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Le programme de notre nouvelle saison est en ligne !

Comme chaque année à la même époque nous éditons le programme culturel mois après mois. Pour le télécharger cliquez ici.

Note de rentrée saison culturelle 2021-2022

Le thème de la saison culturelle de cette année 2021-2022 est : « Arborescence ».

1913 : « Le berger qui ne fumait pas, alla chercher un petit sachet et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l’un après l’autre avec beaucoup d’attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l’aider. Il me dit que c’était son affaire. En effet : voyant le soin qu’il mettait à ce travail, je n’insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s’arrêta et nous allâmes nous coucher. (…) Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d’insistance dans mes questions pour qu’il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu’il y a d’impossible à prévoir dans les dessins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser à cet endroit où il n’y avait rien auparavant.

Quarante ans plus tard : « Sur l’emplacement des ruines que j’avais vues en 1913, s’élèvent maintenant des fermes propres, bien crépies, qui dénotent une vie heureuse et confortable. Les vieilles sources, alimentées par les pluies et les neiges que retiennent les forêts, se sont remises à couler. On a canalisé les eaux. A côté de chaque ferme, dans des bosquets d’érables, les bassins des fontaines débordent sur des tapis de menthes fraîches. Les villages se sont reconstruits peu à peu. Une population venue des plaines où la terre se vend cher s’est fixée dans le pays, y apportant de la jeunesse, du mouvement, de l’esprit d’aventure. »

(Jean Giono (2014), L’Homme qui plantait des arbres [1954], Paris, Gallimard jeunesse, p. 1, p. 7, p.19).

Les enfants de notre association, souvent les plus jeunes, aiment ramener de retour de randonnée avec leurs éducatrices et éducateurs des trouvailles glanées chemin faisant. Branches, cailloux, coccinelles, fleurs, escargots, herbes folles ; ces collections sont pour les enfants comme le moyen de garder mémoire de ce qui a eu lieu lors de ces pérégrinations, de ce que fut le lieu de leurs explorations. De retour dans les Maisons, les enfants confient à l’adulte ces biens précieux, ou les posent à des endroits bien choisis pour mieux les retrouver, soit dans une volonté de les partager avec d’autres, soit pour tenter d’agrémenter leur chambre. Dans ces moments dignes du travail d’inventaire et de classement des muséums d’histoire naturelle, l’équipe éducative doit comme “Elzéard Bouffier”, berger de son état et personnage fictif inventé par Jean Giono, séparer le bon grain de l’ivraie ; ce qui peut entrer dans la Maison, ce qui ne le peut, ce qui peut prospérer, ce qui serait implanté en vain.

Cette activité d’agencement, de classification, de répartition de sa relation de soi au monde, est une première façon de comprendre le thème de notre saison.

L’enfant constitue année après année des arborescences émotionnelles : des trésors personnels, des façons singulières et réfléchies d’être en lien avec l’autre que soi, des manières d’affirmer ses goûts. Ces arborescences affectives, esthétiques, ces attachements le définissent à mesure de son grandissement, marchant ainsi dans les pas de l’humanité, marquée à toute époque et en toute région du monde par l’émotion ressentie devant le mystère de la nature et méditant les conditions pour aimer sa splendeur ou, a contrario, détester ses possibles dangers, quitte à la juguler, lutter contre elle (Alain Corbin (2020), La douceur de l’ombre. L’arbre, source d’émotions, de l’Antiquité à nos jours, Paris, Flammarion, collection « Champs – Champs histoire »).

Ces associations privilégiées de choses et d’êtres, extraits par ses soins des espaces et des temps qu’il découvre et qu’il s’approprie, sont autant de points d’appui pour permettre à l’enfant de se dire qui il est et exprimer aux autres comment le comprendre. À nous de les repérer, et de l’instruire si la nature lui inspire la peur, l’indifférence. Nombreuses sont en effet les études nous rappelant que plus l’écosystème constitué par l’enfant, pour l’enfant, est riche de diversités, d’entités multiples associées à son initiative et avec la coopération de l’adulte bienveillant, plus sa conscience de l’altérité, plus son intelligence de ce qui fait collectivité, de ce qui construit et décuple les relations, croissent, se développent et lui annoncent une vie bonne en société.

Pour cette raison fondamentale, les métiers de l’éducation spécialisée sont des métiers jardiniers ; il s’agit de cultiver patiemment et continuellement avec l’enfant l’enfance de l’éveil. Comme le jardinier, nous travaillons chaque jour avec des êtres en devenir ; si nous réussissons, l’identité de l’enfant accueilli ne sera pas fixée par son histoire biographique, souvent traumatique, à tout le moins problématique, et raison de son placement le temps de pouvoir renaître à la vie. Le pari de notre intervention éducative est, autrement dit, de l’accompagner dans ses mouvements, son éclosion, sa dynamique d’existence.

De la sorte, et c’est là une deuxième façon de comprendre « Arborescence », nous nous inscrivons dans cette philosophie du mélange, devenue aujourd’hui dominante en science botanique (Emmanuel Coccia (2016), La Vie des plantes. Une métaphysique du mélange, Paris, Payot et Rivages).

Si la graine, la semence en bas de la plante, dans le sol, ont longtemps été considérées comme le ferment de l’intelligence, la feuille, le pétale de la fleur, sur la hauteur de ces êtres et hors du sol, sont désormais considérés par les scientifiques comme les endroits où se fabriquent la parenté, la généalogie, l’idée du familial : c’est là que s’hybrideraient les gênes. Certes les cellules de l’être végétal évoluent selon la direction du vent, la proximité avec d’autres espèces, l’arrosage des pluies, mais ces évolutions ne se font pas par la force, la prédation, comme on l’a longtemps pensé ; le végétal nous montre que la symbiose – cette façon harmonieuse et pacifique de recomposer le vivant, est première.

Les plantes ont ainsi cette particularité d’être inversées, et c’est un point commun avec les enfants de notre association. Comme les végétaux dont les feuilles, le pétale sont l’organe le plus important pour le devenir car ils grandissent en effet du haut par les rayons du Soleil, par le souffle du vent transportant matière à féconder, les enfants le font de même par l’appel d’air de l’ouverture au monde proposé par notre programme artistique et culturel intitulé « L’aventure de la vie ». Renforcés par l’assurance de constater qu’ils peuvent créer en arts, en lettres, sciences, en sports, en technique et en technologie, les enfants peuvent revisiter, reformuler leur parcours de vie, recombiner leurs rapports au monde, leurs racines familiales.

Ce n’est pas que le sol, les circonstances de la naissance, n’aient pas d’importance, bien au contraire : les études botaniques montrent combien les rencontres des racines avec des démultiplicateurs d’énergie tels les champignons sont déterminantes pour la vitalité des plantes, (Peter Wohlleben (2017), La vie secrète des arbres. Comment ils ressentent. Comment ils communiquent, Paris, Les arènes). Pas moins crucial non plus est le tronc, la tige, à mi-hauteur entre le sol et la cime : pour tenir droite malgré la rafale, pour harmoniser son expansion dessous et dessus, la plante a besoin de cet axe vertical, non pas rigide au risque de la casse, mais flexible, s’adaptant aux aléas de l’enracinement, de la feuillaison, de la floraison.

Comment ne pas voir dans ces démultiplicateurs d’énergie qu’ils soient en haut ou en bas, dans cet axe qui plie mais ne rompt pas, des figures de notre écosystème ? : juges des enfants, référentes et référents sociaux, professeures et professeurs de nos ateliers, intervenantes et intervenants de « L’aventure de la vie » sont autant de conditions fertiles de la résilience, terreau de l’arborescence.

Evaluation du parcours des enfants depuis novembre 2020

Ce mois de juin 2021, les équipes des Maisons ont travaillé comme chaque six mois à la rédaction d’un document clé de notre champ professionnel, appelé le “Document Individuel de Prise en Charge” (DIPC). Ce document permet de faire un point sur le parcours de l’enfant ou du jeune accueilli ; notre association a érigé pour règle d’associer celui-ci à ce bilan semestriel.

A cette occasion, et sur proposition du Conseil scientifique (voir sous-partie “II.B. Présentation des résultats statistiques du questionnaire proposé aux enfants et aux jeunes”), l’association a expérimenté pour la septième fois l’outil évaluatif développé en interne, permettant de comparer chaque six mois les parcours des enfants et des jeunes selon les grandes rubriques organisant notre travail éducatif.

Une fiche a été distribuée aux équipes  du Centre de Jour, de la Maison du Cirque, de la Maison de la Danse, de la Maison des Découvreurs, de la Maison du Sport et de la Maison Vive :

Cette fiche a été remplie pour chaque enfant et jeune des Maisons précitées.

Les résultats, pour cette vague de juin 2021, sont les suivants (69 fiches ont été traitées ; les enfants arrivés trop récemment dans nos effectifs, et les jeunes des studios et du service de maintien à domicile qui ne pratiquent pas systématiquement les activités culturelles de notre association, ne sont pas pris en compte).

I. Tendance générale ; les évaluations formulées par les équipes (en pourcentage) : 

(N.B : Nous surlignons le plus haut pourcentage obtenu).

“La situation s’est dégradée depuis 6 mois” : 18,4.

“La situation s’est améliorée depuis 6 mois, mais n’est pas encore satisfaisante” : 37.

“La situation s’est améliorée depuis 6 mois et donne satisfaction” : 27,5.

“La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (satisfaisant)” : 19,9.

“La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (insatisfaisant)” : 23,1.

II. Au cas par cas ; les thèmes, avec le plus haut pourcentage obtenu pour chacun d’eux  :

(N.B : Nous surlignons le plus haut pourcentage obtenu pour l’ensemble des thèmes).

“Le jeune et l’école” : La situation s’est améliorée depuis 6 mois et donne satisfaction (24,5).

“Le jeune et les liens familiaux” : La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (insatisfaisant) (42).

“Le jeune et les soins” : La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (satisfaisant) (27,5) et La situation s’est améliorée et donne satisfaction (27,5).

“Le jeune et l’éducation” : La situation s’est améliorée depuis 6 mois, mais n’est pas encore satisfaisante (24,6) et La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (insatisfaisant) (24,6).

“Le jeune et l’activité culturelle” : La situation s’est améliorée depuis 6 mois et donne satisfaction (37,8).

Nous mobilisons cette fiche chaque six mois, à l’occasion des DIPC, afin d’être en mesure de dégager des tendances quant à la qualité des parcours des enfants et des jeunes de notre association, ainsi que des corrélations statistiques entre les différents thèmes de notre travail au quotidien avec eux : école, liens familiaux, soins, éducation (au sens de l’apprentissage du comportement en société), activité culturelle.

Notre association sélectionnée pour participer à une étude soutenue par l’Observatoire National de la Protection de l’Enfance

Le Conseil scientifique de l’Observatoire National de la Protection de l’Enfance a annoncé ce jour dans le cadre de ses appels à projets 2021 la sélection du projet d’études et de recherches conçu par l’Institut de formation et de recherche en intervention sociale Ocellia, le Centre Max Weber (Université Lyon 2) et mobilisant trois institutions ; l’Association Acolea (territoire Métropole Est Lyon, 69), l’Association Les Ecureuils (territoire plateau haut-vivarais Lignon, 43) et notre institution.

Les enfants volontaires et les professionnels des trois associations seront conviés à participer à une étude longitudinale (sur 18 mois) permettant de documenter le parcours de vie des enfants sur le chemin de leur autonomisation (capacité à organiser par soi-même le cours de sa vie), avec une double approche géographique et socio-anthropologique.

