Archives de catégorie : La maison des enfants de la danse

La maison des enfants de la danse

Lettre de Shila :”Les arbres de la vie”

Chers enfants,

Je suis très intéressée de savoir que vous allez bientôt avoir votre petite forêt à la ferme de Bertinghen et je voudrais tant vous aider comme je eu la chance de le faire pour Mister Abdul Kareem dans sa forêt de Kasaragod, à 400 kilomètres de chez moi. Je vous en parlais dans ma lettre hier.

Bien sûr, Kasaragod est un peu loin, il faut compter une très longue journée avec mon camion taxi, mais c’est réalisable, alors que pour les 8000 kms qui nous séparent, Kuttan ne l’imagine pas.

Depuis ma visite de la forêt de Mister Abdul Kareem, je ne cesse de me poser des questions sur les arbres qui m’entourent et qui en plus de faire mon bonheur me font aussi travailler tous les jours.

Ma chère voisine Jis, lorsque qu’elle était enfant, se posait la question sur le fait que, dans le village de Kudakkachira, à un kilomètre de chez moi, on enlevait des arbres :

J’appartiens à un village appelé Kudakkachira, dans le district de Kottayam au Kerala. J’ai grandi dans les rizières et lors de mes promenades nocturnes quotidiennes, j’ai développé un attachement aux arbres, aux champs et aux ruisseaux. Au cours d’une de ces promenades, la jeune Jis a remarqué que certains arbres disparaissaient. « J’avais l’habitude de m’inquiéter et de demander à mes parents – pourquoi est-ce qu’ils enlèvent ces arbres ? Cela ne nous sert à rien ?”

Suite à ce questionnement, Jis est devenue experte en écologie et travaille pour l’environnement.

Ses longues années de formation et de recherche l’ont conduite de son école prestigieuse de Deradun, dans le nord de l’Inde à la frontière entre l’Inde et la Chine, dans le nord-est du pays indien, puis à nouveau au Kerala.

Dans l’ensemble, Jis est optimiste quant au sort des forêts indiennes. « Lorsque j’ai visité la Chine en 2014, j’ai remarqué que les gens là-bas ne se soucient pas de leurs forêts. L’Inde est définitivement dans un meilleur endroit. Nous avons un très bon groupe de scientifiques, d’écologistes, de bonnes ressources et de bonnes politiques. Nous devrons peut-être resserrer les échappatoires, mais nous pouvons certainement nous améliorer. Il s’agit d’impliquer la communauté et de contrôler la population.

Je me suis séparé de Jis en me sentant exalté que si sa passion et son sérieux sont quelque chose à faire, l’écologie indienne est entre de bonnes mains.”

Vous connaissez, chers enfants, ma capacité d’observer et d’écouter. J’adore voir mon cher voisin Henri balayer devant sa maison à Kudakkachira et amasser un grand nombre de feuilles mortes, chaque mois de janvier. Sa maison est entourée d’arbres dont certains à feuilles caduques, un teck et un acajou. Les feuilles tombent en deux semaines et au cours des deux semaines suivantes, les nouvelles feuilles sont déjà présentes. Henri me dit que chez vous en France, la chute des feuilles et la pousse des nouvelles feuilles durent plusieurs mois, de novembre à avril !! C’est incroyable !!

Les autres arbres qui bordent la maison d’Henri sont un superbe jacquier, des caféiers qui fleurissent fin janvier début février et qui embaument l’atmosphère d’un parfum sublime. Le tout est complété par des muscadiers, cocotiers, goyaviers, manguiers et un pouteria campechania qui donne des fruits œufs (egg-fruit) ou canistel, le fruit a vraiment le goût et la consistante du jaune d’œuf !!

Il a une petite heure de travail chaque matin, ça le met en forme pour la journée.

Bien sûr, ces arbres ont de multiples fonctions, certains donnent des fruits d’autres, comme le teck et l’acajou sont cultivés par Joy, le beau-frère d’Henri, pour être vendus pour faire des meubles.

Ces arbres donnent cette ombre précieuse dans ce lieu tropical, ils servent de climatisation !!

La gestion des arbres au Kerala est faite par les agriculteurs, dont les plantations leur permettent d’en vivre. Dès qu’un arbre est abattu, un autre est planté.

