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Le centre de jour

Lettre de Shila : “La science des rêves”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ? Avez-vous bien dormi ?

Moi, j’ai roupillé cinq heures, je me suis assoupie vers vingt-deux heures, alors que je contemplais comme à mon habitude ma copine la Lune :

Mon cher voisin Henri avait mis un disque de Mister Leonard Cohen. Sa belle voix aide à rallier le pays des songes :

Je vous sais très intrigués de savoir comment dorment les éléphants, c’est une question importante en effet :

Henri m’a expliquée que vous autres, les humains, êtes très soucieux de comprendre la qualité du sommeil car beaucoup de questions de santé en découlent.

La durée du sommeil idéal est une question controversée pour vous autres ; faut-il faire la grasse matinée ? Il semblerait que dormir plus de huit heures ne serait pas une bonne idée.

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, m’a racontée qu’il existe une légende, selon laquelle les plus grands chefs des humains avaient cette qualité de dormir très peu. Humm, moi l’éléphante philosophe et pacifiste, me demande si cette particularité est si désirable. C’est vrai quoi ? A quoi sert d’être éveillé plus que bien d’autres humains, si c’est pour leur faire la guerre ?

Henri m’a expliquée que d’autres humains aux conditions de sommeil fragiles sont des héros positifs ; des navigateurs sur la mer… :

… Des navigateurs dans l’espace :

D’accord : dormir n’est pas une performance pour écrabouiller les autres, mais un moyen de vivre mieux la vie que l’on se donne à vivre.

Chez nous autres, les animaux, tout le monde se demande combien d’heures le « paresseux » peut dormir. Ce n’est pas très clair. En tout cas, il n’a jamais fait la guerre, n’a jamais navigué autour du monde, et, à ma connaissance, n’est jamais encore aller dans l’espace.

Mister Kuttan, qui est le premier humain à me retrouver chaque jour à mon réveil, m’a racontée une découverte scientifique récente incroyable.

Vous vous rappelez des pieuvres ? :

Et bien, Kuttan me dit que des humains venaient de comprendre que ces curieuses créatures font des rêves durant leur sommeil.

Ca alors ! Et moi ? Est-ce que je rêve ?

Kuttan me dit que les humains ne le savent pas, du moins pas encore car ils continuent à se poser la question. D’après Kuttan, étant donné mon cerveau très développé, cela n’est pas improbable.

Mais, à quoi rêverait donc un éléphant quand il dort ? Je pense, pour ma part, que quand je rêve, je rêve à vous, et d’un avion qui atterrit à côté de votre maison…

Mon cher Henri m’a expliquée que le chat qui, assoupi, se dort la pilule sur son toit dès que le temps est au beau, fait sans doute des rêves de chasse, avec ses petites pattes qui s’agitent alors qu’il se retrouve face à l’amie souris.

Hummm, serait-ce pour le chat un moyen d’exprimer à la souris combien elle lui est importante ?

Emmanuel me dit que pour l’instant, les humains ne peuvent pas savoir exactement à quoi rêvent les animaux quand ils rêvent. Par contre, m’explique Emmanuel, vous êtes sur le point de pouvoir communiquer avec des humains en train de dormir pour pouvoir entrer dans leurs rêves, voire les modifier.

Hummm, je ne suis pas sûre que cette intrusion me plairait : j’aurais l’impression de n’être pas moi.

Chers enfants, que l’aventure du dodo est extraordinaire. Je vous souhaite plein de rêves, qu’ils soient merveilleux, maussades ou insignifiants alors que vous vous réveillez et que vous ne vous en rappelez pas.

L’important est que je puisse vous retrouver tous les jours en pleine forme, avec des idées issues de vos rêves à créer ensemble :

Je vous embrasse très fort,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Face à ce tsunami du virus en Inde, j’ai le cœur brisé”

Chers enfants,

Mon pays que j’adore fait face à un véritable tsunami, avec ce variant indien du Covid-19 qui emporte tant de personnes de tous âges, cette deuxième vague est très meurtrière.

Mon cœur est brisé quand j’entends les ravages quotidiens de ce virus qui, chaque jour, contamine des centaines de milliers de personnes et en tue des milliers. Je pleure en entendant que les hôpitaux ne peuvent pas accueillir les gens, que l’oxygène manque et que de nombreuses personnes meurent dans la rue. Je pleure quand on me dit que les centres de crémation sont débordés par l’afflux de personnes décédées de cette maladie.

Je vous avais écrit une lettre sur l’émotion des éléphants face à la mort, c’est ce que je suis en train de vivre aujourd’hui.

