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La maison vive

Lettre de Shila : “La théorie des anciens astronautes”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ? Avez-vous cette nuit de drôles de lumières dans le ciel, qui se déplaçaient à la queue-leu-leu comme un collier de perles interminables ? J’en ai vu un hier vers vingt-trois heures alors que je contemplais les étoiles. C’était à la fois magnifique et effrayant ; magnifique parce que féérique, effrayant parce que le mouvement n’avait rien de naturel et j’ai pensé que nous étions sur le point d’être envahis par des créatures venues de l’Espace.

Mon cher Kuttan, remarquant ce matin mes yeux un peu vitreux (je vous avoue que j’ai eu du mal à m’endormir), m’a expliqué qu’il ne fallait pas que je m’affole, que j’avais sans doute vu ce que vous, les humains, appelez « constellation de satellites », création de votre part lancée par les fusées chères à mon cœur pour faciliter les échanges sur Terre.

Kuttan a bien rigolé que je puisse être si convaincue d’avoir vu des objets volants non identifiés à mon tour ; un peu moqueur, Kuttan m’a expliqué que ces derniers temps chez les humains, y compris pas loin de chez vous, les vaisseaux extraterrestres reviennent à la mode, au risque d’être déçus d’apprendre que ce n’était pas grand chose.

Mon cher voisin Henri, qui venait de discuter avec Monsieur Jean-Paul, membre de votre conseil scientifique lui aussi très intéressé par ces croyances d’un autre monde arrivé sur Terre et dont je vous avais parlées… :

… Me raconte pour me réconforter qu’au palmarès des bobards qui furent parmi les plus longues fausses vérités, la « Théorie des anciens astronautes » est l’un des plus illustres.

Si j’ai bien compris, personne ne comprenait comment des terriens avaient pu élever les majestueuses statues de l’Ile de Pâques et ce n’est que récemment qu’une piste sérieuse a pu être formulée. Personne ne comprenait et ne comprends toujours pas comment des terriens ont pu dessiner si exactement les immenses motifs de Nazca.

Ah, je vois, c’est un peu comme la légende de l’entrée en Inde pour aller au centre de la Terre dont je vous avais parlée :

Et bien chers enfants, certes il est nécessaire de se méfier des racontars séduisants car c’est au risque de se faire avoir par des affirmations pas moins erronées, mais plus meurtrières :

Autant s’entraîner tous les jours à convenir ensemble de ce qui est vrai, de ce qui est faux.

Mais enfin, chers enfants, si j’ai mal dormi, je suis heureuse ce matin de me dire qu’il y a comme un fil invisible entre l’île presqu’au milieu de l’océan pacifique, les grandes montagnes d’Amérique du Sud, votre petit pays, le mien.

On ne sait toujours pas comment les humains ont pu dresser de si grandes statues, créer de si grands dessins, et pour qui ces messages gigantesques étaient destinés. Gageons que c’est comme souhaiter la bienvenue qui que l’on soit, ce qui est chouette :

Bisous,

A lundi,

Shila

Lettre de Shila : “Si j’avais une cousine en mer (ce que je sais de la baleine)”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, m’a dit que dimanche vous étiez à la plage et avez pris vos premiers bains estivaux. C’est chouette d’habiter au bord de la mer ; moi aussi j’ai barboté sur la plage de mon petit pays, vous savez que j’adore cela. Oh, je me suis contentée de tremper mes pattes, car comme je vous l’expliquais ma peau n’aime pas trop l’eau salée :

Quoi qu’il en soit, merci Kuttan, mon cornac maître-nageur préféré 😊 Je me suis bien amusée. J’en ai barris de plaisir. Kuttan m’a dit que mon son lui a fait un peu penser à celui de ma cousine des mers, le plus grand animal des profondeurs tout comme je puis être le plus imposant sur terre ; la baleine :

Henri, qui nous accueillait au retour de la plage, nous a raconté que la coexistence entre éléphants et baleines était une très très longue histoire.

Ainsi, voici plus de deux mille ans, un grand observateur de la Nature – sans doute l’un des premiers auteurs d’une encyclopédie du vivant : Pline l’Ancien, signalait l’abondance des baleines dans les eaux bordant mon pays.

Et puis, me disent Henri et Kuttan, il existe depuis un temps fou des histoires que se racontent les marins sur des humains en train de pêcher, et avalés par inadvertance par des baleines pour être ensuite recrachés sain et sauf.

