Présents :
Olivier Beraud Martin, professeur des universités en sociologie, CERLIS – Centre de Recherche sur les Liens Sociaux (UMR CNRS 8070, Paris Cité, Sorbonne Nouvelle) Université Paris Cité et membre de l’Institut Universitaire de France
Patrick Girard, éducateur, représentant le personnel de l’association
André Gunthert, maître de conférences en histoire visuelle, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Centre de recherches sur les arts et le langage (UMR 8566 EHESS/CNRS)
Eric Legros, membre du conseil d’administration de l’association
Emmanuel Paris, directeur adjoint aux affaires culturelles de l’association, coordinateur du Conseil scientifique
Arthur Vuattoux, maître de conférences en sociologie à l’Université Paris 13 (Bobigny), U.F.R. Santé, médecine, biologie humaine – Santé & protection sociale
Absents excusés :
Claire Beugnet, directrice de l’association
Jean-Paul Demoule, professeur émérite de protohistoire européenne à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, membre honoraire de l’Institut Universitaire de France
Fleur Guy, docteure en géographie, responsable du pôle de la formation supérieure, institut Ocellia
Jérémie Mattout, chargé de recherche, Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon – Inserm U1028 / CNRS UMR5292
Francis Rembotte , précédemment membres du conseil d’administration de l’association
Invitée :
Oriane Gosset, artiste
Ouverture de la trente-quatrième séance du Conseil scientifique par Olivier Beraud Martin, président du conseil.
1. Point sur la saison culturelle 2025-2026 et du thème de la saison 2026-2027 :
Emmanuel Paris présente l’état d’avancement de la saison culturelle commencée troisième semaine de septembre 2025 et qui s’achèvera à la mi-juillet.
Depuis la précédente réunion du conseil, le 7 novembre 2025, le 10 décembre à l’aérodrome d’Alprech un parcours d’exposition permanente a été inauguré, permettant aux usagers du site de découvrir ce que les enfants ont travaillé avec l’artiste Nicolas Floc’h lors de la résidence “La couleur de l’eau” organisée par notre association en 2020 avec le soutien de la Fondation Daniel et Nina Carasso sous l’égide de la Fondation de France :
Depuis quelques années, l’association élargit son activité partenariale en proposant à des acteurs de la société civile de développer des tiers lieux artistiques et culturels. Après celui installé au Tribunal pour Enfants de Boulogne-sur-mer, le parcours d’exposition de l’aérodrome d’Alprech est la seconde friche créée. Un corpus d’images inventées par les enfants lors de la résidence photographie d’Annie Gazé du 20 au 24 octobre 2025 a été constitué pour une mise à disposition d’un troisième site d’exposition à définir.
Fin février, deux nouvelles fresques ont été réalisées par les enfants de la Maisons Vive et de la Maison du Sport avec l’artiste Naütil ; Naütil reviendra durant la saison 2026-2027 pour achever la galerie street art des Maisons (dernière étape : la Maison de la Danse et la Maison de la Musique) :
Oriane Gosset présente la résidence « Contrepoint », organisée par notre association du 2 mars au 31 mai avec le soutien de la Fondation Marc Rohrbach sous l’égide de la Fondation de France et en partenariat avec le Château d’Hardelot – Centre Culturel de l’Entente Cordiale et le Centre des Musées Nationaux – Colonne de la Grande armée – Tours et trésor de la cathédrale d’Amiens – Villa Cavrois. Oriane Gosset pratique avec les enfants et les équipes de l’association des gravures inspirées des visuels fournis par les partenaires de l’association ; à terme les créations issues de cette résidence seront portées par les enfants et exposées par les établissements partenaires. On trouvera ici le site internet d’Oriane Gosset et la page sur notre site consacrée à la résidence « Contrepoint » :
Les dates du festival annuel « Les Journées d’enfance » sont :
30 juin 2026 18h-20h devant les locaux du BCK, 7, boulevard Chanzy Boulogne-sur-mer : « Formules 1 sur la Liane », tournoi des navires caisses à savon fabriquées par les enfants ;
2 juillet 2026 12h-15h sur le site de la ferme de Bertinghen : « Les grandes tables de la ferme », rassemblement annuel avec les anciennes et les anciens de l’institution ;
3 juillet 2026, 20h-21h15 salle « Le Phenix » d’Outreau, spectacle créé tout au long de la saison par les ateliers des Maisons.
