Lettre de Shila : “Concorder les chants du bien commun”

Bonjour chers enfants, comment allez-vous ?

Hier soir, dans mon petit village de Kurichithanam, était organisée une grande réunion pour décider comment faire face au satané virus.

Nous aussi, à la demande de grand-mère éléphante, nous nous sommes réunis ce matin pour palabrer à propos du petit éléphanteau qui vient de naître à deux kilomètres de chez moi :

Dans mon village, comme à l’assemblée des éléphants, tout le monde s’est exprimé ; il y a eu, d’après ce que m’a racontée Mister Kuttan, des fortes voix prenant la parole chez les humains, et durant notre réunion d’éléphant, j’ai aussi entendu des barrissements plus forts qu’à l’accoutumée :

Grand-mère éléphante, tout comme le chef de village de Kurichithanam, a dû donner de sa trompe pour que tout le monde s’écoute et puisse participer aux décisions importantes à prononcer.

Ouille ouille ouille, mes grandes oreilles étaient surprises d’entendre de tels soufflements venant de grand-mère éléphante :

Chers enfants, je dois vous dire que j’étais tourneboulée par tant de stridences. A tout prendre, me dit Henri, il préfère celles de la grive musicienne, que vous pouvez entendre chaque matin en ce moment :

Je suis d’accord, c’est joli et apaisant.

Kuttan m’a dit qu’il était tout aussi étonné d’entendre le chef du village reprendre avec autant d’autorité le débat lors de ce conseil. Si j’ai bien compris, d’habitude c’est plus calme.

Intrigué par ma revenue dans mon petit pré toute confuse et perplexe, mon cher voisin Henri, en train de cultiver le potager, est venu me voir.

Henri a toute suite compris ce qu’il m’arrivait, tant il participe lui aussi à ces réunions importantes pour votre devenir, du côté de Boulogne-sur-mer, avec à chaque instant la conscience de rechercher les voies du bien commun.

Henri m’a expliquée que c’est là l’essence-même de la démocratie ; il faut souvent composer entre le désir de la foule et les avis de personnes en nombre restreint qui travaillent pour conseiller tout le monde au nom du bien commun.

Si j’ai bien compris Henri, ces joutes oratoires sont une vieille histoire.

Henri m’a expliquée que le mot « démocratie » est une idée créée par vous autres, les humains, il y a très très longtemps. Elle signifie l’alliance fragile, mais tellement importante, entre le peuple et le pouvoir.

Hummm, chers enfants, je me dis que lorsque Grand-mère éléphante nous réunit, nous demande notre avis, et dit à tout le clan sa décision, nous perpétuons à notre façon la démocratie.

Emmanuel, l’ami de mon cher voisin Henri, qui téléphonait à Henri pour prendre des nouvelles de mon petit village, m’a fait écouter plusieurs chants issus de petits pays autour de vous, et qui racontent l’esprit du peuple, la volonté de s’affirmer, et de vivre en bonne entente avec tout le monde, malgré l’adversité :

Chers enfants, j’ai compris que ces chants nous permettent de nous réunir, de faire la paix malgré nos différences, et d’avancer pour le meilleur de nous toutes et tous.

Emmanuel m’a racontée que si nous n’y parvenions pas, nous risquons de revivre des conflits méchants entre pays, comme autrefois.

Ces batailles à qui parlera le plus fort et de manière convaincante entre frères et sœurs, entre enfants et parents, entre parents et gouvernants, sont de très veilles histoires :

Malgré ma timidité, malgré votre timidité, et quand ce satané virus ne sera plus qu’un mauvais souvenir, je me dis que cela vaut le coup de chanter à pleins poumons pour contenir ce penchant de chacune et chacun à s’imposer par des calculs personnels au détriment de l’intérêt général.

S’il nous faut vociférer pour signaler que nous existons, autant que cela soit pour célébrer ensemble le bien commun, exclamer ce qui nous lie et relie :

Je vous fais de gros bisous,

A demain,

Shila