Je vous ai déjà parlé des arbres à caoutchouc, les hévéas, qui ont permis à plusieurs générations d’agriculteurs de vivre mieux.

Il en est de même pour le jacquier, ce fameux arbre qui donne les plus gros fruits du monde, qui est devenu la nouvelle star, grâce à la valorisation du jaque, passé du mépris à la célébrité.

Voilà, chers enfants, mon ruminement sur les arbres qui m’entourent et qui nous permettent de vivre, grâce à tout ce qu’ils nous apportent.

Comme Jis, je me sens vraiment attachée à tous ces arbres, ces champs, ces ruisseaux qui m’entourent.

Jis nous invite à la suivre à Chinnar, à 160 kms de chez moi et d’admirer ce site exceptionnel avec sa cascade. Elle nous envoie une vidéo très sympa.

Chers enfants, je vous invite à partager notre passion des arbres, des champs et des ruisseaux, des cascades et tout simplement de la vie.

Je vous fais de gros bisous,

A lundi,

Shila

Lettre de Shila : “La neutralité”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ? Pas trop d’embrouilles avec d’autres enfants lors de la récréation, ou une fois rentrés dans vos Maisons ?

Je vous en parle, car hier, alors que j’entretenais avec Kuttan la magnifique forêt créée de ses mains par Mister Abdul Kareem, j’ai soudainement entendu des cris stridents venant d’un Cullenia exarillata. Je me suis rapprochée, intriguée par ce brouhaha, mais n’ai pas réussi à repérer tout de suite d’où venait le conflit. Il faut vous dire que cet arbre avait, d’après Kuttan qui était à mes côtés, au moins vingt mètres de haut, et ses feuilles abondantes.

Au bout d’un long temps d’observation, Kuttan et moi avons réussi à voir les belligérants, tous deux sur la même branche. D’un côté, un écureuil, de l’autre, un singe.

Ouaaaa, quelle bagarre entre eux deux, que de cris, que de gestes agressifs !

J’ai levé ma trompe pour essayer de leur demander de redescendre de l’arbre afin que nous puissions aplanir ces différends, mais les deux créatures ne sont pas venues à ma demande, toutes occupées à se défier en duel.

Vous connaissez, chers enfants, mon appréhension quant aux conflits de territoire :

Je suis convaincue qu’il ne sert à rien de se battre : tout le monde en sort perdant, même le vainqueur.

Bon, l’écureuil et le singe n’ont pas souhaité m’écouter, poursuivant leur duel sur d’autres branches, allant même jusqu’à se défier sur des arbres adjacents.

Tant pis pour moi, tant pis pour eux : parfois nous devons accepter que la passion l’emporte sur la raison tant les émotions sont plus fortes.

Ce qui m’a impressionné dans cette histoire, c’est que le tronc du Cullenia exarillata n’a pas bougé d’un iota malgré le grabuge créé par les animaux, comme s’il était indifférent au capharnaüm pourtant généré par ces bestioles dans son antre, sur ses branches.

Mister Abdul Kareem, qui venait prendre de nos nouvelles car c’était la première fois qu’une éléphante travaillait pour soigner la forêt qu’il a inventée de toutes pièces pour revitaliser les sols de cette contrée aride de mon petit pays, m’a expliqué que l’arbre est d’une grande sagesse.

Comme tous les êtres végétaux vivant dans ce nouveau lieu, l’arbre est là, grandit vaille que vaille, quitte à accueillir les pires embrouilles lors de venues imprévues sur ses écorces.

Ce qui fait la différence entre ce singe, l’écureuil et l’arbre, me dit Mister Kareem, c’est que l’arbre sera toujours là quand les animaux seront de retour, plus calmes, apaisés, voire dans le souhait de vivre chacun à leur façon et que les semences puissent en profiter, et ainsi essaimer au-delà de lui.

Hummm, je comprends mieux et apprécie la sagesse de l’arbre ; les arbres sont des êtres qui vivent bien plus longtemps que l’écureuil, que le singe, et ont une présence ralliant le bien commun qui échappe à notre horizon temporel.

Et bien, chers enfants, je me dis que la neutralité de cet arbre, ne prenant ni parti pour l’écureuil, ni pour le singe, malgré leur embrouillaminis sur ses bras, malgré leur comportement agaçant sur ses branches, peut être une qualité si tout le monde s’y retrouve finalement.