Les humains ont récemment compris d’où viennent les baleines.

Devinez quoi ? Il y a des millions d’années, les ancêtres des baleines vivaient… sur Terre ! Incroyable n’est-ce pas ? Il faut y voir je pense une nouvelle illustration des recherches de mon cher Mister Darwin.

La baleine, tout comme l’éléphant, sont des animaux considérés par les humains comme ayant des pouvoirs surnaturels. Je vous parlais de l’éléphant et de la baleine de couleur blanche :

Et bien il s’avère que la baleine est une source de richesse très convoitée par les humains. Hélas, baleines, éléphants, nous fûmes et sommes encore pourchassés au risque de disparaître ; la graisse, l’ambre pour ma cousine des mers, l’ivoire de nos défenses pour ma famille :

Chers enfants, je compte sur vous pour nous protéger, d’autant que – et c’est un autre point commun que nous partageons la baleine et moi, nous sommes les animaux qui mettons le plus de temps à fabriquer nos bébés.

Et, est-ce que vous, là où vous habitez, vous pouvez voir des baleines ?

Henri me raconte qu’autrefois, Christophe et des enfants ont navigué avec une association alors appelée “Jonas”, aujourd’hui devenue “Cité mer“, et qu’ils avaient pêché par inadvertance un requin pèlerin pour leur première sortie pêche en 1988 ; le pauvre requin pèlerin s’était pris dans le filet trémail, posé près du Fort de l’Heurt. Mon cher voisin Henri m’a envoyé pour vous une photo de ce pauvre requin pèlerin, qui pesait trois cents kilos, et mesurait trois mètres de long.

Un requin pèlerin adulte, me dit Kuttan, peut mesurer de douze à quinze mètres de long. Je pleure en pensant à ce pauvre petit pris dans le filet.

Emmanuel me dit que certes, tout comme les dauphins, des baleines et des requins peuvent passer au large, mais que l’océan pacifique dont je vous parlais ces dernières lettres reste et de loin le lieu sur notre planète où vous aurez bien souvent la chance d’admirer leurs si belles créatures.

Ah mes chers enfants, que suis heureuse de vous présenter ma cousine des mers, la baleine. J’espère que vous pourrez un jour voir son panache d’eau en signe de salutations. Je t’embrasse très fort ma cousine, au plaisir de te retrouver.

Bisous les enfants,

A demain,

Shila

Images de la dernière séance pour cette saison 2020-2021 (atelier patrimonial)

Ce 16 juin a eu lieu la dernière séance de l’atelier mensuel pour cette saison, atelier consacré à la fabrique à l’échelle 1 d’une charrette ayant circulé au XIVe siècle sur des routes non loin des Maisons, et permettant aux plénipotentiaires du Royaume de France de rallier le lieu de négociation avec les envoyés du Royaume anglais pour convenir d’un traité de paix durable.

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Cet atelier est animé par Christophe, chef de service de la Maison du Cirque et de la Maison du sport. Au programme de cette séance : peignage des pièces métalliques et poursuite de la restauration de la roue de la roulotte. Rendez-vous en octobre pour mettre la demoiselle sur ses quatre roues : bravo les enfants, bravo Christophe.

Découvrez les images prises lors du passage des enfants de la Maison du Sport :

Lettre de Shila : “Des samouraïs pas comme les autres (récits d’une mondialisation finalement heureuse)”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Avez-vous profité du bel ensoleillement dont mon cher voisin Henri me dit qu’il est arrivé sur vos rivages pour aller avec vos chères éducatrices, éducateurs vers des lieux qui n’étaient pas accessibles pendant ces longs mois de confinement ?

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, me dit que ces derniers temps vous retrouvez le goût de la liberté de se déplacer, et c’est comme découvrir de nouveau combien le monde peut proposer des aventures dont on aime à se souvenir :

Dans mon petit pays aussi, les voyageurs au long cours commencent à revenir tout doucement pour apprécier les beautés du coin, le bonheur de rencontrer les habitants. J’ai l’impression que la planète, un peu sonnée par le satané virus, renaît à la vie. J’aime bien ce mot : « renaissance », il me fait penser à cet autre mot dont je vous parlais et qui disait « ré-enchantement » :

Je vous ai beaucoup parlé du sentiment d’émerveillement, de rêverie qu’inspire l’Inde, continent au croisement de l’Europe et de l’Asie :

Mon cher Kuttan m’a expliqué que les compatriotes de Vasco de Gama ne se sont pas arrêtés chez moi à Goa, mais ont continué vers l’Est pour essayer de trouver une route maritime permettant de rallier « Cipango », île mythique dont parlait plusieurs siècles plus tôt Marco Polo.