Cette deuxième vague de covid qui submerge l’Inde était malheureusement prévisible, mon cher voisin Henri m’a envoyé pour vous un article paru en octobre à propos de cette catastrophe :

« Bien qu’il y ait eu une baisse considérable du nombre de cas de coronavirus en Inde au cours des dernières semaines, VK Paul, chef du groupe national d’experts sur l’administration des vaccins contre le COVID-19, a également souligné la possibilité d’une deuxième vague d’infections dans la saison hivernale.

Selon lui, l’Inde est dans une position quelque peu meilleure maintenant, mais le pays a encore un long chemin à parcourir car 90% de la population est toujours vulnérable aux infections à coronavirus.

Avec les saisons des festivals à venir, dit-il, « En raison de la saison hivernale, de l’augmentation de la pollution dans le nord de l’Inde ainsi que de la saison des festivals, nous devons être très prudents … les mois à venir sont un défi. On aurait peur que nous pourrions perdre les gains que nous avons réalisés » ».

En plus de cela, le Docteur Randeep Guleria, membre du groupe de travail national indien sur Covid-19, directeur de l’AIIMS de Delhi et pneumologue de premier plan, a déclaré dans une interview : « Dans certaines régions, il y a une fatigue du comportement de Covid-19. Les gens sont maintenant fatigués de prendre des mesures de sécurité et à Delhi, ils peuvent être vus sans masque et se rassembler en foule.

Alors que le verrouillage a commencé en mars et se poursuit encore sous forme de distanciation sociale, il existe sûrement un air de fatigue et d’agitation. »

Tout était dit dans cet article, et malheureusement, en janvier et février dernier, avec la baisse des contaminations, les gens se sont relâchés, ne portant plus de masques ou participant en grand nombre à des meetings politiques ou des festivals religieux, comme la Kumbh Mela.

Mon pays vit aujourd’hui une catastrophe majeure, comme le décrit cet article, que m’a envoyé pour vous Henri.

Maintenant que nous vivons chaque jour dans cette situation dramatique, les gouvernants de mon pays ont dû accepter de l’aide des autres pays.

J’avoue, chers enfants, que votre pays, la France, et beaucoup d’autres pays du monde entier proposant de venir en aide à mon pays, voilà un énorme réconfort à tous niveaux, moral d’abord, et surtout une bouffée d’oxygène, dans tous les sens du terme.

« Dans ce qui marque un changement majeur de politique en seize ans, l’Inde a maintenant commencé à accepter des cadeaux, des dons et de l’aide de pays étrangers alors que le pays souffre d’une pénurie massive d’oxygène, de médicaments et d’équipements connexes au milieu d’une flambée des cas de Covid.

Jusque-là, l’Inde avait accepté l’aide de gouvernements étrangers – tremblement de terre d’Uttarkashi (1991), tremblement de terre de Latur (1993), tremblement de terre du Gujarat (2001), cyclone du Bengale (2002) et inondations du Bihar (juillet 2004).

C’est à la suite du tsunami de décembre 2004 que le premier ministre de l’époque, Manmohan Singh, a déclaré : « Nous pensons que nous pouvons faire face à la situation par nous-mêmes et nous prendrons leur aide si nécessaire. » Ce fut un « moment décisif » pour la politique d’aide en cas de catastrophe de l’Inde.

Cela a défini la politique et au cours des 16 dernières années, l’Inde a refusé l’aide étrangère après les inondations de l’Uttarakhand en 2013, le tremblement de terre au Cachemire en 2005 et les inondations au Cachemire en 2014. »

Ceci nous montre, les enfants, que nous sommes tous interdépendants, et que ce qui se passe dans mon pays concerne le monde entier.

« L’épidémie n’est pas seulement une crise pour l’Inde – c’est une crise pour tout le monde. « Le virus ne respecte ni les frontières, ni les nationalités, ni l’âge, ni le sexe ou la religion », déclare le Docteur Soumya Swaminathan, scientifique en chef de l’Organisation Mondiale de la Santé.

« Et ce qui se passe actuellement en Inde a malheureusement été joué dans d’autres pays. La pandémie a révélé à quel point le monde est interconnecté. Et si un pays à des niveaux d’infection très élevés, il est susceptible de se propager à d’autres pays. » »

Henri m’a envoyé pour vous un très bon article expliquant tout cela.

J’aime tant vous donner de bonnes nouvelles de mon pays, ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais je veux garder cette belle image de l’entraide internationale qui montre que la fraternité l’emporte dans ces moments difficiles.

Chers enfants, prenez bien soin de vous, je vous fais de gros bisous.