Chloé Colpé filmera régulièrement en entretiens ces personnes, enfants, adultes, pour suivre les chemins de l’émancipation.

Un grand merci à Fleur Guy, membre de notre Conseil scientifique pour nous avoir permis de participer à cet appel à candidatures.

Compte-rendu de la réunion du 8 janvier 2021

Compte-rendu de la réunion du Conseil scientifique de l’association

« Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Présents :

Claire Beugnet, directrice de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Marie-Christine Briatte, directrice du Pôle d’Action Municipale Solidarités et Réussites Educatives à la Mairie de Boulogne-sur-mer

Marie-Pierre Bouchaudy, cheffe de l’inspection de la création artistique à la direction générale de la création artistique, Ministère de la Culture

Jean-Paul Demoule, professeur des universités émérite en archéologie, Université Paris 1

Pierre Lemarquis, neurologue, éthologue, attaché d’enseignement d’éthologie à l’université de Toulon-La Garde

Olivier Martin, professeur des universités en sociologie, Université Paris Descartes

Patrick Miquel, précédemment directeur de l’Enfance et de la Famille, Conseil départemental du Pas-de-Calais

Claire Oger, professeur des universités en sciences de l’information et de la communication, Université Paris-Est Créteil, présidente du Conseil scientifique

Emmanuel Paris, directeur adjoint aux affaires culturelles de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Eric Parot, ingénieur physicien retraité Schlumberger Ltd, précédent coordinateur France Fondation SEED

Francis Rembotte, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Anick Traguardi-Menet, représentante du personnel de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Henri Villeneuve, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Excusés :

Patrick Girard, éducateur du service DMAD DARF, association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Fleur Guy, Géographe

Eric Legros, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Louis Quéré, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Philippe Richard, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Invité :

Rémy Boiron, comédien, écrivain

Ouverture de la vingt-deuxième séance du Conseil scientifique par Madame la présidente.

I. Présentation de Marie-Pierre Bouchaudy et de Patrick Girard, nouveaux membres du Conseil scientifique :

Emmanuel Paris informe les membres du Conseil que deux personnalités ont accepté d’intégrer l’instance. Emmanuel Paris remercie Marie-Pierre Bouchaudy et Patrick Girard pour cet engagement. Emmanuel Paris excuse Patrick Girard, absent pour cette réunion ; Patrick Girard est éducateur du service DMAD DARF de l’association ; il représentera les personnels de notre institution.

Emmanuel Paris explique les modalités de cette nomination ; les précédentes éditions du colloque organisé par l’association lors du festival annuel ont donné lieu à la programmation d’ateliers co-animés par des membres du Conseil et des éducatrices, éducateurs, maîtresses de maison. Emmanuel Paris a contacté ces personnes (six membres d’équipes éducatives des Maisons) pour leur proposer de candidater au poste de représentant des personnels pour le Conseil scientifique. Quatre membres ont candidaté ; la nomination de Patrick Girard a fait appel à la règle de l’ancienneté dans les effectifs. Cette nomination est motivée par le prochain départ à la retraite d’Anick Traguardi-Menet, qui a par ailleurs accepté de continuer à siéger au Conseil.

Marie-Pierre Bouchaudy présente aux membres son parcours professionnel. Marie-Pierre Bouchaudy a occupé différentes fonctions au ministère de la Culture : dans les services transversaux de la Délégation au développement et aux formations (1990-1998), à la DRAC Picardie, au cabinet de Michel Duffour, secrétaire d’Etat au patrimoine et à la décentralisation culturelle (2000-2002), et à celui d’Audrey Azoulay, ministre de la Culture (2016-2017). Marie-Pierre Bouchaudy a été par ailleurs responsable de la Culture à La Ligue de l’enseignement (1998-2000), directrice de la Culture à la Région Bretagne (2004-2010) et chargée d’une mission d’accompagnement et de conseil auprès de l’agglomération de Plaine Commune – Territoire de la culture et de la création (2011-2015). Marie-Pierre Bouchaudy est cheffe du service de l’inspection de la création artistique au ministère de la Culture depuis début 2018.

II. Point sur l’état d’avancement de la saison culturelle 2020-2021 :

Emmanuel Paris remercie Rémy Boiron, qui a commencé le 6 janvier 2021 une résidence d’artiste aux Maisons. Emmanuel Paris explique que cette résidence fait partie des actions artistiques et culturelles financées par la Fondation Daniel et Nina Carasso (plan triennal de résidences art / science 2020-2023). Rémy Boiron présente sa résidence avec les enfants et les équipes, organisée au premier semestre 2021.

Rémy Boiron présente aux participants un avant-projet de cette résidence.

« 1. Réflexions préalables :

En m’y plongeant, j’ai réalisé que la « vérité », est un sujet tellement vaste (Une dizaine de page Wikipédia, 80 lignes dans le dictionnaire historique d’Alain Rey, plus de 300 lignes en petits caractères dans le Grand Robert, …),

Qu’on ne peut parler que de vérités, au pluriel.

Alors même que la vérité se prétend souvent unique et absolue.

Aussi, peut-être que la vérité ne peut être que multiple, même si, pour des raisons particulières, l’homme est souvent amené à n’en considérer qu’une partie.

Je prends un exemple :

Pour nous, occidentaux, 1+1 = 2 et cela va de soit, comme une évidence, une vérité socle.

Mais pour un aborigène, 1+1 = 3 et cela va de l’évidence pour lui, une vérité.

Car pour représenter 1, il prend une petite liane et fait un nœud en son milieu.

Pour faire un autre 1, il répète l’opération avec une deuxième liane.

Et pour additionner les deux… il les relie d’un nœud.

D’où 1+1 = 3

… Ce qui, à mon sens, en soit, n’est pas faux, car l’addition de deux corps offre souvent davantage que la simple somme de ceux-ci.

À deux, on trouve souvent des idées que ni l’un ni l’autre ne pourrait trouver seul.

Mais il paraît difficile de bouleverser le système mathématique occidental aujourd’hui pour prendre en compte cette « vérité ».

… Même si elle me semble nécessaire.

Prenons un autre exemple, celui de la croissance économique.

On nous dit qu’une bonne croissance mondiale, pour le plein emploi et la prospérité de chacun serait de 3% par an. Et nous y sommes à peu près.

On pourrait supposer que à l’échelle d’un siècle, la croissance serait de 300 % (3% par an pendant 100 ans), c’est à dire quatre fois plus (100% = 2 fois plus, 200% = 3 fois plus).

Or, on oublie de calculer un petit paramètre, le nœud aborigène J

Si la croissance est de 3% une année, pour arriver au même résultat l’année suivante, il faut une croissance de 3%… d’une production qui a déjà augmenté de 3% l’année précédente, donc 3,02%, et davantage l’année suivante et ainsi de suite.

Aussi, au rythme de 3% par an, la croissance sur un siècle serait non pas de 300%, mais de 1.900 %, c’est à dire vingt fois plus.

Est-il raisonnable de penser que nous pouvons produire dans cent ans vingt fois plus d’ordinateurs, de voitures, de blé, de couches, de rideaux, de machines à laver, … ?

Où est la vérité ?

Ou plutôt… que fait-on de cette vérité ?

Le sujet est passionnant.

Voici ce qu’en dit Wikipédia en introduction :

« Définition générale :

La vérité est un concept abstrait qui se situe au confluent, pour l’humain, d’une croyance en un système issu de la conscience et représentative du réel, et de sa correspondance supposée avec le symbolisme du langage.

Théories de la vérité

. Correspondantisme

Le correspondantisme, appelé aussi théorie de la vérité-correspondance, est l’ensemble des théories définissant la vérité comme une relation de correspondance entre un énoncé et une chose réelle. Un énoncé est vrai seulement s’il correspond à la chose à laquelle il réfère dans la réalité.

. Cohérentisme

Le cohérentisme est l’ensemble des théories définissant la vérité comme une relation de cohérence systématique d’une théorie composée de multiples énoncés. Un énoncé est vrai seulement s’il fait partie d’un système cohérent d’énoncés.

. Pragmatisme

Le pragmatisme est l’ensemble des théories définissant la vérité comme la propriété d’une croyance qui se révèle satisfaisante à la fin de l’étude. William James et Charles Sanders Pierce sont les deux grands représentants du pragmatisme.

. Constructivisme

Le constructivisme est l’ensemble des théories selon lesquelles la vérité est le produit d’une construction sociale contingente.

. Redondantisme

Le redondantisme est la théorie de la vérité selon laquelle la vérité est indéfinissable car redondante. Le redondantisme est caractérisé par la thèse d’équivalence selon laquelle énoncer une proposition (affirmation) est équivalent à affirmer que cette proposition est vraie ; autrement dit : « p est vrai” » est équivalent à l’énoncé « p est » tout seul, ce qui revient à dire que « …vrai » ne signifie rien de plus. Gottlob Frege est le premier à avoir défendu le redondantisme. »

On peut donc constater que la vérité se décline sous différentes théories, et que le concept lui-même a évolué au fil du temps.

Par exemple :

Au 10ème siècle, il désigne en religion une opinion conforme au réel, opposé à l’erreur, puis au 12ème siècle, de manière générale, la conformité de l’idée avec son objet, d’un récit avec un fait. Il s’oppose alors au mensonge.

… Et que dire de « In vino veritas » ?

Ou de Jésus déclarant : « Je suis le chemin, la vérité et la vie »

Ou de « La Vérité », ce tableau insolite de Jules Joseph Lefebvre (1870).

Ou de Cahuzac déclarant aux députés : « Les yeux dans les yeux, je vous dis la vérité »,

Ou de Paul Reynaud déclarant le 10 septembre 1939 : « Nous vaincrons, parce que nous sommes les plus forts. »

Et enfin… toute vérité est-elle bonne à dire ?

Un vieux sage soufi m’a appris un jour la pratique du « mensonge pieux », celle qui consiste parfois à dire à quelqu’un une autre vérité que celle qui est, pour préserver sa peine et souffrance.

A contrario, il est aussi possible d’annoncer le contraire de ce que l’on pense pour tenter de générer une réaction de la part de l’autre. « Tu n’en es pas capable » par exemple, pour stimuler l’orgueil.

Le sujet est passionnant et peut se décliner sous de multiples formes.

. Vérité et mensonge,

. Vérité et éthique,

. Vérité et paradigme,

. Vérité et temps

. Etc

2. Travail concret :

Je travaille à l’heure actuelle sur différents modules, jeux d’écriture et jeux oratoires autour de cette question.

Ils peuvent, qui sait, contribuer à l’éveil des consciences, au développement culturel et des capacités oratoires, à l’art de l’argumentation, au plaisir de dire.

Je propose de commencer par des petits jeux d’échauffement,

Aussi bien en écriture :

Ecrire le maximum de couleurs différentes en 1mn30, ou d’animaux, ou de mots finissant par « ette » ; puis créer un petit texte intégrant le maximum de ceux-ci 

(La coquette Janette, à la silhouette en pirouette caquette …);

Qu’en art oratoire :

Dire en abécédaire le plus rapidement possible, sans nom propre (Abricot, Banane, Cri, Dinette, …),

Dire le maximum de fois possible un mot, dans un récit (Ex « Montre », je montre ma montre à Mr Montre, qui me démontre que ma montre …)

… Puis de s’approcher de « taquineries » autour de « vérités »

Par exemple :

. Chacun présente trois affirmations sur lui-même (particularité physique, anecdote, aventure, …). Parmi ces trois, deux sont vraies, une est fausse. Les autres ont 5 minutes pour questionner, puis doivent choisir. Et la vérité se dit ensuite.