Si j’ai bien compris Kuttan, « Cipango » s’appelle aujourd’hui « le Japon », et vous autres les humains aimez à la surnommer « Pays du Soleil-Levant », car ce serait pour votre Europe la terre la plus éloignée à l’Est.

De l’Inde, les portugais ont donc navigué vers Cipango et ont fini par y parvenir. A bord de leurs navires, ils amenaient des personnes rendues esclaves et kidnappées en Afrique, là où mes cousines et cousins éléphants vivent.

C’est une histoire très triste ; on n’a pas le droit de faire commerce des êtres vivants. Je voudrais cependant vous raconter l’extraordinaire histoire de Yasuke.

Ce qui me passionne, c’est non seulement le fait qu’esclave, il devienne « samouraï » (« seigneur » en japonais), mais aussi que le japonais très puissant qui l’a émancipé et élevé à un rang si important fût celui qui tenta pour la première fois d’unifier son pays, alors profondément divisé, avec des guerres incessantes.

Mon cher Henri me dit que vous autres les humains, aimez souvent dire : « L’union fait la force » pour valoriser la paix, la nécessité de savoir vivre ensemble ; je comprends avec Yasuke que ces relations de fraternité sont toutes aussi importantes entre habitants de pays si éloignés les uns des autres.

Mais, est-ce que nous, en Inde, avons connu des samouraïs venus du pays du soleil levant ? Kuttan et Henri me disent que c’est peu probable, même si parfois des publicités passent à la télé pour faire croire du contraire :

Il reste que, me dit Emmanuel, un samouraï est venu dans votre pays voici des centaines d’années, en mission pour rencontrer les puissants d’Europe :

Hummm, chers enfants, que d’histoires extraordinaires qui racontent combien notre planète se lie, se délie, se relie depuis fort longtemps. Je lève ma trompe pour saluer les échanges pacifiques, les intégrations réussies d’étranges étrangers pour le bonheur de tous et de chacun.

Je vous embrasse très fort,

A demain,

Shila

En avant-première (épisode 1)

Mardi 8 et vendredi 11 juin, Maria et Marion médiatrices au Frac sont venues à la rencontre des enfants pour les ateliers commissariat d’exposition (vendredi elles étaient accompagnées de Caroline venue faire des photos des créations des enfants et de l’atelier).

Cinq œuvres du Frac ont été choisies par les enfants du Centre de Jour et de la Maison Vive :

Ben: Parfois quelque chose se passe

Henri Cartier Bresson : Derrière la gare Saint Lazare

Matali Crasset : Quand Jim monte à Paris.

Andreas Slominski : Elsternfalle

Nancy Spero : Acrobat Totem

Les œuvres pour le musée vous seront dévoilées très prochainement.

(Photos de Maria Caroline et moi-même)

(Texte de Sylvie, professeure en arts plastiques du Centre de Jour et de la Maison Vive).

Lettre de Shila : “Raksha bandhan ou Rakhi fête de la fraternité”

Chers enfants,

Je vous contais l’histoire de notre mamie révolutionnaire Gowri Amma, qui vient de nous quitter à près de 102 ans et qui a marqué l’histoire de mon cher Kerala.

Amma signifie maman dans ma langue, le Malayalam.

Les liens familiaux sont très importants chez nous et la fraternité est fêtée chaque année, au mois d’août, lors de la fête appelée Raksha bandhan ou Rakhi.

Mon cher voisin Henri se souvient, alors qu’il attendait son bus, que des jeunes femmes sont venus proposer d’attacher un petit cordon en coton coloré au poignée des voyageurs qui étaient à l’arrêt de bus.

Il pensait à une opération publicitaire ou commerciale, mais ces dames ont expliqué que ce cordon aux couleurs vives était gratuit et symbole de fraternité. Il découvrait ainsi cette belle fête de la fraternité en acceptant le Rakhi, nom de ce petit cordon.

En observant depuis ce jour les gens qu’il rencontre, il remarque le nombre incroyable de personnes portant le Rakhi, ce beau symbole de la fraternité.