Le thème de la saison 2026-2027 du programme « L’aventure de la vie » qui commencera troisième semaine de septembre 2026 pour s’achever mi-juillet 2027 sera « Saperlipopette ! » et réfléchira à la langue parlée et écrite comme ressource à protéger pour penser, s’affirmer, partager. « Saperlipopette ! » valorisera autrement dit l’acquisition de compétences langagières à mesure de l’accompagnement des enfants dans nos Maisons. L’un des marqueurs de la qualité de notre travail éducatif, de la bonne santé des enfants est par exemple et en effet de constater régulièrement le nombre de mots supplémentaires qu’ils connaissent voire emploient à bon escient.
Notre programme artistique et culturel a pour titre : « L’aventure de la vie » ; comme diraient nos professeurs de collège les langues sont sacrément vivantes. Ainsi la langue française ne cesse-t-elle de perdre des mots et d’en accueillir de nouveaux. Qui connait l’origine du mot « Saperlipopette » dans cette salle de réunion et peut la dire aux autres sans consulter en douce le moteur de recherches sur son smartphone ? Pas grand monde, mais ce n’est pas grave : le simple fait de dire ce matin « Saperlipopette ! » lors d’une réunion très sérieuse suffit à notre bonheur. La langue est dynamique, elle est donc comme un corps vivant à qui il faut prêter attention et dont il faut prendre soin. Un enfant de 2 ans maitriserait environ 400 mots, un étudiant lycéen utiliserait 800 à 1600 mots pour s’exprimer oralement, un adulte devrait maitriser plus ou moins 3 000 mots pour être en mesure de s’exprimer en langage courant. La plupart des français utiliseraient 5000 mots, mais 600 mots suffiraient à comprendre n’importe quel texte. Une étude récente menée par l’Observatoire de la Langue Française (2024) souligne que le vocabulaire actif moyen d’un adulte reste stable, mais que le vocabulaire passif (les mots compris mais peu utilisés) dépasse souvent 20 000 mots. La pédopsychiatrie relève quant à elle combien dans les premiers mois de la vie de l’enfant la qualité de la relation affective avec sa mère va avoir des effets sur sa capacité d’apprentissage de la langue parlée et écrite. Dysphasies, dyslexies : ces retards de développement, ces troubles persistants sont bien connus de nos équipes et de celles des établissements scolaires accueillant les enfants de notre association et nécessitent de la part des professionnels patience, attention et coordination avec la famille et nos partenaires de l’Education nationale et de la Santé pour résorber ces difficultés à s’exprimer correctement.
« Saperlipopette ! » sera aussi un moyen pour explorer avec notre programme artistique et culturel des mots bizarres, des expressions rigolotes tombées en désuétude.
A titre d’exemple, le lexicologue Jean Pruvost a étudié l’édition de 1906 du dictionnaire Larousse[1]. Quelques-uns des mots référencés à l’époque sont sortis de l’usage en raison de la disparition de pratiques techniques, de métiers. D’autres ont été abandonnés par nos choix collectifs, que ce soit parce qu’ils ne sont plus parlés dans la rue ou abandonnés par la commission de l’académie française chargée de fixer notre langue dans des registres réactualisés chaque année. Depuis 1906, « Buquer (à la porte) » a ainsi cédé la place à « frapper » ; « abalourdir » à « abrutir » ; « accoiser » à « calmer » ; « s’abjecter » à « s’abaisser » ; « oppugnateur » à « agresseur » ; « otieux » à « oisif ». Comme « Saperlipopette ! », certains de ces mots hors d’usage se comprennent encore aisément : « désinquiéter » (rassurer), « dédormir » (réveiller), « accourcir » (raccourcir). D’autres nécessitent une sérieuse explication : « Désheurer » ? Déranger. « Druiser » ? Parler en expert. « Esperlucate » ? Personne que l’on ne trompe pas facilement. En plus d’un siècle observe Jean Pruvost, le Larousse a exclu 432 des 2 108 entrées que comptait la seule lettre i dans son édition de 1906. Parmi eux : « inartificiel », « inavare », « incharité » ou « inchasteté ». Au total a compté Jean Pruvost, cette édition de 1906 du Larousse forte de 44 252 termes en a perdu depuis 10 170 et 17 825 autres les y ont remplacés.
« Saperlipopette ! » permettra, dernière acception, de questionner notre capacité de jugement.
Est-ce un canard ? Est-ce un lapin ?…
Saperlipopette ! Cette image ne représente ni un canard, ni un lapin mais les deux : elle montre un « lapard canin » et c’est un test fameux utilisé par les neurologues pour expliquer que très souvent, notre cerveau choisit d’interpréter d’une façon plutôt que d’une autre ce que nos yeux voient ; de bonne foi, le cerveau peut nous tromper[2]. Puisque nous sommes petits ou grands – de toutes conditions sociales et de toutes cultures – susceptibles de nous tromper, l’important est de l’assumer, de maintenir notre esprit en éveil y compris une fois la décision prise ; nous pouvons corriger notre jugement car nous reconnaissons sa faillibilité.
