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La maison des enfants du sport et du bien être

Lettre de Shila : “En mémoire de Quinquin”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Hier je vous racontais combien demain, 8 mai, est une date importante du souvenir tant elle revient sur une guerre atroce.

Mon cher voisin Henri m’a racontée ses souvenirs familiaux ; il en fallait du courage pour ses aïeux tant les conditions de vie étaient difficiles en raison des interdits posés par les soldats du dictateur, et par la police de votre pays soumis à aux délires sécuritaires de l’occupant.

Brrrr… Que cette ambiance de l’époque me révulse ; tout le monde devait suspecter tout le monde d’être un ennemi en puissance, tout le monde devait s’accommoder avec sa conscience : vivre libre, ou accepter de renoncer à sa liberté.

Henri m’a expliquée que ce fut une période sombre car il fallait choisir son camp quel que soit son âge, du plus jeune au plus vieux, au risque d’être emprisonné ou de mourir.

Quel que soit son âge ? Ah non, les enfants n’ont pas à être impliqués par les guerres d’adultes, ça ce n’est pas possible.

Henri me dit que, si : malheureusement, des enfants furent acteurs de cette guerre, enrôlés au nom de la valeur sacrée de la liberté.

Ainsi de Marcel Pinte, alias « Quinquin » son petit surnom de résistance, reconnu aujourd’hui comme le plus jeune résistant de votre pays à l’envahisseur.

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, m’a envoyée pour vous un beau reportage qui raconte son histoire, dite par son descendant :

« Parmi les combattants, dès l’âge de 5 ans, Marcel se voit confier des missions délicates.

Marcel était un agent de liaison, c’est-à-dire qu’il effectuait des transmissions, il acheminait des messages dans les fermes, les granges, ou dans des points relais. C’est-à-dire qu’il portait le message jusqu’au point relais et là une autre personne emmenait le message encore plus loin.”

Marcel, surnommé Quinquin par les maquisards, n’a pas son pareil pour passer inaperçu sur les chemins de traverse. En marchant, Marcel a pourtant l’habitude d’entonner des chants de la résistance, mais jamais les allemands n’ont repéré le bout de chou.

Le 19 août 1944, le destin le rattrape. Un parachutage d’armes, une balle est tirée accidentellement par un maquisard, Marcel s’effondre.

“J’imagine que ça a été beaucoup d’émotions, et puis il faut se remettre dans le contexte, ils ont vécu toute la guerre, le petit Marcel a fait toute la guerre. On est à quelques jours de la libération de Limoges, des moments décisifs. Ils vont vers la victoire et cet accident arrive à ce moment-là.”

Marcel Pinte meurt quelques heures plus tard dans les bras de sa mère. »

Mes chers enfants, quelle triste histoire.

Moi, l’éléphante philosophe, me demande comment ce petit enfant a pu trouver en lui un si grand courage ? Et je rumine aussi la question de savoir si les adultes sont en droit de vous placer dans de telles circonstances, pour lesquelles vous devenez des héros au risque de votre vie.

Chers enfants, j’ai réfléchi, j’ai ruminé.

Voici ce que je pense.

Il ne s’agit pas d’attendre de vous que vous fassiez preuve d’héroïsme, ressource en soi que l’on puise à l’extrême pour faire acte de courage, mais, comme je l’essaye par mes lettres qui racontent à ma façon le monde tel qu’il a été, tel est, tel qu’il va, permettre de nommer durant ces moments de profond découragement, voire de désespoir, la possibilité permanente de trouver en soi les ressorts pour les surmonter.

Pour nous en souvenir et exprimer le refus que cela puisse de nouveau avoir lieu, j’ai pensé à ce chant sur la plage des enfants et des parents avant une bataille terrible à mi-distance entre chez moi et chez eux, chez vous durant cette guerre atroce :

Je t’embrasse très fort Quinquin, je vous embrasse très fort,

A lundi,

Shila

Lettre de Shila : “Persuader pour le meilleur ou pour le pire”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, me dit que souvent dans vos maisons, vous sollicitez vos chères éducatrices et éducateurs pour arbitrer des différents entre vous. Si j’ai bien compris, quand il y a un problème, vous leur dîtes : « Untel a dit cela de moi, et je ne l’ai pas supporté ». A la recherche de qui dit vrai, qui dit faux, l’éducatrice ou l’éducateur demande alors à l’autre enfant dénoncé son point de vue, et il répond avec autant d’aplomb : « C’est même pas vrai, c’est que des mensonges ».

Hummm, quel embrouillamini.

