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Lettre de Shila : “La science des rêves”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ? Avez-vous bien dormi ?

Moi, j’ai roupillé cinq heures, je me suis assoupie vers vingt-deux heures, alors que je contemplais comme à mon habitude ma copine la Lune :

Mon cher voisin Henri avait mis un disque de Mister Leonard Cohen. Sa belle voix aide à rallier le pays des songes :

Je vous sais très intrigués de savoir comment dorment les éléphants, c’est une question importante en effet :

Henri m’a expliquée que vous autres, les humains, êtes très soucieux de comprendre la qualité du sommeil car beaucoup de questions de santé en découlent.

La durée du sommeil idéal est une question controversée pour vous autres ; faut-il faire la grasse matinée ? Il semblerait que dormir plus de huit heures ne serait pas une bonne idée.

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, m’a racontée qu’il existe une légende, selon laquelle les plus grands chefs des humains avaient cette qualité de dormir très peu. Humm, moi l’éléphante philosophe et pacifiste, me demande si cette particularité est si désirable. C’est vrai quoi ? A quoi sert d’être éveillé plus que bien d’autres humains, si c’est pour leur faire la guerre ?

Henri m’a expliquée que d’autres humains aux conditions de sommeil fragiles sont des héros positifs ; des navigateurs sur la mer… :

… Des navigateurs dans l’espace :

D’accord : dormir n’est pas une performance pour écrabouiller les autres, mais un moyen de vivre mieux la vie que l’on se donne à vivre.

Chez nous autres, les animaux, tout le monde se demande combien d’heures le « paresseux » peut dormir. Ce n’est pas très clair. En tout cas, il n’a jamais fait la guerre, n’a jamais navigué autour du monde, et, à ma connaissance, n’est jamais encore aller dans l’espace.

Mister Kuttan, qui est le premier humain à me retrouver chaque jour à mon réveil, m’a racontée une découverte scientifique récente incroyable.

Vous vous rappelez des pieuvres ? :

Et bien, Kuttan me dit que des humains venaient de comprendre que ces curieuses créatures font des rêves durant leur sommeil.

Ca alors ! Et moi ? Est-ce que je rêve ?

Kuttan me dit que les humains ne le savent pas, du moins pas encore car ils continuent à se poser la question. D’après Kuttan, étant donné mon cerveau très développé, cela n’est pas improbable.

Mais, à quoi rêverait donc un éléphant quand il dort ? Je pense, pour ma part, que quand je rêve, je rêve à vous, et d’un avion qui atterrit à côté de votre maison…

Mon cher Henri m’a expliquée que le chat qui, assoupi, se dort la pilule sur son toit dès que le temps est au beau, fait sans doute des rêves de chasse, avec ses petites pattes qui s’agitent alors qu’il se retrouve face à l’amie souris.

Hummm, serait-ce pour le chat un moyen d’exprimer à la souris combien elle lui est importante ?

Emmanuel me dit que pour l’instant, les humains ne peuvent pas savoir exactement à quoi rêvent les animaux quand ils rêvent. Par contre, m’explique Emmanuel, vous êtes sur le point de pouvoir communiquer avec des humains en train de dormir pour pouvoir entrer dans leurs rêves, voire les modifier.

Hummm, je ne suis pas sûre que cette intrusion me plairait : j’aurais l’impression de n’être pas moi.

Chers enfants, que l’aventure du dodo est extraordinaire. Je vous souhaite plein de rêves, qu’ils soient merveilleux, maussades ou insignifiants alors que vous vous réveillez et que vous ne vous en rappelez pas.

L’important est que je puisse vous retrouver tous les jours en pleine forme, avec des idées issues de vos rêves à créer ensemble :

Je vous embrasse très fort,

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Face à ce tsunami du virus en Inde, j’ai le cœur brisé”

Chers enfants,

Mon pays que j’adore fait face à un véritable tsunami, avec ce variant indien du Covid-19 qui emporte tant de personnes de tous âges, cette deuxième vague est très meurtrière.

Mon cœur est brisé quand j’entends les ravages quotidiens de ce virus qui, chaque jour, contamine des centaines de milliers de personnes et en tue des milliers. Je pleure en entendant que les hôpitaux ne peuvent pas accueillir les gens, que l’oxygène manque et que de nombreuses personnes meurent dans la rue. Je pleure quand on me dit que les centres de crémation sont débordés par l’afflux de personnes décédées de cette maladie.

Je vous avais écrit une lettre sur l’émotion des éléphants face à la mort, c’est ce que je suis en train de vivre aujourd’hui.

