Truths We Hold. “De mes deux grands-parents, ma mère a développé une conscience politique aiguë. Elle était consciente de l’histoire, consciente de la lutte, consciente des inégalités. Elle est née avec un sens de la justice imprimé dans son âme.

Elle a encadré d’innombrables étudiants.

Selon sa nécrologie, Gopalan a passé une grande partie de son temps en tant que scientifique à enseigner et à aider des étudiants dans son laboratoire. Beaucoup de ces étudiants avaient des antécédents similaires au sien.

Kamala et sa mère étaient très proches.

Après le divorce de Gopalan, elle a élevé Kamala et Maya principalement en tant que mère célibataire. En raison de cet arrangement, Kamala et sa mère ont développé une relation incroyablement étroite, une relation que Kamala considère toujours comme incroyablement formatrice.

Dans son discours à la Convention nationale démocrate de 2020, la sénatrice Harris a longuement discuté de l’impact de sa mère sur sa vie. Elle a noté comment le courage et le code moral fort de Gopalan l’ont façonnée à la fois en tant que personne et en tant que politicienne.

« Même si elle nous a appris à garder notre famille au centre de notre monde, elle nous a également poussés à voir un monde au-delà de nous-mêmes », a déclaré Harris à propos de sa mère. “Elle nous a appris à être conscients et compatissants des luttes de tous. Croire que le service public est une noble cause et que le combat pour la justice est une responsabilité partagée“. »

Bien que Gopalan manque clairement à sa fille, décédée en 2009 d’un cancer du côlon, Kamala accorde une grande importance à la poursuite de son héritage :

« Ma mère m’a appris que le service aux autres donne un but et un sens à la vie. Et oh, comme j’aurais aimé qu’elle soit ici ce soir, mais je sais qu’elle me regarde d’en haut. Je continue de penser à cette Indienne de 25 ans – tout de cinq pieds de haut – qui m’a donné naissance à l’hôpital Kaiser d’Oakland, en Californie”, a déclaré Harris. « Ce jour-là, elle n’aurait probablement jamais pu imaginer que je serais debout devant vous maintenant en disant ces mots : j’accepte votre nomination à la vice-présidence des États-Unis d’Amérique. »

Mes chers enfants, Kamal continue d’honorer l’héritage de sa mère et je trouve cela super.

Gopalan est décédée à 70 ans, mais onze ans plus tard, ses deux filles expliquent clairement que l’influence de leur mère est constamment présente dans leur vie.

Dans un éditorial du New York Times en 2018, la sénatrice Harris a écrit sur le combat de sa mère contre le cancer dans le contexte de l’accessibilité des soins de santé et pour inspirer sa carrière politique :

Et même si elle me manque chaque jour, je l’emporte partout avec moi. Je pense aux batailles qu’elle a menées, aux valeurs qu’elle m’a enseignées, à son engagement à améliorer les soins de santé pour nous tous”, a écrit Harris. “Il n’y a pas de titre ou d’honneur sur terre que je chérirai plus que de dire que je suis la fille de Shyamala Gopalan Harris. Alors que je continue la bataille pour un meilleur système de santé, je le fais en son nom.”

Kamala continue de parler souvent de sa mère, que ce soit par le biais des médias sociaux, des publicités politiques ou des discours publics. Gopalan a clairement eu un impact majeur sur la vie de ses filles et continue de le faire :

« Elle était le genre de parent qui, si vous rentriez à la maison pour vous plaindre de quelque chose, vous dirait :« Eh bien, qu’est-ce que tu vas faire à ce sujet ? », A écrit Kamala dans un post Instagram de 2019. « J’ai donc décidé de me présenter à la présidence des États-Unis ». »

Voilà, chers enfants, une histoire incroyable de cette femme, Shyamala Gopalan Harris, que je tenais à honorer, Kamala parle de sa maman avec beaucoup de tendresse et d’intelligence :

J’ai su que Kamala et sa jeune sœur Maya, après le décès de leur mère, sont venus disperser ses cendres, à Chennai, dans le Golfe du Bengale.

Kamala dit aussi que ses grands-parents ont eu une profonde influence sur elle et raffole des idlis, un plat typique du sud de mon pays.

Chers enfants, cette histoire est un bel exemple que dans la vie, il ne faut rien lâcher, et en tant qu’éléphante, je suis fière que des femmes soient exemplaires dans leur combat pour le droit des femmes.

Kamala, dans son discours remerciant les électeurs, a rendu hommage « aux générations de femmes noires, asiatiques, blanches, hispaniques, amérindiennes, qui ont ouvert la voie à ce moment. »

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila

Images de la première séance de l’atelier patrimonial mensuel

(Image illustrative : The Luttrell Psalter, British Library, add 42130 f.162,  date estimée : 1325-1340).