Raksha Bandhan ou Rakhi est l’un des festivals les plus populaires en Inde. Bien que l’origine de la fête varie, elle signifie aujourd’hui un lien de protection entre frère et sœur. Les sœurs nouent un fil autour du poignet droit de leurs frères, priant pour leur longue vie tandis que les frères font vœu de protéger leurs sœurs. Ces derniers jours, Rakhi en est venu à signifier un lien d’amitié et de bonne volonté envers tous.”

Cette belle fête hindoue s’est étendue à la société indienne qui célèbre la fraternité. L’origine remonte loin, dans la mythologie et dans l’histoire, comme l’explique brièvement l’article suivant que m’a envoyé pour vous mon cher voisin Henri :

Le Rakhi est utilisé en Inde depuis les temps historiques pour signifier l’amitié et la fraternité. Les reines Rajput envoyaient des rakhi aux rois voisins en signe d’amitié. Le poète lauréat du prix Nobel Rabindranath Tagore a utilisé Raksha Bandhan comme symbole d’unité face à la stratégie britannique visant à diviser le Bengale.”

Je sais qu’en France vous avez la chance d’avoir la fraternité comme une des trois grandes valeurs, avec la liberté et l’égalité, qui fondent votre vie en société :” liberté, égalité, fraternité ” sont inscrits dans la pierre dans chacune de vos villes et de vos communes. Je vous envie et je lève ma trompe pour que ces valeurs soient partagées dans tous les continents.

La fraternité, ici en Inde, nous l’exprimons dans la vie de tous les jours. Quand, au Kerala, on s’adresse à une fille plus âgée on l’appelle ” Chachi”, ce qui signifie “grande sœur”, et si c’est un garçon plus âgé, on dit “Chetan” (grand frère).

Si c’est dans le Nord de l’Inde, la grande sœur est “Didi” et le frère “Baia”, c’est comme cela que l’on s’adresse non seulement dans la famille mais aussi dans les relations avec les autres.

Pour moi l’éléphante si attentive à tous, on m’appelle “ana”, que je sois plus jeune ou plus âgée que mes interlocuteurs, mais je sais que c’est toujours très respectueux.

Je sais, chers enfants, que pendant les mois de juillet et août vous êtes en vacances, mais je tenais à vous souhaiter une bonne fête de la fraternité, qui aura lieu en août, comme chaque année. Et si vous rencontrez des gens portant des rakhis, ces petits bracelets en coton, en soie ou en en perles, vous penserez à ce si beau symbole de la fraternité.

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Gowri Amma, une grand-mère qui a révolutionné le Kerala”

Chers enfants,

Vous savez que j’adore les grands-mères, d’une part, parce que les grands-mères éléphantes sont nos guides, elles dirigent depuis toujours nos familles, que l’on peut appeler familles matriarcales ; d’autre part, chez les humains qui m’entourent, j’aime beaucoup les familles matriarcales, les Naïr, qui ont marqué l’histoire du Kerala. J’ai eu aussi un vrai plaisir à vous parler des mamies de Coimbatore, Nanammal et Papammal, qui me font penser à ma grand-mère éléphante.

Aujourd’hui je vais vous parler de Gowri Amma, qui nous a quittés le 11 mai dernier, à la veille de ses 102 ans.

Elle fait l’admiration de tous les kéralais et de toute l’Inde, source d’inspiration pour toutes les femmes et aussi pour les hommes qui s’engagent pour construire une société où tous trouvent leur bonheur.

Gowri Amma est née à 40 kms de chez moi, près de Cherthala, en 1919.

Née dans une famille de la communauté des Ezhavas, elle est la première jeune fille de cette communauté à faire des études de droit et à obtenir un diplôme pour être avocate.

Sa famille est très engagée dans le syndicalisme. Très jeune elle s’engage dans la politique, elle fait partie du parti communiste indien. Son engagement et sa parole forte lui ont valu d’aller plusieurs fois en prison, notamment en 1948, année où elle rejoint le parti communiste, défiant l’adversité et se battant pour construire son parti.

Avocate, elle n’a jamais mâché ses mots pour exprimer sa pensée.

Gouri Amma a été emprisonnée au poste de police de Cherthala pendant six mois, puis à la prison centrale de Poojappura. Plus tard dans sa vie, Gouri Amma a déclaré que si les bâtons de lathi de la police avaient été capables d’imprégner une femme, elle aurait donné naissance à de nombreux bébés bâtons de lathi, faisant allusion au mode de torture auquel elle a été soumise. Beaucoup de ses camarades ont été soumis à des tortures similaires, et beaucoup ont été tués.”

