Archives de catégorie : Conseil scientifique

“Histoire d’un songe” : le film

La saison culturelle avait pour thème “En vérités” : tout au long de l’année les enfants et les jeunes de notre institution ont préparé dans le cadre de leurs ateliers bi-hebdomadaires le spectacle exprimant cette quête.

Ci-présentes les créations des enfants, mises en récit par Romuald Pierru et  filmées sur la scène “Le Phenix” d’Outreau la première semaine de juillet 2021 par l’équipe d’A bouts de films :

Rendez-vous le 7 juillet pour le spectacle interprétant Arborescence.

Compte-rendu de la réunion du 8 octobre 2021

Compte-rendu de la réunion du Conseil scientifique de l’association

« Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

8 octobre 2021

Présents :

Joseph Bako, chef de service de la Maison de la Musique et des studios, association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Claire Beugnet, directrice de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Marie-Pierre Bouchaudy, précédemment cheffe de l’inspection de la création artistique à la direction générale de la création artistique, Ministère de la Culture

Fleur Guy, responsable de formations supérieures et chargée de recherches Institut Ocellia site de Lyon, géographe

Christophe Lefèvre, chef de service de la Maison du Cirque et de la Maison du Sport, association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Eric Legros, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Pierre Lemarquis, neurologue, éthologue, attaché d’enseignement d’éthologie à l’université de Toulon-La Garde

Olivier Martin, professeur des universités en sociologie, Université Paris Descartes

Claire Oger, professeur des universités en sciences de l’information et de la communication, Université Paris-Est Créteil, présidente du Conseil scientifique

Emmanuel Paris, directeur adjoint aux affaires culturelles de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Eric Parot, ingénieur physicien retraité Schlumberger Ltd, précédent coordinateur France Fondation SEED

Excusés :

Marie-Christine Briatte, directrice du Pôle d’Action Municipale Solidarités et Réussites Educatives à la Mairie de Boulogne-sur-mer

Bruno Defachelle, chef de service de la Maison de la Danse et du DMAD DARF, association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Jean-Paul Demoule, professeur des universités émérite en archéologie, Université Paris 1

Patrick Girard, éducateur du service DMAD DARF, représentant du personnel, association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Patrick Miquel, précédemment directeur de l’Enfance et de la Famille, Conseil départemental du Pas-de-Calais

Francis Rembotte, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Philippe Richard, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Anick Traguardi-Menet, membre du Conseil d’administration de l’association “La Maison des Enfants de la Marine”

Henri Villeneuve, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Ouverture de la vingt-troisième séance du Conseil scientifique par Madame la présidente.

I. Présentation du thème de la saison 2021-2022 et point sur le programme culturel :

Emmanuel Paris présente le thème de la saison, inaugurée à la mi-septembre avec la reprise des ateliers hebdomadaires dans les Maisons. Ce thème est : « Arborescence ». On trouvera ci-après la note de rentrée proposant quelques acceptions à son sujet :

Emmanuel Paris dit que trois idées clé organisent ce texte ; la « catégorisation », « l’hybridation », la « résilience ».

S’agissant de la première idée, Emmanuel Paris dit que les équipes éducatives observent une grande activité d’agencement des objets et des choses glanés par les enfants au fil des randonnées pédestres avec leurs éducatrices et éducateurs. Emmanuel Paris propose l’analyse selon laquelle l’enfant, pour grandir, exprimer aux autres et à lui-même qui il est à mesure de son grandissement, recompose à l’image des conservateurs des muséums, ses collections d’affinités personnelles et les expose.

S’agissant de l’idée d’hybridation, Emmanuel Paris recommande la lecture de récents ouvrages d’histoire et de philosophie en sciences botaniques affirmant l’avènement d’un nouveau paradigme ; ces sciences du végétal s’intéresseraient en priorité aux processus d’hybridation du vivant, quand, par le passé et pendant longtemps, les scientifiques considéraient les espèces en tant qu’entités immuables. Emmanuel Paris dit que la note de rentrée reprend cette idée pour réfléchir à la question de la parenté, oh combien importante pour les enfants de l’association. Emmanuel Paris ajoute que le programme artistique et culturel « L’aventure de la vie », par métaphore, escompte les mêmes effets sur l’ouverture au monde des enfants que ceux observés sur les plantes au contact du vent, de la pluie, de la proximité avec d’autres essences, par le butinement des insectes.

Dernière idée clé structurant cette note de rentrée présentant le thème « Arborescence », le champ de la protection de l’enfance, des tribunaux pour enfants aux assistantes familiales en passant par les équipes des Maisons des Solidarités, des Maisons de notre association constituent un écosystème, organisation sociale propice à l’épanouissement des enfants, à l’image du terreau permettant aux plantes en difficultés de reprendre leur croissance, à l’image aussi des champignons dont on sait aujourd’hui qu’ils sont des démultiplicateurs d’énergie pour l’extension des racines végétales.

II. Point sur l’état d’avancement du programme artistique et culturel :

Emmanuel Paris distribue aux participants le calendrier de la saison 2021-2022 dont on trouvera le contenu ici.

Emmanuel Paris informe les participants que des actions artistiques et culturelles vont être réalisées d’ici juillet 2022 mais n’apparaissent pas encore dans le calendrier, car en attente de finalisation.

Emmanuel Paris présente les actions en cours ou à venir :

  1. Le 17 septembre a été inaugurée au Musée de Boulogne-sur-mer l’exposition « Rien n’est joué d’avance », qui y sera programmée jusqu’au 14 décembre. Pour la première fois dans leur histoire institutionnelle respective, FRAC Grand Large – Hauts-de-France et Musée de Boulogne-sur-mer, nos partenaires muséaux depuis sept ans, ont décidé de partager leurs fonds d’exposition afin de créer avec les enfants une exposition produite conjointement. La prochaine édition, en 2022, reconduira ce partenariat tripartite, avec une exposition finale des enfants au FRAC. Les ressources numériques du Fablab associatif, soutenu par la Fondation Sopra Steria – Institut de France, ont été mobilisées par les enfants pour créer « Rien n’est joué d’avance ». On trouvera plus d’informations sur cette exposition ici : https://www.lesmaisonsdesenfantsdelacotedopale.com/exposition-rien-nest-joue-davance/ ;
  2. Le 7 octobre au Café-théâtre de l’association, les enfants et les éducatrices et éducateurs de service ont pu visionner en avant-première le film réalisé première semaine de juillet 2021 en la salle « Le Phenix » d’Outreau. Les contraintes sanitaires n’ont pas permis de réaliser un spectacle avec présence du public dans la salle, mais l’institution a voulu cependant honorer les enfants et leur travail réalisé tout au long de l’année au fil de leurs ateliers ; une équipe de tournage a capté leur prestation sur scène. Ce film sera prochainement visionnable en ligne sur notre site internet ;
  3. Le jury, constitué du comité de direction, a sélectionné Juliette Dusange et Marion Ponsard, artistes paysagistes, et Benoît Destiné, botaniste pépiniériste, pour créer avec les enfants des Maisons un jardin sis sur le site de la Ferme de Bertinghen. Ce projet est trisannuel (2021-2023), soutenu par la Fondation Daniel et Nina Carasso sous l’égide de la Fondation de France et la Fondation Marc Rohrbach sous l’égide de la Fondation de France, et développé dans le cadre du label d’Etat « Cités éducatives » (classes SVT, de français, d’arts plastiques des collèges du territoire collaborant à la conception / réalisation) ;
  4. Le Centre de Jour accueille cet Automne des artistes recommandés par les « Jeunesses Musicales de France » ; trois interventions sont programmées, permettant d’expérimenter l’action musicale comme nouveau vecteur d’apprentissage aux côtés du théâtre et des arts plastiques déjà présents. Ce partenariat avec les « Jeunesses Musicales de France » bénéficie d’une aide du Fonds de cet opérateur national et international : l’objectif est de reconduire et d’amplifier la programmation de ces ateliers dans les années à venir ;
  5. La résidence art / science « La couleur de l’eau », réalisée par Nicolas Floc’h, artiste, le cabinet de médiation en art contemporain « Artconnexion » et le Laboratoire « Océanographie et Géosciences » CNRS, site de Wimereux, reconduit les ateliers avec les enfants du Centre de jour et de la Maison Vive cet Automne. Cette résidence est financée par la Fondation Daniel et Nina Carasso sous l’égide de la Fondation de France. On trouvera plus d’informations sur cette résidence ici : https://www.lesmaisonsdesenfantsdelacotedopale.com/la-couleur-de-leau/ ;
  6. L’écrivain, homme de théâtre Rémy Boiron, poursuivra sa résidence d’écriture créative avec les enfants afin de fonder une « brigade poétique » au premier semestre 2022. Cette résidence est financée par la Fondation Daniel et Nina Carasso sous l’égide de la Fondation de France. On trouvera plus d’informations sur cette résidence ici : https://www.lesmaisonsdesenfantsdelacotedopale.com/residence-art-science-2021/ ;
  7. Le collectif artiste constitué d’anciennes et d’anciens de la Maison de la Musique publie prochainement son premier disque, qui sera commercialisé dans les espaces culturels du territoire. Cette action est soutenue par la Fondation Crédit Mutuel Nord Europe. On trouvera plus d’informations sur ce soutien à la création ici : https://www.lesmaisonsdesenfantsdelacotedopale.com/en-avant-premiere-creations-du-conservatoire-des-maisons/.