Ce 18 novembre a eu lieu la première séance de l’atelier mensuel consacré à la fabrique à l’échelle 1 d’une charrette ayant circulé au XIVe siècle sur des routes non loin des Maisons, et permettant aux plénipotentiaires du Royaume de France de rallier le lieu de négociation avec les envoyés du Royaume anglais pour convenir d’un traité de paix durable.

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Cet atelier est animé par Christophe, chef de service de la Maison du Cirque et de la Maison du sport. Spéciales dédicaces à Jean-Michel et Guilhem, respectivement charpentier et ébéniste orfèvres, qui rejoindront les enfants en juillet 2021 pour mettre la demoiselle sur ses quatre roues.

Ce cycle d’atelier mensuels est organisé selon les consignes sanitaires, chaque Maison participant à la fabrique de la charrette selon des tranches horaires bien définies tout au long de la journée, les gestes barrières étant consciencieusement respectés.

Découvrez les images, prises ce jour à l’occasion de l’activité de la Maison de la Musique :

Lettre de Shila : “In Flanders Fields Au Champ d’honneur”

Chers enfants,

J’espère que le reconfinement n’est pas trop pesant pour vous. Ici, au Kerala, le confinement dure longtemps pour les personnes âgées de plus de 65 ans, ils doivent rester chez eux. L’école n’a pas encore repris, le travail scolaire se fait par internet !!

Je sais que l’armistice signée le 11 novembre 1918 est un grand événement pour le monde, mettant fin à un horrible carnage chez les humains comme chez les animaux qui étaient impliqués dans cette guerre.

Je me suis intéressée à la présence de mes compatriotes, engagés dans cette guerre, car à l’époque, notre pays était le « Raj britannique » (Le Raj britannique est un des pays du Commonwealth, colonie du Royaume-Uni, s’étendant à toute l’Inde ainsi qu’à l’actuel Pakistan, au Bangladesh et à la Birmanie).

Mes compatriotes ont beaucoup échangé par courrier avec leurs familles, malgré la censure. Nous avons ainsi des souvenirs très précieux.

Je continue à pleurer en pensant à ceux des miens dont le rêve s’est brisé et reposent loin de chez eux. Je reste fière de l’hommage qui se perpétue à Saint-Martin Boulogne, à Neuve Chapelle, à Ypres, Neuville-sous-Montreuil et Marseille.

Mais, comme je vous l’ai déjà dit, malgré mon chauvinisme viscéral, je suis une éléphante pleine de compassion, et je pleure aussi en pensant à tous ces jeunes soldats ou travailleurs étrangers mobilisés pendant cette guerre.

À sept kilomètres de Saint-Martin Boulogne, au cimetière communal de Saint Étienne au mont, reposent des travailleurs chinois morts en 1917, victimes de la grippe espagnole.

« Dans le cimetière communal de Saint-Étienne-au-Mont, on trouve un carré de 160 tombes de travailleurs du Chinese Labour Corps, trois tombes de matelots chinois de la marine marchande et trois tombes de travailleurs britanniques (cet espace est parfois appelé “Cimetière chinois de Pont-de-Briques”).

À partir de 1916, l’armée britannique recrute des paysans chinois pour les tâches logistiques dans ses camps en France. A la fin du conflit, les hommes du Chinese Labour Corps participeront au déminage des sols et à l’ensevelissement des soldats morts sur le champ de bataille. »

Je ne peux m’empêcher de penser à l’ironie de l’Histoire, avec ces travailleurs chinois et ces militaires indiens qui étaient engagés dans le même but de défendre le territoire français pendant la grande guerre !! Aujourd’hui, leurs compatriotes sont engagés dans une guerre larvée pour la défense d’un territoire au Ladakh, dans la montagne himalayenne !!

Parmi les nombreux cimetières de guerre de Boulogne-sur-mer, Etaples, Terlincthun, Saint Inglevert… J’ai su par mon cher voisin Henri qu’à Wimereux, le cimetière britannique s’inscrit en extension du cimetière communal, au 37B rue René Cassin.

Le cimetière britannique de Wimereux m’intéresse beaucoup depuis que mon ami Henri m’a raconté comment il a découvert la tombe de John McCrae, médecin militaire canadien et poète.

Au cours de l’hiver 2018-2019, Anne Laure, nièce de Henri, lui donne rendez-vous au cimetière de Wimereux, rue René Cassin ; elle accompagne avec ses collègues professeurs un groupe de collégiens de Cholet qui se rendent à Londres. Au cours de voyage, dans cette année du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, une halte a été prévue à Wimereux, pour se recueillir sur la tombe du poète qui a écrit le poème “In Flanders Fields”.