Je vous embrasse très fort,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “La calculatrice et le chat”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ? La rentrée scolaire s’est-elle bien passée ?

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, me dit qu’Anne-Françoise a préparé dès la fin du mois d’août vos cartables, avec au-dedans des cahiers, des trousses, selon les listes envoyées par vos écoles pour que tout soit d’équerre. J’en suis heureuse chers enfants, vous voilà fin prêts.

Avez-vous aussi une calculatrice ?

Vous savez, ce drôle d’objet sur lequel on appuie sur des touches et puis vous obtenez des résultats de calculs que le cerveau ne peut pas dire avec certitude sans son aide ?

L’éléphante passionnée par le nombre de pas que je fais dans la journée, par le nombre de kilos que je perds en raison de mes sorties quotidiennes avec Kuttan, par le nombre de kilos que je prends parce que Kuttan ne m’a pas emmené dans les forêts de mon cher Kerala pour y travailler, tout ça tout ça, doit se confesser devant vous.

Un matin, alors que mon cher voisin Henri n’avait pas terminé sa nuit, je me suis approché du patio de son petit chez lui, et sur la table se trouvait une calculatrice. Quelle aubaine ! Avec ma trompe j’ai pris délicatement l’objet sans faire de bruits pour ne pas éveiller l’attention.

Depuis, la calculatrice d’Henri est sur mon dos, et avec ma trompe je la mets souvent à mes pieds quand j’ai une question de calculs à résoudre. Pauvre Henri, je le vois régulièrement demander à Kuttan s’il n’a pas vu sa calculatrice, s’il savait 😊

Donc, ma calculatrice (enfin celle d’Henri, mais chuuut), est une ZX80. Au moment où je vous écris, je l’utilise pour calculer le débit de l’eau de la rivière à côté de mon petit pré, je trouve qu’il y a moins d’eau en comparaison de l’année dernière.

Alors, 29 fois 8 plus 7 moins 4 divisé par 2, ça donne…

Ah non ! Satané chat, il vient de marcher sur les touches de la calculatrice et du coup c’est fichu ! Je ne comprends plus rien à tout ce que j’ai tapé sur le clavier.

Hummmm, ce chat qui dort sur la toiture de la maison d’Henri, quelle plaie ! Il fait sa sieste, et puis dès que je commence à tripoter ma calculatrice, ça le réveille, ça l’intrigue, et hop ! Il ne fait rien qu’à m’embêter. En même temps, si je barris pour en faire un scandale, Kuttan et Henri vont venir et s’apercevoir que c’est moi qui ait la calculatrice mystérieusement disparue… Grrrrr, je suis coincée.

Bon, chers enfants, laissons tomber mes calculs du jour fichus par le chat.

Ce que je voulais vous dire, c’est que l’inventeur de cette calculatrice, Mister Clive Sinclair, n’est plus, et qu’il faudra je pense se souvenir de lui car il est le papa de bien d’inventions qui aujourd’hui aident les enfants et les moins jeunes.

Si j’ai bien compris ce que me dit Emmanuel, à qui j’avais confié mes remords d’avoir subtilisé la calculatrice d’Henri, Mister Sinclair fut parmi les plus grands inventeurs de notre époque, car il a tout de suite voulu rendre accessible au plus grand nombre les objets qui permettent d’aider à réfléchir.

Ah, ok, c’est un peu comme les machines qui vous ont permis de créer un magnifique masque d’Alaska pour l’exposition au Musée de Boulogne-sur-mer alors ? :

Emmanuel est d’accord ; dans votre Fablab, se trouvent les petits-enfants et arrière-petits-enfants de la calculatrice de Mister Sinclair.

Humm, je lève ma trompe en l’honneur de ce gentleman pionnier (puis je remets en douce la calculatrice sur mon dos, mais chuuut).

Je vous embrasse très fort les enfants,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Une forêt dans le ciel”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ? Avez-vous fait de beaux rêves ?

Cette nuit, assoupie, j’ai eu une vision : une forêt majestueuse, à plus de soixante mètres du sol, flottant dans les airs. Je marchais à pas comptés dans ce décor surnaturel, de peur de plisser les troncs très rapprochés les uns des autres et bien consciente de mon gabarit.