. Apprendre à argumenter sur un sujet auquel on n’adhère pas… tout en faisant croire qu’on y adhère (le racisme, la pollution, la violence, …)

. Décliner des contrevérités insolites. Par exemple :

« Je suis une femme. Jacques »

« J’aime le soleil, la nuit »

« J’ai mangé mon vélo »

3. Valorisation :

J’attache une importance particulière à la valorisation de ce travail, notamment avec « l’extérieur ».

Les jeunes sont en situation particulière, en maisons des enfants, liée à différents évènements.

Je crois que plus leur travail peut être présenté et valorisé en extérieur, plus ils peuvent gagner en reconnaissance, assurance et intégration en vie « normale ».

Par exemple :

. Des petites phrases écrites par eux et glissées en suspension à la médiathèque et ou en vitrines de magasins ;

. Des lectures théâtralisées en collège, à l’occasion du printemps des poètes ;

. Un parcours original, ouvert au public, du centre-ville à la Maison des enfants, avec un jeune tous les 10 ou 20 mètres, qui annonce un bout du récit, avec un final original en Maison des enfants.

. Ou toute autre proposition qui ferait l’adhésion ».

Les participants remercient Rémy Boiron pour cette présentation.

Emmanuel Paris présente d’autres actions réalisées ou en cours depuis la précédente réunion du Conseil scientifique, le 2 octobre 2020.

La résidence « La couleur de l’eau » a commencé ce mois d’octobre 2020, et proposera aux enfants du Centre de Jour et de la Maison Vive des séances en arts plastiques et en océanographique jusqu’au mois d’avril 2021. On trouvera une présentation détaillée de cette résidence ci-après :

L’exposition « Rien n’est joué d’avance » réalisée par les enfants du Centre de Jour et de la Maison Vive au Musée de Boulogne-sur-mer est confirmée. Son vernissage est programmé le 17 septembre 2021. Emmanuel Paris précise que les créations issues de la résidence « La couleur de l’eau » pourront intégrer les corpus pré-sélectionnés par le FRAC Grand Large – Hauts-de-France et le Musée de Boulogne-sur-mer. On trouvera ci-après le détail des corpus et des séances d’ateliers :

La programmation d’une résidence « Compagnons du tour de France » est confirmée ; Jean-Michel Bidal, menuisier, et Guilhem Carigand, ébéniste, rejoindront les enfants au mois de juillet, après le Festival de fin de saison, pour achever la construction de la copie à l’échelle 1 de la charrette médiévale réalisée chaque mois depuis deux ans par les enfants des Maisons et Christophe Lefèvre, chef de service de la Maison du Cirque et de la Maison du Sport. On trouvera ci-après l’article relatant la précédente séance mensuelle :

Le financement de la création d’un arboretum/conservatoire botanique sur le site de la Ferme de Bertinghen est confirmé ; la Fondation Daniel et Nina Carasso a accepté d’orienter les fonds consacrés aux années 2 et 3 de la dotation dédiée à l’organisation de résidences art / science à ce projet. Ce projet, mobilisant notamment l’intervention d’un artiste en Land Art, permettra aux enfants avec les conseils d’un architecte paysager de créer un espace de déambulation, ouvert aux habitants du territoire, et permettant de s’instruire sur les ressources végétales locales, les problématiques de biodiversité. Marie-Christine Briatte informe les participants que ce projet, tout comme le développement du FabLab et la réalisation de l’exposition « Rien n’est joué d’avance », ont été retenus parmi les actions portées par le comité de pilotage « Cités éducatives » de la Mairie de Boulogne-sur-mer. On trouvera ici une présentation de ce label d’Etat.

Eric Parot propose que le département « Informatique » de l’Université du Littoral Côte d’Opale, site Sciences Humaines et Sociales de Boulogne-sur-mer, puisse être informé du projet arboretum des Maisons. L’idée, dit Eric Parot, serait d’intéresser des étudiants en Master pour le développement d’une visite du site de l’arboretum en réalité virtuelle, permettant aux enfants, aux équipes, aux habitants des communes du Boulonnais, de pouvoir visualiser le grandissement des espèces plantées sur plusieurs décennies. Les membres agréent cette proposition.

Eric Parot informe les participants qu’un archéologue, Henri Gandois, propose d’organiser au Centre de Jour une animation pour couler avec les enfants des objets de l’âge du Bronze selon les techniques de l’époque. Les membres du Conseil agréent cette proposition.

III. Colloque international « Enfance + culture = socialisation. La socialisation culturelle des enfants : dispositions, catégorisations, reconfigurations » :

Emmanuel Paris remercie Marie-Pierre Bouchaudy pour lui avoir signaler la tenue d’un colloque international pouvant intéresser l’association dans sa réflexion sur le développement de son programme artistique et culturel. On trouvera ici la présentation de ce colloque.

Les membres du Conseil proposent que la consultation en ligne de ce colloque puissent étayer la conception d’un cycle de formation à l’attention des équipes, en 2022. Des captations audiovisuelles des plénières organisées le 8 janvier lors de cette première journée du colloque sont d’ores et déjà disponibles.

Un calendrier de travail est arrêté ; les membres du Conseil conviennent de réfléchir d’ici la prochaine réunion pour proposer des thèmes et des corpus bibliographiques. Emmanuel Paris consultera dans le même temps les équipes pour recueillir leurs idées, et en informera de même le Conseil à l’occasion de cette réunion.

Marie-Pierre Bouchaudy a pris contact avec les organisateurs du colloque ; des inscriptions pour regarder en ligne des plénières ou ateliers sont encore possibles, mais les demandes sont nombreuses et il faut lui transmettre par conséquent rapidement toutes demandes. Les membres du Conseil recommandent plutôt de consulter a posteriori les captations mises en ligne, au fur et à mesure de la réalisation de ce colloque.

Henri Villeneuve propose de demander aussi aux équipes ce que leur inspirent le thème de la saison en cours : « En vérités » afin d’enrichir les réflexions du Conseil lors de sa prochaine réunion. Les participants agréent cette proposition.

IV. Finalisation de l’organisation du colloque « Rien n’est joué d’avance », juillet 2021 :

Les membres du Conseil confirment la date de l’organisation du colloque de l’association, le 1er juillet 2021. Emmanuel Paris contactera l’ULCO site SHS de Boulogne-sur-mer début avril pour finaliser la convention permettant l’organisation de ce colloque dans les locaux de l’Université.

Ce colloque reconduira la programmation convenue pour l’édition 2020, qui n’a pu avoir lieu en raison des mesures sanitaires contre la Covid-19.

Emmanuel Paris informe les membres que l’ensemble des participants ont confirmé leur participation à cette nouvelle édition, dans l’hypothèse où les mesures sanitaires en vigueur en juillet 2021 permettent sa tenue. On trouvera ici le contenu de la programmation, telle que travaillée lors de la réunion du Conseil scientifique le 13 mars 2020 (cf. « II. Préparation du Colloque « Rien n’est joué d’avance », vendredi 3 juillet 2020 »).

Les membres du Conseil conviennent de la date de l’Assemblée générale des Conseils et comités de pilotage du programme artistique et culturel de l’association le 2 juillet 2021 de 10h à 12h sur le site de la Ferme de Bertinghen, permettant ainsi aux membres disponibles de participer au rassemblement annuel des anciennes et des anciens de l’institution, ainsi qu’au spectacle des enfants, à partir de 20h en la salle « Le Phenix » d’Outreau.

V. Lectures commentées :

Emmanuel Paris distribue aux participants les textes recommandés par Olivier Martin et Pierre Lemarquis.

– Olivier Martin (à propos de l’ouvrage de Barbara Stiegler : “« Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique“, paru aux Editions NRF Gallimard en 2019).

– Pierre Lemarquis (à propos de son ouvrage « L’art qui guérit », paru aux Editions Hazan en 2020).

V.A. Présentation de l’ouvrage « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique » » par Olivier Martin :

« Quelques mots à propos du néolibéralisme (NL), en s’appuyant notamment sur l’ouvrage de Barbara Stiegler, Il faut s’adapter (Gallimard, 2019). Il ne s’agit pas d’un compte rendu de l’ouvrage. L’ambition de ce propos n’est pas non plus de s’intéresser aux manifestations concrètes, aux dispositifs et mises en œuvre contemporaine du NL, mais d’en identifier les grands traits théoriques, les soubassements conceptuels et philosophiques (à l’aide d’ouvrage de Stiegler et d’autres écrits). Ce travail nous parait d’autant plus nécessaire que les termes de « NL » (et ses dérivés : « néolibéraux, néolibéral… ») sont à la fois très souvent utilisés et pas toujours bien définis. Ces termes sont omniprésents mais peu intelligibles si on se contente d’examiner les contextes et situations où ils sont utilisés.

Un premier point est de bien distinguer le NL de l’ultralibéralisme ou d’hyperlibéralisme. Ces deux derniers termes ne sont que des radicalisations du libéralisme, tandis que le NL se présente comme en rupture avec le libéralisme. Le NL ambitionne de réactualiser radicalement la doctrine libérale tout en maintenant l’initiative privée et le marché au cœur des dispositifs et de la pensée. L’axe politique que trace le NL ne correspond pas aux axes « gauche-droite », « progressistes-conservateurs » ou « libéraux-socialistes ». La frontière ne passe pas entre la gauche progressiste et la droite conservatrice, mais entre ceux prônant les valeurs de l’individualisme et du marché libre, et ceux prônant des États forts, des États-providence, des États interventionnistes et protecteurs, des formes de collectivismes et des idées de communautés dominant les individus (du communisme au nazisme). La philosophie du NL n’est pas du tout conservatrice – même si le paysage politique tend à le positionner à proximité de la droite conservatrice (ex : Thatcher, Reagan).

Le NL trouve ces racines dans la critique du libéralisme et du capitalisme qui n’ont pas su faire face à la grave crise économique et financière de 1929, ni à l’émergence de totalitarisme (Russie soviétique, Fascisme, Nazisme). Au moins trois noms peuvent être retenus : Walter Lippman (1889-1974, intellectuel et journaliste à la New Republic ; auteur de The Good Society (1937)) ; Friedrich von Hayek (1899-1992, économiste anglais critique de l’intervention de l’État dans l’économie et de la planification) ; Milton Friedman (1912-2006, économiste américain défendant la primauté des marchés et militant pour leur libéralisation). Un moment fondateur du NL est le colloque tenu au Musée social à Paris en 1938 où 26 économistes et intellectuels libéraux s’interrogent sur le libéralisme et le nouveau-libéralisme autour de la pensée de Lippmann.

Voici ce qui semble devoir être les principaux traits du NL.

•             Le NL n’est pas une théorie économique (sur les marches et les rôles des agents publics) mais une théorie de la vie, de l’adaptation, du vivant et de l’évolution, qui défend l’idée d’un besoin de changement permanent. C’est aussi une théorie sociale et politique sur la manière dont il faut gouverner, exercer le pouvoir, agir sur les collectifs. Le NL est, finalement, une théorie anthropologie générale couvrant tous les aspects de la vie des individus.