Élue à l’assemblée législative de Travancore-Cochin en 1952 et 1954, avant même la naissance (11 novembre 1956) de l’état du Kerala !!

Mon voisin Henri me dit que son épouse se souvient de Gowri Amma, on parlait de son combat politique dès les années 1950 et surtout en 1957, année où elle est la seule femme ministre dans le premier gouvernement de l’état du Kerala. La politique était l’affaire des hommes, elle allait leur montrer qu’il leur fallait changer de vision.

Quand l’Inde est devenue indépendante en 1945, elle a hérité des britanniques un système agraire semi-féodal où seuls quelques individus possédaient les terres agricoles :

En raison des anciennes relations foncières, de la fiscalité et de la réglementation Raj britannique, au moment de l’indépendance, l’Inde a hérité d’un système agraire semi-féodal, la propriété des terres étant concentrée entre les mains de quelques propriétaires individuels. Depuis l’indépendance, il y a eu des réformes foncières volontaires et initiées / négociées par l’État dans plusieurs États. L’exemple le plus notable et le plus réussi de réforme agraire se trouve dans les États Bengale-Occidental et Kerala. L’Ordonnance sur les réformes agraires était une loi de l’État du Kerala, Inde par K. R. Gowri Amma ministre dans le premier gouvernement EMS Namboodiripad.”

C’est donc Gowri Amma, qui a été chargée de faire, au nom de son gouvernement, la première réforme agraire.

La loi sur la réforme agraire au Kerala, en 1957, fixait un plafond absolu sur la quantité de terrain que pouvait posséder une famille. Les terrains excédentaires étaient redistribués aux paysans qui les cultivaient et aux habitants des huttes qui vivaient depuis longtemps sur ces terrains.

Mon voisin Henri me dit que son épouse se souvient aussi d’une hutte brûlée, à Kudakkachira, par le propriétaire du terrain qui voulait chasser la famille qui habitait là depuis des années. La nouvelle loi a obligé le propriétaire à reconstruire une maison en lieu et place de la hutte et de payer des dommages et intérêts à la famille, qui était devenue propriétaire des lieux.

La réforme agraire a été longue à mener, il a fallu attendre les années 1969 et 1970 pour la la mener à terme.

Gowri Amma était tellement reconnue que les kéralais souhaitaient qu’elle devienne leur ministre en chef, aux élections de 1987, mais cela n’était pas accepté par ses camarades hommes politiques, très avides de pouvoir, car ils ne voulaient pas être dirigés par une femme qui, autre problème, était de basse caste.

Ils ont choisi un homme de haute caste, Mister Nayanar, qui n’était pas connu !!

Notre chère Gowri Amma, connue pour être plutôt féroce n’a pas dû être tendre avec ses rivaux. Ils ont décidé de l’exclure du parti communiste, en 1994, pour “activités anti-parti.”

Qu’à cela ne tienne, elle a lancé son propre groupe politique et a continué à œuvrer, entre autres, comme ministre de l’agriculture de 2001 à 2006.

Leader politique légendaire de l’histoire du Kerala, elle a été la femme ministre la plus ancienne de l’État. Elue 10 fois à l’Assemblée législative, elle a été ministre pendant 16 ans au sein de six gouvernements différents. Elle avait dirigé divers portefeuilles clés, notamment les revenus, l’accise, les industries, l’alimentation et l’agriculture.”

Pour ses 100 ans, en juillet 2019, l’Assemblée gouvernementale du Kerala a déclaré un jour férié pour permettre aux représentants du peuple de se rendre chez Gowri Amma pour célébrer le centenaire de cette grand-mère unique :

une femme robuste, terre-à-terre, qui appartenait aux masses, qui aimait vivre parmi le peuple, son peuple. Elle ne s’inclina devant personne, ni amis ni famille. Toujours, elle a gardé la tête haute. Et elle a toujours eu son propre esprit.”

Le ministre en chef, Mister Pinarayi Vijayan, qui vient d’être réélu avec le parti communiste, le mois dernier, ainsi que tous les opposants politiques de tous les partis, ont tenu à saluer cette grande dame pour ses cent ans.