J’avançais donc très lentement, plus qu’à l’accoutumée, et ces déplacements au ralenti me permettaient de contempler les extraordinaires nervures des branches, leur ramification, leur entrelacement. C’était comme un dédale : chaque plan de bois était à sa juste place, pour soutenir une sorte de toiture.

Hummm, une forêt dans l’air, qui soutient un toit ?

Quelle rêverie, je ne sais pas bien son sens. Moi l’éléphante cartésienne me dit que le pays des rêves est un monde à part, dont il faut un peu se défier une fois réveillé.

Une fois dit cela, chers enfants, vous connaissez ma passion pour ce qui vogue dans le ciel :

Peut-être ruminais-je à mon insu et une nouvelle fois cet espoir d’être hors du temps, hors de l’espace, moi qui pèse trois tonnes et qui adore calculer en permanence ce que je fais :

Nous autres, les éléphants, sommes considérés par vous autres, les humains, très intelligents, sensibles :

Peut-être ma rêverie forestière est-elle inspirée d’un événement en ce moment, dans le monde réel ?

Mon cher voisin Henri, qui prenait le café sous son patio en lisant les nouvelles du jour (Henri est un grand lecteur, il lit plein de journaux, de sites internet du monde entier en fumant sa bidî), me dit qu’hier, avec mon cher Kuttan, tous deux discutaient de la belle nouvelle qui réjouit vous autres, habitant la France : une immense église appelée « Notre-Dame de Paris » serait sauvée, et les travaux de restauration pour lui redonner la jeunesse qu’elle mérite peuvent par conséquent commencer.

Hummm, moi l’éléphante aux grandes oreilles ai sans doute entendu vaguement cette conversation et mon subconscient s’en est inspiré cette nuit pour forger mon drôle de rêve.

Mais pourquoi ai-je donc rêvé d’une forêt dans le ciel ?

Henri m’a donné la clé de mon songe : tout en haut de cette magnifique église avait brûlé lors d’un terrible incendie voici pas si longtemps une charpente extraordinaire, soutenant la toiture, appelée « La forêt » :

Tout a brûlé dans cet incendie, quelle catastrophe !

Du bois si magnifiquement travaillé voici des centaines, des centaines d’années, parti en cendre. Mais, me dit Henri, rien n’est joué d’avance : les humains d’aujourd’hui rebâtissent cette forêt dans le ciel, en prélevant des arbres qui sont dans le sol ; des chênes majestueux.

Ah, mes chers enfants, tout s’explique, tout me rassure, tout me réjouit.

Merci Kuttan, merci Henri : je comprends un peu mieux mes divagations nocturnes. Et puis, chers enfants, ce rêve m’a permis de découvrir une beauté végétale incroyable, une aventure humaine hors norme.

Vive l’architecture, vie la poésie, vivent les arbres :

Je vous embrasse très fort,

A demain.

Shila

Le programme de notre nouvelle saison est en ligne !

Comme chaque année à la même époque nous éditons le programme culturel mois après mois. Pour le télécharger cliquez ici.

Lettre de Shila : “Lettre à l’éléphant”

Chers enfants,

Je sais que vous vous intéressez beaucoup à la nature, aux arbres et à votre superbe environnement avec la mer et les forêts de la Capelle, d’Hardelot et de Desvres. Quelle chance vous avez de vivre dans cette formidable région de Boulogne-sur-mer. Je dois vous dire que je suis aussi très gâtée, car autour de moi, dans le Kerala, les arbres sont mon environnement, je n’ai pas besoin d’aller loin pour trouver de l’ombre et dieu sait que l’ombre n’est pas un luxe dans mon pays tropical.

Mes amis Emmanuel et Henri m’ont fait part de votre très beau projet de planter des arbres et de faire une petite forêt, chez vous, à la ferme de Bertinghen à Saint-Martin Boulogne. Ah si je pouvais vous donner un coup de trompe pour vous aider, j’en serais ravie, hélas les 8000 kilomètres qui nous séparent mettent un frein à mon désir.