•             Le NL érige en impératif le principe d’adaptation, une adaptation qui ne fasse pas confiance au cours naturel des choses (car le rythme d’adaptation n’est pas assez rapide et les pathologies nées avec l’industrialisation montrent bien que l’adaptation de l’homme n’est pas suffisante) et qui soit volontaire, dirigée, gouvernée. Ce processus d’adaptation, nécessaire, doit être permanent. Il repose sur de la flexibilité, de la mobilité, de la « libération des énergies ».

•             Cette adaptation passe par une mise en concurrence de toutes et tous, à tous les moments. La concurrence ou la compétition ne sont pas des aspects nouveaux mais elles sont généralisées et systématisées dans le cadre d’une vision néolibérale.

•             Le NL conçoit l’individu comme responsable de lui-même (mais tout de même placé sous surveillance). Les individus doivent être acteurs de leur propre vie, autoentrepreneurs d’eux-mêmes, engagés au développement et à l’exploitation de leur capital personnel (compétences, savoirs, aptitudes, expériences, qualifications…).

•             La société, le collectif, l’unité, la communauté, l’humanité, l’homme au sens de catégorie générale ne sont pas des catégories ou valeurs à défendre. Les valeurs à défendre sont : l’individuel, le particulier, le local. Le NL porte une critique à la philosophie des Lumières puisque celle-ci est perçue comme défendant le collectif au détriment de l’individu, le général au détriment du singulier, l’universalité au détriment de la particularité et du particularisme, l’unité au détriment de la diversité. Il ne s’agit pas d’inverser les positions de la philosophie des Lumières mais, plus radicalement, de nier la pertinence de ces oppositions. Il n’y a rien d’autre que l’individu. Point final.

•             Tout doit être soumis au marché, à la régulation par les échanges libres et non-entravés. On peut parler de « marchandisation » de la société, dans toutes ses dimensions. Le marché est la forme d’organisation fondamentale des échanges et interactions. Cela a pour conséquence de faire disparaître ou d’atténuer des principes et des frontières érigées selon des principes moraux, juridiques, religieux, éthiques. Tous ces types de principes n’ont aucune raison d’être dans une société néolibérale.

•             Le NL attend que les individus participent à ce fonctionnement. Pour cela il faut fabriquer du consentement (forger des opinions ; rendre les choses acceptables ; utiliser les savoir des sciences cognitives ou psychologiques pour façonner les individus…).

•             La place et le rôle du droit est très limité, notamment parce qu’il n’y a plus de « grands principes transcendants » – Le droit doit devenir un simple code de la route, régissant les flux et les actions, sans visée morale ou éthique.

Cette présentation se concentre sur les idées et principes du NL. Resterait évidemment à voir comment cela se traduit dans les faits : Bureaucratisation ; Surveillance ; Dispositifs de valorisation (mesure, évaluation, chiffrages…).

Évidemment cette présentation ne signifie pas que l’auteur endosse ces valeurs ;-)) ».

Les membres remercient Olivier Martin pour la qualité de cette présentation. La place centrale dévolue à l’individu, « entrepreneur de lui-même », retient notamment l’attention des participants.

Francis Rembotte questionne la viabilité des actions collectives, et en particulier celles encouragées par le tissu associatif et notre institution, tant le néo-libéralisme favorise au contraire l’atomisation de la société, des relations humaines.

Claire Beugnet observe que l’injonction à savoir de soi-même et par soi-même s’adapter aux difficultés rencontrées durant sa vie contrevient aussi fondamentalement aux raisons d’agir des équipes éducatives, puisqu’au contraire il s’agit d’accompagner, d’aider l’enfant, le jeune, dans le cours de sa vie, afin de surmonter les situations d’échec. Claire Beugnet dit qu’il est très important de veiller à ce que l’enfant, le jeune, ne se sente pas seul face à ses problèmes.

Anick Traguardi-Menet s’interroge sur la scansion souvent entendue à l’endroit des enfants et des jeunes de l’Aide Sociale à l’Enfance dans les discours officiels comme dans la littérature grise, qu’Anick Traguardi-Menet appelle « l’injonction au bonheur ». Anick Traguardi-Menet observe que les parcours de vie difficiles méritent tout au moins d’être reconnus dans leur dimension tragique par les acteurs de la protection de l’enfance, et qu’un juste équilibre doit être recherché par les professionnels pour vivre au plus précis les sentiments ressentis par enfants et jeunes.

Claire Oger dit que de tous les secteurs d’activités humaines, c’est sans doute dans les domaines de l’éducation et de la santé que cette idéologie néolibérale nourrit les effets les plus problématiques.

Patrick Miquel observe que le rapport de la cour des comptes récemment mis en ligne à propos de la politique de protection de l’enfance en France manifeste ce pilotage des politiques publiques par des experts s’appuyant sur la quantification des coûts pour formuler leurs éventuelles efficacités :

Francis Rembotte dit que cette manière de penser l’action publique dans le domaine social s’est particulièrement constituée à l’occasion du développement des aides personnalisées aux personnes âgées ; ce dispositif est depuis devenu un modèle-type qui place les personnes, enfants, adultes, dans un calcul permanent pour gérer leurs droits à la santé, à la solidarité. Francis Rembotte dit que ce mode d’organisation fragilise les individus, tant leur responsabilisation peut mener à leur culpabilisation (i.e : « si vous ne bénéficiez pas de ce droit, c’est que vous n’en êtes pas capables »).

Claire Oger, s’appuyant sur les travaux de Grégoire Chamayou, observe que le renforcement de l’emprise néolibérale sur les politiques publiques s’accroît à mesure que les contestations sociales s’expriment.

Eric Parot dit que la conception qu’ont les néo-libéraux du darwinisme est erronée, dénaturant cette théorie du vivant. Eric Parot précise que les travaux d’historiens des idées insistent sur le mode coopératif et non sur le principe de compétition pour décrire la pensée de Charles Darwin à propos des évolutions d’espèce.

Jean-Paul Demoule observe qu’il y a cent cinquante déjà, Karl Marx avait remarqué que pour prospérer, le capitalisme a besoin d’individus convaincus qu’ils vivent sans attaches collectives.

IV.B. Présentation de l’ouvrage « L’art qui guérit » par Pierre Lemarquis :

Pierre Lemarquis présente aux membres son ouvrage. On trouvera le contenu de cette présentation ici.

Le rapport de l’OMS faisant synthèse des études et recherches à propos des effets de l’art sur la santé est consultable ici.

Les participants remercient Pierre Lemarquis pour la qualité de cette présentation.

Marie-Christine Briatte demande à Pierre Lemarquis si le fait de pratiquer un art est du point de vue du développement cognitif plus efficient que le fait d’en être spectateur.

Pierre Lemarquis confirme que la pratique d’un art accroît la psychomotricité des pratiquants.

Emmanuel Paris observe que le souci du beau caractérise bien des lieux de vie à travers les époques et quelle que soient les civilisations ; l’humain a pris très tôt conscience que son épanouissement individuel et collectif passe par l’artification de sa résidence. Emmanuel Paris dit à Pierre Lemarquis que ce cinquième ouvrage de sa part apporte une dimension politique, encourageant l’intervention artistique dans les politiques d’aménagement du territoire.

V. Questions annexes :

Claire Beugnet présente aux membres le « projet d’établissement 2020-2025 » et précise que ce document sera examiné pour validation par membres du Conseil de la Vie Sociale le 12 janvier 2021. Le document entrera en vigueur après la réunion du Conseil d’administration de l’association, début février.

Emmanuel Paris informe les participants que, par l’entremise de Pierre Lemarquis, une mise en relation avec M. Niqueux, président de l’association des « Jeunesses Musicales de France », a eu lieu ce mois de décembre 2020. Emmanuel Paris remercie Pierre Lemarquis, et explique que l’institution souhaite développer avec des opérateurs nationaux telles cette association, ainsi que « Les Conservatoires de France », des partenariats pour permettre aux enfants et aux jeunes de poursuivre leurs pratiques artistiques et culturelles initiées dans les Maisons, avec d’autres acteurs de la société civile. Emmanuel Paris présente cet axe de développement comme la volonté d’établir des parcours artistiques et culturels dans l’espace public, renforçant de la sorte les enfants et les jeunes sortis des effectifs des Maisons, dans leur citoyenneté. On trouvera ici une présentation des « Jeunesses Musicales de France ».

Emmanuel Paris recommande aux membres la lecture de deux articles actuellement en ligne, l’un d’Olivier Martin, l’autre d’Olivier Donnat, et portant sur la quantification de la vie culturelle :

Olivier Martin propose de présenter lors de la prochaine réunion du Conseil son ouvrage nouvellement paru aux Editions Armand Colin et intitulé « L’empire des chiffres ».

Les participants agréent cette proposition.

La prochaine réunion du Conseil scientifique aura lieu le vendredi 23 avril 2021, de 10h à 13h.

Madame la présidente du Conseil scientifique clôt la réunion.

Evaluation du parcours des enfants depuis juin 2020

Ce mois de novembre 2020, les équipes des Maisons ont travaillé comme chaque six mois à la rédaction d’un document clé de notre champ professionnel, appelé le “Document Individuel de Prise en Charge” (DIPC). Ce document permet de faire un point sur le parcours de l’enfant ou du jeune accueilli ; notre association a érigé pour règle d’associer celui-ci à ce bilan semestriel.

A cette occasion, et sur proposition du Conseil scientifique (voir sous-partie “II.B. Présentation des résultats statistiques du questionnaire proposé aux enfants et aux jeunes”), l’association a expérimenté pour la sixième fois l’outil évaluatif développé en interne, permettant de comparer chaque six mois les parcours des enfants et des jeunes selon les grandes rubriques organisant notre travail éducatif.

Une fiche a été distribuée aux équipes  du Centre de Jour, de la Maison du Cirque, de la Maison de la Danse, de la Maison des Découvreurs, de la Maison du Sport et de la Maison Vive :

Cette fiche a été remplie pour chaque enfant et jeune des Maisons précitées.

Les résultats, pour cette vague de novembre 2020, sont les suivants (53 fiches ont été traitées ; les enfants arrivés trop récemment dans nos effectifs, et les jeunes des studios et du service de maintien à domicile qui ne pratiquent pas systématiquement les activités culturelles de notre association, ne sont pas pris en compte).

I. Tendance générale ; les évaluations formulées par les équipes (en pourcentage) : 

(N.B : Nous surlignons le plus haut pourcentage obtenu).

“La situation s’est dégradée depuis 6 mois” : 9,5.

“La situation s’est améliorée depuis 6 mois, mais n’est pas encore satisfaisante” : 44,1.

“La situation s’est améliorée depuis 6 mois et donne satisfaction” : 19,75.

“La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (satisfaisant)” : 9,9.

“La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (insatisfaisant)” : 16,75.

II. Au cas par cas ; les thèmes, avec le plus haut pourcentage obtenu pour chacun d’eux  :

(N.B : Nous surlignons le plus haut pourcentage obtenu pour l’ensemble des thèmes).

“Le jeune et l’école” : La situation s’est améliorée depuis 6 mois et donne satisfaction (23).

“Le jeune et les liens familiaux” : La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (insatisfaisant) (25).

“Le jeune et les soins” : La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (satisfaisant) (26,9).

“Le jeune et l’éducation” : La situation s’est dégradée depuis 6 mois (24).

“Le jeune et l’activité culturelle” : La situation s’est améliorée depuis 6 mois et donne satisfaction (30,7).