Le ministre en chef du Kerala, Mister Vijayan a cité le poème de Balachandran Chullikkad qui dénonçait l’avidité des dirigeants communistes, qui ont manqué de respect envers Gowri Amma qui vivait pour le peuple, elle, l’infatigable et qui n’a pas pleuré après avoir été rejetée, en 1994, elle que tout le peuple espérait qu’elle devienne “Chief Minister”.

Mes chers enfants, je ne pouvais pas laisser passer cette belle opportunité de vous compter l’histoire de Gowri Amma, cette grand-mère qui a révolutionné le Kerala. Je voudrais qu’il y ait beaucoup de mamies comme elle.

Très attentive à la jeunesse, vous la voyez entourée des jeunes d’un mouvement populaire :

Kerala Sastra Sahitya Parishad (KSSP) (qui veut dire « Mouvement de la littérature scientifique du Kerala ») est une tenue progressive dans l’état de Kerala, Inde. Il a été conçu comme un mouvement scientifique populaire.

Ce mouvement a un effectif de plus de 60000 personnes réparties en 2300 unités qui tentent de contribuer au développement de leur pays, ancré dans la justice sociale et la participation de tous.”

Sacrée mamie Gowri Amma, je lève ma trompe pour vous saluer et je vous invite, chers enfants, à vous inspirer de son exemple.

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “La Niña, El Niño (d’où vient le vent)”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Mon cher voisin Henri me dit que par chez vous, le vent est enfin retombé ; vous retrouvez des jours moins agités après quelques jours pas très chouettes durant lesquels les vagues, poussées par la houle, tapaient fort contre la digue Carnot :

Chez moi aussi, le vent est retombé ; les cocotiers des plages de mon petit pays sont enfin préservés des tempêtes auxquelles nous sommes accoutumés, mais qui nous pèsent à chaque fois :

Si j’ai bien compris les raisons de la pluie… :

… Je reste encore perplexe sur les causes du vent.

Est-ce que le vent vient de l’univers ? Est-ce que le vent est créé par les humains, les animaux, les plantes, le sol ?

Humm, comme je mesure trois mètres de hauteur, j’aimerais bien savoir : quand il y a des rafales, elles me poussent et parfois je vacille. C’est embêtant de devoir lutter contre des choses qui vous font bien respirer, mais vous tourneboulent.

Mon cher Kuttan, qui m’apportait mon petit déjeuner, m’a expliqué que vous autres aussi, les humains, vous demandez aussi d’où vient le vent.

Kuttan m’a expliqué que par chez moi, au Kerala, c’est souvent un souffle constant venu de la mer, de l’océan indien, tant et si bien que cela est devenu une ressource importante pour le développement économique de mon petit pays.

J’en suis ravie ; si le vent peut aider les familles à vivre mieux, c’est chouette. Mais tout cela ne répond pas encore à la question : d’où vient le vent ?

Mon cher Henri, qui essayait de se recoiffer dans le patio proche de mon petit pré, me dit que pour comprendre, le mieux est d’aller du côté de l’Amérique du Sud, dont je vous parlais cette semaine.

Un immense océan, plus grand que le mien appelé « l’océan indien », borde le continent des Quipus ; il s’appelle l’océan pacifique.

C’est l’océan le plus vaste de notre planète, me dit Henri. Sa vie influence le cours des vents très importants, que vous autres les humains, appelez les Alizés.

Si j’ai bien compris Henri, la température de l’eau de l’océan pacifique change régulièrement, et cela crée des vents, des températures, des pluies qui bénéficient à bien des sols sur notre planète. Henri m’explique qu’il existe cependant des changements de température de l’eau très importants. Pas toutes les années, mais régulières, qui sont telles que cela génère beaucoup plus de vent, beaucoup moins de vent, beaucoup plus de pluie, beaucoup moins de pluie, beaucoup plus de sécheresses, beaucoup moins de sécheresses, beaucoup plus de moussons, beaucoup moins de moussons.

Au Pérou, les paysans ont observé depuis très très longtemps ces changements, et ont aussi remarqué qu’ils avaient lieu chaque six, sept ans.

Emmanuel, l’ami de mon cher Henri, m’explique que les fermiers du coin ont tellement dû vivre avec ces changements terribles pour leurs bêtes, leurs plantes, leur famille, qu’ils ont essayé avec l’accord des puissances politiques, administratives et religieuses depuis des millénaires de les prévoir en implorant les dieux pour que cela cesse

Mais ces catastrophes météorologiques ont continué malgré les prières, les sacrifices.