Cette deuxième vague de covid qui submerge l’Inde était malheureusement prévisible, mon cher voisin Henri m’a envoyé pour vous un article paru en octobre à propos de cette catastrophe :

« Bien qu’il y ait eu une baisse considérable du nombre de cas de coronavirus en Inde au cours des dernières semaines, VK Paul, chef du groupe national d’experts sur l’administration des vaccins contre le COVID-19, a également souligné la possibilité d’une deuxième vague d’infections dans la saison hivernale.

Selon lui, l’Inde est dans une position quelque peu meilleure maintenant, mais le pays a encore un long chemin à parcourir car 90% de la population est toujours vulnérable aux infections à coronavirus.

Avec les saisons des festivals à venir, dit-il, « En raison de la saison hivernale, de l’augmentation de la pollution dans le nord de l’Inde ainsi que de la saison des festivals, nous devons être très prudents … les mois à venir sont un défi. On aurait peur que nous pourrions perdre les gains que nous avons réalisés » ».

En plus de cela, le Docteur Randeep Guleria, membre du groupe de travail national indien sur Covid-19, directeur de l’AIIMS de Delhi et pneumologue de premier plan, a déclaré dans une interview : « Dans certaines régions, il y a une fatigue du comportement de Covid-19. Les gens sont maintenant fatigués de prendre des mesures de sécurité et à Delhi, ils peuvent être vus sans masque et se rassembler en foule.

Alors que le verrouillage a commencé en mars et se poursuit encore sous forme de distanciation sociale, il existe sûrement un air de fatigue et d’agitation. »

Tout était dit dans cet article, et malheureusement, en janvier et février dernier, avec la baisse des contaminations, les gens se sont relâchés, ne portant plus de masques ou participant en grand nombre à des meetings politiques ou des festivals religieux, comme la Kumbh Mela.

Mon pays vit aujourd’hui une catastrophe majeure, comme le décrit cet article, que m’a envoyé pour vous Henri.

Maintenant que nous vivons chaque jour dans cette situation dramatique, les gouvernants de mon pays ont dû accepter de l’aide des autres pays.

J’avoue, chers enfants, que votre pays, la France, et beaucoup d’autres pays du monde entier proposant de venir en aide à mon pays, voilà un énorme réconfort à tous niveaux, moral d’abord, et surtout une bouffée d’oxygène, dans tous les sens du terme.

« Dans ce qui marque un changement majeur de politique en seize ans, l’Inde a maintenant commencé à accepter des cadeaux, des dons et de l’aide de pays étrangers alors que le pays souffre d’une pénurie massive d’oxygène, de médicaments et d’équipements connexes au milieu d’une flambée des cas de Covid.

Jusque-là, l’Inde avait accepté l’aide de gouvernements étrangers – tremblement de terre d’Uttarkashi (1991), tremblement de terre de Latur (1993), tremblement de terre du Gujarat (2001), cyclone du Bengale (2002) et inondations du Bihar (juillet 2004).

C’est à la suite du tsunami de décembre 2004 que le premier ministre de l’époque, Manmohan Singh, a déclaré : « Nous pensons que nous pouvons faire face à la situation par nous-mêmes et nous prendrons leur aide si nécessaire. » Ce fut un « moment décisif » pour la politique d’aide en cas de catastrophe de l’Inde.

Cela a défini la politique et au cours des 16 dernières années, l’Inde a refusé l’aide étrangère après les inondations de l’Uttarakhand en 2013, le tremblement de terre au Cachemire en 2005 et les inondations au Cachemire en 2014. »

Ceci nous montre, les enfants, que nous sommes tous interdépendants, et que ce qui se passe dans mon pays concerne le monde entier.

« L’épidémie n’est pas seulement une crise pour l’Inde – c’est une crise pour tout le monde. « Le virus ne respecte ni les frontières, ni les nationalités, ni l’âge, ni le sexe ou la religion », déclare le Docteur Soumya Swaminathan, scientifique en chef de l’Organisation Mondiale de la Santé.

« Et ce qui se passe actuellement en Inde a malheureusement été joué dans d’autres pays. La pandémie a révélé à quel point le monde est interconnecté. Et si un pays à des niveaux d’infection très élevés, il est susceptible de se propager à d’autres pays. » »

Henri m’a envoyé pour vous un très bon article expliquant tout cela.

J’aime tant vous donner de bonnes nouvelles de mon pays, ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais je veux garder cette belle image de l’entraide internationale qui montre que la fraternité l’emporte dans ces moments difficiles.

Chers enfants, prenez bien soin de vous, je vous fais de gros bisous.

A demain,

Shila

Lettre de Shila : “Concorder les chants du bien commun”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Hier soir, dans mon petit village de Kurichithanam, était organisée une grande réunion pour décider comment faire face au satané virus.