Si votre projet de plantation m’enthousiasme, je dois vous dire que mon cher Kuttan me rend parfois très triste quand il me lit le journal « Deepika ». Des forêts sont détruites par la volonté destructrice des hommes dans le but de tirer des profits ou par des gestes inconscients. Il me parle aussi du dérèglement et du réchauffement climatiques. Cela malheureusement nous concerne tous, arbres, éléphants, insectes et autres animaux et les humains !! Nous sommes tous “dans le même bateau”, comme vous dites à Boulogne.

Je suis née il y a 46 ans, en 1975, d’après ce que me dit mon cher Kuttan, dans la montagne du Kerala.

En 1968, quelques années plus tôt, un écrivain de chez vous, Romain Gary, écrivait une lettre à l’éléphant. Je pense qu’il s’adressait à un de mes cousins d’Afrique, mais je peux aussi penser qu’il s’adressait à moi, l’éléphante de Kurichithanam :

Romain Gary publie un texte intitulé Lettre à un éléphant. Extrait : « Monsieur et cher éléphant, … Depuis fort longtemps déjà, j’ai le sentiment que nos destins sont liés (…). A mes yeux, …, vous représentez à la perfection tout ce qui est aujourd’hui menacé d’extinction au nom du progrès, de l’efficacité, du matérialisme intégral (…). Il semble évident…que nous nous sommes comportés tout simplement envers d’autres espèces, et la vôtre en particulier, comme nous sommes sur le point de le faire envers nous-mêmes (…). Dans un monde entièrement fait pour l’homme, il se pourrait bien qu’il n’y eût pas non plus de place pour l’homme. »

J’aime beaucoup sa lettre que vous pouvez lire en entier dans le bel article du journal « Le Monde » :

J’ai déjà parlé des éléphants d’Afrique menacés d’extinction :

Je vous ai aussi parlé de la recherche de Jis sur les orchidées, cette si belle fleur qui a la capacité de survivre et de s’adapter à de nouvelles conditions et de nouveaux écosystèmes :

Vous savez mon optimisme congénital, je vais donc regarder les actions positives, comme votre beau projet de plantation de petite forêt, en étant bien sûr consciente de la dure réalité. Mon voisin Henri me dit que d’autres projets de plantation de haies et de forêts se développent. Certains ont été mis en exergue à l’occasion du congrès mondial de l’union internationale de conservation de la nature (UICN) du 3 au 11 septembre à Marseille.

C’est un peu ma réaction à la lettre touchante de Romain Gary. Nos destins sont très liés et par la prise de conscience et par nos actions nous pouvons aller de l’avant.

Je vous fais de gros bisous.

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Bonne fête de Ganesh”

Chers enfants,

Le mois de septembre, pour vous c’est la rentrée scolaire, j’espère vraiment que tout se passe bien pour vous, et que vous avez retrouvé vos copines et copains avec beaucoup de plaisir.

En Inde, les vacances d’été ont lieu entre mai et juin (du 18 au 10 juin, cette année), chaque état en décide les dates mais en raison de la pandémie, certaines écoles sont restées fermées.

En ce mois de septembre, c’est la fête de Ganesh, le dieu éléphant, qui vient nous visiter cette année du 10 au 21 septembre. Je vous l’avais présenté l’an dernier.

J’ai reçu de nombreuses cartes de vœux, le 10 septembre, me souhaitant “happy Ganesh Chaturthi”.

Vous vous doutez bien que Ganesh est le dieu préféré des éléphants, je ne vous cache pas que je me sens très proche de lui et que je me ressens plutôt divine, possédant en commun des attributs extraordinaires :

La tête de l’éléphant est le symbole de la sagesse, du calme et de la force.

Les grandes oreilles montrent que la capacité d’écouter est capitale.

Les petits yeux sont le signe d’une importante concentration.

La petite bouche symbolise l’importance de parler moins, (ça n’est pas toujours mon cas, car je suis plutôt bavarde) !!

La trompe montre l’immense capacité de s’adapter à son environnement …

Nos amis du petit journal de Bombay, avec Catherine et Isabelle, ont donné une très belle explication sur “Ganesh, le dieu éléphant, le dieu qui écarte les obstacles et protège les maisons“. Je suis très fière d’être en partenariat avec le petit journal.

Leur article a été publié le premier jour du festival, le 10 septembre, appelé Ganesh Chaturthi. Je vous invite à le lire.

