De la part de Pierre : “L’accueillant, pour les enfants”

Pierre, membre de notre Conseil scientifique, nous envoie ce message. Merci cher Pierre, au plaisir de te retrouver pour explorer les bienfaits des couleurs, des formes, des sons, pour le meilleur des enfants.

Bonjour chers enfants, chères équipes,

Je suis en train de préparer mon prochain livre, et j’ai pensé à vous tant les Maisons qui vous accueillent favorisent la créativité.

A bientôt,

Pierre

“L’hôpital d’enfants de la Timone à Marseille donne sur l’héliport.

Les petits malades ne manquent pas un atterrissage ou un décollage des hélicoptères apportant les urgences.

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Emerveillés, cloisonnés derrière les vitres de leur service de cancérologie, ils admirent ce bel oiseau de feu, métallique, rouge et bruyant qui les fait rêver un instant et s’évader de leur cage.

Un jeune chef de clinique en psychiatrie infantile, Marcel Rufo, l’avait constaté. Intrépide il avait contacté le capitaine des pompiers pour lui demander s’il ne serait pas possible d’ajouter des disques noirs sur la carlingue de ses engins afin que les enfants aient l’impression de voir voler de grosses coccinelles.

C’est dans cette optique que la statue L’accueillant de Jean Dubuffet a été installée devant l’hôpital Robert Debré à Paris dans le XIXème arrondissement :

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Cette sculpture monumentale haute de 6 mètres, a été réalisée en 1988, trois ans après le décès de Jean Dubuffet (1901-1985), d’après une maquette originale datant de 1973. Elle a été commandée par l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris lors de la construction menée par l’architecte Pierre Riboulet. Le choix de la sculpture et son emplacement sur la terrasse de l’hôpital ont été déterminés pour faire face aux enfants malades.

On ne peut manquer son geste de bienvenue, elle évoque l’étymologie même du mot “hôpital”, à savoir : la notion d’hospitalité, avec ce qu’elle comporte de générosité, de lien et de sécurité au mépris du risque.

La statue faisait d’ailleurs initialement partie d’un groupe de cinq intitulé « Welcome Parade ». Ces accueillants auraient dû trouver place dans le hall d’entrée de la National Gallery à Washington. Le personnage Le Bel Costumé, exposé dans les jardins des Tuileries, appartient au même ensemble.

Figure caractéristique du style de Dubuffet période cycle de « l’Hourloupe » qui s’étale de 1962 à 1974 (Horla façon Maupassant ? Hurler ? Loup ? Riquet à la houppe ? Entourloupe ?).

Il comprend des huiles sur toile, dessins, assemblages, sculptures, architectures et autres constructions facilement repérables : couleurs bleues, rouges et blanches, en aplats ou en hachures et rayures, divisées en sections façon puzzle par des traits noirs.

Jean Dubuffet raconte que ce style est né du hasard de griffonnages semi-conscients réalisés au stylo bille (noir, rouge ou bleu) que l’on réalise parfois machinalement lors d’un appel téléphonique prolongé ou d’une conférence un peu ennuyeuse.

Ces graffitis en partie nés du hasard en dehors des normes académique ne pouvaient que séduire le théoricien de l’art brut et sans doute s’accordent avec l’esprit des enfants protégés par le Bon Gros Géant rassurant. Comme Nikki de Saint-Phalle, Dubuffet sculpte ses maquettes préliminaires au fil chaud, découpant des blocs de polystyrène expansé avec selon ses mots « liberté et immédiateté comme avec un crayon courant sur le papier ». Il projette ainsi au mieux son univers mental dans le réel.

L’artiste Newyorkais tendance Pop et street art Keith Haring (1958-1990), qui ne renie pas ses attaches à Dubuffet et aux graffitis, s’intéressait à l’univers de l’enfance.

Son art frais et sincère fut d’ailleurs parfois qualifié de “simple” pour les enfants et trop compliqué pour les adultes. Celui dont le rêve était d’embellir et de sauver le monde par la beauté, a créé des fresques pour des orphelinats et participé à des cours de peinture dans des écoles et des musées de New York, allant jusqu’à réaliser une fresque avec ses jeunes élèves pour les cent ans de la statue de la liberté en 1986.

Il a offert dans ce contexte une œuvre d’art monumentale à l’hôpital Necker à Paris pour distraire les enfants malades : « ceux qui s’y trouvent aujourd’hui, et ceux qui y entreront dans le futur ».

Sa fresque surnommée “La tour Keith Haring” a été réalisée bénévolement en 1987, sur le mur de l’escalier de secours de la clinique chirurgicale, dans la cour de l’hôpital :

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Suspendu à une grue, Keith réalise son œuvre en 3 jours. Elle mesure 27 mètres sur 13 mètres. Colorée et dansante comme une nana de Nikki de Saint-Phalle, elle représente en plusieurs exemplaires son personnage fétiche, la silhouette d’un homme levant les bras en l’air, qui semble danser en transmettant aux petits malades séjournant à l’hôpital de la joie et de l’espoir, de la fureur de vivre. Des stries ondulées noires ajoutent au dynamisme de l’œuvre tandis que des taches de couleurs pures l’égayent : rouge et bleu comme pour Dubuffet, associées au jaune et au vert, plus discrets.

La Keith Haring fondation vient en aide aux enfants défavorisés et soutient la lutte contre le Sida qui a emporté l’artiste philanthrope à l’âge de 31 ans.

Yoko Ono, la compagne de John Lennon… :

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… répandit ses cendres dans l’église Saint Eustache à Paris.

Rouge, bleu et jaune, parfois vert : telles furent déjà les couleurs de Fernand Léger (1881-1955), éclatantes… :

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… qui finirent par se libérer du dessin sous-jacent comme dans la tour Keith Haring.

Le peintre, inspiré entre autres par Goethe et Kandinsky… :

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… était persuadé de leur action sur le psychisme humain :

Le jaune solaire et chaleureux suscite la joie et l’optimisme, le bleu repose et convient aux sujets nerveusement épuisés, il calme et favorise la réflexion, le rouge revitalise et donne de l’énergie, il favorise l’action.

C’est donc avec enthousiasme qu’il accepta le projet de décorer l’hôpital mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô dans la manche en 1954, le souhaitant plein de couleurs, arguant du fait que l’on amène toujours des fleurs aux malades en espérant un effet thérapeutique de la nature, de ses parfums et de ses couleurs sur les chairs mortifiées.

Bien entendu, pas d’erreur dans la cure, pas de rouge pour les nerveux qui risquent de devenir complètement fous dans cet environnement alors que les lymphatiques auront tout à y gagner, leur vitalité se rechargeant petit à petit « comme un accu ».

Une bithérapie est possible : vert + bleu pour les nerveux, jaune + rouge pour les anémiés. La façade principale de l’établissement se devait d’afficher toutes ses ressources : vastes quadrilatères rouges, bleus, et jaunes ponctués de bandes blanches qui seront malheureusement refusées par les commanditaires américains, l’architecte Paul Nelson y étant pourtant favorable :

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On sait aujourd’hui que si l’on repeint les murs d’une classe en rose les dessins des enfants seront plus positifs, les murs blancs entraînant ennui, perte de productivité et de créativité. Mais que penser de la cravate rouge de Donald Trump ?”

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