Devinez quoi ?

Pour qualifier ces phénomènes entre spiritualité et savoirs, les chercheurs emploient aujourd’hui des surnoms d’enfant en espagnol, la langue de Christophe Colomb : “La Niña, El Niño”, qui veulent dire “la petite fille, le petit garçon”. Humm, ces chercheurs aussi intelligents soient-ils devraient s’interroger sur de tels surnoms. C’est vrai quoi ? Si je comprends ces climatologues dans leurs analyses, je ne suis par contre pas d’accord du tout avec leur façon d’en parler : les enfants ne sont en rien créateurs des vents de notre Terre, responsables de tempêtes, de sécheresses, de moussons.

Mouais, bon. Chers enfants, passons. Je suppose que cela montre la grande confusion qui existe depuis bien longtemps entre ce que les humains vivent jour après jour et les raisons profondes pour l’expliquer :

C’est d’autant plus agaçant que depuis, m’expliquent Kuttan, Henri, Emmanuel, les scientifiques ont compris que le vent qui poussent les nuages trop chargés en eaux, qui assèchent les sols quand il ne pleut pas, n’étaient pas fabriqués par les dieux, mais par l’empreinte du Soleil sur la mer, de la vitesse de rotation de notre planète, de son inclinaison, des variations des masses d’air chaude et d’air froides venant des pôles nord et sud vers la ligne d’Equateur, de la remontée des eaux froids des profondeurs de l’océan vers la surface.

Henri me dit que par chez vous, “La Niña, El Niño” n’ont pas beaucoup d’effets sur le temps qu’il fait ; c’est surtout les Amériques et l’Océanie qui en pâtissent. Par contre, vous vivez au rythme des soubresauts d’ONA, qui veut dire “Oscillation Nord-Atlantique“.

Moi, l’éléphante philosophe et curieuse de tout, me dit que l’essentiel est que le vent puisse exister tant il est important pour l’aventure de la vie, tant il témoigne combien notre planète est vivante avec ses sautes d’humeur, ses moments d’accalmie :

Bon vent chers enfants,

je vous embrasse,

à lundi,

Shila

Lettre de Shila : “La carte et le territoire (histoire de Christophe Colomb)”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Vous y retrouvez-vous pour rallier en temps et en heure de votre chère maison votre établissement scolaire quand vous prenez le bus, le train ?

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, me dit que pour certains d’entre-vous qui avez fait vœu de vous y rendre par ces moyens de transport, parfois vous vous y perdez entre ce que disent les transporteurs, et ce que vous constatez une fois en gare, ou dans l’abribus. J’ai cru comprendre qu’il en est de même des nombreux taxis qui vous conduisent ; de temps en temps, les voitures ne sont pas là, comme pourtant attendues.

Emmanuel me dit que dans ces situations épineuses, vos chères éducatrices, vos chers éducateurs, vous conduisent à bon port, arrangent le problème.

J’en suis heureuse chers enfants : qu’il peut être compliqué, incertain de s’en remettre à ce que des autorités dignes de foi peuvent affirmer quant aux horaires, aux disponibilités des véhicules qui nous permettent d’aller d’un point à un autre selon des plans présentés comme incontestables.

Moi aussi, quelque fois, je me retrouve à des endroits pour travailler qui n’ont rien à voir avec ce que Kuttan avait prévu. L’important est que Kuttan, mon cher cornac, soit toujours à mes côtés, y compris dans ces grands moments vacillants.

Cela me fait penser à un personnage qu’un jour, Henri, m’a raconté alors qu’il se régalait des épices composant son repas.

Henri m’a dit que vous autres, en Europe, avait depuis plusieurs centaines d’années cette passion pour les végétaux de mon petit pays, et aviez tenté de raccourcir le temps de trajet pour rallier votre pays au mien. Si j’ai bien compris, ce fut un mystère : comment aller en Inde par le plus rapide chemin, la mythique « route des Indes » ?

Devait-elle continuer à contourner l’immense continent appelé « Afrique », au risque d’affronter les tempêtes proches des icebergs, au large de son extrémité Sud ? :

Existait-il un tracé plus court ?

Henri m’a expliqué qu’un certain Christophe Colomb a convaincu son roi qu’il pourrait trouver la solution à ce problème gigantesque.