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Concorder les chants du bien commun”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Hier soir, dans mon petit village de Kurichithanam, était organisée une grande réunion pour décider comment faire face au satané virus.

Nous aussi, à la demande de grand-mère éléphante, nous nous sommes réunis ce matin pour palabrer à propos du petit éléphanteau qui vient de naître à deux kilomètres de chez moi :

Dans mon village, comme à l’assemblée des éléphants, tout le monde s’est exprimé ; il y a eu, d’après ce que m’a racontée Mister Kuttan, des fortes voix prenant la parole chez les humains, et durant notre réunion d’éléphant, j’ai aussi entendu des barrissements plus forts qu’à l’accoutumée :

Grand-mère éléphante, tout comme le chef de village de Kurichithanam, a dû donner de sa trompe pour que tout le monde s’écoute et puisse participer aux décisions importantes à prononcer.

Ouille ouille ouille, mes grandes oreilles étaient surprises d’entendre de tels soufflements venant de grand-mère éléphante :

Chers enfants, je dois vous dire que j’étais tourneboulée par tant de stridences. A tout prendre, me dit Henri, il préfère celles de la grive musicienne, que vous pouvez entendre chaque matin en ce moment :

Je suis d’accord, c’est joli et apaisant.

Kuttan m’a dit qu’il était tout aussi étonné d’entendre le chef du village reprendre avec autant d’autorité le débat lors de ce conseil. Si j’ai bien compris, d’habitude c’est plus calme.

Intrigué par ma revenue dans mon petit pré toute confuse et perplexe, mon cher voisin Henri, en train de cultiver le potager, est venu me voir.

Henri a toute suite compris ce qu’il m’arrivait, tant il participe lui aussi à ces réunions importantes pour votre devenir, du côté de Boulogne-sur-mer, avec à chaque instant la conscience de rechercher les voies du bien commun.

Henri m’a expliquée que c’est là l’essence-même de la démocratie ; il faut souvent composer entre le désir de la foule et les avis de personnes en nombre restreint qui travaillent pour conseiller tout le monde au nom du bien commun.

Si j’ai bien compris Henri, ces joutes oratoires sont une vieille histoire.

Henri m’a expliquée que le mot « démocratie » est une idée créée par vous autres, les humains, il y a très très longtemps. Elle signifie l’alliance fragile, mais tellement importante, entre le peuple et le pouvoir.

Hummm, chers enfants, je me dis que lorsque Grand-mère éléphante nous réunit, nous demande notre avis, et dit à tout le clan sa décision, nous perpétuons à notre façon la démocratie.

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, qui téléphonait à Henri pour prendre des nouvelles de mon petit village, m’a fait écouter plusieurs chants issus de petits pays autour de vous, et qui racontent l’esprit du peuple, la volonté de s’affirmer, et de vivre en bonne entente avec tout le monde, malgré l’adversité :

Chers enfants, j’ai compris que ces chants nous permettent de nous réunir, de faire la paix malgré nos différences, et d’avancer pour le meilleur de nous toutes et tous.

Emmanuel m’a racontée que si nous n’y parvenions pas, nous risquons de revivre des conflits méchants entre pays, comme autrefois.

Ces batailles à qui parlera le plus fort et de manière convaincante entre frères et sœurs, entre enfants et parents, entre parents et gouvernants, sont de très veilles histoires :

Malgré ma timidité, malgré votre timidité, et quand ce satané virus ne sera plus qu’un mauvais souvenir, je me dis que cela vaut le coup de chanter à pleins poumons pour contenir ce penchant de chacune et chacun à s’imposer par des calculs personnels au détriment de l’intérêt général.

S’il nous faut vociférer pour signaler que nous existons, autant que cela soit pour célébrer ensemble le bien commun, exclamer ce qui nous lie et relie :

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “La vitesse de la vie”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Avez-vous fêté un anniversaire ces derniers jours ?

Je sais par Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, que ce moment calendaire est régulièrement honoré par les enfants de votre Maison, par vos chères éducatrices et éducateurs, comme ce fut le cas dernièrement pour Inaya et Yanis :

Joyeux anniversaires chers enfants, quelle joie de vous dire combien vous nous êtes importants.

Mardi dernier, alors que je broutais mes pousses de bambous, j’ai entendu des éclats de rire, et vu des enfants galoper autour de la maison d’Henri.

Comme vous me connaissez – éléphante curieuse que je suis -, je me suis rapprochée.

Kuttan était en train d’apporter un délicieux Halwa avec des choses bizarres dessus, on aurait dit des petites flammes très gentilles :

Henri sortait du patio, il avait l’air un peu chiffonné.