Nous mobilisons cette fiche chaque six mois, à l’occasion des DIPC, afin d’être en mesure de dégager des tendances quant à la qualité des parcours des enfants et des jeunes de notre association, ainsi que des corrélations statistiques entre les différents thèmes de notre travail au quotidien avec eux : école, liens familiaux, soins, éducation (au sens de l’apprentissage du comportement en société), activité culturelle.

Les Maisons invitées par la Fondation Daniel et Nina Carasso à statuer sur les candidatures de l’appel à projets “Médiations et démocratie culturelle”

Ce 27 novembre, notre association était invitée par la Fondation Daniel et Nina Carasso sous l’égide de la Fondation de France à participer au jury désignant les lauréats de l’appel à projet Médiations et démocratie culturelle, dont on trouvera ci-après le paragraphe introductif :

Nous sommes ravis de vous annoncer l’ouverture de notre nouvel appel à projets « Médiations et démocratie culturelle », territorialisé sur les Hauts-de-France, qui s’inscrit dans notre axe Art Citoyen. Cet appel s’adresse à des collectifs formels ou informels qui porteront un projet artistique commun. Nous souhaitons contribuer à l’émergence et au développement de projets artistiques qui correspondent à la vision de la démocratie culturelle en créant les conditions d’une réelle participation citoyenne dès leur genèse et tout au long de leur réalisation.”

Cent vingt-neuf candidatures, issues d’associations, de collectifs citoyens, de collectivités territoriales, d’établissements artistiques et culturels répartis sur les quatre départements de notre région ont répondu à cet appel.

Ce 27 novembre, vingt-deux candidatures étaient examinées lors de la phase finale de ce processus de sélection.

Quatorze dossiers ont été retenus :

Un grand merci à la Fondation, fidèle soutien de notre programme artistique et culturel, pour cette nouvelle marque de confiance, bravo aux lauréats pour leur proposition permettant aux habitants des territoires des Hauts-de-France de créer avec des artistes, des artisans, des équipes municipales ou des services départementaux, régionaux ou de l’Etat, des établissements scolaires, des musées des actions collectives renforçant la vitalité de notre démocratie.

Publicisation des travaux des membres de notre Conseil scientifique (réactualisé au 10 octobre 2020)

Les travaux de Jean-Paul Demoule (Archéologie), Pierre Lemarquis (Neurologie), Olivier Martin (Sociologie),  membres de notre Conseil scientifique, sont valorisés par la communauté académique et les médias.

Nous réactualisons ce recensement au fil de la mise en ligne des communications permettant aux membres de notre Conseil scientifique d’exprimer leurs points de vue et analyses (par ordre alphabétique des auteurs) :

A propos de la façon dont le confinement s’inscrit dans l’histoire longue de l’humanité (Jean-Paul Demoule) : Emission “Concordance des temps”, France culture, 10 octobre 2020, ici.

A propos de ce que l’on voit, que nous trouvons beau, et qui nous fait du bien (Pierre Lemarquis) : “L’art qui guérit”, ouvrage à paraître au mois de novembre aux Editions Hazan, ici.

A propos de l’emprise du chiffrage pour la conduite des comportements (Olivier Martin) : “L’empire des chiffres”, paru aux Editions Armand Colin ce mois de septembre, ici.

Compte-rendu de la réunion du 2 octobre 2020

Compte-rendu de la réunion du Conseil scientifique de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Présents :

Claire Beugnet, directrice de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Bruno Defachelle, chef de service du DMAD DARF et de la Maison de la Danse, association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Jean-Paul Demoule, professeur des universités émérite en archéologie, Université Paris 1

Olivier Martin, professeur des universités en sociologie, Université Paris Descartes

Patrick Miquel, précédemment directeur de l’Enfance et de la Famille, Conseil départemental du Pas-de-Calais

Claire Oger, professeur des universités en sciences de l’information et de la communication, Université Paris-Est Créteil

Emmanuel Paris, directeur adjoint aux affaires culturelles de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Eric Parot, ingénieur physicien retraité Schlumberger Ltd, précédent coordinateur France Fondation SEED

Francis Rembotte, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Anick Traguardi-Menet, représentante du personnel de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Henri Villeneuve, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Excusés :

Marie-Christine Briatte, directrice du Pôle d’Action Municipale Solidarités et Réussites Educatives à la Mairie de Boulogne-sur-mer

Eric Legros, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Pierre Lemarquis, neurologue, attaché d’enseignement d’éthologie à l’université de Toulon-La Garde

Philippe Richard, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

I. Nomination de Claire Oger pour le renouvellement de la présidence du Conseil :

Emmanuel Paris informe les participants que, conformément aux délibérations du Conseil scientifique lors de sa réunion organisée le 4 octobre 2019, le Conseil d’administration de l’association a approuvé la proposition de la direction ; proposer à Claire Oger la présidence du Conseil scientifique.

Claire Oger a accepté cette nomination et en remercie l’association.

Claire Oger propose de reconduire les années à venir les axes de travail du Conseil scientifique, et encourage les membres à proposer de nouvelles contributions à l’instar des lectures commentées d’ouvrages ou d’articles initiées depuis deux ans.

Emmanuel Paris dit que l’association continuera à soutenir les projets de publication issus des études et recherches menées par le Conseil scientifique, et appuie toutes propositions de nouvelles contributions exprimées par ses membres.

Ouverture de la vingt-et-unième séance du Conseil scientifique par Madame la présidente.

II. Présentation de la saison culturelle 2020-2021, préparation du colloque « En vérités », juillet 2021 :

Emmanuel Paris distribue aux participants la note de rentrée de la saison 2020-2021.

On trouvera le détail de ce document ci-après :

Emmanuel Paris précise que ce document n’a pas vocation à diriger les acteurs du programme culturel dans la manière de s’approprier le thème de la saison, mais de proposer quelques inspirations susceptibles de mettre en mouvement les dynamiques créatives de la communauté.

Emmanuel Paris dit que cette note repose sur trois idées-clé : l’expressivité/singularité, la fabrique collective du vrai, la rationalité (savoir « faire enquête »).

Emmanuel Paris présente le programme de la saison, telle qu’il s’annonce au moment de l’organisation de la présente réunion du Conseil.

A ce jour, explique Emmanuel Paris, plusieurs établissements culturels et Fondations proposent le développement de projets en cette saison 2020-2021 :

– La Fondation Sopra Steria sous l’égide de l’Institut de France a accordé une dotation durant le confinement au mois d’avril, permettant l’acquisition d’un casque de réalité virtuelle ainsi que de contenus thérapeutiques développés par la société C2care. Dans séances avec des enfants présentant des phobies, troubles de l’attention et du comportement, comportements addictifs, seront régulièrement organisées par Alicia Gignet, psychologue de notre association ;

– La Communauté d’agglomérations du Boulonnais (CAB) organise deux résidences d’artistes en Danse auxquelles les enfants de la Maison du Cirque (compagnie “La Ruse”) et les enfants de la Maison de la Danse (compagnie “Farid’o”) collaborent de ce mois de septembre au mois de décembre 2020. Les créations issues de la première rencontre artistique seront présentées sur scène à Lille en juin 2021, et, s’agissant de la seconde rencontre, au Café-théâtre Michel Lafont, espace scénique de notre institution, le 13 novembre ;

– La Fondation Crédit Mutuel Nord Europe finance pour une deuxième année la réalisation d’ateliers à la Maison de la Musique destinés aux anciennes et aux anciens de l’institution. Il y aura tout au long de l’année une séance chaque deux semaines. L’objectif du collectif artiste (trois anciennes/anciens et le professeur de musique de la Maison de la Musique) est de produire un disque qui sera commercialisé en juin 2021 dans les espaces culturels des Centres commerciaux de Boulogne-sur-mer, ainsi qu’une prestation musicale au Café-théâtre Michel Lafont, espace scénique de notre institution ;

– Le Château d’Hardelot propose aux Maisons d’assister aux prestations du cycle “Discoveries”, et pour commencer cette saison, aux répétitions du collectif “Les cris de Paris” en train de créer en musique et en bel canto un opéra ;

– La Fondation Saint-Gobain soutient l’association dans la restauration de bâtiments (Maison du Cirque et gîtes accueillant les invités artistes et scientifiques du programme culturel). Ces chantiers ont commencé cet Eté ;

– La Fondation Daniel et Nina Carasso sous l’égide de la Fondation de France a agréé le projet « La couleur de l’eau » porté par le Cabinet de médiation en art contemporain Artconnexion et pour lequel les enfants des ateliers en arts plastiques du Centre de Jour et de la Maison Vive sont invités à réaliser avec Nicolas Floc’h, artiste plasticien, Hubert Loisel, océanographe, et l’équipe de la station océanographique de Wimereux pour développer des représentations de la couleur de l’eau marine au fil des saisons et des lieux, et en s’appuyant pour cela sur les études et recherches scientifiques en cours. Les ateliers seront organisés par Sylvie Mestre, professeur en arts plastiques, durant la période allant de novembre à avril 2021 (novembre-février : collaboration avec Nicolas Floc’h, mars-avril 2021 : sorties en mer des enfants à bord du navire océanographique de la station de Wimereux). Cette action est financée par la Fondation Daniel et Nina Carasso sous l’égide de la Fondation de France dans le cadre d’un plan triennal soutenant le développement du programme artistique et culturel de notre association. Autre action s’inscrivant dans ce partenariat, l’homme de théâtre et écrivain Rémy Boiron viendra de décembre à juin 2021 aux Maisons pour créer avec les enfants des prestations en public autour du thème “En vérités”, l’objectif étant d’instituer une “brigade poétique des Maisons”, allant dans l’espace public pour proposer aux passants des happenings éveillant au thème et ses considérations ;

– L’association socio-éducative du Tribunal Pour Enfants de Boulogne-sur-mer organisera en décembre une journée d’animation territoriale sur le thème des addictions. Différentes parties prenantes du champ de la protection de l’enfance contribueront à la programmation de cette journée. Les enfants et les jeunes de l’atelier théâtre du Centre de Jour ont conçu des saynètes filmées permettant la diffusion de ce film sur scène lors de la journée d’animation.

Emmanuel Paris conclut cette présentation en informant les membres du Comité que l’association est en train de travailler avec Marie-Christine Briatte, directrice du Pôle d’Action Municipale Solidarités et Réussites Educatives à la Mairie de Boulogne-sur-mer, pour contribuer à la réalisation du label “Cités éducatives” récemment obtenu par l’agglomération.

Deux contributions de l’association pour les trois années à venir sont proposées : le FabLab des Maisons, et un conservatoire botanique prochainement créé sur le site de la Ferme de Bertinghen, mobilisant notamment une intervention artistique en Land art. S’agissant du Conservatoire botanique, Emmanuel Paris informe les participants que l’association, sur les conseils d’Eric Parot, a candidaté, pour financement du projet, à l’appel à projets ci-après :

Emmanuel propose que la programmation du colloque « Rien n’est joué d’avance », initialement organisé le 3 juillet 2020 mais annulé en raison des mesures sanitaires dans le cadre de la lutte contre l’épidémie Codid-19, soit reconduite.

On trouvera le contenu de la programmation, telle que travaillée lors de la réunion du Conseil scientifique le 13 mars 2020, à l’adresse suivante (cf. II. « II. Préparation du Colloque « Rien n’est joué d’avance », vendredi 3 juillet 2020 ») :

Les participants agréent cette proposition.