III. Préparation du colloque « Arborescence », 4 juillet 2022 :

Emmanuel Paris demande aux participants si le prochain colloque, organisé dans le cadre du festival annuel « Journées d’Enfance » qui cette année sera programmé du 1er au 7 juillet 2022, reconduit la programmation des deux précédentes éditions, annulées en raison des contraintes sanitaires.

Les participants proposent de concevoir une nouvelle programmation.

Emmanuel Paris propose de consacrer la prochaine réunion du Conseil scientifique, le 7 janvier 2022 à la finalisation de cette programmation, et demandent aux participants de solliciter tous intervenants qu’ils pensent d’intérêt pour parler du thème « Arborescence » et ses possibles acceptions.

Les participants agréent cette proposition.

Claire Oger recommande de s’intéresser au collectif citoyen qui, en France, plante des arbres fruitiers, répondant de la sorte à l’appel lancé par le navigateur Bernard Moitessier voici quarante ans.

Claire Oger dit qu’il serait aussi intéressant de se rapprocher de l’équipe du CIRAD qui développe des logiciels simulant la croissance des espèces végétales.

Marie-Pierre Bouchaudy recommande d’inviter les acteurs du centre de création des arts et des cultures numériques fondé en 1998 à la Friche “Belle de Mai” à Marseille :

Emmanuel Paris remercie les membres du Conseil pour ces recommandations et les invite à prendre contact avec les institutions précitées pour leur proposer d’intervenir au colloque « Arborescence ».

A noter : depuis la réunion du Conseil donnant lieu à la rédaction du présent compte-rendu, le sociologue Arthur Vuattoux a accepté d’intervenir au Colloque pour présenter son ouvrage : « Adolescences sous contrôle. Genre, race, classe et âge au tribunal pour enfants ». Une invitation est aussi lancée à un Juge des Enfants pour qu’un dialogue puisse avoir lieu durant le colloque au sujet des analyses formulées dans cet ouvrage.

IV. Lecture commentée par Fleur Guy du livre d’Arthur Vuattoux (2021), « Adolescences sous contrôle. Genre, race, classe et âge au tribunal pour enfants », Paris, Les presses de Science Po :

On trouvera ici une présentation de l’ouvrage par son éditeur.

Fleur Guy fait une lecture commentée de l’ouvrage d’Arthur Vuattoux.

Les membres du Conseil remercient Fleur Guy pour cette présentation.

Eric Parot demande quelle fut la réaction des Juges des enfants, des acteurs de la protection judiciaire de la jeunesse, aux thèses de ce livre.

Fleur Guy répond que l’auteur a souhaité dès la parution de son ouvrage rencontrer les acteurs du champ pour en débattre.

Olivier Martin observe que l’institution judiciaire est une institution relativement « réflexive », citant par exemple l’activité de la mission études et recherches du Ministère de la Justice.

Claire Oger dit que l’Ecole Nationale de la Magistrature intègre dans son offre de formation des cours de Sciences Humaines et Sociales.

Eric Parot demande si la judiciarisation du parcours de l’enfant est constatée au fur et à mesure des années, après sa majorité.

Fleur Guy observe que l’ouvrage d’Arthur Vuattoux ne s’intéresse pas tant à cette question de l’âge alors qu’annoncé parmi les sous-titres de l’opus.

Christophe Lefèvre dit que ce sujet est intéressant, mais mériterait d’être approfondi tant les analyses de l’auteur ne se retrouvent pas, ou peu avec les enfants accueillis par notre association.

Claire Beugnet et Joseph Bako approuvent l’observation de Christophe Lefèvre ; la différence de traitement judiciaire selon que l’enfant est garçon, fille, français ou mineurs isolés étrangers, n’apparait pas aussi clairement que dans les études de cas traitées par Arthur Vuattoux.

Christophe Lefèvre pose l’hypothèse que le terrain d’enquête de l’auteur (la région Ile-de-France) présente des singularités que l’on ne retrouve pas dans le territoire judiciaire du Boulonnais.

Claire Oger, Emmanuel Paris proposent qu’Arthur Vuattoux soit invité à prendre la parole au colloque « Arborescence » pour dialoguer avec un Juge des enfants.

Les membres du Conseil agréent cette proposition.

A noter : Depuis la rédaction du présent compte-rendu, Arthur Vuattoux, a accepté d’intervenir lors du colloque.

V. Lecture commentée par Olivier Martin de son ouvrage paru chez Armand Colin en 2020 : « L’empire des chiffres. Une sociologie de la quantification » :

On trouvera ici une présentation de l’ouvrage par son éditeur.

Olivier Martin fait une lecture commentée de son ouvrage.

Les membres du Conseil remercient Olivier Martin pour cette présentation.

Claire Beugnet dit que le mode de gouvernance des Maisons d’enfants n’échappe pas aux descriptions faites par Olivier Martin à propos du pilotage par indicateurs. Claire Beugnet cite par exemples le taux d’activité, le taux d’occupation des lits.

Eric Parot dit que les sciences physiques ont de plus en plus de difficultés à préciser la notion de « temps », et voit là un paradoxe où cette notion est devenue aussi organisatrice de nos sociétés.

Claire Oger propose que les enfants réfléchissent à leur tour à la formulation d’indicateurs de qualité de vie, d’indicateurs de satisfaction qui pourraient enrichir la panoplie des indicateurs d’ores et déjà utilisés. Olivier Martin se dit intéressé pour suivre ce travail avec les enfants.

A noter : Depuis la rédaction du présent compte-rendu, Rémy Boiron, écrivain en résidence aux Maisons ce premier semestre 2022, a confirmé son accord pour travailler avec les enfants et Olivier Martin sur la formulation d’indicateurs de qualité de vie de notre association. Rémy Boiron participera à la réunion du 7 janvier.

Marie-Pierre Bouchaudy dit que le champ de l’action artistique et culturelle peine à dégager des indicateurs quantitatifs valorisant la qualité des actions entreprises, tant les effets à mesurer sont difficiles à formuler. Marie-Pierre Bouchaudy explique que le nombre d’entrées d’un film de cinéma, d’une pièce de théâtre, d’un concert, n’est pas corrélé avec la satisfaction qu’en retire le public.

Pierre Lemarquis observe que des outils recourant à l’évaluation quantitative en neurosciences, tels l’échelle de Hamilton, biaisent les résultats (cet outil peut créer les effets qu’il souhaite mesurer).

Fleur Guy constate que la dimension quantitative des évaluations est questionnée par les équipes des établissements sociaux et médicaux-sociaux et qu’une réflexion sur la production des indicateurs chiffrés est à ce titre essentielle.

Olivier Martin observe qu’historiquement, l’opposition à cette inflation est vaine. Olivier Martin précise que des mouvements de résistance optant plutôt pour le conseil en développement d’autres manières d’évaluer, d’analyser les statistiques, ont eu plus de succès.

Eric Legros observe que l’emploi du temps est devenu tel pour les enfants accueillis en Maison d’enfants (multiples rendez-vous médicaux, emploi du temps scolaire, rencontres avec la famille médiatisées par les MDS) qu’il pèse sur leur équilibre psychique.