Je l’ai salué en levant ma trompe et Henri m’a soufflée au creux de l’oreille que c’était son anniversaire.

Joyeux anniversaire Henri 🎂 🎂 🎂

Mais pourquoi Henri es-tu si renfrogné ? C’est vrai quoi, c’est chouette de te fêter.

Henri m’a expliquée que si cette journée lui fait beaucoup plaisir car tant de personnes lui expriment leur attachement, il trouve que cette date lui rappelle le temps qui passe un peu trop vite à son goût.

Intriguée, j’en ai parlé à mon cher Kuttan, qui m’a élevée depuis toutes ces années. Kuttan me dit que, peut-être, comme je n’ai pas connu mes parents et ne sait donc pas bien ma date de naissance, ces états d’âme me passent un peu par-dessus la tête.

D’après Kuttan, j’aurais quarante-cinq, quarante-six ans, et j’aurais donc dépassé allégrement la moitié de l’espérance de vie de nous autres, les éléphants d’Asie.

Ouais, bon. Je me sens aussi gaillarde qu’aux premiers jours.

Ah, mon cher Henri, profite de la vie comme moi : si tu regrettes un peu de constater que le temps passe, dis-toi – conseil d’éléphante philosophe, que c’est là un signe d’heureuse santé : tu aimes pleinement chaque seconde, chaque moment. Et puis tout cela, ce sont des calculs en moyenne ; je pense que toi et moi ferons bien plus que ce qui est estimé, c’est dans notre tempérament

Dois-je te rappeler, cher voisin, cette lettre qui raconte combien le temps est relatif ? :

On croit que le temps qui passe est une machine à perdre, mais pas du tout. Vivre la vie, c’est toujours un nouveau commencement pour qui sait remarquer comme nous les petits bonheurs du quotidien.

Nous aimons nous réjouir chaque jour de l’âge de notre planète, de plus de cinq milliards d’années, de celui du plus vieil arbre du monde, estimé par vous autres les humains à cinq mille ans, et même de celui des mouches qui vivent aux côtés de ces satanés moustiques de ma mare… :

… Et qui ne seront plus au bout de trois semaines d’existence.

Emmanuel, qui me téléphonait pour me passer le bonjour et faire un gros bisou à Henri pour son anniversaire, m’a expliquée que vous autres, les humains, aviez beaucoup réfléchi à cette question de savoir ralentir le temps qui passe, et aviez même inventé un mot très compliqué pour caractériser ce moment où vous décidez que celui d’après est aussi important que celui d’avant.

Ce mot s’appelle, si j’ai bien compris le « pénultième ».

Hummm, je comprends que ce moment d’avant la date cruciale est au moins aussi chouette à vivre que la date elle-même, et dont on dit pourtant que c’est un moment essentiel. En fait, quand j’y réfléchis, c’est la même chose pour le moment d’après l’événement prétendument décisif ; il nous faut lui prêter tout autant attention :

Ah mes chers enfants, que le temps est vivant.

Henri, permets-moi de souffler avec ma trompe tes drôles de choses à petites flammes sur ton gâteau d’anniversaire. Prépare toi à retrouver ton Halwa de l’autre côté du pré 😊.

Fêter son anniversaire,

C’est comme regarder le décollage d’une fusée (après des décennies de préparation pour qu’elle décolle à l’heure H) … :

… Ou faire un barbecue au pied d’un volcan en éruption (après des semaines pour organiser l’expédition)… :

… Ou comme rencontrer des animaux (après des heures de répétition en espérant que ce moment imaginé par le réalisateur du clip ne s’arrête jamais) :

Quelles belles histoires annonçant ces événements, quelles belles situations au moment de les vivre, quelles belles énergies pour désirer ce qui vient ensuite.

A lundi chers enfants,

J’espère que vous m’enverrez plein d’annonces d’anniversaire pour vous faire encore plus de bisous.

Je vous embrasse très fort,

Shila

Lettre de Shila : “Le palais idéal (pour que rêve soit)”

Bonjour chefs enfants, comment allez-vous ?

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, me dit que vous aimez construire régulièrement des cabanes lors de vos promenades avec vos chères éducatrices et éducateurs, ou en douce, au fond du jardin de votre Maison.

Henri et Emmanuel m’expliquent que ces demeures éphémères sont pour vous des moyens de vous accorder une vie à vous, et d’y mener les plus belles aventures que peut proposer l’âge de l’enfance.

Humm, j’aime bien cette idée d’avoir un petit chez soi dans son grand chez soi.

