Lettre de Shila : “Cher Mister Darwin, je vous écris cette lettre”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Ce matin je regardais comme à mon habitude mon petit pré avec beaucoup d’attention.

Vous le savez, je suis très curieuse.

Je dois vous dire que, depuis la lettre d’avant-hier au sujet de la coopération entre animaux, entre humains, je vois mon cher lieu de vie avec un œil un peu différent.

Ce qui m’intéresse désormais est de savoir qui va aider l’autre, qui ne va pas le faire.

Et bien j’ai compté ce matin les situations où quelqu’un ou quelque chose fait du bien avec quelqu’un d’autre, quelque chose d’autre ; à mon grand étonnement, j’en ai repéré beaucoup, beaucoup plus que des situations où il ne se passe rien.

Je trouve cela pas mal de voir le monde avec cette paire de lunettes là.

Mon cher voisin Henri m’a expliqué que les humains avaient radicalement changé de regard sur le monde depuis les recherches d’un Monsieur appelé Charles Darwin.

Si j’ai bien compris, Mister Darwin a aidé tout le monde à s’apercevoir que le sens de la vie, ce n’est pas la Loi du plus fort, l’écrabouillement : le sens de la vie, c’est la capacité à faire avec d’autres que soi.

Hummm, cela m’intéresse beaucoup.

Je me suis renseignée sur ce Monsieur Darwin.

De découvrir son histoire m’a donné envie de lui écrire une lettre, au nom de tous les animaux, de tous les humains, de tous les végétaux, de tous sols qui nous portent.

Je me permets, chers enfants, de vous la faire partager.

Oh, je sais bien que Mister Darwin ne me répondra pas, mais comme je me dis que l’important n’est pas tant d’être lue que d’écrire pour dire ce que l’on vit, ce que l’on ressent, et bien j’ai pris beaucoup de plaisir à rédiger cette lettre en notre nom à tous.

« Cher Mister Darwin,

Je m’appelle Shila. Vous ne me connaissez pas, mais je sais que dans vos travaux, vous avez beaucoup penser aux animaux, aux plantes, aux sols et leurs relations. Je suis une éléphante, et je vis au XXIème siècle dans un pré en Inde.

Certes vous n’êtes jamais venu dans mon pays, mais je sais aussi que vous vous y êtes beaucoup intéressé pour réfléchir à votre théorie de l’évolution des espèces.

Excusez-moi, je suis une éléphante parfois trop indiscrète, mais je me dis que votre si grand intérêt pour le vivant, ses conditions d’épanouissement, sont peut-être dues à votre expérience parentale, compliquée ?

Je pense à votre fille Anne, disparue trop tôt.

Sachez, cher Mister Darwin, que je l’embrasse très fort, où qu’elle soit maintenant.

J’ai beaucoup apprécié les dessins de vos enfants, qu’ils ont avec votre autorisation et bienveillance inscrits dans vos carnets de recherches. C’est tellement chouette d’inviter le regard de l’enfant dans des pensées d’adultes si sérieuses.

Je dois vous dire que, comme vous, chaque jour je partage avec des enfants. Les miens sont d’un autre pays, la France.

Je trouve cette façon de vivre avec d’autres que soi si passionnante, si enrichissante. Je comprends très bien votre curiosité pour ce qui nous lie et nous relie.

Au moment de vos travaux tellement importants, des français ont parcouru le mien, pour confirmer vos analyses préparant la théorie de l’évolution.

Ce ne furent pas que des français ; vos compatriotes anglais ont aussi beaucoup regardé les plantes de mon pays pour voir grâce à vous les relations de coopération entre espèces.

Vous ne connaissez pas ma copine Jis, mais veuillez bien croire, cher Mister Darwin, que son travail quotidien marche dans les pas de votre pensée.

Je sais que vous n’étiez pas du tout content de la façon dont certains de vos contemporains ont totalement déformé vos travaux dès leur publication, laissant croire qu’ils faisaient l’éloge de la Loi du plus fort, comme si tout ce qui vit est appelé à disparaître au nom d’une nécessité que vous n’avez pas observée :

Je ne sais si cela vous consolera, mais sachez, cher Mister Darwin, que bien d’autres humains n’ont pas reconnu ces interprétations fallacieuses, et en sont même en colère tant elles peuvent justifier des souffrances si l’on n’y prend pas garde.

Cher Mister Darwin, nous ne sommes pas du même Siècle, aussi je ne pourrais pas vous rencontrer pour vous le dire in vivo ; sachez que moi l’éléphante, mais aussi les animaux, les humains, les enfants, les végétaux, les sols sur lesquels nous vivons, bref : le vivant, pensons à vous pour exprimer notre gratitude.

Je vous envoie cette image de pensée : vous, cher Mister Darwin, en train d’explorer avec un enfant des contrées incroyables durant vos expéditions scientifiques (cet enfant a perdu un bras lors d’une bataille terrible entre adultes)  :

Bien à vous,

Shila »

Chers enfants, vive Mister Darwin.

Rien ne disparaît ; tout existe sous bien des formes si l’on veut y prêter attention.

Je vous embrasse très fort,

A demain,

Shila