VI. Présentation de la recherche réalisée avec le soutien de l’Observatoire National de la Protection de l’Enfance : « Le territoire est-il un vecteur de construction de lien ? Une approche sociogéographique des liens en protection de l’enfance » :

Emmanuel Paris informe les participants que le Conseil scientifique de l’Observatoire National de la Protection de l’Enfance a retenu le projet dont on trouvera ci-après une première présentation :

Emmanuel Paris propose aux membres de consacrer une partie de la prochaine réunion du Conseil scientifique à cette étude longitudinale. Les membres agréent cette proposition.

A noter : depuis la rédaction du présent compte-rendu, Chloé Colpé, partie prenante de la réalisation de cette recherche, a accepté l’invitation de participer à la réunion du Conseil du 7 janvier. On trouvera ici plus d’informations sur les recherches de Chloé Colpé.

La prochaine réunion du Conseil scientifique aura lieu le vendredi 7 janvier 2022, de 10h à 13h.

A l’ordre du jour notamment, la présentation par Pierre Lemarquis de son nouvel ouvrage.

Madame la présidente du Conseil scientifique clôt la réunion.

Le programme de notre nouvelle saison est en ligne !

Comme chaque année à la même époque nous éditons le programme culturel mois après mois. Pour le télécharger cliquez ici.

Note de rentrée saison culturelle 2021-2022

Le thème de la saison culturelle de cette année 2021-2022 est : « Arborescence ».

1913 : « Le berger qui ne fumait pas, alla chercher un petit sachet et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l’un après l’autre avec beaucoup d’attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l’aider. Il me dit que c’était son affaire. En effet : voyant le soin qu’il mettait à ce travail, je n’insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s’arrêta et nous allâmes nous coucher. (…) Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d’insistance dans mes questions pour qu’il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille étaient sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu’il y a d’impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser à cet endroit où il n’y avait rien auparavant.

Quarante ans plus tard : « Sur l’emplacement des ruines que j’avais vues en 1913, s’élèvent maintenant des fermes propres, bien crépies, qui dénotent une vie heureuse et confortable. Les vieilles sources, alimentées par les pluies et les neiges que retiennent les forêts, se sont remises à couler. On a canalisé les eaux. A côté de chaque ferme, dans des bosquets d’érables, les bassins des fontaines débordent sur des tapis de menthes fraîches. Les villages se sont reconstruits peu à peu. Une population venue des plaines où la terre se vend cher s’est fixée dans le pays, y apportant de la jeunesse, du mouvement, de l’esprit d’aventure. »

(Jean Giono (2014), L’Homme qui plantait des arbres [1954], Paris, Gallimard jeunesse, p. 1, p. 7, p.19).

Les enfants de notre association, souvent les plus jeunes, aiment ramener de retour de randonnée avec leurs éducatrices et éducateurs des trouvailles glanées chemin faisant. Branches, cailloux, coccinelles, fleurs, escargots, herbes folles ; ces collections sont pour les enfants comme le moyen de garder mémoire de ce qui a eu lieu lors de ces pérégrinations, de ce que fut le lieu de leurs explorations. De retour dans les Maisons, les enfants confient à l’adulte ces biens précieux, ou les posent à des endroits bien choisis pour mieux les retrouver, soit dans une volonté de les partager avec d’autres, soit pour tenter d’agrémenter leur chambre. Dans ces moments dignes du travail d’inventaire et de classement des muséums d’histoire naturelle, l’équipe éducative doit comme “Elzéard Bouffier”, berger de son état et personnage fictif inventé par Jean Giono, séparer le bon grain de l’ivraie ; ce qui peut entrer dans la Maison, ce qui ne le peut, ce qui peut prospérer, ce qui serait implanté en vain.

Cette activité d’agencement, de classification, de répartition de sa relation de soi au monde, est une première façon de comprendre le thème de notre saison.

L’enfant constitue année après année des arborescences émotionnelles : des trésors personnels, des façons singulières et réfléchies d’être en lien avec l’autre que soi, des manières d’affirmer ses goûts. Ces arborescences affectives, esthétiques, ces attachements le définissent à mesure de son grandissement, marchant ainsi dans les pas de l’humanité, marquée à toute époque et en toute région du monde par l’émotion ressentie devant le mystère de la nature et méditant les conditions pour aimer sa splendeur ou, a contrario, détester ses possibles dangers, quitte à la juguler, lutter contre elle (Alain Corbin (2020), La douceur de l’ombre. L’arbre, source d’émotions, de l’Antiquité à nos jours, Paris, Flammarion, collection « Champs – Champs histoire »).

Ces associations privilégiées de choses et d’êtres, extraits par ses soins des espaces et des temps qu’il découvre et qu’il s’approprie, sont autant de points d’appui pour permettre à l’enfant de se dire qui il est et exprimer aux autres comment le comprendre. À nous de les repérer, et de l’instruire si la nature lui inspire la peur, l’indifférence. Nombreuses sont en effet les études nous rappelant que plus l’écosystème constitué par l’enfant, pour l’enfant, est riche de diversités, d’entités multiples associées à son initiative et avec la coopération de l’adulte bienveillant, plus sa conscience de l’altérité, plus son intelligence de ce qui fait collectivité, de ce qui construit et décuple les relations, croissent, se développent et lui annoncent une vie bonne en société.

Pour cette raison fondamentale, les métiers de l’éducation spécialisée sont des métiers jardiniers ; il s’agit de cultiver patiemment et continuellement avec l’enfant l’enfance de l’éveil. Comme le jardinier, nous travaillons chaque jour avec des êtres en devenir ; si nous réussissons, l’identité de l’enfant accueilli ne sera pas fixée par son histoire biographique, souvent traumatique, à tout le moins problématique, et raison de son placement le temps de pouvoir renaître à la vie. Le pari de notre intervention éducative est, autrement dit, de l’accompagner dans ses mouvements, son éclosion, sa dynamique d’existence.

De la sorte, et c’est là une deuxième façon de comprendre « Arborescence », nous nous inscrivons dans cette philosophie du mélange, devenue aujourd’hui dominante en science botanique (Emmanuel Coccia (2016), La Vie des plantes. Une métaphysique du mélange, Paris, Payot et Rivages).

Si la graine, la semence en bas de la plante, dans le sol, ont longtemps été considérées comme le ferment de l’intelligence, la feuille, le pétale de la fleur, sur la hauteur de ces êtres et hors du sol, sont désormais considérés par les scientifiques comme les endroits où se fabriquent la parenté, la généalogie, l’idée du familial : c’est là que s’hybrideraient les gênes. Certes les cellules de l’être végétal évoluent selon la direction du vent, la proximité avec d’autres espèces, l’arrosage des pluies, mais ces évolutions ne se font pas par la force, la prédation, comme on l’a longtemps pensé ; le végétal nous montre que la symbiose – cette façon harmonieuse et pacifique de recomposer le vivant, est première.

Les plantes ont ainsi cette particularité d’être inversées, et c’est un point commun avec les enfants de notre association. Comme les végétaux dont les feuilles, le pétale sont l’organe le plus important pour le devenir car ils grandissent en effet du haut par les rayons du Soleil, par le souffle du vent transportant matière à féconder, les enfants le font de même par l’appel d’air de l’ouverture au monde proposé par notre programme artistique et culturel intitulé « L’aventure de la vie ». Renforcés par l’assurance de constater qu’ils peuvent créer en arts, en lettres, sciences, en sports, en technique et en technologie, les enfants peuvent revisiter, reformuler leur parcours de vie, recombiner leurs rapports au monde, leurs racines familiales.

Ce n’est pas que le sol, les circonstances de la naissance, n’aient pas d’importance, bien au contraire : les études botaniques montrent combien les rencontres des racines avec des démultiplicateurs d’énergie tels les champignons sont déterminantes pour la vitalité des plantes, (Peter Wohlleben (2017), La vie secrète des arbres. Comment ils ressentent. Comment ils communiquent, Paris, Les arènes). Pas moins crucial non plus est le tronc, la tige, à mi-hauteur entre le sol et la cime : pour tenir droite malgré la rafale, pour harmoniser son expansion dessous et dessus, la plante a besoin de cet axe vertical, non pas rigide au risque de la casse, mais flexible, s’adaptant aux aléas de l’enracinement, de la feuillaison, de la floraison.

Comment ne pas voir dans ces démultiplicateurs d’énergie qu’ils soient en haut ou en bas, dans cet axe qui plie mais ne rompt pas, des figures de notre écosystème ? : juges des enfants, référentes et référents sociaux, professeures et professeurs de nos ateliers, intervenantes et intervenants de « L’aventure de la vie » sont autant de conditions fertiles de la résilience, terreau de l’arborescence.