Emmanuel Paris dit qu’il va recontacter les orateurs pressentis pour s’assurer de la reconduction de leur participation au colloque 2021, et présentera au Conseil un état d’avancement lors de la prochaine réunion trimestrielle.

III. Lectures commentées :

Emmanuel Paris distribue aux participants les textes recommandés par Claire Oger et Francis Rembotte.

On trouvera, recommandé par Claire Oger, le texte « Psychiatrie : gestion de la violence ou violence gestionnaire » de Yannis Gansel publié le 27 janvier 2020 à l’adresse ci-après :

Les textes recommandés par Francis Rembotte sont :

• Sophie Rahal (2019) “Mécénat : à qui profite la prime ?”, Télérama, 3642, 30 octobre 2019, pp. 20-26 ;

• Francis Charhon (2016), Vive la philanthropie, Paris, Editions du Cherche Midi.

III. A. Lecture de l’ouvrage « Vive la philanthropie » par Francis Rembotte :

Francis Rembotte expose aux participants ses observations et analyses :

« Francis Charhon, l’un des fondateurs de MSF et ancien directeur général de la Fondation de France, rappelle dans son livre « Vive la philanthropie » que « La philanthropie est la philosophie qui met l’humanité au premier plan de ses priorités ».

Parmi les philanthropes, les particuliers qui donnent majoritairement à des associations (4 milliards en 2013 par 16% des foyers français). Mais aussi les fondations et les fonds de dotation.

Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale est certainement, dans notre champ professionnel, l’association qui a le plus recours au financement privé par l’intermédiaire de fondations.

Dès lors il n’est pas inutile de se pencher sur ce phénomène.

Pour le philosophe Pierre Henri Tavoillot, Maitre de conférences à la Sorbonne, auparavant « l’aumône faisait partie des commandements divins et constituait la voie pour obtenir la rémission des pêchers et, sinon le salut, du moins l’espoir du salut.

Aujourd’hui et considérant le recul de la religion, l’aumône a été remplacé par la solidarité mais, à la différence du généreux qui agit de manière désintéressée, le solidaire combine altruisme et égoïsme. Etre solidaire en effet, c’est agir en faveur de quelqu’un dont je partage les intérêts, de sorte qu’en défendant les siens, je protège les miens. »

En France, la solidarité est « imposée ».  On parle de solidarité « mécanique » qui s’exprime par une série de mesures redistributives et est financée par l’impôt. Cette forme de solidarité conduit parfois à un désintérêt de l’individu pour son prochain vulnérable – Il a délégué sa capacité d’empathie à des institutions publiques. Il paye des impôts pour ne plus entendre parler de la misère, pour qu’elle soit traitée ailleurs que sur le pas de sa porte, entre la boulangerie et le distributeur de billets.

Heureusement, beaucoup de nos concitoyens sont capables d’une vraie générosité qui, elle, est un acte volontaire. L’individu contemporain ne donne pas seulement pour payer moins d’impôts, car même moins cher, le don coûte toujours Il ne donne pas non plus pour frimer auprès de son voisin car le don est souvent discret. Il donne parce qu’il n’est guère possible d’être heureux en voyant les autres malheureux. Il donne pour donner un sens à sa vie. Signalons que l’Etat encourage ce type de don en permettant aux particuliers qui n’est soumis qu’à l’impôt sur le revenu d’en déduire 66% de son don (dans la limite de 20% de ses revenus imposables) et 75% s’il paie l’ISF (allégement limité à 50 000€), ce qui, entre parenthèse, fait de l’Etat le premier philanthrope de France…)

Quant aux plus riches de nos concitoyens, ils créent un fond de dotation ou une fondation.

Un fond de dotation est une structure souple et légère permettant une grande autonomie. Elle doit être dotée d’au moins 15 000€. Le philanthrope s’occupe lui-même de la gestion administrative (publication des comptes et du rapport d’activité). Il en existe 2500 en 2017.

Une fondation est une personne morale de droit privé à but non lucratif créée par un ou plusieurs donateurs, eux-mêmes pouvant être des personnes physiques ou morales, pour accomplir une œuvre d’intérêt général. Il en existe 2600 en 2017 qui emploient 130 000 salariés.

Pour une fondation d’utilité publique la dotation initiale doit être au moins de 1.5 millions. Elle peut recevoir des subventions, des dons et legs (630 Fondations d’Utilité Publique).

Une fondation abritée n’a pas le statut de personne morale, elle est assujettie à la fondation abritante sur le plan juridique et fiscal. Elle dispose d’une autonomie opérationnelle plus ou moins importante selon le capital et la fondation abritante. (Pour la Fondation de France par ex. 200 000 /an sur 5 ans.) 

Les « abritantes » (52 en France) sont la FdF (Près de 1000 fondations abritées), L’institut de France (L’Institut de France est une institution française créée en 1795. Il rassemble les élites scientifiques, littéraires et artistiques de la nation afin qu’elles travaillent ensemble à perfectionner les sciences et les arts, à développer une réflexion indépendante et à conseiller les pouvoirs publics), CARITAS, etc.

Quelle est la différence entre une association et une fondation ?

Alors qu’une association est le regroupement de plusieurs personnes avec la volonté d’agir ensemble autour d’un objectif commun, une fondation existe par l’affectation irrévocable de biens à la réalisation d’une œuvre d’intérêt général. Une fondation, c’est de l’argent privé mis à disposition d’une cause publique.

La gouvernance est très différente : une association a par nature un fonctionnement démocratique. les décisions sont prises par l’assemblée générale de ses membres, qui peut déléguer tout ou partie de ses prérogatives à un conseil d’administration élu parmi ses membres, alors que la fondation a une gouvernance basée sur un conseil d’administration non élu mais choisi par le ou les fondateurs. Ce conseil prend seul les décisions.

Ce secteur philanthropique est en plein développement en France. Un tiers des 2600 fondations existantes dans le pays en 2019 a été créé depuis 2010. (+ 4% par an)

Le poids économique des fondations croît rapidement avec 27 milliards d’actifs et 11 milliards de dépenses annuelles pour l’intérêt général.

50% des fondations sont le fait de particuliers (34% – 35 à 55 ans. 31% – 55 à 65 ans -25% 65 ans et plus – 10% moins de 35ans.) qui ont été répartis en 4 catégories :

  1. Les héritiers, inscrits dans une histoire familiale. Ils prolongent la démarche initiée par leurs parents ou grands-parents ;
  2. Les militants, mobilisés par une cause. (Environnement, recherche médicale, cause animale…) ;
  3. Les enfants de la république qui pensent devoir leur réussite personnelle à l’ascenseur social et estime devoir restituer une partie de ce qu’ils ont reçu à leur pays ;
  4. Les entrepreneurs solidaires qui pensent que les affaires doivent intégrer une dimension sociale, culturelle ou environnementale, avec ou sans considération économique. C’est cette catégorie des entrepreneurs solidaires qui se développe le plus rapidement.
  5. 31% d’entreprises. Le reste par congrégations, les établissements de l’Enseignement et de la Recherche Publique.

Il s’agit de soutenir des projets qui aident les plus vulnérables (enfance maltraitée, personnes handicapées, personnes âgées, personnes exclues) ou qui favorisent l’accès à la culture.

La motivation peut s’arrêter là mais elle peut aussi et malheureusement trouver ses racines ailleurs.

Ainsi, une entreprise très connue de vente de vêtements fabriqués au Bangladesh dans des conditions très déplorables par de très jeunes filles sous-payées, a-t-elle créée une fondation qui ne finance que des projets d’associations locales, projets présentés par les directeurs de ses magasins. De cette manière, ces cadres peuvent, s’ils en ressentent le besoin, se déculpabiliser de participer indirectement à cette exploitation, en soutenant une association locale à caractère social.

On le voit, dans ce cas, qui n’est pas rare, ce n’est donc plus seulement la générosité ni l’incitation fiscale qui motive le don, c’est un ressort plus complexe qui est propre à chaque entreprise mais dans lequel l’économie, sinon le profit, a toujours sa place… Aucune enquête d’envergure ne confirme ce propos mais lorsqu’on sait que toutes les entreprises du CAC 40, sans exception, ont créé leur fondation, on peut légitimement penser qu’il en est ainsi pour nombre d’entre elles.

Ces fondations agissent dans plusieurs domaines :

–              24% interviennent dans le domaine de l’action sociale

–              17% dans le domaine de la santé et la recherche médicale.

–              17% dans le domaine des arts et de la culture

–              Puis… Education, Environnement, cause animale, intervention à l’étranger….

Cette philanthropie en plein essor est-elle appelée à remplacer le service publique ?

Une espérance pour certains qui considèrent que l’Etat et les collectivités locales ne sont pas assez réactifs, pas assez agiles, que leur administration est trop lourde, tandis que d’autres pensent qu’en outre, ils ne font pas les bons choix. Ils n’interviennent pas sur les besoins réels de la population parce que déconnectés de la vraie vie. Signalons que ceux-là, que l’on trouve dans le camp des partisans du libéralisme économique, le camp de ceux qui voudraient cantonner l’Etat à ses missions régaliennes, acceptent néanmoins que les pouvoirs publics financent à 60% leurs actions philanthropiques (Allègement limité à 5/1000 du chiffre d’affaire) mais leur dénient tout droit de regard, considérant qu’eux seuls ont le monopole de la définition des besoins collectifs et qu’ils doivent pouvoir disposer librement de leurs capitaux.

Mais dans une démocratie, c’est par la délibération collective, les débats parlementaires et la levée d’impôts, que cette question est tranchée. Le principe de base, c’est que la collectivité sait mieux qu’un petit groupe fortuné ce qui est bon pour l’ensemble du pays. Sinon on vit dans une oligarchie.

C’est ce que révèle une enquête de la Cour des comptes, de novembre 2018 qui rappelle que « les réductions d’impôts accordées par la loi Aillagon de 2003 a un coût, car c’est de l’argent qui n’entre pas dans les caisses de l’Etat (90 millions en 2004, 900 millions en 2017) alors même que depuis 17 ans, aucun organisme n’a été chargé d’estimer où de contrôler le coût réel de ces mesures et d’évaluer leur impact sur la société ».

Aujourd’hui et devant l’ampleur du phénomène, beaucoup d’observateurs s’accordent sur la nécessité d’encourager la philanthropie, mais en prenant toute disposition pour que son développement ne se fasse pas au détriment de l’action publique ni ne soit prétexte à une réduction de l’engagement des Pouvoirs Publics. Le risque existe. On sait en effet que bon nombre d’associations ont pu observer ces dernières années, une baisse de leurs subventions et se sont tournées vers les fondations pour tenter d’équilibrer leur budget. La question reste posée de savoir si, pour les collectivités publiques, il s’agit d’une réelle recherche d’économie ou si ce mouvement participe de la mise en œuvre d’une approche libérale de l’action sociale et culturelle.

Par exemple, en montant leurs propres collections d’art contemporain et leurs expositions, ces fondations concurrencent directement les collections des institutions publiques qui se trouvent privées des ressources financières autrefois apportées par ces grands mécènes.

Le champ de la philanthropie devrait être principalement celui de l’innovation, de l’expérimentation, de l’action dans des champs non couverts par la puissance publique, de l’intervention en situation d’urgence comme lors de catastrophes naturelles.

On le voit, la philanthropie a une dimension éminemment politique. Cette dimension est souvent discrète voire cachée mais réelle.