Henri m’a racontée l’histoire incroyable d’un Monsieur de votre pays qui avait un drôle de nom : Monsieur Cheval.

C’est rigolo ça, c’est comme si Mister Kuttan s’appelait Mister Kuttan Elephant, et Henri, Mister Henri Bambous. Hu hu hu.

Et bien ce Monsieur Cheval, me dit Henri, a vraiment existé.

Et ce qui est extraordinaire, c’est qu’il a décidé de construire un immense chez soi dans son petit chez soi ; sa cabane à lui était un palais.

Oh Monsieur Cheval n’était pas du tout riche : ce palais, il l’a construit de ses mains jour après jour pendant des décennies, après une journée de travail à marcher des kilomètres et des kilomètres pour livrer les lettres aux habitants de son petit pays.

Quelle force de la nature ! Quelle volonté !

Mais pourquoi s’est-il lancé dans une si folle aventure ?

Henri m’a expliquée que Monsieur Cheval a décidé de construire ce palais, qu’il a nommé « Le Palais idéal », pour sa petite fille, hélas morte de maladie trop tôt dans sa vie.

Le plus dingue, c’est que sans formation d’architecte, de sculpteur, Monsieur Cheval a réussi une prouesse reconnue comme déterminante par les historiens de l’art. Il a réussi à interpréter dans son jardin les majestueux palais du Cambodge, d’Egypte, en regardant des cartes postales qu’il devait livrer chaque matin après des kilomètres de marche.

C’est lors d’une de ses journées de travail, buttant lors de sa randonnée sur une pierre à la forme bizarre, qu’il eut le déclic pour se lancer dans la construction du Palais idéal.

Et dans son palais, devinez quoi ? Monsieur Cheval a façonné de magnifiques éléphants.

Aujourd’hui, l’incroyable cabane de Monsieur Cheval est visitée par des admirateurs du monde entier.

Quelle revanche pour quelqu’un dont on a pu dire à l’époque qu’il n’était pas bien dans sa tête.

Henri m’a racontée que non loin de chez vous, à Senlis, existait une dame au parcours semblable à celui de Monsieur Cheval. Elle s’appelait Séraphine, était une femme de ménage, n’avait aucune formation en peinture, mais a été reconnue par les spécialistes comme une très grande peintre.

C’est en se promenant sur les chemins de campagne après son service que Séraphine, éblouie par mes amies les plantes, eut la révélation.

Comme Monsieur Cheval, Madame Séraphine a été suspectée de folie tellement son œuvre était considérable, sortant des sentiers battus, visionnaire.

Mes chers enfants, moi l’éléphante philosophe me dit que la puissance des rêves est la plus importante des énergies vitales. Je suis sûre qu’un jour ou l’autre, dans votre cabane, ou le soir, au moment de vous endormir, vous imaginez des histoires extraordinaires.

Que Madame Séraphine et Monsieur Cheval puissent vous convaincre combien vos inspirations méritent d’être réalisées :

Je vous embrasse très fort,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “À la rencontre de Narayan Nand Giri Maharaj et des sâdhus à la Kumbh Mela”

Chers enfants,

Je vous ai parlé de la Kumbh Mela qui est le plus grand pèlerinage du monde et qui a lieu actuellement à Haridwar dans l’état de l’Uttarakand, si loin de chez moi, à 2900 kilomètres.

Mon cher cornac m’a dit qu’il n’était pas possible de s’y rendre, j’aurais pourtant été ravie de recevoir la bénédiction de Narayan Nand Giri Maharaj, le plus petit des sâdhus du monde.

Narayan Nand Giri Maharaj est un naga sâdhu qui mesure 45 centimètres et pèse 18 kilos. “Naga sâdhu” signifie un “moine nu”.

Cela signifie qu’il renonce à tout, même aux vêtements, et cela par tous les temps, qu’il fasse très froid ou chaud. Mon cher voisin Henri m’a envoyé pour vous un article qui raconte bien cette incroyable histoire :

Narayan Nand Giri Maharaj, un saint naga de 55 ans, mesurant 18 pouces et pesant 18 kilos, est devenu un centre d’attraction à Haridwar Kumbh. Satnarayan Pathak de Jhansi a pris l’initiation du renoncement en tant que Naga Saint-Nand Giri au Kumbh 2010. Depuis, il suit la tradition Sannyas. Le disciple de Nand Giri, Rajpal, l’aide avec les prières et tous les rituels quotidiens. Avant de prendre l’initiation au renoncement, il a dû écouter beaucoup de railleries pour sa petite taille. C’est la raison pour laquelle son esprit s’est tourné vers le renoncement.”