Evaluation du parcours des enfants depuis novembre 2020

Ce mois de juin 2021, les équipes des Maisons ont travaillé comme chaque six mois à la rédaction d’un document clé de notre champ professionnel, appelé le “Document Individuel de Prise en Charge” (DIPC). Ce document permet de faire un point sur le parcours de l’enfant ou du jeune accueilli ; notre association a érigé pour règle d’associer celui-ci à ce bilan semestriel.

A cette occasion, et sur proposition du Conseil scientifique (voir sous-partie “II.B. Présentation des résultats statistiques du questionnaire proposé aux enfants et aux jeunes”), l’association a expérimenté pour la septième fois l’outil évaluatif développé en interne, permettant de comparer chaque six mois les parcours des enfants et des jeunes selon les grandes rubriques organisant notre travail éducatif.

Une fiche a été distribuée aux équipes  du Centre de Jour, de la Maison du Cirque, de la Maison de la Danse, de la Maison des Découvreurs, de la Maison du Sport et de la Maison Vive :

Cette fiche a été remplie pour chaque enfant et jeune des Maisons précitées.

Les résultats, pour cette vague de juin 2021, sont les suivants (69 fiches ont été traitées ; les enfants arrivés trop récemment dans nos effectifs, et les jeunes des studios et du service de maintien à domicile qui ne pratiquent pas systématiquement les activités culturelles de notre association, ne sont pas pris en compte).

I. Tendance générale ; les évaluations formulées par les équipes (en pourcentage) : 

(N.B : Nous surlignons le plus haut pourcentage obtenu).

“La situation s’est dégradée depuis 6 mois” : 18,4.

“La situation s’est améliorée depuis 6 mois, mais n’est pas encore satisfaisante” : 37.

“La situation s’est améliorée depuis 6 mois et donne satisfaction” : 27,5.

“La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (satisfaisant)” : 19,9.

“La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (insatisfaisant)” : 23,1.

II. Au cas par cas ; les thèmes, avec le plus haut pourcentage obtenu pour chacun d’eux  :

(N.B : Nous surlignons le plus haut pourcentage obtenu pour l’ensemble des thèmes).

“Le jeune et l’école” : La situation s’est améliorée depuis 6 mois et donne satisfaction (24,5).

“Le jeune et les liens familiaux” : La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (insatisfaisant) (42).

“Le jeune et les soins” : La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (satisfaisant) (27,5) et La situation s’est améliorée et donne satisfaction (27,5).

“Le jeune et l’éducation” : La situation s’est améliorée depuis 6 mois, mais n’est pas encore satisfaisante (24,6) et La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (insatisfaisant) (24,6).

“Le jeune et l’activité culturelle” : La situation s’est améliorée depuis 6 mois et donne satisfaction (37,8).

Nous mobilisons cette fiche chaque six mois, à l’occasion des DIPC, afin d’être en mesure de dégager des tendances quant à la qualité des parcours des enfants et des jeunes de notre association, ainsi que des corrélations statistiques entre les différents thèmes de notre travail au quotidien avec eux : école, liens familiaux, soins, éducation (au sens de l’apprentissage du comportement en société), activité culturelle.

Notre association sélectionnée pour participer à une étude soutenue par l’Observatoire National de la Protection de l’Enfance

Le Conseil scientifique de l’Observatoire National de la Protection de l’Enfance a annoncé ce jour dans le cadre de ses appels à projets 2021 la sélection du projet d’études et de recherches conçu par l’Institut de formation et de recherche en intervention sociale Ocellia, le Centre Max Weber (Université Lyon 2) et mobilisant trois institutions ; l’Association Acolea (territoire Métropole Est Lyon, 69), l’Association Les Ecureuils (territoire plateau haut-vivarais Lignon, 43) et notre institution.

Les enfants volontaires et les professionnels des trois associations seront conviés à participer à une étude longitudinale (sur 18 mois) permettant de documenter le parcours de vie des enfants sur le chemin de leur autonomisation (capacité à organiser par soi-même le cours de sa vie), avec une double approche géographique et socio-anthropologique.

Chloé Colpé filmera régulièrement en entretiens ces personnes, enfants, adultes, pour suivre les chemins de l’émancipation.

Un grand merci à Fleur Guy, membre de notre Conseil scientifique pour nous avoir permis de participer à cet appel à candidatures.

Compte-rendu de la réunion du 8 janvier 2021

Compte-rendu de la réunion du Conseil scientifique de l’association

« Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Présents :

Claire Beugnet, directrice de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Marie-Christine Briatte, directrice du Pôle d’Action Municipale Solidarités et Réussites Educatives à la Mairie de Boulogne-sur-mer

Marie-Pierre Bouchaudy, cheffe de l’inspection de la création artistique à la direction générale de la création artistique, Ministère de la Culture

Jean-Paul Demoule, professeur des universités émérite en archéologie, Université Paris 1

Pierre Lemarquis, neurologue, éthologue, attaché d’enseignement d’éthologie à l’université de Toulon-La Garde

Olivier Martin, professeur des universités en sociologie, Université Paris Descartes

Patrick Miquel, précédemment directeur de l’Enfance et de la Famille, Conseil départemental du Pas-de-Calais

Claire Oger, professeur des universités en sciences de l’information et de la communication, Université Paris-Est Créteil, présidente du Conseil scientifique

Emmanuel Paris, directeur adjoint aux affaires culturelles de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Eric Parot, ingénieur physicien retraité Schlumberger Ltd, précédent coordinateur France Fondation SEED

Francis Rembotte, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Anick Traguardi-Menet, représentante du personnel de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Henri Villeneuve, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Excusés :

Patrick Girard, éducateur du service DMAD DARF, association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Fleur Guy, Géographe

Eric Legros, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Louis Quéré, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Philippe Richard, membre du Conseil d’administration de l’association « Les Maisons des Enfants de la Côte d’Opale »

Invité :

Rémy Boiron, comédien, écrivain

Ouverture de la vingt-deuxième séance du Conseil scientifique par Madame la présidente.

I. Présentation de Marie-Pierre Bouchaudy et de Patrick Girard, nouveaux membres du Conseil scientifique :

Emmanuel Paris informe les membres du Conseil que deux personnalités ont accepté d’intégrer l’instance. Emmanuel Paris remercie Marie-Pierre Bouchaudy et Patrick Girard pour cet engagement. Emmanuel Paris excuse Patrick Girard, absent pour cette réunion ; Patrick Girard est éducateur du service DMAD DARF de l’association ; il représentera les personnels de notre institution.

Emmanuel Paris explique les modalités de cette nomination ; les précédentes éditions du colloque organisé par l’association lors du festival annuel ont donné lieu à la programmation d’ateliers co-animés par des membres du Conseil et des éducatrices, éducateurs, maîtresses de maison. Emmanuel Paris a contacté ces personnes (six membres d’équipes éducatives des Maisons) pour leur proposer de candidater au poste de représentant des personnels pour le Conseil scientifique. Quatre membres ont candidaté ; la nomination de Patrick Girard a fait appel à la règle de l’ancienneté dans les effectifs. Cette nomination est motivée par le prochain départ à la retraite d’Anick Traguardi-Menet, qui a par ailleurs accepté de continuer à siéger au Conseil.

Marie-Pierre Bouchaudy présente aux membres son parcours professionnel. Marie-Pierre Bouchaudy a occupé différentes fonctions au ministère de la Culture : dans les services transversaux de la Délégation au développement et aux formations (1990-1998), à la DRAC Picardie, au cabinet de Michel Duffour, secrétaire d’Etat au patrimoine et à la décentralisation culturelle (2000-2002), et à celui d’Audrey Azoulay, ministre de la Culture (2016-2017). Marie-Pierre Bouchaudy a été par ailleurs responsable de la Culture à La Ligue de l’enseignement (1998-2000), directrice de la Culture à la Région Bretagne (2004-2010) et chargée d’une mission d’accompagnement et de conseil auprès de l’agglomération de Plaine Commune – Territoire de la culture et de la création (2011-2015). Marie-Pierre Bouchaudy est cheffe du service de l’inspection de la création artistique au ministère de la Culture depuis début 2018.