A bord de navires partant du Portugal, Christophe Colomb, persuadé d’aller en Inde, a finalement traversé ce que vous appelez l’« océan Atlantique », et découvre avec son équipage par erreur de compréhension de comment la Terre est faite les premières terres d’un continent inconnu des européens à l’époque ; ce que vous appelez depuis « les Amériques ».

Quinze mille kilomètres d’erreur entre ce que vous appelez aujourd’hui : la République Dominicaine, Haïti, pays de ses accostages et mon pays, l’Inde, pays qu’il recherchait !

Moi l’éléphante philosophe, me dit qu’une telle erreur peut impressionner, mais n’est pas si importante si elle peut être réparée.

Hélas, me disent Kuttan et Henri, plutôt que de repartir au pays pour raconter sa découverte, Christophe Colomb et ses équipages ont décidé de rester, d’aller plus encore dans l’exploration de ces nouvelles terres, pour les exploiter et prouver leur grandeur auprès du roi.

Henri me dit que Vasco de Gama, s’est lancé dans cette même aventure, peu de temps après Christophe Colomb :

Et qu’hélas ce fut aussi beaucoup de souffrances pour les humains qui ont vu arriver sur leur rivage cet explorateur. Très vite, le roi et ses représentants ont considéré que les humains découverts à l’occasion de cette erreur de navigation, n’étaient pas humains, et qu’il était par conséquent possible de les exploiter sans vergogne.

Mes chers enfants, si l‘émerveillement de découvrir de nouveaux mondes est un bien précieux, je me dis : l’aventure ne vaut la peine qu’à la condition du bien-être de tous.

Pauvres Amériques, pauvre Inde : que ces aventures maritimes si nobles sur le papier, furent finalement causes de tant de souffrances.

L’important n’est pas de partir pour posséder plus encore, mais d’aller pour rencontrer et partager.

Je vous envoie pour nous en souvenir ces images ; un peuple du temps de Christophe Colomb voit arriver des humains d’un autre monde : bonheur, malheur de la rencontre, rien n’est encore déterminé.

Je vous embrasse,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “La longue marche d’un troupeau d’éléphants en Chine”

Chers enfants,

Je vous ai déjà parlé du conflit hommes-animaux sauvages, dont l’origine vient de la destruction des forêts, du changement climatique et du manque de nourriture ce qui pousse les animaux et surtout les éléphants à quitter la forêt et à piller les cultures des fermes environnantes.

Ce conflit est très fort dans le nord de l’Inde, au Bengale Occidental à 2300 kilomètres de chez moi, où des foules incontrôlées jettent des boules de feu sur les éléphants pour les chasser. Une photo d’un éléphanteau dont les jambes arrières sont en feu a suscité l’indignation du monde et mis en avant le conflit. Je pleure quand je on me raconte cette histoire dramatique.

Un peu plus loin, en Chine, à environ 4000 kilomètres de Kurichithanam, il se passe une histoire extraordinaire, un troupeau de dix-sept éléphants a quitté sa réserve de Mengyangzi dans le Xishuangbanna, en mars 2020 !!

Le troupeau, dirigé sans aucun doute par une grand-mère éléphante, a vu repartir deux de ses éléphants qui ont préféré retourné dans la réserve. Entre temps un bébé est né, au cours de ce périple, qui les a conduits à près de 600 kilomètres de la réserve de Mengyangzi !!

Ils sont actuellement dans la banlieue de Kunming dans le Yunnam.

C’est à Kunming que doit avoir la rencontre mondiale sur la biodiversité.

La 15ème conférence des parties à la convention sur la diversité biologique devrait finalement avoir lieu du 11 au 24 octobre 2021. Elle devait initialement se tenir en octobre 2020, puis en mai 2021. Le lieu reste inchangé, c’est à Kunming en Chine.

Un commentaire humoristique chinois fait une remarque très juste : les éléphants veulent probablement participer à la conférence des nations sur la biodiversité à Kunming.

Je suis complètement d’accord avec ce commentaire, je connais l’intelligence de ma famille et je suis sûre que cette manifestation n’est pas un hasard. Ils ont suivi le calendrier et l’itinéraire et ils sont là au bon moment !! Le monde entier observe la manif de mes cousins. Je les adore !!

Je ne sais comment va se terminer leur escapade, je lève ma trompe pour que tout se passe bien, et que les humains prennent conscience de l’importance de leurs revendications, qui concernent l’avenir des humains et des animaux, ainsi que de notre planète.

Je vous fais de gros bisous.

A demain,

Shila