Moqué autrefois en raison de sa petite taille, Nand Giri est aujourd’hui très sollicité pour bénir les pèlerins de la Kumbh Mela.

Cela me rappelle ma lettre :

J’évoquais la rencontre entre l’homme le plus grand du monde avec le plus petit :

Être différent des autres peut-être parfois très difficile à vivre, ces exemples nous montrent comment la différence a pu également changer le cours de leur vie.

Les sâdhus en Inde sont une proportion non négligeable de la population indienne. Pour les hindous, ils sont des représentants terrestres des dieux et à ce titre sont généralement adorés. Les sâdhus représentent environ 0,5% de la population indienne, ce qui correspond à plus de cinq millions d’individus. Environ 10% seulement des sâdhus sont des femmes.

Le mot sanskrit sādhu, qui signifie « saint », « excellent », et qui dérive peut-être de siddha, « celui qui détient un siddhi (pouvoir miraculeux) », sert à désigner les hindous qui font vœu de renoncer à la société. La classe des sādhus comprend des saints authentiques appartenant à différentes croyances, mais aussi des hommes (occasionnellement des femmes) qui ont abandonné leur famille pour se consacrer exclusivement à une discipline spirituelle et corporelle, des ermites, et même des magiciens et des diseurs de bonne aventure dont l’intention religieuse est parfois douteuse.

Les sādhus, qui dans l’Inde moderne se comptent par millions, peuvent vivre dans des communautés monastiques (matha) qui sont généralement la propriété d’un ordre particulier, errer seuls ou en petits groupes à travers le pays, ou s’isoler dans des grottes ou de petites cabanes. N’ayant plus d’identité légale, et portant un nom nouveau qu’ils ont reçu de leur guru ou choisi eux-mêmes, ils ne travaillent pas et font d’ordinaire vœu de pauvreté et de célibat ; beaucoup (les munis) font vœu de silence ; ils mendient leur nourriture, l’acceptent de n’importe qui. Leurs vêtements — certains sādhus, toutefois, sont nus — diffèrent selon la secte à laquelle ils appartiennent et consistent en général en une simple pièce d’étoffe, sans couture, de couleur safran (plus rarement blanche). Les sādhus ne se rasent plus, comme font les gens“.

Une belle explication de la vie des sâdhus est donnée dans l’article suivant :

J’aurais, chers enfants, tellement aimé rencontrer ces sâdhus, ces sannyassi et sannyassini qui se retrouvent à la Kumbh Mela, je suis émerveillée par leur façon de vivre, soit dans les forêts ou dans les grottes de l’Himalaya, en groupes ou seuls, ils me font un peu penser à mes cousins les éléphants qui organisent leur vie avec une grande sagesse. Par contre pour le renoncement, j’aurais beaucoup de mal à renoncer à mon sucre de canne non raffiné en grosses boules.

Je remercie mon cher cornac, Kuttan, de ne pas m’avoir emmenée à la Kumbh Mela, cette année, car c’est un peu de la folie ces rassemblements de millions de gens en période de pandémie. Il m’a dit que des chefs religieux sâdhus ont décidé de quitter le festival, en raison du non-respect de la distanciation sociale.

Des critiques se font beaucoup entendre, car ce n’est pas raisonnable de faire un tel festival en pleine pandémie. Des millions de personnes sont rassemblées pour le bain dans le Gange, à Haridwar, en ce mois d’avril 2021, avec le dernier grand bain le 27 avril.

Je m’inquiète vraiment pour la propagation de ce satané virus, qui touche des millions d’indiens.

Chers enfants, je vous demande de faire bien attention à vous, de bien vous protéger en respectant les consignes pour éviter d’être infectés par le virus.

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “L’amie souris”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Ce matin alors que je broutais mes chères pousses de bambous, une toute petite bestiole a tournicoté aux pieds de mes pattes ; j’étais effrayée et me suis écriée : « Aargghhhh, une souris ! ». Cette petite chose allait remonter le long de ma trompe, c’est sûr.

Quelle horreur.

J’ai filé de mon petit pré et me suis réfugiée dans l’atelier d’Henri… :

… Je crois que j’ai cassé pas mal de choses en déboulant mais là, ah non, c’était trop que je ne puisse supporter (excuse-moi Henri, mais j’ai eu vraiment très peur).

Déjà que je ne peux pas trop bouger depuis un an et ce satané virus, voilà une souris qui fait rien qu’à vouloir me chasser de mon petit pré, tout ça pour des raisons qui m’échappent.