Tout comme pour le festival Onam, qui a lieu chaque année au mois d’août ou septembre, en fonction du calendrier malayalam, le festival de Ganesh dépend du calendrier hindou, un autre calendrier indien. La durée des deux festivals est quasiment identique, 10 jours pour Onam et 11 jours pour la visite de Ganesh.

À la différence d’Onam, qui est uniquement fêtée au Kerala et par les malayalis dans le monde, la fête de Ganesh est célébrée sur tout le territoire de l’Inde et aussi dans les communautés indiennes partout dans le monde.

En France, comme dans de nombreux pays, la fête de Ganesh est reconnue dans l’inventaire du patrimoine culturel immatériel.

Je suis très fière de partager avec vous ma joie en ce moment où la fête de Ganesh bat son plein jusqu’à mardi prochain, 21 septembre, et à la veille des journées où vous fêter le patrimoine en Europe.

Chers enfants, je ne peux m’empêcher de vous inviter à l’instar de Ganesh, et un peu aussi à mon exemple, d’être des grands observateurs du monde qui nous entoure, de la beauté de la nature, des arbres, des sons merveilleux tels que les chants des oiseaux, même si vos yeux sont un peu plus grands que les miens et vos oreilles plus petites. C’est mon petit clin d’œil du jour.

Je vous fais de gros bisous,

A lundi,

Shila

Lettre de Shila : “L’arbre de paix”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Ce matin quand je me suis ébrouée pour mes premiers moments éveillés de la journée, je me sentais comme toute courbaturée. Je pense qu’avec Kuttan nous avons trop travaillé la veille dans mes chères forêts du Kerala. Même si je suis encore jeune, certains troncs d’arbre que je soulève pèsent plus les années passant.

Je ne sais pas si cela vous fait le même effet, il y a des matins où l’on a l’impression dès le réveil d’être beaucoup plus vieux que son âge.

Mon cher Kuttan, qui veille sur moi avec tant d’attention, me dit que je pourrais consommer une tisane de tilleuls ; cette potion m’aiderait avant de m’endormir à moins ruminer et rallonger d’autant mon temps de sommeil pour mieux me requinquer.

Mon cher Henri, qui écoutait notre conversation en faisant sous le patio sa séance matinale de yoga, nous dit que le tilleul est une espèce native de par chez vous, en Europe, mais que cela vaudrait en effet le coup de tenter sa plantation dans notre petit pré tant l’arbre est joli et sa floraison enchanteresse.

Henri nous explique que ce sont des plantes d’autant plus remarquables qu’elles sont capables de vivre plus de six cents ans, telle l’arbre de paix planté non loin de chez vous, du côté de l’église de Marquise :

https://nord-decouverte.fr/le-vieux-tilleul-remarquable-marquise/

Si j’ai bien compris, cet arbre incroyable aurait été planté à la même époque et pour les mêmes raisons que la charrette médiévale que vous êtes en train de construire :

Planter un arbre en guise de serment pour que jamais la guerre ne ravage de nouveau les villes, les villages, ne fasse du mal aux humains et aux animaux ; voilà une belle idée 😊

Mais pourquoi planter un tilleul ? Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, qui téléphonait pour passer le bonjour, nous dit que non loin du village de Jeanne d’arc, un tilleul aussi vieux que celui de Marquise a sans doute vu le cheval de cette cavalière brouter à ses pieds.

Ah, donc ce serait une tradition héritée d’il y a bien longtemps de par chez vous : planter un tilleul pour s’assurer d’une paix durable.

Henri et Emmanuel m’ont expliqué que c’est plus compliqué que cela : les arbres de paix peuvent être aussi un chêne, comme en Alsace ou un ginko, comme en Charente maritime. Mon cher voisin Henri me dit que du côté de chez vous, à Boulogne-sur-mer, non loin du château, il a planté avec des militants de la paix lui aussi un ginko. Emmanuel nous parle d’arbres de paix plantés dans votre département, et notamment au Collège Daunou et au Collège Paul Langevin près de vos Maisons.

En fait, me dis-je, peu importe l’arbre, c’est l’intention de faire la paix qui importe.

Kuttan me dit qu’en Inde, c’est sous doute un ficus, appelé « l’arbre de la Bodhi » qui caractérise le plus l’idée de paix.