2. Point sur les recherches/actions à réaliser lors de la saison 2026-2027 :
Depuis la précédente réunion du conseil, l’association a été sollicitée par deux instances nationales d’études et de recherches pour présenter son organisation et son programme artistique et culturel.
Claire Beugnet a été sollicitée par l’Observatoire Nationale de la Protection de l’Enfance pour une intervention le 15 septembre prochain lors de la deuxième édition de la Journée nationale de rencontre ASE-Pédopsychiatrie.
Cette année, cette journée organisée au Ministère de la Santé et des solidarités par l’ONPE et la Société française de pédopsychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et disciplines associées (SFPEADA) invitant les services de l’Aide Sociale à l’Enfance et de la pédopsychiatrie afin de renforcer leur coopération aura pour intitulé : « Évaluer et accompagner les effets traumatiques des maltraitances infantiles ». Claire Beugnet et Emmanuel Paris interviendront dans la table-ronde thématisant « Les activités culturelles et artistiques au service de l’accompagnement thérapeutique ». Si l’association ne pratique par l’art thérapie tant cette approche présente l’inconvénient d’enfermer l’enfant dans son symptôme, son programme artistique et culturel a cependant des effets positifs sur la santé mentale des enfants, effets positifs mesurés statistiquement chaque année notamment via le questionnaire proposé aux à chaque fin de saison culturelle. Ces résultats positifs mesurés depuis 2014 exprimés par les enfants, les équipes, les partenaires de l’accompagnement de l’enfant et examinés par le conseil scientifique à chaque nouvelle publication concernent son bien-être, sa confiance en soi, son autonomie, ses relations avec ses pairs, sa capacité à agir et créer en groupe, sa capacité à s’approprier des espaces publics toujours plus distants de son lieu de vie (un musée, un monument, une autre région de France, etc.). A la Maison des chemins, à la Maison Vive, au Centre de jour, unités de l’association où une majorité d’enfants bénéficient d’une notification MDPH voire d’un accompagnement pédopsychiatrique renforcé, les ateliers en arts plastiques, en chant ou en théâtre, les participations aux résidences artistiques programmées par l’association, la présence aux représentations des troupes de théâtre ou de compagnies professionnelles en danse ou en musique invitées à présenter leurs créations au café-théâtre vont par ailleurs de pair avec une politique de réinsertion scolaire coordonnée avec les établissements du territoire en maternelle, primaire et secondaire.
Un comité scientifique chargé d’étayer les réformes en matière de protection de l’enfance pour les années allant jusque 2030 a été constitué par Gérald Darmanin – Garde des Sceaux, ministre de la Justice – et Stéphanie Rist – ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées.
On trouvera ici la composition de ce comité.
Patrick Bourdet, parrain de l’association, et Emmanuel Paris ont été successivement sollicités ces dernières semaines par Gabrielle Chouin, qui avec Benjamin Denecheau, animent le groupe de travail consacré à la scolarité, à la culture et au sport, pour décrire les raisons d’être et d’agir du programme artistique et culturel. Ces retours d’expérience étayeront les recommandations du comité scientifique à l’attention des législateurs.
Olivier Beraud Martin présente aux participants un point d’avancement à propos du projet de publication des entretiens réalisés avec des anciennes et anciens de l’institution.
Pour rappel, ce projet a émergé en 2014-2015 (validation par le Conseil Scientifique le 8 janvier 2015). Cette étude est située au croisement : d’une démarche de recueil des paroles des anciens enfants placés (Maison des Enfants de la Marine ; Refuge Sainte Anne / Foyer Educatif de la Côte d’Opale) ; et d’une réflexion sur l’autonomie, sur le processus d’accès à l’autonomie, c’est-à-dire de la capacité des individus à être responsables d’eux-mêmes, à se gouverner eux-mêmes, dans un cadre donné.
Cette étude doit permettre de saisir l’ensemble des parcours ; le séjour ; la sortie ; le chemin parcouru depuis, selon un regard rétrospectif. Il s’agissait de réaliser une étude qui fasse la part belle aux paroles des individus, aux témoignages, aux récits de vie. Il s’agissait également de faire la part belle aux paroles, aux voix et aux récits individuels correspond également à un autre objectif de ce projet : écrire un document qui soit accessible au plus grand nombre et qui donne à voir à ce plus grand nombre le travail de maisons d’enfants à caractère social.