Je n’aimerais pas être à la place de votre éducatrice ou éducateur pour discerner le vrai du faux. Souvent, me dit Emmanuel, les adultes préfèrent temporiser et éloigner l’un de l’autre les deux protagonistes. Il semblerait qu’à la longue, ces incidents se résorbent d’eux-mêmes ; vous constatez par vous-mêmes que le conflit entre vous ne résout rien.

Cela me rappelle la lettre que je vous ai envoyée lundi, remarquant la difficulté parfois de Grand-mère éléphante quand le troupeau barrit plus fort que d’habitude, qu’elle a un peu de mal à faire entendre sa voix pour faire respecter la plus sage des décisions, mais qu’elle y arrive finalement en prenant son temps, en attendant que les cris retombent :

Mon cher voisin Henri m’a racontée que samedi qui vient, vous allez vous souvenir d’une guerre atroce, qui a fait encore plus de mal à tout le monde que celle dont je vous ai parlée voici quelques mois comme chaque année à la même date :

Encore une guerre mondiale, si peu de temps après ? Ce n’est pas possible. Les humains n’apprendraient-ils jamais de leurs erreurs ? Henri m’a expliquée qu’hélas, en effet, peu de temps après cette guerre-là, a eue lieu malheureusement une seconde guerre, encore plus meurtrière que la première. Henri me dit que cette guerre a été provoquée par des personnes qui disaient de très grands mensonges, mais qui étaient considérés par plein de personnes comme disant des vérités au nom desquelles il fallait se battre, tuer. Par chez vous, si j’ai bien compris Henri, ces grands menteurs étaient réputés pour avoir une emprise incroyable sur les foules rassemblées ; ils étaient influents.

Par chez moi aussi à cette époque, des combats atroces dans toute l’Asie ont été justifiés au nom de l’intérêt supérieur d’un pays, d’un empereur considéré comme une divinité. Même pouvoir de persuasion, même crise inacceptable.

Humm, je vois qu’il n’y a pas que chez les animaux qu’existent les prédateurs d’autant plus puissants qu’ils embobinent leurs proies avec une incroyable facilité. Henri m’a dit qu’un dessin animé que vous aimez bien, adaptant au Cinéma le livre d’un écrivain dont je vous ai parlé, Mister Kipling… :

… Racontait combien le serpent Kaa et le tigre Shere Khan pouvaient, dans la jungle à côté de mon petit chez moi, tendre maints pièges par leurs paroles séduisantes à des victimes crédules, à commencer par Mowgli, le petit d’homme. Mais alors, il n’y a rien à faire pour se défendre quand quelqu’un malfaisant vous dit des choses qui vous plaisent, au risque de vous perdre vous-mêmes ?

Emmanuel, prévenu par Henri de ma confusion, m’a raconté que vous autres, les humains, avanciez dans la compréhension des mécanismes du mensonge, pour mieux vous en défier. Emmanuel me dit aussi que des chercheurs comme Monsieur Eric, membre de votre Conseil scientifique, étudient comment un petit dérèglement devient une grande catastrophe. Souvent chez les humains, observent les scientifiques, ce petit dérèglement menant à des tragédies vient quand vous préférez croire ce qui est faux car c’est plus désirable, que ce qui est vrai car ce n’est que raisonnable.

Mes chers enfants, je ne sais pas si toutes ces recherches permettront d’éviter d’autres guerres terribles. Je me dis seulement, moi l’éléphante philosophe, que si le mensonge semble plus puissant que la vérité, la vérité finit par gagner toujours à la fin tant elle a des vertus que le mensonge n’a pas.

Pour renforcer ma conviction, Henri me dit qu’un grand auteur, aussi talentueux que Mister Kipling : Mister Charles Chaplin, a inventé une belle histoire, intitulée “Le dictateur“, peu de temps avant le début de la seconde guerre mondiale. Dans ce film, Mister Chaplin a beaucoup réfléchi au mensonge, à l’influence, et a créé deux personnages semblables, l’une nommée “Adenoïd Hynkel“, caricature du méchant dont je vous ai parlé et qui existait pour de vrai du côté de l’Allemagne, votre pays voisin, et l’autre un barbier lui aussi de cet endroit du Monde, qui lui ressemble trait pour trait, a les mêmes talents oratoires, mais qui est mû par des valeurs humanistes contrairement à son double maléfique.

Alors, chers enfants, cela n’est qu’un film, mais je trouve cela intéressant, important, de comparer les deux personnages quand ils prennent la parole. Mon oreille d’éléphante entend d’eux le même pouvoir de persuasion. Ils convainquent toutes celles et tous ceux qui les écoutent de faire ceci ou cela, mais l’un fait le mal, l’autre le bien.