Humm d’accord, je comprends : l’arbre est d’abord le symbole de notre désir d’une éternité heureuse. Et bien mes chers enfants, je vous souhaite planter à votre tour régulièrement des arbres de paix : qu’ils vivent et nous accompagnent des centaines d’années. Les arbres sont nos amis :

A demain,

Bisous

Images du montage de l’exposition “Rien n’est joué d’avance”

Ce 14 septembre, Sylvie, professeure en arts plastiques du Centre de Jour et de la Maison Vive, les équipes du FRAC et du Musée de Boulogne-sur-mer, ont commencé l’installation de l’exposition “Rien n’est joué d’avance“, inaugurée le 17 septembre au Musée de Boulogne-sur-mer.

Un grand merci à Priscilla, du Musée, pour ces photos :

Découvrez les images réalisées par Sylvie :

Lettre de Shila : “Sur les pas de mon ancêtre”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Ce matin, après avoir brouté le petit déjeuner apporté par mon cher Kuttan, j’ai fait sept fois le tour de mon petit pré pour me dégourdir les pattes.

Vous connaissez ma passion pour l’arithmétique :

Et bien j’ai calculé dans ma tête la distance parcourue ce matin en faisant sept fois le tour de mon petit pré, à peu près douze kilomètres. Pas mal n’est-ce pas ?

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, m’a félicité pour cette prouesse mais m’a dit qu’un de mes lointains ancêtres avait quant à lui parcouru près de deux fois le tour de la Terre tout en restant dans son chez lui, appelé l’Alaska soit près de quatre-vingts mille kilomètres !

Hummm, l’Alaska… Je crois, chers enfants, que vous connaissez un peu ce coin-là grâce aux expositions que vous faîtes au Musée de Boulogne-sur-mer :

Et bien de me dire que cette terre immense fut parcourue en long et en large tout au long de sa vie par mon aïeul mammouth au fil des saisons m’émeut et m’encourage à gambader toujours plus jour après jour.

Mais, saperlipopette ! Comment les humains ont-ils pu connaître avec autant de précision les pérégrinations de mon ancêtre ?

Mon cher Kuttan m’explique que cela est rendu possible en examinant les os de son squelette.

Ah, oui, je me rappelle de cette lettre où je vous faisais part des recherches d’ADN pour préciser la parenté entre nous autres, les éléphants, et eux-autres, les mammouths :

Et bien, me dit Kuttan, ce fut un peu le même procédé pour comprendre combien mon aïeul pachydermique parcourut les terres d’Alaska ; un peu comme les arbres, si j’ai bien compris, le squelette de mon ancêtre a raconté ce qu’il a vécu : ce qu’il a mangé, où il l’a mangé, depuis combien de temps il n’avait pas mangé ce qu’il a mangé.

Ouaaa, c’est hyper précis, mais comment les humains ont-ils pu déterminer tout cela ?

Dans l’ivoire des défenses du mammouth retrouvé en Alaska, me dit mon cher Henri, se trouvait du strontium. C’est une minuscule, minuscule, minuscule petite chose qui, si j’ai bien compris, est dans les végétaux que nous broutons, et qui a le pouvoir de rester dans les os des animaux jusqu’à des milliers d’années après leur disparition.

En comparant les différentes minuscules petites choses selon la profondeur de l’os, les humains ont pu, comme avec les cernes des troncs d’arbres qui racontent à leur façon les mêmes histoires de vie, dire à quel âge il a mangé ceci, cela.

OK, ça je comprends, mais comment peut-on déterminer les endroits où il a mangé des dizaines de milliers d’années après sa disparition ? C’est vrai quoi, l’Alaska a dû sacrément changer depuis toutes ces années.

Emmanuel me dit que cette minuscule, minuscule, minuscule chose appelée « Strontium » peut être trouvée aujourd’hui encore dans les espèces végétales qui poussent en Alaska ; les humains ont donc pu retrouver les lieux où broutait mon ancêtre.

Ouaaa, bravo les humains, c’est chouette de pouvoir raconter la longue histoire de la vie en reliant avec autant de précision les animaux, les végétaux, les sols, le climat.

Vive l’arborescence chers enfants, vive la vie 😊

Je vous embrasse très fort,

A demain.