Nous aussi, à la demande de grand-mère éléphante, nous nous sommes réunis ce matin pour palabrer à propos du petit éléphanteau qui vient de naître à deux kilomètres de chez moi :

Dans mon village, comme à l’assemblée des éléphants, tout le monde s’est exprimé ; il y a eu, d’après ce que m’a racontée Mister Kuttan, des fortes voix prenant la parole chez les humains, et durant notre réunion d’éléphant, j’ai aussi entendu des barrissements plus forts qu’à l’accoutumée :

Grand-mère éléphante, tout comme le chef de village de Kurichithanam, a dû donner de sa trompe pour que tout le monde s’écoute et puisse participer aux décisions importantes à prononcer.

Ouille ouille ouille, mes grandes oreilles étaient surprises d’entendre de tels soufflements venant de grand-mère éléphante :

Chers enfants, je dois vous dire que j’étais tourneboulée par tant de stridences. A tout prendre, me dit Henri, il préfère celles de la grive musicienne, que vous pouvez entendre chaque matin en ce moment :

Je suis d’accord, c’est joli et apaisant.

Kuttan m’a dit qu’il était tout aussi étonné d’entendre le chef du village reprendre avec autant d’autorité le débat lors de ce conseil. Si j’ai bien compris, d’habitude c’est plus calme.

Intrigué par ma revenue dans mon petit pré toute confuse et perplexe, mon cher voisin Henri, en train de cultiver le potager, est venu me voir.

Henri a toute suite compris ce qu’il m’arrivait, tant il participe lui aussi à ces réunions importantes pour votre devenir, du côté de Boulogne-sur-mer, avec à chaque instant la conscience de rechercher les voies du bien commun.

Henri m’a expliquée que c’est là l’essence-même de la démocratie ; il faut souvent composer entre le désir de la foule et les avis de personnes en nombre restreint qui travaillent pour conseiller tout le monde au nom du bien commun.

Si j’ai bien compris Henri, ces joutes oratoires sont une vieille histoire.

Henri m’a expliquée que le mot « démocratie » est une idée créée par vous autres, les humains, il y a très très longtemps. Elle signifie l’alliance fragile, mais tellement importante, entre le peuple et le pouvoir.

Hummm, chers enfants, je me dis que lorsque Grand-mère éléphante nous réunit, nous demande notre avis, et dit à tout le clan sa décision, nous perpétuons à notre façon la démocratie.

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, qui téléphonait à Henri pour prendre des nouvelles de mon petit village, m’a fait écouter plusieurs chants issus de petits pays autour de vous, et qui racontent l’esprit du peuple, la volonté de s’affirmer, et de vivre en bonne entente avec tout le monde, malgré l’adversité :

Chers enfants, j’ai compris que ces chants nous permettent de nous réunir, de faire la paix malgré nos différences, et d’avancer pour le meilleur de nous toutes et tous.

Emmanuel m’a racontée que si nous n’y parvenions pas, nous risquons de revivre des conflits méchants entre pays, comme autrefois.

Ces batailles à qui parlera le plus fort et de manière convaincante entre frères et sœurs, entre enfants et parents, entre parents et gouvernants, sont de très veilles histoires :

Malgré ma timidité, malgré votre timidité, et quand ce satané virus ne sera plus qu’un mauvais souvenir, je me dis que cela vaut le coup de chanter à pleins poumons pour contenir ce penchant de chacune et chacun à s’imposer par des calculs personnels au détriment de l’intérêt général.

S’il nous faut vociférer pour signaler que nous existons, autant que cela soit pour célébrer ensemble le bien commun, exclamer ce qui nous lie et relie :

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila

L’aventure commence au pas de la porte

Romane, qui réalise son stage à la Maison du Sport, prépare un après-midi picaresque pour les enfants, épaulée par des étudiants de sa promotion.

Au programme : parcours sportif, jeux ludo-éducatifs, et enquête à résoudre dans le parc de Wimille.

Hardi, chers enfants !

(nous publierons prochainement le récit de ces aventures).

Lettre de Shila : “La vitesse de la vie”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Avez-vous fêté un anniversaire ces derniers jours ?

Je sais par Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, que ce moment calendaire est régulièrement honoré par les enfants de votre Maison, par vos chères éducatrices et éducateurs, comme ce fut le cas dernièrement pour Inaya et Yanis :

Joyeux anniversaires chers enfants, quelle joie de vous dire combien vous nous êtes importants.

Mardi dernier, alors que je broutais mes pousses de bambous, j’ai entendu des éclats de rire, et vu des enfants galoper autour de la maison d’Henri.