Emmanuel m’a dit que l’on a retrouvé dernièrement les cahiers de Mister Chaplin, où il écrivait quelques mots pour préparer la scène du discours du barbier, du discours du bien. Les mots de Mister Chaplin pour cette scène sont soigneusement consignés par ses soins dans un cahier daté du 5 juin 1940, c’est-à-dire au moment où votre pays était envahi pour de vrai par des soldats à la botte du dictateur inspiré par Mister Chaplin.

Ces mots de résistance à la méchanceté sont :

Raison. Bonheur. Gentillesse. Humanité. Beauté. Imagination. Bonté. Progrès. Tolérance. Liberté. Aventure. Amour. Science. Démocratie.

Chers enfants, ce sont des mots essentiels.

J’espère que, comme moi face au tigre Shere Khan ou au serpent Kaa, vous vous en en souviendrez pour ne pas donner prise à un méchant très persuasif face auquel vous ne savez pas quoi penser.

Je vous embrasse très fort,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “La science des rêves”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ? Avez-vous bien dormi ?

Moi, j’ai roupillé cinq heures, je me suis assoupie vers vingt-deux heures, alors que je contemplais comme à mon habitude ma copine la Lune :

Mon cher voisin Henri avait mis un disque de Mister Leonard Cohen. Sa belle voix aide à rallier le pays des songes :

Je vous sais très intrigués de savoir comment dorment les éléphants, c’est une question importante en effet :

Henri m’a expliquée que vous autres, les humains, êtes très soucieux de comprendre la qualité du sommeil car beaucoup de questions de santé en découlent.

La durée du sommeil idéal est une question controversée pour vous autres ; faut-il faire la grasse matinée ? Il semblerait que dormir plus de huit heures ne serait pas une bonne idée.

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, m’a racontée qu’il existe une légende, selon laquelle les plus grands chefs des humains avaient cette qualité de dormir très peu. Humm, moi l’éléphante philosophe et pacifiste, me demande si cette particularité est si désirable. C’est vrai quoi ? A quoi sert d’être éveillé plus que bien d’autres humains, si c’est pour leur faire la guerre ?

Henri m’a expliquée que d’autres humains aux conditions de sommeil fragiles sont des héros positifs ; des navigateurs sur la mer… :

… Des navigateurs dans l’espace :

D’accord : dormir n’est pas une performance pour écrabouiller les autres, mais un moyen de vivre mieux la vie que l’on se donne à vivre.

Chez nous autres, les animaux, tout le monde se demande combien d’heures le « paresseux » peut dormir. Ce n’est pas très clair. En tout cas, il n’a jamais fait la guerre, n’a jamais navigué autour du monde, et, à ma connaissance, n’est jamais encore aller dans l’espace.

Mister Kuttan, qui est le premier humain à me retrouver chaque jour à mon réveil, m’a racontée une découverte scientifique récente incroyable.

Vous vous rappelez des pieuvres ? :

Et bien, Kuttan me dit que des humains venaient de comprendre que ces curieuses créatures font des rêves durant leur sommeil.

Ca alors ! Et moi ? Est-ce que je rêve ?

Kuttan me dit que les humains ne le savent pas, du moins pas encore car ils continuent à se poser la question. D’après Kuttan, étant donné mon cerveau très développé, cela n’est pas improbable.

Mais, à quoi rêverait donc un éléphant quand il dort ? Je pense, pour ma part, que quand je rêve, je rêve à vous, et d’un avion qui atterrit à côté de votre maison…

Mon cher Henri m’a expliquée que le chat qui, assoupi, se dort la pilule sur son toit dès que le temps est au beau, fait sans doute des rêves de chasse, avec ses petites pattes qui s’agitent alors qu’il se retrouve face à l’amie souris.

Hummm, serait-ce pour le chat un moyen d’exprimer à la souris combien elle lui est importante ?

Emmanuel me dit que pour l’instant, les humains ne peuvent pas savoir exactement à quoi rêvent les animaux quand ils rêvent. Par contre, m’explique Emmanuel, vous êtes sur le point de pouvoir communiquer avec des humains en train de dormir pour pouvoir entrer dans leurs rêves, voire les modifier.

Hummm, je ne suis pas sûre que cette intrusion me plairait : j’aurais l’impression de n’être pas moi.

Chers enfants, que l’aventure du dodo est extraordinaire. Je vous souhaite plein de rêves, qu’ils soient merveilleux, maussades ou insignifiants alors que vous vous réveillez et que vous ne vous en rappelez pas.