II. Point sur l’état d’avancement de la saison culturelle 2020-2021 :

Emmanuel Paris remercie Rémy Boiron, qui a commencé le 6 janvier 2021 une résidence d’artiste aux Maisons. Emmanuel Paris explique que cette résidence fait partie des actions artistiques et culturelles financées par la Fondation Daniel et Nina Carasso (plan triennal de résidences art / science 2020-2023). Rémy Boiron présente sa résidence avec les enfants et les équipes, organisée au premier semestre 2021.

Rémy Boiron présente aux participants un avant-projet de cette résidence.

« 1. Réflexions préalables :

En m’y plongeant, j’ai réalisé que la « vérité », est un sujet tellement vaste (Une dizaine de page Wikipédia, 80 lignes dans le dictionnaire historique d’Alain Rey, plus de 300 lignes en petits caractères dans le Grand Robert, …),

Qu’on ne peut parler que de vérités, au pluriel.

Alors même que la vérité se prétend souvent unique et absolue.

Aussi, peut-être que la vérité ne peut être que multiple, même si, pour des raisons particulières, l’homme est souvent amené à n’en considérer qu’une partie.

Je prends un exemple :

Pour nous, occidentaux, 1+1 = 2 et cela va de soit, comme une évidence, une vérité socle.

Mais pour un aborigène, 1+1 = 3 et cela va de l’évidence pour lui, une vérité.

Car pour représenter 1, il prend une petite liane et fait un nœud en son milieu.

Pour faire un autre 1, il répète l’opération avec une deuxième liane.

Et pour additionner les deux… il les relie d’un nœud.

D’où 1+1 = 3

… Ce qui, à mon sens, en soit, n’est pas faux, car l’addition de deux corps offre souvent davantage que la simple somme de ceux-ci.

À deux, on trouve souvent des idées que ni l’un ni l’autre ne pourrait trouver seul.

Mais il paraît difficile de bouleverser le système mathématique occidental aujourd’hui pour prendre en compte cette « vérité ».

… Même si elle me semble nécessaire.

Prenons un autre exemple, celui de la croissance économique.

On nous dit qu’une bonne croissance mondiale, pour le plein emploi et la prospérité de chacun serait de 3% par an. Et nous y sommes à peu près.

On pourrait supposer que à l’échelle d’un siècle, la croissance serait de 300 % (3% par an pendant 100 ans), c’est à dire quatre fois plus (100% = 2 fois plus, 200% = 3 fois plus).

Or, on oublie de calculer un petit paramètre, le nœud aborigène J

Si la croissance est de 3% une année, pour arriver au même résultat l’année suivante, il faut une croissance de 3%… d’une production qui a déjà augmenté de 3% l’année précédente, donc 3,02%, et davantage l’année suivante et ainsi de suite.

Aussi, au rythme de 3% par an, la croissance sur un siècle serait non pas de 300%, mais de 1.900 %, c’est à dire vingt fois plus.

Est-il raisonnable de penser que nous pouvons produire dans cent ans vingt fois plus d’ordinateurs, de voitures, de blé, de couches, de rideaux, de machines à laver, … ?

Où est la vérité ?

Ou plutôt… que fait-on de cette vérité ?

Le sujet est passionnant.

Voici ce qu’en dit Wikipédia en introduction :

« Définition générale :

La vérité est un concept abstrait qui se situe au confluent, pour l’humain, d’une croyance en un système issu de la conscience et représentative du réel, et de sa correspondance supposée avec le symbolisme du langage.

Théories de la vérité

. Correspondantisme

Le correspondantisme, appelé aussi théorie de la vérité-correspondance, est l’ensemble des théories définissant la vérité comme une relation de correspondance entre un énoncé et une chose réelle. Un énoncé est vrai seulement s’il correspond à la chose à laquelle il réfère dans la réalité.

. Cohérentisme

Le cohérentisme est l’ensemble des théories définissant la vérité comme une relation de cohérence systématique d’une théorie composée de multiples énoncés. Un énoncé est vrai seulement s’il fait partie d’un système cohérent d’énoncés.

. Pragmatisme

Le pragmatisme est l’ensemble des théories définissant la vérité comme la propriété d’une croyance qui se révèle satisfaisante à la fin de l’étude. William James et Charles Sanders Pierce sont les deux grands représentants du pragmatisme.

. Constructivisme

Le constructivisme est l’ensemble des théories selon lesquelles la vérité est le produit d’une construction sociale contingente.

. Redondantisme

Le redondantisme est la théorie de la vérité selon laquelle la vérité est indéfinissable car redondante. Le redondantisme est caractérisé par la thèse d’équivalence selon laquelle énoncer une proposition (affirmation) est équivalent à affirmer que cette proposition est vraie ; autrement dit : « p est vrai” » est équivalent à l’énoncé « p est » tout seul, ce qui revient à dire que « …vrai » ne signifie rien de plus. Gottlob Frege est le premier à avoir défendu le redondantisme. »

On peut donc constater que la vérité se décline sous différentes théories, et que le concept lui-même a évolué au fil du temps.

Par exemple :

Au 10ème siècle, il désigne en religion une opinion conforme au réel, opposé à l’erreur, puis au 12ème siècle, de manière générale, la conformité de l’idée avec son objet, d’un récit avec un fait. Il s’oppose alors au mensonge.

… Et que dire de « In vino veritas » ?

Ou de Jésus déclarant : « Je suis le chemin, la vérité et la vie »

Ou de « La Vérité », ce tableau insolite de Jules Joseph Lefebvre (1870).

Ou de Cahuzac déclarant aux députés : « Les yeux dans les yeux, je vous dis la vérité »,

Ou de Paul Reynaud déclarant le 10 septembre 1939 : « Nous vaincrons, parce que nous sommes les plus forts. »

Et enfin… toute vérité est-elle bonne à dire ?

Un vieux sage soufi m’a appris un jour la pratique du « mensonge pieux », celle qui consiste parfois à dire à quelqu’un une autre vérité que celle qui est, pour préserver sa peine et souffrance.

A contrario, il est aussi possible d’annoncer le contraire de ce que l’on pense pour tenter de générer une réaction de la part de l’autre. « Tu n’en es pas capable » par exemple, pour stimuler l’orgueil.

Le sujet est passionnant et peut se décliner sous de multiples formes.

. Vérité et mensonge,

. Vérité et éthique,

. Vérité et paradigme,

. Vérité et temps

. Etc

2. Travail concret :

Je travaille à l’heure actuelle sur différents modules, jeux d’écriture et jeux oratoires autour de cette question.

Ils peuvent, qui sait, contribuer à l’éveil des consciences, au développement culturel et des capacités oratoires, à l’art de l’argumentation, au plaisir de dire.

Je propose de commencer par des petits jeux d’échauffement,

Aussi bien en écriture :

Ecrire le maximum de couleurs différentes en 1mn30, ou d’animaux, ou de mots finissant par « ette » ; puis créer un petit texte intégrant le maximum de ceux-ci 

(La coquette Janette, à la silhouette en pirouette caquette …);

Qu’en art oratoire :

Dire en abécédaire le plus rapidement possible, sans nom propre (Abricot, Banane, Cri, Dinette, …),

Dire le maximum de fois possible un mot, dans un récit (Ex « Montre », je montre ma montre à Mr Montre, qui me démontre que ma montre …)

… Puis de s’approcher de « taquineries » autour de « vérités »

Par exemple :

. Chacun présente trois affirmations sur lui-même (particularité physique, anecdote, aventure, …). Parmi ces trois, deux sont vraies, une est fausse. Les autres ont 5 minutes pour questionner, puis doivent choisir. Et la vérité se dit ensuite.

. Apprendre à argumenter sur un sujet auquel on n’adhère pas… tout en faisant croire qu’on y adhère (le racisme, la pollution, la violence, …)

. Décliner des contrevérités insolites. Par exemple :

« Je suis une femme. Jacques »

« J’aime le soleil, la nuit »

« J’ai mangé mon vélo »

3. Valorisation :

J’attache une importance particulière à la valorisation de ce travail, notamment avec « l’extérieur ».

Les jeunes sont en situation particulière, en maisons des enfants, liée à différents évènements.

Je crois que plus leur travail peut être présenté et valorisé en extérieur, plus ils peuvent gagner en reconnaissance, assurance et intégration en vie « normale ».