Comme vous me connaissez – éléphante curieuse que je suis -, je me suis rapprochée.

Kuttan était en train d’apporter un délicieux Halwa avec des choses bizarres dessus, on aurait dit des petites flammes très gentilles :

Henri sortait du patio, il avait l’air un peu chiffonné.

Je l’ai salué en levant ma trompe et Henri m’a soufflée au creux de l’oreille que c’était son anniversaire.

Joyeux anniversaire Henri 🎂 🎂 🎂

Mais pourquoi Henri es-tu si renfrogné ? C’est vrai quoi, c’est chouette de te fêter.

Henri m’a expliquée que si cette journée lui fait beaucoup plaisir car tant de personnes lui expriment leur attachement, il trouve que cette date lui rappelle le temps qui passe un peu trop vite à son goût.

Intriguée, j’en ai parlé à mon cher Kuttan, qui m’a élevée depuis toutes ces années. Kuttan me dit que, peut-être, comme je n’ai pas connu mes parents et ne sait donc pas bien ma date de naissance, ces états d’âme me passent un peu par-dessus la tête.

D’après Kuttan, j’aurais quarante-cinq, quarante-six ans, et j’aurais donc dépassé allégrement la moitié de l’espérance de vie de nous autres, les éléphants d’Asie.

Ouais, bon. Je me sens aussi gaillarde qu’aux premiers jours.

Ah, mon cher Henri, profite de la vie comme moi : si tu regrettes un peu de constater que le temps passe, dis-toi – conseil d’éléphante philosophe, que c’est là un signe d’heureuse santé : tu aimes pleinement chaque seconde, chaque moment. Et puis tout cela, ce sont des calculs en moyenne ; je pense que toi et moi ferons bien plus que ce qui est estimé, c’est dans notre tempérament

Dois-je te rappeler, cher voisin, cette lettre qui raconte combien le temps est relatif ? :

On croit que le temps qui passe est une machine à perdre, mais pas du tout. Vivre la vie, c’est toujours un nouveau commencement pour qui sait remarquer comme nous les petits bonheurs du quotidien.

Nous aimons nous réjouir chaque jour de l’âge de notre planète, de plus de cinq milliards d’années, de celui du plus vieil arbre du monde, estimé par vous autres les humains à cinq mille ans, et même de celui des mouches qui vivent aux côtés de ces satanés moustiques de ma mare… :

… Et qui ne seront plus au bout de trois semaines d’existence.

Emmanuel, qui me téléphonait pour me passer le bonjour et faire un gros bisou à Henri pour son anniversaire, m’a expliquée que vous autres, les humains, aviez beaucoup réfléchi à cette question de savoir ralentir le temps qui passe, et aviez même inventé un mot très compliqué pour caractériser ce moment où vous décidez que celui d’après est aussi important que celui d’avant.

Ce mot s’appelle, si j’ai bien compris le « pénultième ».

Hummm, je comprends que ce moment d’avant la date cruciale est au moins aussi chouette à vivre que la date elle-même, et dont on dit pourtant que c’est un moment essentiel. En fait, quand j’y réfléchis, c’est la même chose pour le moment d’après l’événement prétendument décisif ; il nous faut lui prêter tout autant attention :

Ah mes chers enfants, que le temps est vivant.

Henri, permets-moi de souffler avec ma trompe tes drôles de choses à petites flammes sur ton gâteau d’anniversaire. Prépare toi à retrouver ton Halwa de l’autre côté du pré 😊.

Fêter son anniversaire,

C’est comme regarder le décollage d’une fusée (après des décennies de préparation pour qu’elle décolle à l’heure H) … :

… Ou faire un barbecue au pied d’un volcan en éruption (après des semaines pour organiser l’expédition)… :

… Ou comme rencontrer des animaux (après des heures de répétition en espérant que ce moment imaginé par le réalisateur du clip ne s’arrête jamais) :

Quelles belles histoires annonçant ces événements, quelles belles situations au moment de les vivre, quelles belles énergies pour désirer ce qui vient ensuite.

A lundi chers enfants,

J’espère que vous m’enverrez plein d’annonces d’anniversaire pour vous faire encore plus de bisous.

Je vous embrasse très fort,

Shila

Le soleil donne :)

Ce 28 avril, les enfants de la Maison du Cirque se sont mis en quête d’images d’eux-mêmes ces derniers mois, ces dernières années, pour réaliser un album personnalisé relatant l’histoire de leur vie en cette belle maisonnée.

Après ce travail de mémoire, les enfants ont profité de l’ensoleillement légendaire du Boulonnais.

Découvrez les images transmises par Lorna, membre de l’équipe éducative :