Notre association, qui vient d’affirmer son attachement à des valeurs fortes comme la démocratie et la solidarité, ne peut rester indifférente à ce phénomène et à ses implications.

Elle ne doit pas renoncer à cette possibilité de soutien qui lui donne des marges de manœuvre financières et un pouvoir d’agir accru mais elle doit le faire en pleine conscience, soucieuse d’éviter les ambigüités. Elle doit, en toutes circonstances, vérifier que ces partenaires occasionnels, par leur histoire et leur action, ne sont pas en contradiction avec ce qu’elle défend et fonde sa légitimité. »

Les participants remercient Francis Rembotte pour cette lecture précise et pleine d’enseignements.

Jean-Paul Demoule demande à Francis Rembotte si cette montée en puissance de la philanthropie dans le soutien aux champs de l’environnement, de la culture, du soin, de la santé peut s’expliquer par la loi du 1er août 2003 relative au mécénat, aux associations et aux fondations, dite « loi Aillagon » qui a largement réformé la fiscalité du mécénat.

Francis Rembotte répond qu’il y voit plutôt un mouvement de société plus profond, agréant à l’action philanthropique ce qui par le passé était considéré comme pré-carré de l’action publique.

Olivier Martin observe que cette période 2000-2020 a été pour l’Université française celle de la recommandation à développer des levées de fonds via fondations ad hoc au nom de l’amélioration de la qualité d’accueil et de suivi des étudiantes et étudiants, mais que cela s’est accompagné d’une baisse de l’investissement public avec aujourd’hui de gros problèmes quotidiens pour l’organisation des parcours de formation dans les meilleures conditions.

Emmanuel Paris demande à Jean-Paul Demoule si la tension entre acteurs philanthropiques et pouvoir central n’est pas à l’œuvre depuis des siècles, et si par conséquent la question de savoir si elle est une manifestation de l’actuelle évolution néolibérale de la société peut être relativisée.

Jean-Paul Demoule pense plutôt qu’une lecture historique des relations entre philanthropes et pouvoir central doit être pensée en terme de systèmes de croyance religieuse ; il y a un modèle philanthropique protestant qui n’équivaut pas au modèle catholique. L’intervention directe de l’individu dans les affaires du monde pour les améliorer et ainsi créer les conditions de son salut personnel (modèle protestant) semble prendre le dessus sur le modèle de la gestion des actions caritatives par une administration (la curie romaine).

Francis Rembotte observe que les tensions les plus palpables entre acteurs philanthropiques et puissance publique sont surtout cantonnées dans le champ de l’action humanitaire. Francis Rembotte rappelle qu’aussi puissantes aujourd’hui soient les fondations, leurs investissements sont encore largement en-deçà de ceux de la puissance publique.

Claire Oger et Francis Rembotte disent que la suppression de l’impôt sur la fortune a contribué à l’affaiblissement des dons de particuliers, et impacte sans aucun doute la marge budgétaire des fondations.

Eric Parot dit que la Fondation SEED (Schlumberger Excellence in Education Development) est l’une des premières instances de l’entreprise à voir ses budgets réduits quand la santé financière de Schlumberger Ltd. est moins bonne. Eric Parot précise cependant que les actions de la fondation permettant à l’entreprise de développer ses activités industrielles sont priorisées. Eric Parot conclue sur le fait que s’il n’est pas possible de considérer la fondation comme un outil de l’entreprise en matière de gestion et de valorisation de ses ressources humaines, il reste que la fondation permet à Schlumberger Ltd d’entretenir des liens avec des zones géographiques dont l’économie lui profite.

Francis Rembotte insiste sur la nécessité d’examiner au cas par cas les valeurs portées par telle ou telle fondation ; sont-elles en adéquation avec celles de l’association qui pense à concourir à leur appel à projets ?

Les membres du Conseil agréent cette mise en garde et remercient Francis Rembotte pour cette contribution éclairante.

III. B. Lecture de l’article « Psychiatrie : gestion de la violence ou violence gestionnaire » par Claire Oger :

Claire Oger expose aux participants ses observations et analyses :

« L’article de Yannick Gansel s’efforce d’éclairer les paradoxes relevés dans les pratiques de structures psychiatriques, mais aussi plus généralement du champ médico-social. A l’origine de la réflexion, l’apparente contradiction entre deux événements touchant une même structure (l’Hôpital psychiatrique du Rouvray) à quelques mois d’écart : une condamnation par le Contrôleur des lieux de privation de liberté d’une part (pour violation des droits fondamentaux des usagers) et d’autre part une grève de la faim, entamée par les personnels de la structure, pour protester contre les conditions de prise en charge des patients. Comment comprendre cette apparente incohérence dans le souci du bien être des patients ?

L’éclairage apporté par Y. Gansel repose sur une approche diachronique qui revient aux années 1960 : à cette époque les tenants de la « psychothérapie institutionnelle » adoptent une approche critique, analysant les formes de la violence institutionnelle dans les lieux fermés, et valorisant, contre les formes de la répression ou du contrôle qui y dominent des notions comme la « désinstitutionalisation » ou la « contenance » : cette dernière notion se comprend alors comme la capacité (d’une mère) à procurer à un enfant un environnement bienveillant où il puisse se développer harmonieusement.

Dans les institutions contemporaines, ce vocabulaire peut être encore d’actualité (comme le montrent par exemple le dernier rapport sur les droits des enfants, ou les injonctions à la « contenance » dans les institutions éducatives). Pourtant les mots ont changé de sens, compte tenu de l’évolution du contexte social et des infléchissements des politiques publiques : sont pointés plus particulièrement les injonctions croissantes à « l’autonomie » et à l’empowerment, ou encore le « virage          ambulatoire », qui conduisent à soustraire en grande partie les usagers sinon à l’action, du moins à l’environnement et à l’accompagnement autrefois procurés par les institutions.

Dans un contexte néolibéral de recul de l’État social, la désinstitutionalisation est davantage, désormais, le retrait de l’institution, et la « contenance » de plus en plus vouée à contrôler les « cas difficiles » dont le nombre en augmentation préoccupe les institutions éducatives.

Il convient donc pour Y. Gansel, non seulement de prendre en considération ces évolutions mais de plaider pour la défense d’un certain nombre de valeurs et de pratiques, qui prennent acte des droits fondamentaux des usagers tout en continuant à assumer pleinement leur prise en charge : réflexivité, maintien des savoirs cliniques, pratiques délibératives et participation des usagers y figurent en bonne place.

La lecture de Y. Gansel peut ainsi conduire à la conclusion que la violence n’est plus aujourd’hui à chercher uniquement du côté de l’emprise des institutions sur les individus, mais aussi, pour les usagers, dans les formes moins structurées de prise en charge dont ils font l’objet, et pour les personnels dans les contraintes contradictoires dans lesquelles ils se trouvent placés.

La discussion qui suit entre les participants fait apparaître différents niveaux de contradiction : entre la nécessaire individualisation des parcours et le risque de dispersion ou d’éclatement du collectif, entre l’autonomisation des individus et le maintien de règles collectives, entre les avantages du maintien en famille et les apports souvent décisifs du placement, etc. ».

Les membres du Conseil discutent des mots-clés relevés par Claire Oger, et qui sont effectivement importants à étudier pour saisir l’évolution du champ professionnel de la protection de l’enfance ; on voit à nouveau la notion de « violence institutionnelle » régir des modalités de contrôle des institutions, ceci s’accompagnant d’une transformation de l’idée de « contenance » au nom d’un mouvement de « désinstitutionnalisation » présenté comme progressiste.

Francis Rembotte observe que le recours à l’accompagnement « déambulatoire » (i.e le suivi en dehors de l’espace physique de l’institution, par exemple au domicile parental) peut être incompatible avec la restructuration d’un enfant particulièrement malmené, et ayant grandement perdu ses repères. Francis Rembotte dit que cette externalisation de l’intervention sociale, avec une prédilection pour l’aide à la parentalité, peut sur-responsabiliser les membres d’une cellule familiale pourtant affaiblie par des pratiques éducatives défaillantes. Francis Rembotte conclue que ces manières de faire manifestent un changement de paradigme qu’il nomme comme relevant de « l’injonction à l’autonomie » ; au principe de responsabilité incarné par les institutions (elles sont responsables au nom de la société de la protection des enfants) se substitue le principe de culpabilité (s’ils arrivent ces problèmes, c’est que les enfants ne savent pas se protéger et doivent l’apprendre par eux-mêmes, c’est aussi que les adultes ne savent pas protéger les enfants et doivent l’apprendre par eux-mêmes).

Claire Beugnet observe que si le mouvement de désinstitutionnalisation fut en effet manifeste ces vingt dernières années, celui-ci aujourd’hui s’atténue ; on assiste par exemple par les jugements des tribunaux pour enfants à beaucoup plus de décision de mesures de placement que de dispositifs de maintien à domicile avec intervention du travailleur social.

Claire Beugnet dit que l’aspiration à externaliser l’intervention sociale peut aussi se comprendre si l’on se réfère à la parole des enfants vivant en Maison d’enfants ; des enfants peuvent nous dire avec raison qu’il leur est difficile de vivre au quotidien avec douze autres enfants de leur groupe. La vie en collectivité, si elle peut être une dynamique permettant de reprendre confiance en soi, de se socialiser, peut être pesante et motiver les demandes de plus de moments à soi, à l’écart du groupe, avec des amis, avec sa famille.

Emmanuel Paris observe que l’idée de « violence institutionnelle » fut particulièrement mobilisée par le Défenseur des droits, à l’occasion de la parution du rapport publié en 2019.

Claire Oger et Francis Rembotte analysent cette sévérité du rapport envers les institutions publiques de la protection de l’enfance comme prise de position au moment même où la précarité augmente dans la société française, avec des budgets qui peinent à la traiter.

Henri Villeneuve voit dans cette sévérité accrue une crise de confiance entre la République et ses institutions, à l’image de la défiance accrue des citoyens envers leurs représentants élus.

Olivier Martin dit que l’idée néolibérale mériterait d’être étudiée et débattue dans le cadre d’une réunion du Conseil, car son acception selon laquelle « l’individu est entrepreneur de lui-même » (injonction à sa voir construire sa vie par soi-même) sur-responsabilise l’individu, le culpabilise, et minore le rôle des institutions dans leur capacité à aider les personnes dans l’accomplissement de leurs droits.

Olivier Martin cite l’ouvrage de Barbara Stiegler : Il faut s’adapter, et dit qu’il offrirait au Conseil une référence intéressante pour étayer cette discussion.

Claire Oger cite un autre ouvrage ressource : L’appel des appels.

Anick Traguardi-Menet et Francis Rembotte observent que les budgets alloués à la dépendance des publics dits « vulnérables » sont devenus si conséquents que les collectivités peinent à les constituer, à les développer en fonction de la demande.

Eric Parot dit que la violence institutionnelle peut, à l’image du milieu hospitalier » être générée par une rationalité gestionnaire privant les personnels des moyens nécessaires pour accompagner avec humanité les patients.

Les membres du Conseil remercient Claire Oger pour cette lecture et conviennent de consacrer une discussion à propos du néolibéralisme et ses effets sur les développements de société.