Par exemple :

. Des petites phrases écrites par eux et glissées en suspension à la médiathèque et ou en vitrines de magasins ;

. Des lectures théâtralisées en collège, à l’occasion du printemps des poètes ;

. Un parcours original, ouvert au public, du centre-ville à la Maison des enfants, avec un jeune tous les 10 ou 20 mètres, qui annonce un bout du récit, avec un final original en Maison des enfants.

. Ou toute autre proposition qui ferait l’adhésion ».

Les participants remercient Rémy Boiron pour cette présentation.

Emmanuel Paris présente d’autres actions réalisées ou en cours depuis la précédente réunion du Conseil scientifique, le 2 octobre 2020.

La résidence « La couleur de l’eau » a commencé ce mois d’octobre 2020, et proposera aux enfants du Centre de Jour et de la Maison Vive des séances en arts plastiques et en océanographique jusqu’au mois d’avril 2021. On trouvera une présentation détaillée de cette résidence ci-après :

L’exposition « Rien n’est joué d’avance » réalisée par les enfants du Centre de Jour et de la Maison Vive au Musée de Boulogne-sur-mer est confirmée. Son vernissage est programmé le 17 septembre 2021. Emmanuel Paris précise que les créations issues de la résidence « La couleur de l’eau » pourront intégrer les corpus pré-sélectionnés par le FRAC Grand Large – Hauts-de-France et le Musée de Boulogne-sur-mer. On trouvera ci-après le détail des corpus et des séances d’ateliers :

La programmation d’une résidence « Compagnons du tour de France » est confirmée ; Jean-Michel Bidal, menuisier, et Guilhem Carigand, ébéniste, rejoindront les enfants au mois de juillet, après le Festival de fin de saison, pour achever la construction de la copie à l’échelle 1 de la charrette médiévale réalisée chaque mois depuis deux ans par les enfants des Maisons et Christophe Lefèvre, chef de service de la Maison du Cirque et de la Maison du Sport. On trouvera ci-après l’article relatant la précédente séance mensuelle :

Le financement de la création d’un arboretum/conservatoire botanique sur le site de la Ferme de Bertinghen est confirmé ; la Fondation Daniel et Nina Carasso a accepté d’orienter les fonds consacrés aux années 2 et 3 de la dotation dédiée à l’organisation de résidences art / science à ce projet. Ce projet, mobilisant notamment l’intervention d’un artiste en Land Art, permettra aux enfants avec les conseils d’un architecte paysager de créer un espace de déambulation, ouvert aux habitants du territoire, et permettant de s’instruire sur les ressources végétales locales, les problématiques de biodiversité. Marie-Christine Briatte informe les participants que ce projet, tout comme le développement du FabLab et la réalisation de l’exposition « Rien n’est joué d’avance », ont été retenus parmi les actions portées par le comité de pilotage « Cités éducatives » de la Mairie de Boulogne-sur-mer. On trouvera ici une présentation de ce label d’Etat.

Eric Parot propose que le département « Informatique » de l’Université du Littoral Côte d’Opale, site Sciences Humaines et Sociales de Boulogne-sur-mer, puisse être informé du projet arboretum des Maisons. L’idée, dit Eric Parot, serait d’intéresser des étudiants en Master pour le développement d’une visite du site de l’arboretum en réalité virtuelle, permettant aux enfants, aux équipes, aux habitants des communes du Boulonnais, de pouvoir visualiser le grandissement des espèces plantées sur plusieurs décennies. Les membres agréent cette proposition.

Eric Parot informe les participants qu’un archéologue, Henri Gandois, propose d’organiser au Centre de Jour une animation pour couler avec les enfants des objets de l’âge du Bronze selon les techniques de l’époque. Les membres du Conseil agréent cette proposition.

III. Colloque international « Enfance + culture = socialisation. La socialisation culturelle des enfants : dispositions, catégorisations, reconfigurations » :

Emmanuel Paris remercie Marie-Pierre Bouchaudy pour lui avoir signaler la tenue d’un colloque international pouvant intéresser l’association dans sa réflexion sur le développement de son programme artistique et culturel. On trouvera ici la présentation de ce colloque.

Les membres du Conseil proposent que la consultation en ligne de ce colloque puissent étayer la conception d’un cycle de formation à l’attention des équipes, en 2022. Des captations audiovisuelles des plénières organisées le 8 janvier lors de cette première journée du colloque sont d’ores et déjà disponibles.

Un calendrier de travail est arrêté ; les membres du Conseil conviennent de réfléchir d’ici la prochaine réunion pour proposer des thèmes et des corpus bibliographiques. Emmanuel Paris consultera dans le même temps les équipes pour recueillir leurs idées, et en informera de même le Conseil à l’occasion de cette réunion.

Marie-Pierre Bouchaudy a pris contact avec les organisateurs du colloque ; des inscriptions pour regarder en ligne des plénières ou ateliers sont encore possibles, mais les demandes sont nombreuses et il faut lui transmettre par conséquent rapidement toutes demandes. Les membres du Conseil recommandent plutôt de consulter a posteriori les captations mises en ligne, au fur et à mesure de la réalisation de ce colloque.

Henri Villeneuve propose de demander aussi aux équipes ce que leur inspirent le thème de la saison en cours : « En vérités » afin d’enrichir les réflexions du Conseil lors de sa prochaine réunion. Les participants agréent cette proposition.

IV. Finalisation de l’organisation du colloque « Rien n’est joué d’avance », juillet 2021 :

Les membres du Conseil confirment la date de l’organisation du colloque de l’association, le 1er juillet 2021. Emmanuel Paris contactera l’ULCO site SHS de Boulogne-sur-mer début avril pour finaliser la convention permettant l’organisation de ce colloque dans les locaux de l’Université.

Ce colloque reconduira la programmation convenue pour l’édition 2020, qui n’a pu avoir lieu en raison des mesures sanitaires contre la Covid-19.

Emmanuel Paris informe les membres que l’ensemble des participants ont confirmé leur participation à cette nouvelle édition, dans l’hypothèse où les mesures sanitaires en vigueur en juillet 2021 permettent sa tenue. On trouvera ici le contenu de la programmation, telle que travaillée lors de la réunion du Conseil scientifique le 13 mars 2020 (cf. « II. Préparation du Colloque « Rien n’est joué d’avance », vendredi 3 juillet 2020 »).

Les membres du Conseil conviennent de la date de l’Assemblée générale des Conseils et comités de pilotage du programme artistique et culturel de l’association le 2 juillet 2021 de 10h à 12h sur le site de la Ferme de Bertinghen, permettant ainsi aux membres disponibles de participer au rassemblement annuel des anciennes et des anciens de l’institution, ainsi qu’au spectacle des enfants, à partir de 20h en la salle « Le Phenix » d’Outreau.

V. Lectures commentées :

Emmanuel Paris distribue aux participants les textes recommandés par Olivier Martin et Pierre Lemarquis.

– Olivier Martin (à propos de l’ouvrage de Barbara Stiegler : “« Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique“, paru aux Editions NRF Gallimard en 2019).

– Pierre Lemarquis (à propos de son ouvrage « L’art qui guérit », paru aux Editions Hazan en 2020).

V.A. Présentation de l’ouvrage « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique » » par Olivier Martin :

« Quelques mots à propos du néolibéralisme (NL), en s’appuyant notamment sur l’ouvrage de Barbara Stiegler, Il faut s’adapter (Gallimard, 2019). Il ne s’agit pas d’un compte rendu de l’ouvrage. L’ambition de ce propos n’est pas non plus de s’intéresser aux manifestations concrètes, aux dispositifs et mises en œuvre contemporaine du NL, mais d’en identifier les grands traits théoriques, les soubassements conceptuels et philosophiques (à l’aide d’ouvrage de Stiegler et d’autres écrits). Ce travail nous parait d’autant plus nécessaire que les termes de « NL » (et ses dérivés : « néolibéraux, néolibéral… ») sont à la fois très souvent utilisés et pas toujours bien définis. Ces termes sont omniprésents mais peu intelligibles si on se contente d’examiner les contextes et situations où ils sont utilisés.