L’important est que je puisse vous retrouver tous les jours en pleine forme, avec des idées issues de vos rêves à créer ensemble :

Je vous embrasse très fort,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Face à ce tsunami du virus en Inde, j’ai le cœur brisé”

Chers enfants,

Mon pays que j’adore fait face à un véritable tsunami, avec ce variant indien du Covid-19 qui emporte tant de personnes de tous âges, cette deuxième vague est très meurtrière.

Mon cœur est brisé quand j’entends les ravages quotidiens de ce virus qui, chaque jour, contamine des centaines de milliers de personnes et en tue des milliers. Je pleure en entendant que les hôpitaux ne peuvent pas accueillir les gens, que l’oxygène manque et que de nombreuses personnes meurent dans la rue. Je pleure quand on me dit que les centres de crémation sont débordés par l’afflux de personnes décédées de cette maladie.

Je vous avais écrit une lettre sur l’émotion des éléphants face à la mort, c’est ce que je suis en train de vivre aujourd’hui.

Cette deuxième vague de covid qui submerge l’Inde était malheureusement prévisible, mon cher voisin Henri m’a envoyé pour vous un article paru en octobre à propos de cette catastrophe :

« Bien qu’il y ait eu une baisse considérable du nombre de cas de coronavirus en Inde au cours des dernières semaines, VK Paul, chef du groupe national d’experts sur l’administration des vaccins contre le COVID-19, a également souligné la possibilité d’une deuxième vague d’infections dans la saison hivernale.

Selon lui, l’Inde est dans une position quelque peu meilleure maintenant, mais le pays a encore un long chemin à parcourir car 90% de la population est toujours vulnérable aux infections à coronavirus.

Avec les saisons des festivals à venir, dit-il, « En raison de la saison hivernale, de l’augmentation de la pollution dans le nord de l’Inde ainsi que de la saison des festivals, nous devons être très prudents … les mois à venir sont un défi. On aurait peur que nous pourrions perdre les gains que nous avons réalisés » ».

En plus de cela, le Docteur Randeep Guleria, membre du groupe de travail national indien sur Covid-19, directeur de l’AIIMS de Delhi et pneumologue de premier plan, a déclaré dans une interview : « Dans certaines régions, il y a une fatigue du comportement de Covid-19. Les gens sont maintenant fatigués de prendre des mesures de sécurité et à Delhi, ils peuvent être vus sans masque et se rassembler en foule.

Alors que le verrouillage a commencé en mars et se poursuit encore sous forme de distanciation sociale, il existe sûrement un air de fatigue et d’agitation. »

Tout était dit dans cet article, et malheureusement, en janvier et février dernier, avec la baisse des contaminations, les gens se sont relâchés, ne portant plus de masques ou participant en grand nombre à des meetings politiques ou des festivals religieux, comme la Kumbh Mela.

Mon pays vit aujourd’hui une catastrophe majeure, comme le décrit cet article, que m’a envoyé pour vous Henri.

Maintenant que nous vivons chaque jour dans cette situation dramatique, les gouvernants de mon pays ont dû accepter de l’aide des autres pays.

J’avoue, chers enfants, que votre pays, la France, et beaucoup d’autres pays du monde entier proposant de venir en aide à mon pays, voilà un énorme réconfort à tous niveaux, moral d’abord, et surtout une bouffée d’oxygène, dans tous les sens du terme.

« Dans ce qui marque un changement majeur de politique en seize ans, l’Inde a maintenant commencé à accepter des cadeaux, des dons et de l’aide de pays étrangers alors que le pays souffre d’une pénurie massive d’oxygène, de médicaments et d’équipements connexes au milieu d’une flambée des cas de Covid.

Jusque-là, l’Inde avait accepté l’aide de gouvernements étrangers – tremblement de terre d’Uttarkashi (1991), tremblement de terre de Latur (1993), tremblement de terre du Gujarat (2001), cyclone du Bengale (2002) et inondations du Bihar (juillet 2004).

C’est à la suite du tsunami de décembre 2004 que le premier ministre de l’époque, Manmohan Singh, a déclaré : « Nous pensons que nous pouvons faire face à la situation par nous-mêmes et nous prendrons leur aide si nécessaire. » Ce fut un « moment décisif » pour la politique d’aide en cas de catastrophe de l’Inde.

Cela a défini la politique et au cours des 16 dernières années, l’Inde a refusé l’aide étrangère après les inondations de l’Uttarakhand en 2013, le tremblement de terre au Cachemire en 2005 et les inondations au Cachemire en 2014. »

Ceci nous montre, les enfants, que nous sommes tous interdépendants, et que ce qui se passe dans mon pays concerne le monde entier.

« L’épidémie n’est pas seulement une crise pour l’Inde – c’est une crise pour tout le monde. « Le virus ne respecte ni les frontières, ni les nationalités, ni l’âge, ni le sexe ou la religion », déclare le Docteur Soumya Swaminathan, scientifique en chef de l’Organisation Mondiale de la Santé.