Mon cher Kuttan, voyant ma panique, a essayé de me calmer en me racontant les dernières enquêtes de vous autres, les humains, à propos des venues non prévues de petites bestioles :

Comme je courrais à droite et à gauche dans l’atelier d’Henri, je n’ai pas eu le temps de l’écouter malgré mes grandes oreilles.

Non mais Ho, Hé, Hein ? Bon !

Si ça continue, faudra que ça cesse, marre marre marre :

Les souris, c’est pas possible.

Faudrait qu’elles arrêtent de nos terroriser. J’en ai marre des souris. Je peux supporter le léopard, les sirènes, mais les souris : NON. Quand elles vous regardent avec leurs petits yeux perçants et commencent à galoper le long de la patte, et s’intéressent à l’entrée de la trompe… Brrrrrrrrrr, va-t’en, va-t’en, va-t’en la souris !

Kuttan est revenu vers 14h, alors que je m’étais cloîtrée dans l’atelier depuis le début de matinée. Avec sa douce voix, mon cher cornac m’a expliqué que si je ne ressortais pas de l’atelier, il ne pourrait pas m’expliquer que les souris ne sont pas du tout les ennemis des éléphants.

Bon, j’ai entrouvert l’atelier d’Henri avec ma trompe, et j’ai regardé par l’embrasure de la porte. Kuttan m’a démontré qu’effectivement, dans l’esprit des humains, les souris font pis que pendre aux éléphants :

Kuttan m’a dit cependant que dans la vie des éléphants, la rencontre avec des souris n’est pas invraisemblable et est heureuse.

Les humains de mon pays l’ont bien compris, mais il semblerait que vous autres les humains de France et d’autres pays dans votre coin, sont encore marqués par une légende, racontée par Monsieur de la Fontaine, dont je vous ai parlée avec curiosité et attendrissement :

Ce Monsieur, il y a bien longtemps, sans doute inspiré de la vie des éléphants, celle aussi de la vie des souris, a raconté une très belle fable :

Mon cher Henri, informé par Kuttan du bazar que j’avais mis dans son atelier, m’a expliqué au téléphone que cette fable n’était qu’une manière de raconter la relativité de la puissance, et faire l’éloge du plus petit que soi.

Ah, d’accord, je suis d’accord avec cette idée.

Nous autres, les animaux, n’avons que faire finalement de la grandeur ; nous coopérons les uns les autres pour avancer dans la vie.

Et d’ailleurs, Henri me dit qu’il existerait, selon vos scientifiques petits enfants, petits arrières-enfants, petits arrières-arrières enfants, petits arrières-arrières-arrières enfants de Monsieur Darwin une souris-éléphant :

Ah, mes chers enfants, que j’étais stressée ce matin mais que je suis heureuse de retrouver paisiblement mon petit pré après ces explications.

Je me dis que l’on a toujours besoin d’un plus petit que soi pour aimer la vie, et si la souris se repointe demain matin, je lui ferai un gros câlin avec ma trompe.

Vivent les petites choses qui tourneboulent :

A demain,

Bisous.

Lettre de Shila : “Merci Stacy la pirate”

Chère Stacy la pirate et chers enfants,

Quelle joie de recevoir ta lettre, signée Stacy la menace, et ton invitation pour me rendre à Boulogne aux fêtes de la mer. Depuis que j’ai reçu ton superbe message avec dessins et ta photo de pirate, je n’arrête pas d’agiter ma trompe, mes oreilles et ma queue, c’est ma façon à moi de manifester ma joie.

Je te remercie, Stacy, de ta lettre, car ça fait vraiment longtemps que je n’ai pas reçu de lettres des enfants, je me demandais si vous pensiez encore à moi, et je commençais à m’ennuyer.

Ton invitation aux fêtes de la mer à Boulogne me plaît beaucoup, mais je me demande comment je pourrai faire les 8000 kilomètres du Kerala à Boulogne sur mer !! Je n’ai jamais quitté l’Inde, et mes voyages se font soit à pied soit en camion.

Je n’ai jamais pris l’avion, et je me demande si je n’ai pas le mal de l’air.

J’ai cru comprendre qu’un billet a été réservé sur Air India, à partir de l’aéroport de Thiruvananthapuram (Tivandrum) à destination de l’aéroport d’Alprech, près de Boulogne, mais j’avoue que commence à me faire des soucis, car je n’ai pas trop confiance : comment peut on me faire entrer dans un avion, vus mon poids et ma corpulence ??!!

Je me pose aussi la question sur l’aéroport d’Alprech, est-il équipé pour accueillir un avion transportant un éléphant ??!!