John McCrae, soldat, médecin, poète (né le 30 novembre 1872 à Guelph, en Ontario ; décédé le 28 janvier 1918 à Wimereux, en France). Pathologiste et médecin militaire de renom, le lieutenant‑colonel John McCrae était aussi poète. Il est l’auteur du fameux « In Flanders Fields » (traduit en français sous le titre « Au champ d’honneur »), l’un des plus célèbres poèmes de la Première Guerre mondiale.”

La tombe, la plus emblématique et sur laquelle tous se recueillent est celle du lieutenant-colonel, et poète, John Mc Crae, mort le 28 janvier 1918 à l’hôpital général n°14. Mobilisé en tant que médecin dans le secteur d’Ypres, il y apporte assistance aux soldats blessés lors de la seconde bataille d’Ypres en avril et mai 1915. Lors des combats, il perd l’un de ses amis proches enterré à la hâte dans un cimetière de fortune. C’est à la vue de ce cimetière qu’il compose son célèbre poème « In Flanders Fields ». Au lendemain de la guerre, le poème rencontre un vif succès et contribue ainsi à l’adoption du coquelicot, désormais considéré comme la fleur du souvenir dans l’ensemble de l’Empire britannique.”

Son poème est paru le 8 décembre 2015 :

Alors, quand « In Flanders Field » s’est terminé, John McCrae en envoie une copie au magazine « The Spectator » à Londres, qui refuse de le publier. Mais un journaliste qui visite l’hôpital en rapporte une copie au magazine « Punch », dans lequel il paraît anonymement le 8 décembre 1915. En quelques mois, il devient le poème le plus populaire de la guerre. La puissance évocatrice du coquelicot qui fleurit dans la terre retournée fait de ce symbole une tradition qui transmet le souvenir des personnes mortes en faisant leur devoir.”

IN FLANDERS FIELDS

A poppy

In Flanders Fields

In Flanders fields the poppies blow

Between the crosses, row on row

That mark our place; and in the sky

The larks, still bravely singing, fly

Scarce heard amid the guns below.

We are the Dead. Short days ago

We lived, felt dawn, saw sunset glow,

Loved and were loved, and now we lie

In Flanders fields.

Take up our quarrel with the foe:

To you from failing hands we throw

The torch; be yours to hold it high.

If ye break faith with us who die

We shall not sleep, though poppies grow

In Flanders fields A poppy

John Alexander McCRAE

Traduction officielle :

Au champ d’honneur

« Au champ d’honneur, les coquelicots

Sont parsemés de lot en lot

Auprès des croix ; et dans l’espace

Les alouettes devenues lasses

Mêlent leurs chants au sifflement

Des obusiers.

Nous sommes morts

Nous qui songions la veille encor’

À nos parents, à nos amis,

C’est nous qui reposons ici

Au champ d’honneur.

À vous jeunes désabusés

À vous de porter l’oriflamme

Et de garder au fond de l’âme

Le goût de vivre en liberté.

Acceptez le défi, sinon

Les coquelicots se faneront

Au champ d’honneur. »

Adaptation signée Jean Pariseau, CM, CD, D. ès L. (histoire).

(Ministère des Anciens combattants du Canada)

Une traduction plus littérale :

« Dans les champs de Flandre

Dans les champs de Flandre, les coquelicots ondulent

Entre les croix rang après rang

Qui marquent notre place et dans le ciel

Les alouettes bravement chantent encore et volent

À peine audibles dans le bruit des canons

Nous sommes les morts

Il y a quelques jours, nous vivions encore

Nous sentions la douceur de l’aube

Nous regardions l’embrasement du soleil couchant

Nous aimions et nous étions aimés

Maintenant, nos corps sont étendus

Dans les champs de Flandres

Poursuivez votre combat avec l’adversaire

Nous vous lançons le flambeau de nos mains défaillantes

Afin qu’il soit vôtre et que vous le teniez haut

Si vous manquez de parole à nous qui mourons

Nous ne pourrons pas dormir bien que les coquelicots poussent

Dans les champs de Flandre ».

Voilà, chers enfants, comment j’ai compris que les coquelicots ou “poppies” que portent les Britanniques à leur boutonnière ou qu’ils déposent sur les tombes des soldats et sur les monuments et mémoriaux de guerre sont un symbole puissant né en 1915 grâce au poème de John McCrae.

Je suis sûre, chers enfants, que lorsque vous verrez les coquelicots, vous les observerez avec un regard d’émerveillement.

Je vous fais de gros bisous et surtout continuez à prendre soin de vous,

A demain,

Shila