« Et ce qui se passe actuellement en Inde a malheureusement été joué dans d’autres pays. La pandémie a révélé à quel point le monde est interconnecté. Et si un pays à des niveaux d’infection très élevés, il est susceptible de se propager à d’autres pays. » »

Henri m’a envoyé pour vous un très bon article expliquant tout cela.

J’aime tant vous donner de bonnes nouvelles de mon pays, ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais je veux garder cette belle image de l’entraide internationale qui montre que la fraternité l’emporte dans ces moments difficiles.

Chers enfants, prenez bien soin de vous, je vous fais de gros bisous.

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Concorder les chants du bien commun”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Hier soir, dans mon petit village de Kurichithanam, était organisée une grande réunion pour décider comment faire face au satané virus.

Nous aussi, à la demande de grand-mère éléphante, nous nous sommes réunis ce matin pour palabrer à propos du petit éléphanteau qui vient de naître à deux kilomètres de chez moi :

Dans mon village, comme à l’assemblée des éléphants, tout le monde s’est exprimé ; il y a eu, d’après ce que m’a racontée Mister Kuttan, des fortes voix prenant la parole chez les humains, et durant notre réunion d’éléphant, j’ai aussi entendu des barrissements plus forts qu’à l’accoutumée :

Grand-mère éléphante, tout comme le chef de village de Kurichithanam, a dû donner de sa trompe pour que tout le monde s’écoute et puisse participer aux décisions importantes à prononcer.

Ouille ouille ouille, mes grandes oreilles étaient surprises d’entendre de tels soufflements venant de grand-mère éléphante :

Chers enfants, je dois vous dire que j’étais tourneboulée par tant de stridences. A tout prendre, me dit Henri, il préfère celles de la grive musicienne, que vous pouvez entendre chaque matin en ce moment :

Je suis d’accord, c’est joli et apaisant.

Kuttan m’a dit qu’il était tout aussi étonné d’entendre le chef du village reprendre avec autant d’autorité le débat lors de ce conseil. Si j’ai bien compris, d’habitude c’est plus calme.

Intrigué par ma revenue dans mon petit pré toute confuse et perplexe, mon cher voisin Henri, en train de cultiver le potager, est venu me voir.

Henri a toute suite compris ce qu’il m’arrivait, tant il participe lui aussi à ces réunions importantes pour votre devenir, du côté de Boulogne-sur-mer, avec à chaque instant la conscience de rechercher les voies du bien commun.

Henri m’a expliquée que c’est là l’essence-même de la démocratie ; il faut souvent composer entre le désir de la foule et les avis de personnes en nombre restreint qui travaillent pour conseiller tout le monde au nom du bien commun.

Si j’ai bien compris Henri, ces joutes oratoires sont une vieille histoire.

Henri m’a expliquée que le mot « démocratie » est une idée créée par vous autres, les humains, il y a très très longtemps. Elle signifie l’alliance fragile, mais tellement importante, entre le peuple et le pouvoir.

Hummm, chers enfants, je me dis que lorsque Grand-mère éléphante nous réunit, nous demande notre avis, et dit à tout le clan sa décision, nous perpétuons à notre façon la démocratie.

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, qui téléphonait à Henri pour prendre des nouvelles de mon petit village, m’a fait écouter plusieurs chants issus de petits pays autour de vous, et qui racontent l’esprit du peuple, la volonté de s’affirmer, et de vivre en bonne entente avec tout le monde, malgré l’adversité :

Chers enfants, j’ai compris que ces chants nous permettent de nous réunir, de faire la paix malgré nos différences, et d’avancer pour le meilleur de nous toutes et tous.

Emmanuel m’a racontée que si nous n’y parvenions pas, nous risquons de revivre des conflits méchants entre pays, comme autrefois.

Ces batailles à qui parlera le plus fort et de manière convaincante entre frères et sœurs, entre enfants et parents, entre parents et gouvernants, sont de très veilles histoires :

Malgré ma timidité, malgré votre timidité, et quand ce satané virus ne sera plus qu’un mauvais souvenir, je me dis que cela vaut le coup de chanter à pleins poumons pour contenir ce penchant de chacune et chacun à s’imposer par des calculs personnels au détriment de l’intérêt général.

S’il nous faut vociférer pour signaler que nous existons, autant que cela soit pour célébrer ensemble le bien commun, exclamer ce qui nous lie et relie :

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila

L’aventure commence au pas de la porte

Romane, qui réalise son stage à la Maison du Sport, prépare un après-midi picaresque pour les enfants, épaulée par des étudiants de sa promotion.