J’ai vu que tu es une pirate féroce, peut être je ferais mieux de partir sur ton bateau de pirates, mais on m’a dit que les pirates sont très surveillés le long des côtes indiennes.

Il y a quelques années, cinquante pirates ont été arrêtés par la marine et les gardes côtes indiens, au large du Kerala, alors qu’ils avaient pris en otage des marins d’un navire battant pavillon grec.

Ils ont très vite compris qu’ils devaient se rendre en hissant le pavillon blanc, après des échanges de tirs brefs et décisifs.

Je pense donc que l’idée de ton  bateau pirate est à exclure, je ne voudrais pas être la cause de difficultés avec la marine et les gardes côtes indiens !!

Ta très belle lettre, Stacy, sous forme de parchemin et le superbe document, avec tes dessins et ta photo de fille pirate m’ont étonnée, car je croyais que les pirates étaient uniquement des garçons et des hommes.

C’est à partir de ma question que j’ai apprise par mon cher voisin Henri qu’il y a eu, de tout temps, des femmes pirates ou flibustières, célibataire ou mariées à des forbans. Certaines d’entre elles sont restées dans l’histoire, comme les françaises, Jeanne de Clisson, appelée la lionne de Bretagne, qui vivait au 14ème siècle, et Anne Dieu-le-veut, au 17ème siècle.

L’histoire de la piraterie est très ancienne, quand l’océan indien et la mer d’Arabie s’appelaient la mer Érythrée :

A partir du IIe siècle av. J.-C., des bateaux chargés de pierres précieuses, d’ivoire et d’aromates commencent à voguer de la côte de Malabar vers la mer Rouge en passant par le golfe d’Aden, suscitant la convoitise des populations locales. Une nouvelle activité se développe dans la région : la piraterie.”

Alexandre le grand qui a étendu son empire jusqu’en Inde, au quatrième siècle avant Jésus-Christ, avait sa flotte confiée à son compagnon Néarque, qui a exploré la Mer d’Arabie jusqu’à l‘Indus.

Une historienne indienne, Lakshmi Subrahmanyam raconte l’histoire de la piraterie dans l’océan indien de façon passionnante :

Quand j’ai commencé à penser à raconter une histoire de piraterie, deux images me sont presque immédiatement venues à l’esprit. La première est la célèbre histoire d’Alexandre le Grand qui aurait demandé une fois à un pirate qu’il avait fait prisonnier pourquoi il revendiquait la possession de la mer par des moyens hostiles. La réponse a été concise : “Qu’entendez-vous par saisir la terre entière? Parce que je le fais avec un petit navire, je suis appelé un voleur, tandis que vous qui le faites avec une grande flotte, vous êtes appelé empereur.” La deuxième image, un thème récurrent dans la bande dessinée “Astérix” illustrée par Albert Uderzo, est plus comique. Pensez à l’équipage hétéroclite d’hommes modestes qui dirigent un petit bateau pirate et essayent de saisir tout ce qu’ils rencontrent – mais ils s’en sortent généralement plus mal dans leurs combats. Ces deux images sont typiquement européennes, la Méditerranée et l’Atlantique émergeant comme le théâtre normal des actions de piraterie.”

C’est vrai que le pirate, prisonnier d’Alexandre, lui avait bien répondu, entre les pirates artisans et les empereurs envahissant terres et mers, où est la différence ??

Quant à Astérix et Obélix, pirates, cette histoire que je ne connaissais pas me fascine, je les adore :

Je te remercie mille fois, Stacy, pour ton invitation aux fêtes de la mer à Boulogne, on m’a dit qu’il y aura des bateaux pirates et également des pirates, j’ai hâte de te rencontrer, et je sais que même si tu es une fille pirate et parfois menaçante, je serai bienvenue et bien reçue.

Si la logistique ne le permet pas, ou si en raison de la pandémie je suis empêchée, je peux t’assurer que je suivrai avec le plus grand intérêt les journées de la mer, dont le programme est alléchant. Je sais aussi que la plupart des enfants de la Maison du Cirque, le Centre de jour, la Maison du Sport, la Maison de la Musique, la Maison de la Danse et la Maison des Découvreurs vont y participer, tout cela me fait un immense plaisir.

En l’honneur des filles et des femmes pirates, Stacy la menace, Jeanne de Clisson, la lionne de Bretagne, une jolie chanson bretonne va nous donner le ton en attendant les fêtes de la mer.

Chère Stacy, chers enfants, je vous fais de gros gros bisous,

A demain,

Shila