Un premier point est de bien distinguer le NL de l’ultralibéralisme ou d’hyperlibéralisme. Ces deux derniers termes ne sont que des radicalisations du libéralisme, tandis que le NL se présente comme en rupture avec le libéralisme. Le NL ambitionne de réactualiser radicalement la doctrine libérale tout en maintenant l’initiative privée et le marché au cœur des dispositifs et de la pensée. L’axe politique que trace le NL ne correspond pas aux axes « gauche-droite », « progressistes-conservateurs » ou « libéraux-socialistes ». La frontière ne passe pas entre la gauche progressiste et la droite conservatrice, mais entre ceux prônant les valeurs de l’individualisme et du marché libre, et ceux prônant des États forts, des États-providence, des États interventionnistes et protecteurs, des formes de collectivismes et des idées de communautés dominant les individus (du communisme au nazisme). La philosophie du NL n’est pas du tout conservatrice – même si le paysage politique tend à le positionner à proximité de la droite conservatrice (ex : Thatcher, Reagan).

Le NL trouve ces racines dans la critique du libéralisme et du capitalisme qui n’ont pas su faire face à la grave crise économique et financière de 1929, ni à l’émergence de totalitarisme (Russie soviétique, Fascisme, Nazisme). Au moins trois noms peuvent être retenus : Walter Lippman (1889-1974, intellectuel et journaliste à la New Republic ; auteur de The Good Society (1937)) ; Friedrich von Hayek (1899-1992, économiste anglais critique de l’intervention de l’État dans l’économie et de la planification) ; Milton Friedman (1912-2006, économiste américain défendant la primauté des marchés et militant pour leur libéralisation). Un moment fondateur du NL est le colloque tenu au Musée social à Paris en 1938 où 26 économistes et intellectuels libéraux s’interrogent sur le libéralisme et le nouveau-libéralisme autour de la pensée de Lippmann.

Voici ce qui semble devoir être les principaux traits du NL.

•             Le NL n’est pas une théorie économique (sur les marches et les rôles des agents publics) mais une théorie de la vie, de l’adaptation, du vivant et de l’évolution, qui défend l’idée d’un besoin de changement permanent. C’est aussi une théorie sociale et politique sur la manière dont il faut gouverner, exercer le pouvoir, agir sur les collectifs. Le NL est, finalement, une théorie anthropologie générale couvrant tous les aspects de la vie des individus.

•             Le NL érige en impératif le principe d’adaptation, une adaptation qui ne fasse pas confiance au cours naturel des choses (car le rythme d’adaptation n’est pas assez rapide et les pathologies nées avec l’industrialisation montrent bien que l’adaptation de l’homme n’est pas suffisante) et qui soit volontaire, dirigée, gouvernée. Ce processus d’adaptation, nécessaire, doit être permanent. Il repose sur de la flexibilité, de la mobilité, de la « libération des énergies ».

•             Cette adaptation passe par une mise en concurrence de toutes et tous, à tous les moments. La concurrence ou la compétition ne sont pas des aspects nouveaux mais elles sont généralisées et systématisées dans le cadre d’une vision néolibérale.

•             Le NL conçoit l’individu comme responsable de lui-même (mais tout de même placé sous surveillance). Les individus doivent être acteurs de leur propre vie, autoentrepreneurs d’eux-mêmes, engagés au développement et à l’exploitation de leur capital personnel (compétences, savoirs, aptitudes, expériences, qualifications…).

•             La société, le collectif, l’unité, la communauté, l’humanité, l’homme au sens de catégorie générale ne sont pas des catégories ou valeurs à défendre. Les valeurs à défendre sont : l’individuel, le particulier, le local. Le NL porte une critique à la philosophie des Lumières puisque celle-ci est perçue comme défendant le collectif au détriment de l’individu, le général au détriment du singulier, l’universalité au détriment de la particularité et du particularisme, l’unité au détriment de la diversité. Il ne s’agit pas d’inverser les positions de la philosophie des Lumières mais, plus radicalement, de nier la pertinence de ces oppositions. Il n’y a rien d’autre que l’individu. Point final.

•             Tout doit être soumis au marché, à la régulation par les échanges libres et non-entravés. On peut parler de « marchandisation » de la société, dans toutes ses dimensions. Le marché est la forme d’organisation fondamentale des échanges et interactions. Cela a pour conséquence de faire disparaître ou d’atténuer des principes et des frontières érigées selon des principes moraux, juridiques, religieux, éthiques. Tous ces types de principes n’ont aucune raison d’être dans une société néolibérale.

•             Le NL attend que les individus participent à ce fonctionnement. Pour cela il faut fabriquer du consentement (forger des opinions ; rendre les choses acceptables ; utiliser les savoir des sciences cognitives ou psychologiques pour façonner les individus…).

•             La place et le rôle du droit est très limité, notamment parce qu’il n’y a plus de « grands principes transcendants » – Le droit doit devenir un simple code de la route, régissant les flux et les actions, sans visée morale ou éthique.

Cette présentation se concentre sur les idées et principes du NL. Resterait évidemment à voir comment cela se traduit dans les faits : Bureaucratisation ; Surveillance ; Dispositifs de valorisation (mesure, évaluation, chiffrages…).

Évidemment cette présentation ne signifie pas que l’auteur endosse ces valeurs ;-)) ».

Les membres remercient Olivier Martin pour la qualité de cette présentation. La place centrale dévolue à l’individu, « entrepreneur de lui-même », retient notamment l’attention des participants.

Francis Rembotte questionne la viabilité des actions collectives, et en particulier celles encouragées par le tissu associatif et notre institution, tant le néo-libéralisme favorise au contraire l’atomisation de la société, des relations humaines.

Claire Beugnet observe que l’injonction à savoir de soi-même et par soi-même s’adapter aux difficultés rencontrées durant sa vie contrevient aussi fondamentalement aux raisons d’agir des équipes éducatives, puisqu’au contraire il s’agit d’accompagner, d’aider l’enfant, le jeune, dans le cours de sa vie, afin de surmonter les situations d’échec. Claire Beugnet dit qu’il est très important de veiller à ce que l’enfant, le jeune, ne se sente pas seul face à ses problèmes.

Anick Traguardi-Menet s’interroge sur la scansion souvent entendue à l’endroit des enfants et des jeunes de l’Aide Sociale à l’Enfance dans les discours officiels comme dans la littérature grise, qu’Anick Traguardi-Menet appelle « l’injonction au bonheur ». Anick Traguardi-Menet observe que les parcours de vie difficiles méritent tout au moins d’être reconnus dans leur dimension tragique par les acteurs de la protection de l’enfance, et qu’un juste équilibre doit être recherché par les professionnels pour vivre au plus précis les sentiments ressentis par enfants et jeunes.

Claire Oger dit que de tous les secteurs d’activités humaines, c’est sans doute dans les domaines de l’éducation et de la santé que cette idéologie néolibérale nourrit les effets les plus problématiques.

Patrick Miquel observe que le rapport de la cour des comptes récemment mis en ligne à propos de la politique de protection de l’enfance en France manifeste ce pilotage des politiques publiques par des experts s’appuyant sur la quantification des coûts pour formuler leurs éventuelles efficacités :

Francis Rembotte dit que cette manière de penser l’action publique dans le domaine social s’est particulièrement constituée à l’occasion du développement des aides personnalisées aux personnes âgées ; ce dispositif est depuis devenu un modèle-type qui place les personnes, enfants, adultes, dans un calcul permanent pour gérer leurs droits à la santé, à la solidarité. Francis Rembotte dit que ce mode d’organisation fragilise les individus, tant leur responsabilisation peut mener à leur culpabilisation (i.e : « si vous ne bénéficiez pas de ce droit, c’est que vous n’en êtes pas capables »).

Claire Oger, s’appuyant sur les travaux de Grégoire Chamayou, observe que le renforcement de l’emprise néolibérale sur les politiques publiques s’accroît à mesure que les contestations sociales s’expriment.

Eric Parot dit que la conception qu’ont les néo-libéraux du darwinisme est erronée, dénaturant cette théorie du vivant. Eric Parot précise que les travaux d’historiens des idées insistent sur le mode coopératif et non sur le principe de compétition pour décrire la pensée de Charles Darwin à propos des évolutions d’espèce.

Jean-Paul Demoule observe qu’il y a cent cinquante déjà, Karl Marx avait remarqué que pour prospérer, le capitalisme a besoin d’individus convaincus qu’ils vivent sans attaches collectives.

IV.B. Présentation de l’ouvrage « L’art qui guérit » par Pierre Lemarquis :

Pierre Lemarquis présente aux membres son ouvrage. On trouvera le contenu de cette présentation ici.

Le rapport de l’OMS faisant synthèse des études et recherches à propos des effets de l’art sur la santé est consultable ici.