Au programme : parcours sportif, jeux ludo-éducatifs, et enquête à résoudre dans le parc de Wimille.

Hardi, chers enfants !

(nous publierons prochainement le récit de ces aventures).

Lettre de Shila : “La vitesse de la vie”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Avez-vous fêté un anniversaire ces derniers jours ?

Je sais par Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, que ce moment calendaire est régulièrement honoré par les enfants de votre Maison, par vos chères éducatrices et éducateurs, comme ce fut le cas dernièrement pour Inaya et Yanis :

Joyeux anniversaires chers enfants, quelle joie de vous dire combien vous nous êtes importants.

Mardi dernier, alors que je broutais mes pousses de bambous, j’ai entendu des éclats de rire, et vu des enfants galoper autour de la maison d’Henri.

Comme vous me connaissez – éléphante curieuse que je suis -, je me suis rapprochée.

Kuttan était en train d’apporter un délicieux Halwa avec des choses bizarres dessus, on aurait dit des petites flammes très gentilles :

Henri sortait du patio, il avait l’air un peu chiffonné.

Je l’ai salué en levant ma trompe et Henri m’a soufflée au creux de l’oreille que c’était son anniversaire.

Joyeux anniversaire Henri 🎂 🎂 🎂

Mais pourquoi Henri es-tu si renfrogné ? C’est vrai quoi, c’est chouette de te fêter.

Henri m’a expliquée que si cette journée lui fait beaucoup plaisir car tant de personnes lui expriment leur attachement, il trouve que cette date lui rappelle le temps qui passe un peu trop vite à son goût.

Intriguée, j’en ai parlé à mon cher Kuttan, qui m’a élevée depuis toutes ces années. Kuttan me dit que, peut-être, comme je n’ai pas connu mes parents et ne sait donc pas bien ma date de naissance, ces états d’âme me passent un peu par-dessus la tête.

D’après Kuttan, j’aurais quarante-cinq, quarante-six ans, et j’aurais donc dépassé allégrement la moitié de l’espérance de vie de nous autres, les éléphants d’Asie.

Ouais, bon. Je me sens aussi gaillarde qu’aux premiers jours.

Ah, mon cher Henri, profite de la vie comme moi : si tu regrettes un peu de constater que le temps passe, dis-toi – conseil d’éléphante philosophe, que c’est là un signe d’heureuse santé : tu aimes pleinement chaque seconde, chaque moment. Et puis tout cela, ce sont des calculs en moyenne ; je pense que toi et moi ferons bien plus que ce qui est estimé, c’est dans notre tempérament

Dois-je te rappeler, cher voisin, cette lettre qui raconte combien le temps est relatif ? :

On croit que le temps qui passe est une machine à perdre, mais pas du tout. Vivre la vie, c’est toujours un nouveau commencement pour qui sait remarquer comme nous les petits bonheurs du quotidien.

Nous aimons nous réjouir chaque jour de l’âge de notre planète, de plus de cinq milliards d’années, de celui du plus vieil arbre du monde, estimé par vous autres les humains à cinq mille ans, et même de celui des mouches qui vivent aux côtés de ces satanés moustiques de ma mare… :

… Et qui ne seront plus au bout de trois semaines d’existence.

Emmanuel, qui me téléphonait pour me passer le bonjour et faire un gros bisou à Henri pour son anniversaire, m’a expliquée que vous autres, les humains, aviez beaucoup réfléchi à cette question de savoir ralentir le temps qui passe, et aviez même inventé un mot très compliqué pour caractériser ce moment où vous décidez que celui d’après est aussi important que celui d’avant.

Ce mot s’appelle, si j’ai bien compris le « pénultième ».

Hummm, je comprends que ce moment d’avant la date cruciale est au moins aussi chouette à vivre que la date elle-même, et dont on dit pourtant que c’est un moment essentiel. En fait, quand j’y réfléchis, c’est la même chose pour le moment d’après l’événement prétendument décisif ; il nous faut lui prêter tout autant attention :

Ah mes chers enfants, que le temps est vivant.

Henri, permets-moi de souffler avec ma trompe tes drôles de choses à petites flammes sur ton gâteau d’anniversaire. Prépare toi à retrouver ton Halwa de l’autre côté du pré 😊.

Fêter son anniversaire,

C’est comme regarder le décollage d’une fusée (après des décennies de préparation pour qu’elle décolle à l’heure H) … :

… Ou faire un barbecue au pied d’un volcan en éruption (après des semaines pour organiser l’expédition)… :

… Ou comme rencontrer des animaux (après des heures de répétition en espérant que ce moment imaginé par le réalisateur du clip ne s’arrête jamais) :

Quelles belles histoires annonçant ces événements, quelles belles situations au moment de les vivre, quelles belles énergies pour désirer ce qui vient ensuite.