Conditions de réalisation :
• « Pistage » des anciens : les contacts ont été établis par le conseil scientifique avec l’aide des éducateurs ayant encore des contacts ou des idées pour contacter des « anciens ».
• Réalisation des entretiens : En 2015 et 2016, par Elsa Ramos et Olivier Beraud Martin, soit dans les bâtiments de l’association, soit au domicile des enquêtés ; 18 rendez-vous et entretiens réalisés, d’une durée entre 1h et 2h (généralement). Les entretiens ont été enregistrés et transcrits (financement obtenu pour la transcription des entretiens)
Bilan chiffré : 18 entretiens réalisés en 2015 et 2016 (9 femmes ; 9 hommes / De 18 à 58 ans environ (lors de l’entretien / 16 entretiens « utilisables » / 15 entretiens retenus à ce stade et retranscrits)
La forme de la présentation finale n’est pas encore totalement arrêtée, mais on se dirige très probablement vers une présentation de témoignages organisés thématiquement, en respectant l’anonymat des témoins, et (si possible), en illustrant de croquis ou d’images.
A ce jour, le plan (très) prévisionnel s’organise en six sections :
• I/ De l’indépendance et des principes éducatifs (règles du domestique ; importance du bricolage ; apprentissage de « valeurs »)
• II/ La place de la parole du jeune (manque de protection en tant qu’enfant ; éducateurs guides et soutiens)
• III/ La sortie problématique (absence d’accompagnement ; apprentissage des soutiens possibles ; absence de soutien familial)
• IV/ Le relationnel « stable » (pouvoir « compter sur » ; bons moments passés au foyer comme soutiens)
• V/ Le professionnel (parcours difficile ; connaître sa valeur ; regrets)
• VI/ Se connaître : l’autonomie (foyer et vie d’adolescent(e) ; banalités de la vie ; apprendre à se connaître
Olivier Beraud Martin informe les participants qu’en raison des difficultés économiques vécues en ce moment par le monde de l’édition, la recherche d’un éditeur susceptible de soutenir la publication de l’ouvrage reste pour l’instant vaine. Olivier Beraud Martin informera le conseil scientifique si cette situation devait évoluer favorablement. Les participants remercient Olivier Beraud Martin.
4. Questions annexes :
Deux questions annexes sont examinées : 1. La participation de l’association à l’organisation d’enquêtes de terrains par des étudiantes ou étudiants affiliés aux départements universitaires, laboratoires de recherche des membres du conseil scientifique ; 2. Les statistiques réalisées chaque année au printemps à propos du degré de notification MDPH dans les effectifs et quant à leur ventilation scolaire.
D’un commun accord, Emmanuel Paris envoie par mail aux membres du Conseil scientifique après cette réunion une proposition de fiche d’offre de stage pour que celle-ci puisse être présentée par les membres du conseil aux promotions de leur institution respective.
Depuis 2024 à la même époque de l’année, l’association réalise quelques relevés statistiques à propos des notifications MDPH et de la répartition en terme de scolarité pour les présenter aux réunions du premier semestre du conseil de la culture d’entreprendre et du conseil scientifique.
Il n’y a pas de grosses évolutions depuis deux ans, ci-après les résultats cette année (89 dossiers examinés : centre de jour, maisons d’internat et studios) :
– 44,9 % des enfants et des jeunes de nos effectifs bénéficient d’une notification MDPH. Ce chiffre (et c’était le cas l’année dernier et l’année d’avant) va un peu augmenter pour atteindre les alentours des 50 % car de nouvelles notifications vont être officialisées dans les semaines qui viennent. Comme les années précédentes, c’est le Centre de jour qui a le plus fort taux d’enfants ayant une notification MDPH (80 % des effectifs) ;
– Pour la répartition en terme de scolarité, on est comme l’année dernière dans une balance deux tiers des effectifs en cursus “normal” et un tiers en filière pro, c’est aussi comme l’année dernière réparti quasi également entre maternelle/primaire et secondaire. Comme l’année dernière plus d’IME que d’ITEP, mais pas beaucoup d’affiliations dans ces filières par rapport à la totalité des effectifs (7,8 %).
Prochaine réunion du Conseil : réunion de rentrée, le vendredi 9 novembre 2026 de 10h à 12h.
Olivier Beraud-Martin clôt la trente-quatrième séance.
[1] PRUVOST J. (2021), Les Dictionnaires français, outils d’une langue et d’une culture, Editions Ophrys
[2] MOUKHEIBER Albert (2019), Votre cerveau vous joue des tours, Paris, Allary Editions.