Les participants remercient Pierre Lemarquis pour la qualité de cette présentation.

Marie-Christine Briatte demande à Pierre Lemarquis si le fait de pratiquer un art est du point de vue du développement cognitif plus efficient que le fait d’en être spectateur.

Pierre Lemarquis confirme que la pratique d’un art accroît la psychomotricité des pratiquants.

Emmanuel Paris observe que le souci du beau caractérise bien des lieux de vie à travers les époques et quelle que soient les civilisations ; l’humain a pris très tôt conscience que son épanouissement individuel et collectif passe par l’artification de sa résidence. Emmanuel Paris dit à Pierre Lemarquis que ce cinquième ouvrage de sa part apporte une dimension politique, encourageant l’intervention artistique dans les politiques d’aménagement du territoire.

V. Questions annexes :

Claire Beugnet présente aux membres le « projet d’établissement 2020-2025 » et précise que ce document sera examiné pour validation par membres du Conseil de la Vie Sociale le 12 janvier 2021. Le document entrera en vigueur après la réunion du Conseil d’administration de l’association, début février.

Emmanuel Paris informe les participants que, par l’entremise de Pierre Lemarquis, une mise en relation avec M. Niqueux, président de l’association des « Jeunesses Musicales de France », a eu lieu ce mois de décembre 2020. Emmanuel Paris remercie Pierre Lemarquis, et explique que l’institution souhaite développer avec des opérateurs nationaux telles cette association, ainsi que « Les Conservatoires de France », des partenariats pour permettre aux enfants et aux jeunes de poursuivre leurs pratiques artistiques et culturelles initiées dans les Maisons, avec d’autres acteurs de la société civile. Emmanuel Paris présente cet axe de développement comme la volonté d’établir des parcours artistiques et culturels dans l’espace public, renforçant de la sorte les enfants et les jeunes sortis des effectifs des Maisons, dans leur citoyenneté. On trouvera ici une présentation des « Jeunesses Musicales de France ».

Emmanuel Paris recommande aux membres la lecture de deux articles actuellement en ligne, l’un d’Olivier Martin, l’autre d’Olivier Donnat, et portant sur la quantification de la vie culturelle :

Olivier Martin propose de présenter lors de la prochaine réunion du Conseil son ouvrage nouvellement paru aux Editions Armand Colin et intitulé « L’empire des chiffres ».

Les participants agréent cette proposition.

La prochaine réunion du Conseil scientifique aura lieu le vendredi 23 avril 2021, de 10h à 13h.

Madame la présidente du Conseil scientifique clôt la réunion.

Evaluation du parcours des enfants depuis juin 2020

Ce mois de novembre 2020, les équipes des Maisons ont travaillé comme chaque six mois à la rédaction d’un document clé de notre champ professionnel, appelé le “Document Individuel de Prise en Charge” (DIPC). Ce document permet de faire un point sur le parcours de l’enfant ou du jeune accueilli ; notre association a érigé pour règle d’associer celui-ci à ce bilan semestriel.

A cette occasion, et sur proposition du Conseil scientifique (voir sous-partie “II.B. Présentation des résultats statistiques du questionnaire proposé aux enfants et aux jeunes”), l’association a expérimenté pour la sixième fois l’outil évaluatif développé en interne, permettant de comparer chaque six mois les parcours des enfants et des jeunes selon les grandes rubriques organisant notre travail éducatif.

Une fiche a été distribuée aux équipes  du Centre de Jour, de la Maison du Cirque, de la Maison de la Danse, de la Maison des Découvreurs, de la Maison du Sport et de la Maison Vive :

Cette fiche a été remplie pour chaque enfant et jeune des Maisons précitées.

Les résultats, pour cette vague de novembre 2020, sont les suivants (53 fiches ont été traitées ; les enfants arrivés trop récemment dans nos effectifs, et les jeunes des studios et du service de maintien à domicile qui ne pratiquent pas systématiquement les activités culturelles de notre association, ne sont pas pris en compte).

I. Tendance générale ; les évaluations formulées par les équipes (en pourcentage) : 

(N.B : Nous surlignons le plus haut pourcentage obtenu).

“La situation s’est dégradée depuis 6 mois” : 9,5.

“La situation s’est améliorée depuis 6 mois, mais n’est pas encore satisfaisante” : 44,1.

“La situation s’est améliorée depuis 6 mois et donne satisfaction” : 19,75.

“La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (satisfaisant)” : 9,9.

“La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (insatisfaisant)” : 16,75.

II. Au cas par cas ; les thèmes, avec le plus haut pourcentage obtenu pour chacun d’eux  :

(N.B : Nous surlignons le plus haut pourcentage obtenu pour l’ensemble des thèmes).

“Le jeune et l’école” : La situation s’est améliorée depuis 6 mois et donne satisfaction (23).

“Le jeune et les liens familiaux” : La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (insatisfaisant) (25).

“Le jeune et les soins” : La situation n’a pas évolué depuis 6 mois (satisfaisant) (26,9).

“Le jeune et l’éducation” : La situation s’est dégradée depuis 6 mois (24).

“Le jeune et l’activité culturelle” : La situation s’est améliorée depuis 6 mois et donne satisfaction (30,7).

Nous mobilisons cette fiche chaque six mois, à l’occasion des DIPC, afin d’être en mesure de dégager des tendances quant à la qualité des parcours des enfants et des jeunes de notre association, ainsi que des corrélations statistiques entre les différents thèmes de notre travail au quotidien avec eux : école, liens familiaux, soins, éducation (au sens de l’apprentissage du comportement en société), activité culturelle.

Les Maisons invitées par la Fondation Daniel et Nina Carasso à statuer sur les candidatures de l’appel à projets “Médiations et démocratie culturelle”

Ce 27 novembre, notre association était invitée par la Fondation Daniel et Nina Carasso sous l’égide de la Fondation de France à participer au jury désignant les lauréats de l’appel à projet Médiations et démocratie culturelle, dont on trouvera ci-après le paragraphe introductif :

Nous sommes ravis de vous annoncer l’ouverture de notre nouvel appel à projets « Médiations et démocratie culturelle », territorialisé sur les Hauts-de-France, qui s’inscrit dans notre axe Art Citoyen. Cet appel s’adresse à des collectifs formels ou informels qui porteront un projet artistique commun. Nous souhaitons contribuer à l’émergence et au développement de projets artistiques qui correspondent à la vision de la démocratie culturelle en créant les conditions d’une réelle participation citoyenne dès leur genèse et tout au long de leur réalisation.”

Cent vingt-neuf candidatures, issues d’associations, de collectifs citoyens, de collectivités territoriales, d’établissements artistiques et culturels répartis sur les quatre départements de notre région ont répondu à cet appel.

Ce 27 novembre, vingt-deux candidatures étaient examinées lors de la phase finale de ce processus de sélection.

Quatorze dossiers ont été retenus :

Un grand merci à la Fondation, fidèle soutien de notre programme artistique et culturel, pour cette nouvelle marque de confiance, bravo aux lauréats pour leur proposition permettant aux habitants des territoires des Hauts-de-France de créer avec des artistes, des artisans, des équipes municipales ou des services départementaux, régionaux ou de l’Etat, des établissements scolaires, des musées des actions collectives renforçant la vitalité de notre démocratie.

Publicisation des travaux des membres de notre Conseil scientifique (réactualisé au 10 octobre 2020)

Les travaux de Jean-Paul Demoule (Archéologie), Pierre Lemarquis (Neurologie), Olivier Martin (Sociologie),  membres de notre Conseil scientifique, sont valorisés par la communauté académique et les médias.

Nous réactualisons ce recensement au fil de la mise en ligne des communications permettant aux membres de notre Conseil scientifique d’exprimer leurs points de vue et analyses (par ordre alphabétique des auteurs) :

A propos de la façon dont le confinement s’inscrit dans l’histoire longue de l’humanité (Jean-Paul Demoule) : Emission “Concordance des temps”, France culture, 10 octobre 2020, ici.

A propos de ce que l’on voit, que nous trouvons beau, et qui nous fait du bien (Pierre Lemarquis) : “L’art qui guérit”, ouvrage à paraître au mois de novembre aux Editions Hazan, ici.

A propos de l’emprise du chiffrage pour la conduite des comportements (Olivier Martin) : “L’empire des chiffres”, paru aux Editions Armand Colin ce mois de septembre, ici.