A lundi chers enfants,

J’espère que vous m’enverrez plein d’annonces d’anniversaire pour vous faire encore plus de bisous.

Je vous embrasse très fort,

Shila

Lettre de Shila : “Le palais idéal (pour que rêve soit)”

Bonjour chefs enfants, comment allez-vous ?

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, me dit que vous aimez construire régulièrement des cabanes lors de vos promenades avec vos chères éducatrices et éducateurs, ou en douce, au fond du jardin de votre Maison.

Henri et Emmanuel m’expliquent que ces demeures éphémères sont pour vous des moyens de vous accorder une vie à vous, et d’y mener les plus belles aventures que peut proposer l’âge de l’enfance.

Humm, j’aime bien cette idée d’avoir un petit chez soi dans son grand chez soi.

Henri m’a racontée l’histoire incroyable d’un Monsieur de votre pays qui avait un drôle de nom : Monsieur Cheval.

C’est rigolo ça, c’est comme si Mister Kuttan s’appelait Mister Kuttan Elephant, et Henri, Mister Henri Bambous. Hu hu hu.

Et bien ce Monsieur Cheval, me dit Henri, a vraiment existé.

Et ce qui est extraordinaire, c’est qu’il a décidé de construire un immense chez soi dans son petit chez soi ; sa cabane à lui était un palais.

Oh Monsieur Cheval n’était pas du tout riche : ce palais, il l’a construit de ses mains jour après jour pendant des décennies, après une journée de travail à marcher des kilomètres et des kilomètres pour livrer les lettres aux habitants de son petit pays.

Quelle force de la nature ! Quelle volonté !

Mais pourquoi s’est-il lancé dans une si folle aventure ?

Henri m’a expliquée que Monsieur Cheval a décidé de construire ce palais, qu’il a nommé « Le Palais idéal », pour sa petite fille, hélas morte de maladie trop tôt dans sa vie.

Le plus dingue, c’est que sans formation d’architecte, de sculpteur, Monsieur Cheval a réussi une prouesse reconnue comme déterminante par les historiens de l’art. Il a réussi à interpréter dans son jardin les majestueux palais du Cambodge, d’Egypte, en regardant des cartes postales qu’il devait livrer chaque matin après des kilomètres de marche.

C’est lors d’une de ses journées de travail, buttant lors de sa randonnée sur une pierre à la forme bizarre, qu’il eut le déclic pour se lancer dans la construction du Palais idéal.

Et dans son palais, devinez quoi ? Monsieur Cheval a façonné de magnifiques éléphants.

Aujourd’hui, l’incroyable cabane de Monsieur Cheval est visitée par des admirateurs du monde entier.

Quelle revanche pour quelqu’un dont on a pu dire à l’époque qu’il n’était pas bien dans sa tête.

Henri m’a racontée que non loin de chez vous, à Senlis, existait une dame au parcours semblable à celui de Monsieur Cheval. Elle s’appelait Séraphine, était une femme de ménage, n’avait aucune formation en peinture, mais a été reconnue par les spécialistes comme une très grande peintre.

C’est en se promenant sur les chemins de campagne après son service que Séraphine, éblouie par mes amies les plantes, eut la révélation.

Comme Monsieur Cheval, Madame Séraphine a été suspectée de folie tellement son œuvre était considérable, sortant des sentiers battus, visionnaire.

Mes chers enfants, moi l’éléphante philosophe me dit que la puissance des rêves est la plus importante des énergies vitales. Je suis sûre qu’un jour ou l’autre, dans votre cabane, ou le soir, au moment de vous endormir, vous imaginez des histoires extraordinaires.

Que Madame Séraphine et Monsieur Cheval puissent vous convaincre combien vos inspirations méritent d’être réalisées :

Je vous embrasse très fort,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “À la rencontre de Narayan Nand Giri Maharaj et des sâdhus à la Kumbh Mela”

Chers enfants,

Je vous ai parlé de la Kumbh Mela qui est le plus grand pèlerinage du monde et qui a lieu actuellement à Haridwar dans l’état de l’Uttarakand, si loin de chez moi, à 2900 kilomètres.

Mon cher cornac m’a dit qu’il n’était pas possible de s’y rendre, j’aurais pourtant été ravie de recevoir la bénédiction de Narayan Nand Giri Maharaj, le plus petit des sâdhus du monde.

Narayan Nand Giri Maharaj est un naga sâdhu qui mesure 45 centimètres et pèse 18 kilos. “Naga sâdhu” signifie un “moine nu”.