IV. Formalisation d’un questionnaire de satisfaction à l’attention des enfants et des jeunes dont la mesure éducative se termine aux Maisons :

Emmanuel Paris distribue aux participants un document de travail transmis à Claire Beugnet Par Madame Nathalie Leprêtre, directrice de la Maison d’enfants de Guizelin. Madame Leprête a accepté de partager ce document de travail, car notre association comme la Maison d’enfants de Guizelin souhaitent proposer systématiquement à la fin de leur mesure éducative aux enfants et aux jeunes des deux institutions respectives un questionnaire de satisfaction.

Le comité de direction a réfléchi à une adaptation de cet outil aux besoins de l’association, à savoir ces moments où il s’agit de dire au revoir à l’enfant, au jeune, dont la mesure éducative aux Maisons d’achève.

Emmanuel Paris distribue aux participants cette maquette de questionnaire, en précisant qu’elle privilégie les questions ouvertes afin de favoriser le dialogue entre l’enfant et l’adulte. Cette maquette se présente de la façon suivante :

« Questionnaire de fin d’accompagnement

Date :

Nom :

Prénom :

Unités ou service :

Bonjour, ceci est un questionnaire que nous proposons au moment où tu quittes nos effectifs, et dont les réponses pourront nous aider à améliorer notre accompagnement avec les enfants qui sont dans nos Maisons, ou qui y arriveront après toi. Pour chacune de ces questions, n’hésite pas à dialoguer avec ton éducateur référent, ton chef de service. N’oublie pas que chaque 2 juillet, l’association organise une fête pour se retrouver, nous espérons ta présence. N’hésite pas à nous donner de tes nouvelles.

I. Combien de temps a duré ton séjour au sein de l’établissement ?

II. Est-ce que tu te souviens de ton arrivée chez nous ?

III. Est-ce que tu te souviens de la personne qui t’a accueillie ?

IV. Quels sont les moments qui t’ont marqué au sein de l’établissement ?

V. Qu’as-tu pensé en découvrant ta chambre ?

VI. As-tu apprécié d’avoir une chambre individuelle ?

VII. Qu’as-tu pensé en découvrant la vie dans une Maison d’enfants ?

VIII. Est-ce que tu penses que ta présence chez nous t’aidera dans ta nouvelle vie ?

IX. D’une manière générale, que penses-tu de l’accompagnement au sein de la Maison d’enfants ?

Signatures :

Jeune                                                                                                                                 Educateur / Chef de service »

Olivier Martin et Claire Oger recommandent que le paragraphe introductif soit un tiré à part ; un feuillet joint au questionnaire, lequel serait une matrice d’entretien et non pas un questionnaire dont les résultats nourrissent un dispositif évaluatif.

Les membres agréent cette recommandation.

Olivier Martin dit que l’acte de signature suppose une co-écriture des réponses inscrites et se demande si cela est possible pour des enfants de bas âge. Emmanuel Paris recommande que ce moment de dialogue mémoriel rétrospectif soit mené par le chef de service et l’éducateur référent afin de solenniser son importance ; il s’agit par cette conversation en quête des souvenirs du placement de dire à l’enfant que ces souvenirs sont importants aussi bien pour l’institution que pour lui, quand plus tard il souhaitera renouer avec différents âges de sa vie.

Francis Rembotte recommande le remplacement du mot « présence » par le mot « passage » (question VIII.), Claire Oger recommande de symétriser la question IX., permettant à l’enfant de s’exprimer aussi bien d’une manière critique que positive à propos de l’accompagnement vécu durant son passage au sein des Maisons.

Les membres du Conseil agréent ces recommandations.

Emmanuel Paris remercie les participants et dit qu’il mettra à disposition des équipes ce nouveau document. Emmanuel Paris précise que ce nouveau document intégrera aussi les fiches qualité articulées au nouveau projet d’établissement.

V. Questions annexes :

Emmanuel Paris demande aux participants s’ils souhaitent des thèmes à travailler pour les prochaines réunions du Conseil scientifique.

Olivier Martin confirme l’inscription à l’ordre du jour de la prochaine réunion une lecture commentée de l’ouvrage de Barbara Stiegler : « Savoir s’adapter », et dit aussi se rendre disponible pour la troisième réunion trimestrielle du Conseil, afin de présenter son ouvrage récemment paru ; « L’empire des chiffres ».

Emmanuel Paris signale aux participants que Pierre Lemarquis est d’accord pour présenter lors de la prochaine réunion une présentation de son ouvrage à paraître : « L’art qui guérit ! ».

Emmanuel Paris demande aux participants si la rédaction d’un Programme Scientifique et Culturel des Maisons, document stratégique définissant les attendus d’une politique culturelle d’établissement et valable pour les cinq années à venir, est toujours à l’ordre du jour des activités à venir du Conseil.

Claire Oger recommande qu’au préalable soit transmis aux membres le projet associatif des Maisons, ainsi que le projet d’établissement en cours de rédaction.

Emmanuel Paris dit que ces documents seront transmis d’ici la prochaine réunion. La prochaine réunion du Conseil scientifique aura lieu le vendredi 8 janvier 2021, de 10h à 13h.

Madame la présidente du Conseil scientifique clôt la réunion.

Note de rentrée saison culturelle 2020-2021

Le thème de la saison culturelle de cette année 2020-2021 est : « En vérités ».

Ce sont trois peintures, réalisées en 2015 par trois filles d’une même fratrie à l’attention de leurs éducateurs pour les remercier de la qualité de leur accompagnement. Trois maisons, chacune créée selon des couleurs, des traits, des espacements singuliers bien que le motif soit le même. Chaque enfant a choisi des chromatiques dont Pierre Lemarquis, membre de notre Conseil scientifique, détaille dans un livre prochainement à paraître les qualités respectives : « Le jaune solaire et chaleureux suscite la joie et l’optimisme, le bleu repose et convient aux sujets nerveusement épuisés, il calme et favorise la réflexion, le rouge revitalise et donne de l’énergie, il favorise l’action. »

Le dessin, la peinture sont autant de gestes artistiques spontanés dont sont coutumiers nos enfants, nos jeunes ; ils les réalisent souvent pour nouer un dialogue avec leurs éducateurs et éducatrices. Par ces graphismes, les enfants souhaitent nous exprimer quelque chose d’eux ; joie, énervement, inquiétude, aspiration à un monde idéal où il fait bon vivre, en sécurité. Ces motifs représentent souvent une maison ; il s’agit de savoir habiter, marquer sa présence et faire de l’espace et du temps des lieux et des moments à soi. Au-delà de la récurrence du thème de la domesticité, les esthétiques des dessins diffèrent d’un enfant à l’autre. L’expressivité, cette capacité à représenter le monde, et la singularité, celle de dire par ses choix de couleurs, de formes les traits distinctifs de son humeur, sont deux premières acceptions auxquelles nous pensons pour présenter « En vérités ».

Formuler ce que je suis (le « En » de notre thème), accueillir la diversité des manières d’être au monde (le pluriel du mot « vérités ») sont depuis 2011 et l’année de création de notre association deux valeurs cardinales du programme artistique et culturel « L’aventure de la vie ».

Faire part de son point de vue personnel, cette disposition à affirmer son être en société pour dire ce qui est vrai, fut au cœur des préoccupations du philosophe Michel Foucault (Dits et écrits II, 1976-1988, Paris, Editions Gallimard, 2001). Dans l’ouvrage précité, l’auteur réfléchit à ce qui nous constitue en tant qu’individu apte à se faire entendre, à se faire respecter, à s’épanouir dans de multiple systèmes régis par des contraintes, des obligations menant à l’autocensure – ce que Foucault a nommé dans ses travaux la tension problématique entre « le sujet et la vérité ». Pour être considérée dans sa prise de parole, pour être reconnue comme personne importante en tant que détentrice d’un savoir, d’une connaissance, d’une expérience vécue qu’il est nécessaire de prendre en compte nous dit le philosophe, il faut trouver des appuis, des alliés, des organisations humaines bienveillantes – ce que Foucault nomme les « régimes de véridiction ».

Comment ne pas penser à leur propos aux multiples réunions de nos équipes chaque semaine, aux réunions de concertation que nous organisons en présence des enfants, de leurs référents sociaux et de leur famille, aux audiences programmées par les Juges des Enfants ? Dans ces moments institutionnels réguliers où il s’agit de faire concorder les analyses, les points de vue des uns et des autres, se fabriquent collectivement des vérités, des énoncés normatifs, des manières de formuler la vie de l’enfant, ce à quoi il peut prétendre.

Expressivité, singularité ; la véridiction, cette fabrique collective du vrai, constitue une troisième acception de notre thème.

Savoir pouvoir s’appuyer sur des organisations humaines bienveillantes pour exprimer ce que l’on pense, ce que l’on souhaite, n’est pas suffisant. Toute personne, enfant, adulte, doit trouver en elle les ressources pour avoir le courage de dire sa vérité, car c’est au risque de ne pas être crue, d’être frustrée d’une décision insatisfaisante. Le philosophe Alain Badiou a réfléchi à cet effort que chacun doit consentir pour faire entendre sa vérité et à celui que la société doit accepter de réaliser pour garantir sa prise en compte. M. Badiou dit que ces efforts individuels, collectifs, sociétaux, sont considérables, rarement pérennes : l’avènement d’une vérité valable pour tous doit être considéré comme un « événement », c’est-à-dire un fait imprévisible, imprévu (L’Immanence des vérités. L’Être et l’Événement 3, Paris, Editions du Seuil, 1988). Il n’y a, autrement dit, pas de normalité, pas de facilité – bien au contraire, à ce qu’une prise de parole, à ce qu’un énoncé sur le monde, sur ce qu’il faudrait changer pour le rendre meilleur, soient considérés d’emblée comme vrai et valable pour tous. Etudiant l’Histoire au fil des siècles, M. Badiou conclut que l’acceptation durable par tous d’une prise de parole de quelqu’un se prétendant détenir la vérité absolue est au mieux un heureux hasard, au pire un accident qui aura de multiples conséquences douloureuses.

« En vérités », optant pour la mise au pluriel du mot vérité, et son articulation avec la préposition « En », valorise par conséquent cette idée d’une variété de paroles prétendant au vrai dont il faut faire l’analyse afin de convenir de la proposition la plus juste, la plus acceptable. Mener l’enquête sur sa vie, sur la vie : telle est l’une des conditions essentielles de l’épanouissement de nos enfants, telle est aussi la disposition requise pour une vie bonne en démocratie.

L’éthique professionnelle des métiers de l’éducation spécialisée nous semble de la sorte bien formulée par un chercheur anglo-saxon, John Dewey, qui n’avait pourtant jamais étudié notre champ professionnel : mener l’enquête, ce n’est pas faire l’éloge de la défiance, de la paranoïa, de l’incapacité à croire quiconque. Etre enquêteur de la vie, être méthodiquement en quête d’une vérité qui pourtant se dérobe, être curieux du moindre détail qui pourrait contredire ce qui est affirmé comme incontestable, c’est au contraire une disposition d’esprit permettant de bien vivre avec les autres, d’être en harmonie avec le monde (John Dewey (1993), Logique. La Théorie de l’enquête [1938], Paris, Presses Universitaires de France).

Permanence de l’encouragement à l’expressivité des enfants et des jeunes de notre association, prise en compte de leur singularité, acceptation d’une pluralité de point de vue y compris les plus différents, les plus éloignés de ce que l’on pense, quête du vrai vécue comme un travail quotidien, reconnaissance d’un accord valable pour tous fut-ce quand nous ne nous y attendons pas, quand nous ne nous y attendions plus : ce sont, en vérités, quelques idées clés auxquelles nous pensons pour inspirer cette année.