Cela signifie qu’il renonce à tout, même aux vêtements, et cela par tous les temps, qu’il fasse très froid ou chaud. Mon cher voisin Henri m’a envoyé pour vous un article qui raconte bien cette incroyable histoire :

Narayan Nand Giri Maharaj, un saint naga de 55 ans, mesurant 18 pouces et pesant 18 kilos, est devenu un centre d’attraction à Haridwar Kumbh. Satnarayan Pathak de Jhansi a pris l’initiation du renoncement en tant que Naga Saint-Nand Giri au Kumbh 2010. Depuis, il suit la tradition Sannyas. Le disciple de Nand Giri, Rajpal, l’aide avec les prières et tous les rituels quotidiens. Avant de prendre l’initiation au renoncement, il a dû écouter beaucoup de railleries pour sa petite taille. C’est la raison pour laquelle son esprit s’est tourné vers le renoncement.”

Moqué autrefois en raison de sa petite taille, Nand Giri est aujourd’hui très sollicité pour bénir les pèlerins de la Kumbh Mela.

Cela me rappelle ma lettre :

J’évoquais la rencontre entre l’homme le plus grand du monde avec le plus petit :

Être différent des autres peut-être parfois très difficile à vivre, ces exemples nous montrent comment la différence a pu également changer le cours de leur vie.

Les sâdhus en Inde sont une proportion non négligeable de la population indienne. Pour les hindous, ils sont des représentants terrestres des dieux et à ce titre sont généralement adorés. Les sâdhus représentent environ 0,5% de la population indienne, ce qui correspond à plus de cinq millions d’individus. Environ 10% seulement des sâdhus sont des femmes.

Le mot sanskrit sādhu, qui signifie « saint », « excellent », et qui dérive peut-être de siddha, « celui qui détient un siddhi (pouvoir miraculeux) », sert à désigner les hindous qui font vœu de renoncer à la société. La classe des sādhus comprend des saints authentiques appartenant à différentes croyances, mais aussi des hommes (occasionnellement des femmes) qui ont abandonné leur famille pour se consacrer exclusivement à une discipline spirituelle et corporelle, des ermites, et même des magiciens et des diseurs de bonne aventure dont l’intention religieuse est parfois douteuse.

Les sādhus, qui dans l’Inde moderne se comptent par millions, peuvent vivre dans des communautés monastiques (matha) qui sont généralement la propriété d’un ordre particulier, errer seuls ou en petits groupes à travers le pays, ou s’isoler dans des grottes ou de petites cabanes. N’ayant plus d’identité légale, et portant un nom nouveau qu’ils ont reçu de leur guru ou choisi eux-mêmes, ils ne travaillent pas et font d’ordinaire vœu de pauvreté et de célibat ; beaucoup (les munis) font vœu de silence ; ils mendient leur nourriture, l’acceptent de n’importe qui. Leurs vêtements — certains sādhus, toutefois, sont nus — diffèrent selon la secte à laquelle ils appartiennent et consistent en général en une simple pièce d’étoffe, sans couture, de couleur safran (plus rarement blanche). Les sādhus ne se rasent plus, comme font les gens“.

Une belle explication de la vie des sâdhus est donnée dans l’article suivant :

J’aurais, chers enfants, tellement aimé rencontrer ces sâdhus, ces sannyassi et sannyassini qui se retrouvent à la Kumbh Mela, je suis émerveillée par leur façon de vivre, soit dans les forêts ou dans les grottes de l’Himalaya, en groupes ou seuls, ils me font un peu penser à mes cousins les éléphants qui organisent leur vie avec une grande sagesse. Par contre pour le renoncement, j’aurais beaucoup de mal à renoncer à mon sucre de canne non raffiné en grosses boules.

Je remercie mon cher cornac, Kuttan, de ne pas m’avoir emmenée à la Kumbh Mela, cette année, car c’est un peu de la folie ces rassemblements de millions de gens en période de pandémie. Il m’a dit que des chefs religieux sâdhus ont décidé de quitter le festival, en raison du non-respect de la distanciation sociale.

Des critiques se font beaucoup entendre, car ce n’est pas raisonnable de faire un tel festival en pleine pandémie. Des millions de personnes sont rassemblées pour le bain dans le Gange, à Haridwar, en ce mois d’avril 2021, avec le dernier grand bain le 27 avril.

Je m’inquiète vraiment pour la propagation de ce satané virus, qui touche des millions d’indiens.

Chers enfants, je vous demande de faire bien attention à vous, de bien vous protéger en respectant les consignes pour éviter d’être infectés par le virus.

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila